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retés du style. Aussi malgré le désir de donner une idée de tout l'esprit que Marguerite a répandu dans ses récits amusants , et la tentation d'en rapporter quelquesuns dont la scène se passe à Pau ou à Odos, je n'ai pas osé entreprendre de les reproduire, car je n'aurais su rendre en termes décents des aventures trop librement contées.
Qu'il me soit permis d'exprimer un autre regret. Marguerite est tombée de la Cour de France dans sa petite Cour de Béarn. Nos pères avaient alors surtout des mœurs spéciales , pittoresques comme leur pays. Nos usages avec leur teinte locale, nos montagnes avec leurs merveilles, ont dû frapper son imagination , et on aimerait à retrouver dans ses écrits des reflets de ses émotions intimes , des descriptions des choses contemporaines. Dans ses contes, elle parle de Cauterêts, de St-Savin, de Sarrance, d'Odos et de Pau. A peine emprunte-t-elle quelque expression au vocabulaire du pays, quelques détails aux coutumes locales, rien n'annonce que le spectacle grandiose des Pyrénées ait fait impression sur son âme. N'est-il pas étonnant que le sentiment des beautés de la nature n'existât pas à cette époque et qu'il faille, pour le retrouver, remonter aux temps très anciens ou descendre jusqu'à nos jours?
Qu'elle était brillante , la Cour de cette noble reine ! M. le comte de La Ferrière, dans un charmant ouvrage a fait connaître le Livre de dépense de Marguerite ; c'est là qu'on peut voir tous les bienfaits qu'elle répand et le nombreux cortège de gentilshommes et de nobles dames qu'elle entretient malgré ses ressources restreintes. Parmi ses filles d'honneur a figuré Anne de Boleyn. Cette jeune beauté, réservée à de si brillantes et si cruelles destinées , accompagna-t-e!le en Béarn la reine de Navarre? (19) En écoutant les contes que sa maîtresse disait si bien, prit-elle cet enjouement, que Bossuet qualifie d 'immodeste , et l'habitude de prêter trop facilement
l'oreille aux doux propos ? En assistant aux cérémonies nouvelles , mystérieusement pratiquées à Pau , y puisa, t-elle des idées qui, d'après un grave écrivain, eurent plus tard une grande influence sur l'avenir religieux de l'Angleterre? En vivant enfin toujours sur les marches du trône, a-t-el!e cru qu'il suffisait d'y monter pour trouver le bonheur, sans pressentir que le royal amant qu'elle avait rêvé pourrait un jour, après avoir couronné sa tête, la livrer au bourreau ?
Comme reine, Marguerite de Valois possédait toutes les qualités nécessaires pour faire le bonheur de ses sujets. D'après Brantôme , elle n'avait pas seulement une intelligence digne d'un grand empire, elle était , outre cela très-bonne, fort accostable, douce, gracieuse, charitable et grande aumônière. Les qualités du cœur la rendaient chère aux Béarnais. Elle aimait à se promener presque seule dans les rues, afin que ses sujets pussent s'approcher d'elle. Elle écoutait toutes les demandes, recueillait toutes les pétitions., et son regard laissait voir tout le plaisir qu'elle éprouvait à faire des heureux. Son accueil toujours affable, touchait autant que son inépuisable générosité. Nul , disait-elle , ne doit s'en aller triste et marri de la personne d'un prince.
Elle avait pris le titre de ministre des pauvres; elle remplissait avec dévouement toutes les obligations de cette charge et elle répétait souvent : « Les rois et les * princes ne sont pas les maîtres et seigneurs des pau- » vres, mais seulement des ministres que Dieu a établis » pour les secourir et les consoler. » Lorsqu'elle sortait, elle permettait aux pauvres de se presser autour de sa personne. La bonne reine allait elle-même les visiter dans la chaumière où ils cachaient leur misère et leurs souffrances. Elle s'enquérait avec affection de tous les détails qui intéressaient les malheureux. Elle avait fondé à Pau un hospice, le premier sans doute dont la ville ait été dotée. Elle envoyait ses propres médecins aux malades;
et, en même temps qu'elle leur faisait donner les re mèdes du corps, elle relevait l'âme par de douces paroles de piété, de consolation et d'espérance. Quand ses revenus ne sont plus en rapport avec ses dépenses il n'y a qu'un article dit M. le comte de La Ferrière, sur lequel elle ne veut rien retrancher; c'est sur la part des pauvres; celle-là reste intacte. Les privations sont pour elle.
