‹ Le château de VeloursChapitre 18 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BenxicDie concilinbtile et hant-« faits du che>alii*r de Badal»i'ax.

A la même heure, et pendant que ces graves questions s'agitaient dans la boutique de Guillemitle Barbedor, un autre concile se tenait rue des Dames, chez la vicomtesse de Turlutaine, et ce vampire deBarbebleue,n'yélailpasleaucoupmieu\ tiailé.

92 U'. <:JiAri;Ab'

Dieu sait ce qu'on disait là de mademoiselle Blanche de Noyai, du jeune M. Albert de Coëtlogon, du vieux marquis, etc., etc.

La vicomtesse de Galirouët, la vicomtesse de Landivisy, la vicomtesse Le Brec du Lartz de C»amayeuî-en-Gévézon-les- Fossës-sui'-Papayoux, la vicouitesse de Margamel, la vicomtesse de lionnihic étaient au grand complet, en compagnie de M. de Poilbriant, de M. de la Guerche et de laflligeantBadabrux.

Celui-ci avait commencé plusieurs fois Cil laux bourdon sa scène favorite :

... Ou (lil, et sans horreur je puis le redire, Qu'aujourd'hui, par voire ordre, Iphigénie expire...

Bien que ce début fût de circonstance, les vicomtesses avaient fait la sourde oreille.

On voulait parler de Lacuzan , rien que de Lcuzau , Achille , Agamemnon , la triste Iphigénie, Calchas, enfin tout ce qui n'élaitpasle Tombeau de velours, avait tort.

Le matin même, M. de Penvern, le gentilhomme bas-breton avait dit en mangeant un gigot à l'ail :

— Qu'on me prouve que Lacuzan a touché un cheveu de sa femme et je lui casse la tête... jusque-là, je le tiens pour un galant homme... Coëtlogon a bien fait d'appeler Talhouëten duel... si quelqu'un ditle contraire, nous aurons affaire ensemble.

Ce Penvern avait l'habitude de trancher comme cela les questions.

Et quelle nouvelle horreur raconte-ton? demanda Mme la vicomtesse Le Brec du Larlz de Cramayeul-en-Gévézon-les- Fossés-su r-Pa pa youx .

04 LF CHATEAU

— Ma bonne petite, répondit la vicomtesse de Margamel, — il a fait acheter hier denx chapons au bourg de Liffré.

— Et le maréchal de la Mi -Forêt, ajouta madame la vicomtesse de Turlutaine, a remis un fer à son cheval bai-brun.

Mesdames les vicomtesses de Galirouët.

de Landivisy et du Honni hic apportèrent leur contingent de lîaits également remarquables.

Vous voyez que la maison Mormichel- Barbedor était bien autrement informée.

— Vous ne savez pas ! vous ne savez pas ! s'écria cependant madame la vicomtesse de Laricuff en entrant avec fracas, — vous ne savez pas !

Celte dame de Laricuff se vit aussitôt entourée.

— Laissez-moi reprendre haleine, mes chères bonnes, poursuivit-elle; — je vous dirai tout... absolument tout... ah ! le monstre !

— Qua-t-il l'ait?

Ce fut le cri général.

Poilbriant, la Guerche et l'intolérable Badabrux lui-même se rapprochèrent.

— Ce qu'il a fait ! répliqua xMme la vicomtesse de Laricuif; — ah î vous ne devineriez jamais, ainsi autant vaut que je vous l'apprenne tout de suite... le bandit a fait enlever toutes les glaces de son château...

On crut avoir mal entendu.

— Les glaces ?... répéta Mme de Mar-

gamel.

Les glaces, les miroirs, tout!...

06 LE CHATEAt!

Les vicomtesses se regardèrent avec étonnement.

Le fait avait une couleur si bizarre que leur indignation ne trouvait point ù s'y exalter.

— Il y a bien sûrement un grain de folie dans tout cela! pensèrent les plus

sages.

— Comment! vousne comprenez pas? reprit madame de Laricuffavec colère; dans ce tombeau de velours... dans cette châsse îendue de voiles sombres, il n'a pas voulu laisser un pauvre point brillant où pussent s'égayer les regards de sa victime !...

Nous prévenons le lecteur que madame la vicomtesse de Lariculf était un bas-bleu.

Il n'y en avait pas encore, mais madame de LaricufT l'élail.

