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Ensuite, la disparition de Blanche de INoyal, sœur de la conUcsse, au moment où elle allait épouser le comte Albert de Coëtlogon, qu'elle aimait.
Disparition subite que tout le monde avait connue dès le lendemain, et que personne n'avait su ox[>liquer.
Ensuite...
Mais laissons parler le gazetier Vive.
— C'est tout de même bien étonnant!
murmurait le chœur.
Et cela voulait dire :
— C'est tout de même bien amusant d'avoir de j)areils prétextes pour passer sa soirée chez le marchand de tabac !
Je suis allé aux informations, comme vous pensez, reprit \'ivé — les domestiques n'en savent pas plus long que nous...
D'i VELOLKS. i.*
11 y a luiUe nue portion du château qui n'est desservie que par ces viiigl grands coquins de Turcs que Barbebleue avait déguisés en dragons... La t'ennne de chambre de madame la comtesse a disparu...
Ce qui se passe dans les appartements réservés , demandez-le aux vingt païens.
Le jeune M. de Kieux, qui a voulu le savoii', en a été pour une balle de mousquet dans l'épaule... Et les charbonniers l'ont trouvé, jeudi de la semaine dernière, couché dans son sang, au fond de la douve...
Ceci était encore vrai.
M. de Rieux, ancien prétendant de Marielle, avait été blessé de nuit dans les fossés du terrible château du Grail.
— El. liî^urcz-vuus. continua Vive avec
"0 LL <.{lAJFAi;
Breuil et les autres ont coniniencë à larder les messieurs, quand elles ont vu Tiiisolence de Barbebleue.
Petit à petit, les oreilles se sont ëcliaulfées.
Le chevalier de Talhouët a iini par crier d'un bout à l'autre du salon :
— Comte, conunenl se j)orte madame la comtesse?
Baibebîeue est devenu vert.
C'est ce que voulait le chevalier de Talhouët, qui a traversé gaillardement le salon pour aller lui lépéter î^a question entre quatre-z-yeux, conmie l'on dit.
— Et que lui a-t-il répondu? demandèrent vingt voix en même temps.
— Il a d'abord fait îe fier et lui a répondu qu<'l-|uc chose comm'' ceci : M«}!ez»
VOUS de vos afl'aires... ou bien : Ça ne vous regarde pas... Mais Talhouëta mis le poing sur la hanche... vous savez...
— Oh ! dit une Trécoché — c'est joli un homme qui met le poing sur la hanche!
— Et alors, continua Vive — le Barbebleue, tout Barbebleue qu'il est, a mis sa langue dans sa poche î
— Un homme marié qui est assez rien du tout pour battre les femmes, lit observer la sage Guillemiîte Barbedor — n'a pas le courage de résister à l'autre sexel
11 y avait un bruit dans Rennes, c'est que Guillemiîte Barbedor, abusant de sa l'orce supérieuie, battait cruellement le beau petit Mormichel.
- ViY<' reprit :
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— Devant tous ces messieurs et devant toutes ces dames, le Barbebleue a pris îa porte sans mot dire, et a disparu plus vite qu'il n'était venu... Comment trouvez- vous
ça?
Nous sommes encore forcés d'avouer ici que 1 ' suisse Vive disait vrai, sauf d<'lails.
Lacuzan avait été insulté dans les salons du gouverneur de la province.
El Lacuzan s'était retiré devant l'insulte — pâle et muet.
Lacuzan, le soldat de Belgrade!
L'homme aux cinquante duels! le casse-cou qui poussait la témérité jusqu'à la folie!
r.ar (îiacun savait bien que sous son apparence calme et froide," Lacuzan ca-
T)K VIîLOURS. 79
chnil l'aiîdace^a plus extraordinaire qui se puisse imaginer.
Et voilà qu'il baissait la îele en silence, non point devant une de ces insultes qu'on a le droit de mépriser, non point devant un de ces petits messieurs à qui l'on tourne le dos quand le pied, trop vif, n'a pas fourni la réplique — mais devant une insulte calculée et devant un Talhouët!