Les écrivains et les poètes contemporains nous ont tant parlé de Marguerite ; il y a tant d'éclat, tant de cœur, tant d'esprit, tant de poésie dans cette reine de Navarre, qu'on est excusable de s'arrêter à rechercher les traces qu'elle a laissées dans les souvenirs du pays.
Sœur unique de François Ier , elle avait , comme nous l'avons dit, une affection profonde pour son frère. « Ils étaient , dit Sainte-Marthe , conjoints d'un si étroit «c et si ferme lien d'amour fraternel que, ni delà mé- « moire de nos prédécesseurs , ni de la nôtre , onc n'en c< fut ni vu, ni ouï de second. » Dans une pièce intitulée le Coche, poème composé par la reine de Navarre, pendant qu'elle cheminait lentement dans sa litière vers les Pyrénées , elle cherchait à tromper les ennuis de la route en songeant à son frère dont elle faisait ainsi le portrait :
De sa beauté, il est blanc et vermeil,
Les cheveux bruns, de grand et belle taille,
En terre il est comme le soleil.
Hardi, vaillant, sage et preux en bataille,
Il est bénin, doux, humble en sa grandeur,
Fort et puissant et plein de patience ,
Soit en prison et tristesse et malheur...
Il a de Dieu la parfaite science....
Bref , lui tout seul est digne d'être roy !
Lorsque François Ier vint à mourir , longtemps on cacha cette nouvelle à sa sœur, qui devait en recevoir au fond de lame une blessure mortelle. Marguerite la de-
vina plutôt qu'elle ne l'apprit d'une religieuse , qui , en la voyant trahit la vérité par ses larmes. Elle qui avait toujours eu une horreur étrange pour tout ce qui rappelait la mort, sembla ne plus avoir d'autre désir que d'aller rejoindre son frère au ciel.
Son cœur sensible était toujours resté fidèle à la mémoire de ceux qu'elle avait aimés ici-bas et qui n'étaient plus. Toutes les théories des novateurs , au moment où elle les écoutait le plus , n'avaient jamais refroidi son culte pour les morts.
Voici un trait touchant raconté par l'auteur de la vie des dames galantes.
Brantôme avait un frère le capitaine Bourdeille, qui était un des plus beaux, des plus spirituels, des plus vaillants hommes de son temps. Ce capitaine avait rencontré à la cour de Mmc Renée de France duchesse de Ferrare mademoiselle de La Mothe dont il était parvenu à se faire aimer. Il la conduisit à la cour de la reine de Navarre, qui l'avait connue et qui fut heureuse de la recevoir dans sa maison parce que c'était la femme qui avait le plus d'esprit et qui disait le mieux. Elle était belle et accomplie en tout. Bourdeille après s'être arrêté quelques temps à Pau , où son aïeule et sa mère avaient fixé leur séjour, partit pour aller acquérir de la gloire dans les guerres du Piémont. Il passa cinq ou six ans sans revenir en Béarn. Il y retrouva sa mère, mais Mlle de La Mothe était morte au château il y avait à peine trois mois. Le capitaine alla présenter ses hommages à la Reine Marguerite au moment où elle venait d'entendre vêpres. L'aimable et bonne princesse, lui fit un très gracieux accueil , le prit par la main, le promena une heure ou deux dans l'église , causant avec lui de l'Italie et des nouvelles du jour, puis de propos en propos elle le mena du côté où reposait le corps de son ancienne amie et lui dit : <r Mon cousin , (elle l'appelait ainsi parce qu'il était allié à la maison d'AIbret), ne
sentez-vous rien mouvoir sous vous et sous vos pieds ? -* Non, madame, répondit-il. — Mais , songez-y-bien, mon cousin , répliqua-t-elle. — Madame , j'y ai bien songé, mais je ne sens rien mouvoir ; car je marche sur une pierre bien ferme. — Or, je vous advise , dit alors la reine sans le tenir plus longtemps en suspens, que vous êtes sur la tombe et le corps de la pauvre mademoiselle de La Mothe , qui est ici dessous vous enterrée , que vous avez tant aimée ; et , puisque les âmes ont du sentiment après notre mort, il ne faut pas douter que cette humble créature , morte de frais , ne se soit émue aussitôt que vous avez été sur elle ; et si vous ne l'avez senti à cause de l'épaisseur de la tombe, ne faut douter qu'en soi ne se soit émue et ressentie ; et d'autant que c'est un pieux office d'avoir souvenance des trépassés, et surtout de ceux que l'on a aimés, je vous prie lui donner un rater noster et un Ave Maria et un De profanais , et l'arroser d'eau bénite, et vous acquerrez le nom de très fidèle amant et d'un bon chrétien, » Elle le laissa ensuite, et partit pour qu'il put accomplir en tout recueillement les cérémonies dues aux morts.