IHÎ TELOURS. 07

Elle se perdait dans ces odieuses phrases, éternel achoppement des femmes qui portent plume. Elle était à son sexe charmant ce qu'était Badabrux poui- la plus vilaine portion du genre humain.

De bons esprits se sont posés cette question.

Lequel est le phis déplorable : un bas bleu inpartibus ou un célibataire récitant des morceaux de tragédies?

La solution d'un pareil problème ne peut trouver sa place dans ces pages frivoles. Il y a bien longtemps que nous avons dessein de faire enfin notre réputation à l'aide d'un ouvrage sérieux traitant à fond ces graves sujets.

Madame la vicomtesse de Laricuff continuait :

Il 7

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— Vous ne comprenez pas qu'il a été jaloux, jaloux de ces miroirs qui disaient à la pauvre comtesse : Tu es belle ! tu es belle ! Vous ne comprenez pas qu'il a voulu lui refuser ce dernier plaisir de la femme : un pauvre miroir I.., afin qu'elle restât seule, dans cette solitude noire et terrible... écrasée par ce suaire de velours !... morte avant son dernier sou[)ir !... Pas un rayon... pas un bruit... les ténèbres et le silence qui tuent!

— Chez nous, murmura M. de la Guerche, et surtout au* bourg de Janzé, ces choses-là engraissent, car on descend les poulardes à la cave.

11 n'y entendait pas malice, ce gentilhomme. Le bourg de Janzé est historique par ses poulardes.

Î>E VELOT RS. 00

La savante vicoaitesse de LariculTle foudroya du regard.

— Vous ne comprenez pas? voulutelle (Continuer, — vous ne comprenez pas?...

Mais les autres vicomtesses avaient açsez de cette forme de discours.

Elles s'écrièrent toutes à la fois, afin de fermer ce robinet d'éloquence :

— Ali! c'est affreux, ma bonne! c'est affreux!

Et Badabrux ajouta :

L'homme est en ses écarts un étrange problème !

Cependant le fait rapporté par madame la vicomtesse de Laricuff, malgré son invraisemblance, était de la plus rigoureuse exactitude.

Le comte Henri de Lacu/an avait fait

1<*0 LE CHATFAîî

piilf Vï^r tonlos les glaces et tous les miroirs du château du Grail.

Pourquoi?

Yoilà la queslion.

Evidemment, ce n'est pa.s en se conduisant comme tout le monde qu'un lieutenant-colonel de dracons mériîe le beau liom de Barbeblene.

— Ah ça, dil Poilbrianl, eiie n'est donc pas morte, comme on l'affirmait, cette pauvre comtesse ?

— Ai-je dit cela î s'écria madame de La ri eu (T.

— Dam!... murmura PoiJbriant, — puisqu'on lui fait encore de la misère.

— Oh ! que vous êtes bien tous les mêmes ! chanta Pasiphaé (car madame la vicomtesse de f-aricuff était assez heuretise

DE VkL'Jli.S. loi

pour s'appeler Pasipliaé) — les hommes loiirnent tout en vulgaire moquerie.... à ce point que l'on se demande si voire cœur n'est pas absolument privé de cet élément sensitil' et impressionnable qui distingue à un si haut degré notre àme, à nous autres femmes... J'écrivais hier à la vicomtesse de Kcridondaiiie, et je lui disais...

--Mais c'est une chose inouïe! interrompit à propos madame du Honnihic.

— C'est à dire, appuya madame de Margamel, — que c'est une chose eft'royable!

— La malheureuse a une agonie bien longue! soupira madame de Landivisy.

— Eh bien ! mesdames, s'écria la Guerche, — quand la pauvre Marielle aura été rejoindre dé(inilivcm<.'nl les trois autres

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femmes de Barbebleue... je parie qu'il se trouvera bien encore quelque âme sensilive et impressionnable pour épouser le veuf !

Les vicomlesses dédaignèrent do répondre.

Elles attendirent que ces messieurs eussent pris congé.

Quand ces messieurs eurent pris congé, le salon se transforma en amphithéâtre de dissection. Lacuzan fut étendu sur le tapis. On le coupa par la pensée en bons petits morceaux, et ma foi, une heure après, on s'en léchait encore les lèvres!

Mais il nous faut laisser les vicomtesses antropophages poursuivre le chevalier de Badabrux.

En quittant le salon, Badabrux avait

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saisi Poilbriant au collet pour lui réciter le monologue d'Orosmane.

Poilbriant essaya de résister à cette redoutable poésie; ce fut en vain, le monologue tout entier y passa.