Tallîouët était, pardieu' de bien meilleure maison que Lacuzan, et il n'y avait pas à faire la petite bouche !
Il fallait donc que Lacuzan se sentît bien coupable, ou qu'il fût bien tombé i
— Mais voilîi le bouquet' s'écria le père Vive en se frottant les mains — tout ce que je vous ai dit jusqu'à présent, vous auriez bien pu le savoir, puisque ça court
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la ville.;, tandis que ce que je vais vous dire...
Il s'arrêta brusquement et mit un doigt sur sa bouche.
— Au fait, reprit-il, tout bien considéré, je ne vous le dirai pas.
— Oh! père Vive! monsieur Vive! cria tout le chœur suppliant.
— Non, mesdames... non, messieurs...
ça ne serait [>as délicat... Je mange le pain de celte maison-là depuis des années!...
— Père Vive, nous ne le dirons |)asî
— Parole sacrée! ajoula d'une voix mâle la famille Trécoché — nous garderons le secret !
Le coquin de portier se fit prier convenablement, puis il croisa ses mains sur son ventre d'un air papelard.
— Écoutez, mes petits enfants, dit-il; je leur suis attaché, moi, à ces Noyai, tout de même... Il faut me promettre de ne pas faire de cancans là-dessus, (bruyantes protestations.) Bien! bien! je sais que vous n'êtes pas des mauvaises langues.
Voilà donc le fin des fins... que je vous le donnerais en mille et en cent mille...
On n'a pas enlevé mademoiselle Blanche de Noyai.
C'est elle qui s'est échappée pour aller rejoindre Barbebleue... . ^
Un cri d'horreur jaillit de toutes les poitrines.
— Mais alors... mais alors... clamèrent à la fois toutes les femmes — elle a dû tremper dans l'assassinat de sa malheu-
reuse sœur
f^2 TE CHATEAU
— Mais alors, c'est un puits d'abomina- • iion que tout cela!
— Mais alors, elle est la maîtresse de son beau-frère !
— Mais alors... mais alors...
Oh ! seigneur Dieu ! ce que l'on imagina d'infamies, nous n'avons pas le courage de le dire en détail.
L'histoire de la famille d'Atrée était un conte moral auprès de l'imbroglio épouvantable inventé séance tenante par les chalands c|e la Grosse Pelotte et la Grosse darntte réunies.
C'était à faire dresser les cheveux !
Vive cherchait à calmer la tempête soulevée.
— Lsr, là, mesdames et messieurs ! <lisait-il — vous m'aviez pourtant bien pro-
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mis (le ne pas faire de cancans!... Songez à ma position... songez qu'un mot pourrait me mettre sur le pavé!...
— Vous savez autre chose encore , répliqua le chœur; nous voulons tout connaître !
— Eh bien, voilà comme ça s'est passé. . . Il est au su et au vu de tout le monde que le jeune M. Albert de Coëtlogon, cousin du lieutenant du roi, est amoureux fou de mademoiselle Blanche...
— Le jour où ça lui est venu, interrompit Guillemitte Mormichel, née Barbedor — il aurait mieux fait de se pendre.
— Jusqu'à présent, continua le portier, on avait cru que mademoiselle Blanche le payait de retour...
— Ah! uuichc! s'écria niadame Salo-
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mon — il va du temps qu'elle court après ce LacuzanJ
— On sait l'afTaire du portrait! appuya Bébelle Trécoché.
— Sans compter, envenima madame veuve Nestor — sans compter Thistoirc de ce petit bonhomme qui dansait sur la corde... le fds deMalbrouk...
— Pichenet! s'écria le chœur,
— Oui, Pichenet... les gens de la rue Hue la voyaient sortir le matin avant le jour... une jeune fille de douze ans!... C'est bien le cas de dire qu'il n'y a plus d'enfant!