Marguerite depuis la mort de son frère tourna toutes ses pensées vers la Religion , elle écrivait : « C'est mon vouloir et propos arresté De n'estre plus celle-là qu'ay esté , Ne m'amuser au misérable monde, Yeu la douleur qui y règne et habonde Dont jour et nuit mon cœur est tourmenté. »
La solitude lui plaisait ; elle aimait à quitter son palais pour aller cacher ses larmes dans quelque petit château des Pyrénées. Dans celui de Beaurepaire existait un médaillon que j'ai vu; le portrait de Marguerite, sculpté sur bois, est entouré de la légende sempre seras com pêne. (18).
Jusqu'à sa tin , elle ne chercha d'autres consolations
— llo —
à ses douleurs que de les raconter dans ses cantiques et ses poèmes , pleins de la plus émouvante mélancolie. C'est alors qu'elle composa sa chanson faite un mois après la mort du roi :
Las ! tant malheureuse je suis Que mon malheur dire ne puis !
Sinon qu'il est sans espérance !
Tant de larmes jettent nos yeux , Qu'ils ne voient ni terre ni deux , Telle est de leurs pleurs l'abondance !
Elle écrivit cette chanson plus connue *
Je n'ai plus ny père, ny mère, Ny sœur, ny frère ,
Sinon Dieu auquel j'espère
J'ai mis du tout en oubliante Le monde et parents et amis, Biens et honneurs en abondance, Je les tiens pour mes ennemis , etc.
Vers le milieu de Tannée 1549, sa fille Jeanne, dont le séjour prolongé en France avait fait craindre aux Béarnais qu'elle ne fût prisonnière du roi , vint visiter sa famille au château de Pau , où elle fut accueillie par le peuple avec des transports de joie. Ce fut un dernier rayon de bonheur répandu sur les derniers jours de sa mère , qui depuis si longtemps n'avait connu que les larmes.