Mais au lieu de recommencer ensuite la mort de César ou les imprécations de Cly temnestre , Badabrux eut la miséricorde de rentrer dans le cher chapitre des cancans.

Il avait à raconter tout ce qui s'était dit chez Guillemilte, les vicomtesses ne l'ayant point laissé parler. Cela fut long.

La brune était tombée. 11 faisait grande nuit quand Poilbriant s'arrêta à la porte de son hôtel, dans la rue aux Foulons.

Badabrux, qui n'était pas riche, demeurait plus haut, dans le faubourg d'Antrain.

fOi tt (hairaï:

II y avait un honiiîie qui suivait Poilbrianl et Badabiux depuis la place SainlîSauveur. INi l'un, ni l'autre ne l'avait remarqué.

Cet homme était entièrement velu de noir. II marchait la tète nue et portail fiéquemment la main à son iVont, connue un poète ou comme un fou.

Tantôt il s'éloignait, de guerre lasse; tantôt, quand certains noms revenaient dans les connnérages de Badabrux, il s'clançait pour écouler mieux.

Ces noms étaient ceux de Lacuzan, de Marielle, — et surtout le nom de la Ghaumel.

Ce n'était pas un voleur, assurément; ce n'était pas non plus un maniaque. —

Quand ii [mssail sous les rares rêver-

Dh VIXO'lllS. !"'>

bèies échelonnés dans les rues déjà désertes, la lumière éclairait une longue chevelure noire, un front pur, un jeune el beau visage.

Le visage de notre voyageur de la montée de Vitré.

M. Adrien Ohaumei, doclcur en médecine.

INotre pauvre ami Pichenel.

Depuis une demi-douzaine d'heures que Pichenet était entré dans la bonne ville de Rennes, la tête lui tournait positivement. De droite et de gauche, il avait recueilli tant de bruits contradictoires, tant de commérages absurdes, tant d'impossibilités, tant de fables, qu'il ne savait que penser.

Tout cela bourdonnait dans son cer-

!()() LE CHATIAI^

veau malade. Tout cela se pressait, se choquait, se mêlait, de manière à former le chaos.

Lorsque Badabrux eut enlin lâché M. de Poilbriant à la porte de son hôtel, Pichenet continua de le suivre dans le faubourg d'Antrain.

11 Taborda au coin de la rue Saint-Melaine.

On peut réciter des fragments de tragédies et être très brave. Badabrux se bornait à l'une de ces deux habitudes-là.

En voyant venir à lui un honane dans ce quartier désert, il eut peur et pressa Je pas. Pichenet l'appela par son nom.

— Monsieur, répondit poliment Badabrux, je* n'ai pas l'avantage dt» vous connaîtie.

m: vi<:L(tiRS. 101

— J'aurais quelques questions à vous adresser, dit le jeune hoiniiie.

— La bourse ou la vie! pensa le triste Badabruxi - Voilà de ces questions que je ne peux pas soulîrir,

De fait, il y avait quelque raison de croire à une niécbanie aventure. A la lueur prochaine d'un lumignon placé au puichet des Visiîandines, l'adabrux pouvait distinguer maintenant son interloculeur, qui était l'ort en désordre et qui avait de l'égarement dans les yeux. Son frac noir était tout débraillé; il n'avait point de chapeau, et Badabrux s'était bien aperçu que sa voix tremblait.

— Il n'est peut-êti e pas encore bien endurci, ce jeune brigand! se dit-il.

Puis il ajouta tout haut :

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— Mon ami, ce n'est guère l'heure d'adresser des questions. . Puisque vous savez mon nom, d'ailleurs, vous ne pouvez point ignorer que je suis un bien pauvre gentilhomme.... Ma bourse est plate comme une galette de blé noir... Ainsi, mon ami, cherchez fortune ailleurs, et laissez-moi passer mon chemin, je vous prie.

Pichenet n'avait pas le loisir de se for-

« maliser. On le prenait pour un coupeur

de bourse; on ne le lui cachait pas. Cela

l'émut médiocrement.

— M. de Badabrux, dit-il, je n'en veux point à votre bourse. Je vous ai entendu tout à l'heure parler de choses qui m'intéressent au plus haut degré...

JBadabi ux iil un pas en arrière...

Î>F ViXOURS. 100

L'idée d'une affaire d'iionneur lui traversa l'esprit.

