‹ Le château de VeloursChapitre 20 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'antre de Barbeblene.

C'était une chambre entièrement tendue de velours bleu sombre. Les fenêtres, fermées par de doubles rideaux de mousseline des Indes, sur lesquels retombaient de longues draperies de velours, laissaient a peine souidrc quelques rayons, adoucis.

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Lfs meubles et les ornements de celte cluiiiibre avaient une gràee exquise; on sentait dans les moindres détails la recherche délicate, 1 attention amoureuse.

C'était comme un })elit temple charmant (jui parlait de cette belle tendresse légitime, <que Dieu encourage et bénit, — de cet amour, le plus cher de tous, qui se sanctifie dans ia famille et dans la religion, — de cet amour que raillaient trop volontiers les marquis philosophes et poudrés du' siècle oiî se passe notre histoire, mais qui est, en somme, l'amour des honnêtes gens, le salut des races, la sauve-garde des mœurs, l'honneur et le bonheur de la famille.

Ces chers îuarquis , encyclopédistes quand ils avaient assez d'esprit pour cela, sinon courtisans héliètés du preniiei' fa-

DK VILOl'US. I,),»

quin qui trciiipaU sa plume mal taillée dans rencrier révolutionnaire ; — ces petits nigauds satinés, pomponnés, sémillants, qui accommodaient le blasphème à l'eau de tubéreuse , qui liedonnaient de leur petite voix maigrelette et cassée les sales impiétés des bigots du néant; — ces magots de France que la Chine eût payé un prix fou et qui finirent par avoir la tête coupée comme des hommes, ne représentent pas phis la noblesse l'rançaisc (jue M. Mayeux ne représente respèce humaine.

C'étaient des excroissances, des champignons , de purs et sinjples cryptogames.

Les tils de M. de Voltaire, leur idole, iiuh aux neveux du tendi'c Kouî^seau, les

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,^uiJiutinèreiit un beau jour, quand il eùl suffi (Je leur donner le fouet.

On dit pourtant qu'à l'heure delà mort, tous, ou presque tous, se redressèrent, trouvant une goutte de bon sang dans leurs veines. C'est apparemment que nos genlilhommesont beau s'encanailler avec toute sorte de marauds , ils ne peuvent pas désapprendre à mourir !

La chambre où nous entrons était évidemment le lieu réservé , le sanctuaire de ces joies graves et douces qui ne se' trouvent point hors du mariage. C'était là que Marielle de Noyai, cette pauvre victime, selon le dire des gens de Rennes, et le comte Henri de Lacuzan, ce tyran implacable, avaient été bien heureux pendant quatre années.

Ils s'aimaient uniquement et sincère-

m VELOUUS. ioo

liieiil suivant la ditréreiice île leur na ture.

Marielle était dévouée à son mari. Elle l'admirait parfois; elle l(^ respectait un peu.

Nous n'oserions donner le nom de passion à cette tranquille tendresse.

Le comte Henri adorait Marielle avec toute la fougue de la première heure.

Et l'amour du comte Henri était aussi profond qu'il était ardent.

11 était jaloux cet amour, seulement parce qu'il était excessif.

Le comte se disait en elïét parfois, en contemplant cette beauté sans pareille qui rayonnait sur le jeune visage de Marielle : — Ils sont là, tous, autour de mon trésor!... Mais Lacuzan eût mieux aimé

nioui'ii" que de montrer un soupçon à Marielle.

Pourquoi les récils du bonheur sontils impossible^? En conmiençant celte page , nous voulions dire lu lélicité de deux époux qui s'aiment, et notre plume s'arrête aux premières lignes.

Pourquoi?

Hélas ! il faut de vrais poètes pour célébrer dignement le calme heureux, pour montrer l'aïubroisie qui coule goutte à goutte, sans jamais s'arrêter, sans se presser jamais.

De nième qu'il laudrail un JUdud artiste pour peindre une simple prairie, bien \aste et bien émaillée de marguerites. . ^

L'art vulgaire îie va [tas jusqu'à ces suaves tableaux.

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Eu voyant ce nectar conler goutte à goutte, le lecteur dirait : 0 fastidieuse liqueur , taris bien vite ou emplis la coupe!

A la prairie verte, les rapins crieraient : Epinards ! épinards !

Nous sommes ainsi faits. Tous nos sens repoussent avec énergie la représentation de la prospérité tranquille.

Le pinceau met des feuilles rougies à l'arbre verdoyant et brûle le gazon des prairies.

La science de Beethoven risque des dissonnances hardies, et inquiète l'oreille avant de la charmer.

Nous ne savons pas, imparfaits ou blasés que nous sommes , percevoir la douceur monoione.

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Et peut-être que ces régulières suavités sont naturellement au-dessus de nous, puisque Dieu mit les mauvais conseils de l'ennui au Paradis terrestre.

Voici donc tout ce qne nous dirons : Après quatre années de bonheur, Lacuzan et Marielle étaient encore heureux.

Marielle avait vingt-deux ans. C'était toujours la plus belle créature du monde.

Lacuzan passait ses heures ravies à la contempler.

Ceci, quinze jours avant le moment où notre histoire se renoue.

Depuis lors...

Vn soir, Maiielle était rentrée toute

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tremblante de sa promenade dans la forêt.

Elle était si pâle , il y avait tant d'égarement dans ses yeux que ceux qui la virejnt monter le perron du château eurent peine à la reconnaître.

Ses beaux cheveux blonds dénoués flottaient sur ses épaules.

Sa robe était déchirée.

Au dire des valets qui lui ouvrirent la porte, son poignet délicat était meurtri, comme si une main d'acier l'eût écrasé brutalement.

Marielle entra en chancelant et tomba" évanouie sous le vestibule.

Evidemment quelque chose d'étrange s'était passé, - <}uelque chose d'éirange cl de sinistre.

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Mais personne ne sut expliquer le mot lugubre de cette énigme, car personne, depuis ce soir-là , ne revit madame la comtesse de Lacuzan.

Ce fut une vie nouvelle qui commença et qui ne ressemblait point à la vie heureuse et libre d'autrefois.

Le chîileau fut tianché en deux parts.

Dans la première, que M. de Lacuzan fit tendre en velours, comme déjà nous l'avons dit plusieurs lois , Marielle , sa femme de chambre, Blanche de Noyai et les vingt dragonsLacu/aii vivaient séparés du reste de la maison.

Lacuzan et les dragons sortaient.

Mais les dragons ne connaissaient nullement le myslère des chambres iniérieures.

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Ils faisaient la garde et avaient charge (l'accumuler les provisions de toutes sortes, comme si on eût été clans une citadelle assiégée.

Quant à la comtesse, sa femme de chambre, Blanche et une pauvre vieille qui était venue avec mademoiselle de Noyai, c'est connue si ell<^ n'eussenl plus été de ce monde. v

Une circonstance que les nouvellistes do Rennes oinettaienl, et qui aurait pu fournir pourtant de l)ien excelienls havardages, c'est que le comte Henri avait fait griller toutes les fenêtres de la partie du château habitée par sa femme.

A tout prendre, Barbebleue n'était qu'nn enfant, auprès de ce Lacuzan !

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