Cependant, la santé de Marguerite déclinait. Elle quitta son palais pour chercher le calme et la retraite dans son château d'Odos, près de Tarbes et de Bagnères-de-Bigorre. L'air pur et le silence de la campagne ne pouvait apaiser ses souffrances. Souvent, la fièvre exaltait son imagination, pleine de pressentiments funèbres. Une nuit dans un songe, une femme d'une admirable beauté, vêtue d'une robe d'une éblouissante blancheur, apparut debout au pied de son lit, lui montrant une couronne de fleurs brillantes
et lui disant, avec une voix d'une mélodie céleste, que bientôt le diadème de l'immortalité brillerait sur son front. Cette vision fit sur elle une impression profonde et lui sembla un présage de mort prochaine. Alors, la reine de Navarre remit au roi le soin de ses affaires privées ; ne donna plus d'audiences ; renonça à ses occupations les plus chères, même à la poésie, et adressa elle-même à ses amis des lettres qui semblaient un dernier adieu. Voilà qu'au mois de décembre une comète préoccupa vivement les esprits. On disait qu'elle paraissait sur la mort du pape Paul III. Marguerite le croyait aussi, et possible dit Brantôme, pour elle paraissait. La reine fut curieuse d'observer ce phénomène céleste. Elle sortit de son lit, et le froid la saisit bientôt. « Soudain, ajoute Brantôme, la bouche lui vint un peu de travers, ce que voyant, M. d'Escuranis, son médecin, Vosta de là, et la fit coucher et la traita, car c'était un catarrhe, et puis mourut dans huit jours. »
Dans ses moments suprêmes, elle répétait que la vie est une mer orageuse entourée d'écueils, et que la plus éprouvée est celle qui nous conduit le plus sûrement au port de salut et de gloire. Après avoir passé trois jours sans pouvoir proférer une parole, le nom de Jésus s'échappa trois fois de sa bouche avec son dernier soupir. Elle expira le 21 décembre 15i9, dans la 58e année de son âge. Elle avait reçu avec une foi ardente tous les sacrements de l'Eglise, qui lui furent administrés par Gilles Caillau, religieux de l'ordre de saint François. Quelques écrivains protestants voudraient cependant jeter des doutes sur son orthodoxie. Miss Freer s'étonne que la reine, à son lit de mort, n'ait appelé qu'un simple moine. Comment un prélat, comme son cousin le cardinal d'Armagnac ou l'évêque de Tarbes, n'est-il pas venu recueillir l'abjuration de la princesse mourante et lui donner la bénédiction épiscopale? De vaines conjectures ne peuvent détruire la vérité d'un fait reconnu par tous les historiens contem-
porains; Marguerite n'avait jamais renié solennellement la religion desespères; une abjuration publique n'était donc pas nécessaire. La bénédiction d'un cardinal ne vaut pas l'absolution d'un simple prêtre ; et la plus noble reine peut choisir pour confesseur le plus humble religieux.
Le corps de Marguerite, d'après Hilarion de Coste, fut transporté à Pau, et enterré dans la principale église. D'autres auteurs disent, au contraire, que ses restes furent dé posés dans les caveaux de Lescar. Cela n'est plus douteux. Un document authentique, conservé à la bibliothèque impériale , reproduit tous les détails des cérémonies funèbres observées pour les funérailles de la reine Marguerite dans l'antique cathédrale de Lescar. Le roi de Navarre et le roi de France fixèrent eux-mêmes le rang des nobles personnages appelés de toutes parts à ses obsèques. Après la duchesse d'Estouteville, marchaient le duc de Montpensier, M. le prince, le duc de Nevers, le duc d'Àumale, le duc d'Etampes, le marquis du Mayne, M. de Rohan, venaient ensuite les grands deuils, conduits par le duc de Vendôme. L'effigie de la reine vêtue de noir, était étendue sur une estrade, dans une chapelle ardente. Trois grands seigneurs portaient les trophées, c'est-à-dire la couronue, le sceptre, la main de justice, qui ne quittèrent la reine qu'au moment où elle descendait dans la tombe.
Son vieil ami, le vicomte de Lavedan, était grand maître du convoi. Les Etats de Navarre, Foix, Béarn, Bigorre et Nébouzan , le vice-chancelier et les conseillers avaient leurs places assignées ainsi que les barons du pays. Les grands deuils mangèrent à la table du duc de Vendôme, et les autres personnes dans des salles différentes. L'usage de faire de grands repas le jour de l'enterrement et le jour du bout de l'an s'est conservé dans plusieurs villages des Pyrénées.
Les plus beaux esprits, les plus grands poètes de France et même de l'étranger couvrirent de fleurs le tombeau de la spirituelle reine de Navarre. Charles de Sainte-Marthe
publia en français et en latin son éloge funèbre. Scévole de Sainte-Marthe l'inscrivit dans son livre des savants illustres. Trois anglaises, nièces de Jeanne Seymour, femme d'Henri VIII, composèrent sur elle cent quatre distiques latins, qui furent bientôt traduits en grec, en italien, en français, et imprimés en quatre langues sous le titre de : Tombeau de Marguerite de Valois, reine de Navarre. Valentine d'Arsinois fit cet épitaphe si connue : Musarum décima, et Charitum quarta, inclyta regum Et soror et conjux Margarls illajacet.