— Ail! ma langue! réfléchit-il, — ma scélérate de langue!... Au fait, ce garçonlà est habillé en gentilhomme!,.. 11 a une épée au côté...

— Mon digne monsieur, s'interrompitil ; les propos s'enflent en passant de bouche en bouche... Croyez que je n'ai pas eu l'inlenlion de vous oflenser... Dans tous les cas, je vous supplie de vouloir bien accepter mes excuses.

11 fit un pas pour aller outre.

Pichenet l'arrêta par le bras.

Prétendriez -vous user de violence !

commença liadabrux ; — il y a des gardes de nuit sur la place Sainte-Anne, monsieur. .

i i 0 LE CHATRAH

— Eh ! inonsienr, s écria Pichenet, je n'en veux pas plus à votre vie qu'à votre bourse! je suis natif de Rennes et vous )ne connaissez bien, puisque ma pauvre mère a entretenu vos pouipoints autrefois — pour l'amour de Dieu!

— Oh ! olî ! l'a Bad.'ibrux en se ledressanl, je ne te reconnaissais pas, mon fds.

11 mit le binocle à l'œil et toisa Pichenet avec une parfaite impertinence.

— Le petit de la Chaumel, pardieu! reprit-il, — et tu cherches une condition, n'est-ce pas?... Mais où diable as-tu volé ce frac de velours noir, Goquignet?... Trognotet?... Jacquinet?...

—Pichenet, rectifiale jeune hommesans s'émouvoir davantage.

»ri VELOURS. i i 1

— Piclicnet , c'esl cela.... où as -in volé?...

— Je ne cherche pas de condirion, M. de Badabnix, interrompir le jeune homme le plus tranquillement du monde; — j'en ai une assez bonne, qui me permet de })ortei' conmie cela des iracs de velours sans les voler.

. — Vraiment?... ah! oui-dà, oui-dà!...

Et quelle condition avons-nous ? nions Pichenet?

— Premier aide du médecin oïd inaire de S. M. le roi Louis XV.

Badabrux ôfa, ma foi, son vieux chapeau.

— Ohî mais '... dil-il, oh! oh! ohî... Eli

hien!... de quoi!... palsand}leii'... Du mé-

. decin ordinaire de Sa Majesté!... Voilà une

il '2 Î.K CHATPAU

histoire !... Mon cher monsieur Chaiimel, j'avais toujours prédit que vous iriez loin... et je vous prie de me croire le phis dévoué de vos serviteurs.

A l'enseigne du Coq-Hardi, sur la place Sainte-Aune, vis-à-vis de la petite église Saint-Auhin, on donnait à boire et à manger, outre bon logis à pied et a cheval.

r était une salle basse au plafond noirâtre, formé de soliveau^, entre lesquels vivait en paix tout un peuple d'araignées, gorgé de mouches, de cousins, de cloportes, de toutes les bêtes enfin qui aiment la chaleur humide.

On y respirait un bon air bien épais, tout imprégné des émanations de la pipe et du cidre aigre.

Badabrux n'était pas fier, depuis que

DK VELOURS. 115

la table du marquis de Noyai lui manquait.

Il s'invita à souper au Coq-Hardi avec ce digne M. Chaumel, premier aide-médecin de Sa Majesté.

Une éclauche de mouton fut servie avec une bidouillée de lard aux fayots.

— Jarnigodichon ! mon jeunecamarade, disait Badabrux en attaquant une pinte de vin de Nantes, — je n'aurais jamais cru vous revoir si grand et si galamment découplé!.,. Savez- vous que vous êtes le plus beau garçon <1p Rennes à l'heure qu'il est!

— Je vous ai dit ce que je désirais savoir, M. de Badabrux, interrompit le jeune médecin.

— Très bien, M. Clianmel, tjès bien!... M. ^

i 14 hV. CHAÏFAU

l'tvous auriez cherch»^ longtemps, je m'en vante, avant de rencontrer nn honmie renseigné comme moi... Le vieux Lapierre vous a donc appris que Malbrouk s'était échappé de l'hôpital Saint-Médard... l'incendie de la cabane qui était là-bas derrière l'hôtel de Noyai.,, la disparition de la Chaumel... je veux dire de madame Ciiaumel , votre respectable mère... je vous apprendrai, moi, que Lacuzan a (Iranglé sa femme avec un lacet de soie...

