Ihidem, pp
A peine un nouveau règne avait-il commencé que déjà les constructions élevées pendant la première moitié du xvi* siècle ne semblèrent plus répondre aux goûts ni aux besoins du jour. Henri II qui était né h. Saint-Germain le 31 mars 1519 et qui, de même que son père, en affectionnait le séjour, voulut y posséder une demeure h sa convenance. Nous ne saurions dire pour quelles raisons le château édifié par François P' ne lui plut pas : peut-être trouva-t-il qu'il conservait encore trop l'aspect d'une forteresse et que ses dispositions étaient incommodes à cause des marches nombreuses qu'il fallait gravir pour passer d'un étage à l'autre. Ce qui est certain, c'est qu'il fit dresser par Guillaume Marchant les plans d'un Château Neuf qui se composait de bâtiments peu élevés au-dessus des parterres et qu'on plaça tout au bord de la colline qui dominait la Seine et le village du Pecq, dans un site d'où la vue s'étendait sur un paysage enchanteur. Ce château était accompagné de terrasses, de rampes architecturales de grande importance permettant de descendre aux berges du fleuve, de pavillons isolés, de bassins et de grottes dont l'ensemble ne fut terminé qu'après les guerres civiles sous le règne de Henri IV : Claude Mallet dessina les parterres et l'Italien Franchini y disposa des jeux d'eau qui devinrent célèbres. Le Château Neuf est aujourd'hui détruit, mais des gravures et des dessins en grand nombre nous permettent de nous faire une idée de sa magnificence ^ Il n'en subsiste d'à peu près intact que Textérieur en brique et pierre du pavillon dit de Henri IV j bien qu'il appartienne à une époque antérieure au règne de ce prince. La salle basse de ce pavillon, un très remarquable type de construction décorative, est de plan octogonal; ses huit faces sont ornées de reliefs d'architecture, de niches enrichies de stucs, de coquillages, de nacres, de dorures et même de fragments de cristal de roche ; la voûte qui se compose des mêmes éléments est enrichie
i. Des dessins géométraux des bâtiments sont conservés dans les archives de Tagence des travaux du château.
de caissons décorés de figures en bas-relief d'une très habile exécution*.
Kancicn château, le seul dont nous ayions à nous occuper ici, en partie délaissé dès que le Château Neuf put abriter la Cour, ne fut plus occupé que par des services accessoires; il ne servit plus avec sa grande salle de fêtes que dans les occasions solennelles, lors des réceptions de princes et d'ambassadeurs. Néanmoins, pendant les premières années de son règne, Henri II Fhabita encore et y fit exécuter des travaux par d'excellents artistes : divers fragments qui ont été conservés, entre autres un pyramidion portant les monogrammes du roi et de Diane de Poitiers, les débris d'un manteau de cheminée d'une très délicate sculpture, l'attestent. De plus, la porte principale qui avait servi au moyen âge et sert encore actuellement fut complétée du côté de la cour par un motif décoratif composé de colonnes cannelées et d'un entablement, dont le caractère est très différent de l'architecture en brique et pierre du reste du château : c'est une œuvre dont l'auteur a subi l'influence de Philibert de l'Orme, si ce n'est ce maître lui-môme qui Ta conçu. Il est certain d'ailleurs que cet illustre artiste, un des rénovaleurs de l'architecture française à sa plus brillante période, qui exerçait sous le règne de Henri II une sorte de surintendance des bâtiments, a dirigé à Saint-Germain divers travaux complémentaires de décoration, et notamment la transformation de la chapelle dont il sera question ci-après.
Quand le Château Neuf fut bâti, on voulut rendre directes les communications entre les deux édifices et c'est alors qu'on établit dans le voisinage de la chapelle une porte traversant le bâtiment sud et donnant passage aux carosses à l'aide d'un pont dormant* qui franchissait le fossé. Ce pont était accompagné de tournelles pour permettre aux gens de pied de se garer des voitures, et de vastes épanouissements circulaires qui en facilitaient l'usage, ainsi que d'une « vis » par laquelle on descendait dans le fossé. La porte nouvelle, percée dans le mur de Charles V, amena la suppression de plusieurs mâchicoulis : elle se composait d'un arc assez lourdement combiné, et était surmontée, dans la hauteur de l'ancien chemin de ronde, d'un bas-relief que
4. Cette salle est devenue la dépendance d'un restaurant; elle a été classée comme monument historique, mais ses possesseurs actuels ne semblent pas en mesure d*en apprécier l'intérêt. Un relevé en a été fait par M. Choret flls, inspecteur des travaux du château : ces dessins sont d'une exactitude qu'il convient de signaler.
2. Ce pont est mentionné dans les Comptes des bâtiments, t. II, p. 196; il est représenté dans
les plans anciens dessinés par Mansart.
l'on peut altribiier à un des meilleurs sculpteurs de l'époque. Le motif principal Otait l'écusson royal timbré Je la couronne fermée que soutenaient deux figures de renommée. L'ampleur de la composilion, la beauté de ces figures et des ornements accessoires font penser aux magistrales sculptures dont Pierre Lescot décora plus tard la partie du Louvre qui est son œuvre '. L'ancienne porte d'honneur qui s'ouvrait sur la façade ouest et qui avait eu,