Elle fut aussitôt traduite ainsi :
Sœur et femme des rois, la reine Marguerite, Des Muses la dixième et leur plus cher souci
Et la quatrième Charité , La reine du savoir gît sous ce marbre-ci.
Le prince des poètes français, Ronsard, qui avait dit:
La royne Marguerite , La plus belle fleur d'élite Qu'onques la terre enfanta , célébra sa mort dans les stances suivantes :
Comme les herbes fleuries , Sont les honneurs des prairies , Et des prés les ruisselets, De l'orme la vigne aimée , Des bocages la ramée , Des chantps les bleds nouvelets ,
Ainsi tu fus , ô princesse i (Ainçois plutost, ô déesse! ) Tu fus la perle et l'honneur Des princesses de nostre âge , Soit en splendeur de lignage , Soit en biens , soit en bonheur.
Il ne faut point qu'on te fasse Un sépulcre qui embrasse Mille termes en un rond,
Pompeux d'ouvrages antiques, Et braves piliers doriques Elevés à double front.
L'airain, le marbre et le cuivre Font tant seulement revivre , Ceux qui meurent sans renom , Et desquels la sépulture Presse sous même closture, Le corps, la vie et le nom.
Mais toy dont la renommée Porte d'une aile animée, Par le monde tes valeurs, Mieux que ces poinctes superbes Te plaisent les douces herbes, Les fontaines et les fleurs.
Les regrets populaires qu'occasionna la mort de la noble souveraine de Béarn furent sa plus belle oraison funèbre. Elle avait été la mère des pauvres : de toutes les vertus, celle qui laisse sur la terre les plus impérissables souvenirs , n'est-ce pas la charité ?
Henri II avait toujours sincèrement aimé et respecté sa femme. On raconte cependant qu'un jour, l'ayant surprise avec un ministre qui cherchait à lui faire abandonner sa foi, il céda à un mouvement de colère et lui donna un soufflet, en lui disant : Madame , vous voulez trop savoir. Les historiens protestants contre-disent cette anecdote, il est peu vraisemblable qu'Henri, un des princes les plus spirituels et les plus galants de son temps , se soit oublié au point de frapper une reine , sœur de François Ier , qui ne cherchait qu'un prétexte pour rappeler sa sœur auprès de lui. Mais ce serait aller trop loin que de dire que le roi de Navarre applaudissait aux progrès de la réforme. Les chartes locales prouvent le contraire , et démontrent avec quelle piété il s'occupait de relever la dignité du culte de la Vierge , notamment à Sarrance.
En perdant Marguerite, il perdait la joie de sa maison, l'orgueil de son trône. Il tomba dans une tristesse profonde qui fit craindre même pour ses jours. Il resta longtemps malade dans notre château, et lorsque ses amis inquiets lui reprochaient , comme une faiblesse indigne d'un roi, l'excès de sa douleur, il répondait: « 0 mes amis ! j'étais homme avant d'être roi , ou plutôt « je suis roi encore quand je pleure celle que j'ai perdue, <r puisque c'est votre malheur même qui fait couler mes <r larmes. » Nous dirons bientôt quel éclair de bonheur dissipa un instant l'affliction de son âme, lorsque sa fille lui présenta son nouveau-né, le jeune Henri, qui, dès le berceau, parut à son aïeul prédestiné à un avenir de grandeur et de gloire.
Le roi de Navarre ne survécut pas longtemps à la joie de se voir renaître dans son petit fils; il mourut le 25 mai 1555. Jamais prince n'avait plus fait pour Pau. Jamais prince n'y laissa plus de regrets. Ses funérailles furent célébrées avec une pompe inouïe. Elles attirèrent dans le château les plus illustres personnages de Béarn et de France.