— Que dites-vous!... s'écria Pichenet qui bondit, tout pâle, sur son banc

— J'ai vu une personne qui avait vu le lacet, dit froidement Badabrux ; je vous apprendrai que la femme de chambre de la malheureuse comtesse a été coupée en morceaux et enterrée daiks une valise de cuir... .Je vous apprendrai que Mlle Blan-

DE VELOURS. Wtt

(lie (Je Noyai a probablement trempé dans tout cela, à cause de la passion criminelle que lui inspirait son beau-frère...

— Mais, monsieur !... vous ne songez pas à ce que vous dites?

— N'est-ce pas que c'est drôle 1 dit Badabrux triomphant; — quanta l'authenticité de ces divers renseignements, elle est complète... Marielle, — j'ai le droit d'appeler ainsi la victime, en ma qualité d'ami de la maison, - Marielle a disparu, il y a aujourd'hui dix-sept jours... Depuis ce temps-là, toutes les personnes qui ont tenté d'approcher le Tombeau de velours ont été enlevées et problablement assassinées...

Vous croiriez qiie ma mère?... interrompit encore Pichenet.

i'H) LH CHATFAÎ

— Voici exactement ce qui s'est passé pour votre mère, répondit Badabrux, qui passait à la béflouillée de lard, après avoir, au préalable, dévoré i'éclanche de mouion, — votre n\ère parvint à s'échapper de la maison incendiée, cela est positif... J'ai visité les lieux, pour pouvoir en parler savamment,.. Eîlo prit les derrières de la rue Hue et gagna la forêt, où elle se cacha, toujours poursuivie par ce réprouvé de Malbrouk, qui avait juré de lui écraser la tête entre deux pierres, lis ont joué ainsi à cache-cache dans la forêt pendant plusieurs jours. Ceux qui ont vu Malbrouk sans pouvoir jamais l'arrêter, prétendent qu'il répète dans sa foiie furieuse : Je l'ai touchée l je l'ai touchée! Est-ce de votre mère qu'il parle? Je n'en crois rien. En tous cas, celle-ci (\'^l tombée de Chnrvbde

1)1. \KL()ii;s. 1 17

en Scylla diinaiiclie au soii- un Imuli ina-

lin ; car pour cclKipper à la persécution de

Malbrouk, elle est entrée au château de

Bai bebleue en même temps que mademoi- >,

selle Blanche.

Piclienet s" leva et pava l'e'coî.

Dépouilh' de ce quil pouvait avoir d'exiravagant, le iécit de Badabrux, était infiniment plus clair que cet inextricable faisceau de cancans, rassemblé |)ar le jeune médecin. de{)uis son arrivée à Rennes.

L'entrée de la Chaumel au château du Grail, en compagnie de Blanche, était, au demeurant, une chose vraisemblable.

— Attendez donc! s'écria Badabrux en le voyant se lever, je ne vous ai pas dit le quart de ce que je sais... Le lieutenant

de roi va mettre le siège devant le château de Barbebleue... On nettoie les canons de la ville à l'arsenal... Et Coëtlogon... je ne parle plus du lieutenant de roi, mais de son neveu, le petit Albert, a juré qu'il incendierait le château si mademoiselle Blanche...

Pichenet était déjà à la porte.

— Attendez donc! répétait Badabrux; — j'aimerais à vous consulter pour une misérable sciatique que j'ai gagnée à l'armée...

Jamais il n'avait mis le pied à l'armée, l'honnête homme !

— Attendez donc... Au diable! le voilà parti, ce fils de louve'... \\ est capable d'aller se faire casser la tête dans les fossés du Tombeau de velours... Hola, Cocotte î

DK YI-.UU'US. 11')

Cocotte était une tille immensément malpropre, qui était la maritorne de l'auberge du Coq-Hardi.

Elle vint à l'appel de Badabrux.

— Combien t'a-l-il donné pour î'écot, ma belle blonde? demanda Badabrux.

Cocotte, qui était rousse, répondit :

— Un écu de six livres.

— C'est cela, ma belle blonde!... Deux pintes de vin de Nantes de huit sols... une éclanche de mouton, quinze sols, ce qui donne trente-trois... douze sols de bédouillée au lard, cela nous fait quarantecinq sols... Rends-moi donc trois livres quinze sols, et je te donnerai six blancs pour la peine.

\:li} LF. CIJ.VlhAl

Picheiiel venait lie inoiiler à cheval et coûtait au galop dans la direction de ce terrible manoir qu'on appelait le Tombeau vcloins.

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