— Enfin des fins, interrompit le suisse
de Noyai — tout ça c'est de l'histoire an- » cienne... moi, je ne parle que du neuf et du tout frais ! Vous avez bien entendu
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dire que M. Alherulc Cocllogou s'est ballii en duel lundi dernier avec le chevalier de Taihouël?
— Aux buUes Saint-Cyi! dit madame Salomon.
— Et que le chevalier a eu le bras piqué, le pauvre garçon !
— Et le petit Coëtlogon un coup d'épéo à la joue.
— Quant à ça , fit observer Bobonne Trécocbé, je ne déteste pas qu'un jeune homme ait des marques h la ligure... ça fait penser qu'il fait chaud sous son bonnet...
— Et comment ne saurions-nous pas tout cela? demanda Guillemitte avec dignité, puisque la femme du chirurgien Tii'ou prend son tabac chez moi ?
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Elle disait chez moi.
Malheureux Moririichel !
— Après la scène de samedi soir entre Talhoiiët et Barbebleue, reprit M. Vive — mademoiselle Blanche pleura toute la nuit... Le matin elle m'envoya chez le jeune M. de C.oëtlogon, qui vint à l'hôtel sur les dix heures ; mademoiselle Blanche et lui causèrent jusqu'au dhier. Au lieu de s'asseoir à table, M. Albert partit chercher M. de Talhouët, qu'il rencontra sur la place du Présidial, et qu'il appela en duel de but en blanc pour le lendemain matin. i
Le chœur éclata de rire.
— Allons! dit Bébelle — il commence bien celui-là!... Se battre pour le galant de sa future : c'est gentil !
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— Et ce lui justement lundi matin, acheva le portier — que mademoiselle Blanche s'enfuit de l'hôtel, soi-disant pour aller au château de Noyai... Elle avait reçu une lettre de Barbebleue... Elle n'a pas reparu.
— Or, comptons un petit peu sur nos doigts.
Yoici pas mal de gens qui vont au Tombeau de velours , et qui n'en reviennent pas!
D'abord madame la comtesse, la pauvre femme !
— Ensuite, la fille de chambie.
Ensuite la bonne femme Chaurael, qui se sauva de la maison incendiée, et qu'on a vue rôder mardi autoui" du château de Barbebleue.
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Eiisuile riiademoiselle Blanche delNo} a!.
— Cela l'ait quatre, dit la Nestor.
— Quand nous serons à cinq, déclama Vive — nous marquerons une croix , et peut-être qu'alors les gens du roi songeront à visiter ce château maudit, qui doit sentir le cimetière I
— Les gens du roi, dit madame Mormichel en femme sûre de son fait — ont peur des dragons turcs qui sont des diables.
— On trempe les halles de mousquet dans du vinaigre de cidre , répliqua Vive sèchement — on se met cent contre un , et au petit bonheur!
— Ou bien, ajouta Saturnin, on creuse une mine sous le château.
— Et, d'ailleurs, reprirent trois Tréco-
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ché, n'y u-l-il pus des bombes à Tar* seiial ?
— Sans doute, sans doiUe, conclut Vive; mais les balles trempées dans du vinaigre de cidre auraient sufïi. Pourquoi détruire le cbâteau du Grail, qui vaut de l'argeni? Une fois Barbebleue enterré, Je cbàteau n'aura plus de maître, puisque le nom de Lacuzan s'éteint avec lui... On pouirait vendre les biens et partager le prix entre ceux qui auraient servi (idèlement la iamille.
— Quant à ça, s'écria Guillemilte, tout le monde sait bien qu'il se fournissait ici.
— Nous boutonnions sa livrée, dit Saturnin-Mormichel'Barbedor.
— Nous le rasions! ajoutèrent les époux Soliman.
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Les Trécochc constatèrent qu'elles avaient vendu à son niaître-d'hôlel d'innombrables douzaines de sardines, et madame Nestor établit que la nièce de la femme de charge avait passé par ses mains habiles.
Vive enfla ses joues et regarda en pitié ces collatéj'aux d'espèce fantastique. Lui, du moins, il était l'allié de Lacuzan, par les INoyal, dont il gardait la porte!