‹ Le château de VeloursChapitre 24 sur 27 · I.e feu avait gagné l'armoire, qui était · texte numérisé non relu

I.e feu avait gagné l'armoire, qui était

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derrière le lit ; — la muraille de planches vermoulues se noircissait.

Je donnai mon iune au bon Dieu, et je lui dis de protéger mon pauvre Adrien, car le raie me prenait.

Je parvins cependant à me traîner jusqu'à la porte, et j'eus un peu d'air.

Il avait trouve une cruche du vin que mademoiselle Blanche m'avait envoyée.

II la vidait à même dans son gosier.

— Oh! la femme! dit-il en riant, — lu bois de bon vin, maintenant que je ne suis plus là !

Dieu m'envoya une boniie pensée, et je m'écriai :

— Sauve au moins l'aigent qui est dans le bahut.

Je n'avais pas plutôt parlé qu'il frap-

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pait le bahut à coups redoublés pour l'ouvrir. Le bahut contenait cinq ou six pièces de six livres de l'aigent que m'adressait mon Adrien...

Grâce au bruit qu'il faisait, je pus enir'ouvrir la porte sans exciter son attention, et me glisser dehors. Mais le vent s'engouffra par l'ouverture de la porte et les flammes s'élancèrent jusqu'à la charpente qui flamba comme une poignée de paille.

Malbrouk s'entêtait à vouloir forcer le bahut.

Comme j'arrivais au mur du jardin de l'abbaye, j'entendis un grand bruit derrière moi. C'était la maison qui s'abîmait en lançant une gerbe de flamme jusqu'au ciel.

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Parmi ces iïammes ardentes, Malbrouk, tout noir, gambadait et gesticulait comme un démon.

Il avait réussi à forcer le bahut. Le cri qu'il poussa au milieu de l'incendie était un cri de triomphe.

Moi, je descendis jusqu'à la rivière et je suivis les bords, tant que je pus, derrière les aulnes et les saules. Le jour vint avant que j'eusse atteint la forêt, et je fus obligée de me cacher sous les branches, car je savais que Malbrouk me suivait à la piste pour m'achever.

Je passai deux jours dans la forêt srais manger ni boire, et je serais morte de faim, si Dieu ne m'avait envoyé le bon ange de notre maison, — celle qui le sauva autrefois, Pichenet, après t'avoir

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nourri longtemps de ses bienfiiils, — celle qui a donné du pain à ta mère après ton départ... Mademoiselle Blanche !

J'entrai au château avec elle.

îlélas! dès que je fus entrée au château, je compris ce que Malbrouk avait voulu dire par ces mots : Je la toucherai î je la toucherai !...

La Chaumel se lut.Pichenet efïleurade ses lèvres le bas de la robe de Blanche.

Une heure après, Pichenet était de nouveau seul avec mademoiselle de Noyai.

Il faut croire quejla Chaumel avait un peu refait la toilette de son fds, car M. Adrien avait tout l'air, maintenant, d'un jeune médecin honnête et bien couvert.

— 11 y a malheureusement du vrai dans tous ces bruits qui courent, lui disait

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Blanche, poursuivant une conversation commencée, et cela finira par quelque sinistre événement... Mon pauvre père est aflaibli par l'âge et d'ailleurs Lacuzan refuse absolument de le mettre dans la confidence... Vous verrez, M. Adrien, qu'il y aura du sang au bout de ces extravagances !

Ce n'était plus la vierge espiègle et rieuse. 11 y avait une intelligence grave dans ses yeux, et son front charmant se chargeait de tristesse.

Elle secoua lentement sa tête bouclée.

— Pauvre Marielle ! reprit-elle ; — j'étais tout enfant quand on prononça pour la première fois chez nous le nom du Mal d'Enfer. Je me souviens qu'elle devint plus pâle qu'une morte et qu'elle tomba

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sur un fauteuil en poussant un cri d'épouvante... C'était un pressentiment, et ce pressentiment ne l'a jamais quittée.

Picbenet était comme absorbé dans ses réflexions.

— Voici le billet que je reçus dimanche dernier, poursuivit Blanche.

Elle tira une lettre de son sein et lut :

« Ma chère sœur,

» Je ne vous demande rien, sachant ' î que votre cœur vous conseillera mieux * que moi. Un affreux malheur est tombé i sur nous. Je ne puis vous donner d'exr> plication par écrit. — Marielle a grand > besoin de vous, mais, comme il s'agit » de sa vie, je dois vous prévenir qu'une

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» fois entrée au chaîeau vous n'en pour- 3> rez plus sortir.

» Priez pour nous.

» Lacuzan. »

Pichénet écoutait plus avidement.

Blanche reprit :

— Je savais que M. Albert de Coëllogon devait se battre le lendemain matin avec M. de Talhouët pour ce pauvre Lacuzan, c'est à dire pour moi.

Mais je connais si bien Lacuzan! Pour qu'il m'écrivît une lettre semblable, il fallait qu'un malheur, — un affreux malheur, en effet, fût dans sa maison... Car je ne vous ai pas lu le post-scriptiim, monsieur Adrien ; le voici :

« Ma sœur, si vous venez, il faut que

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> tout le monde ignore votre démarche; j» vous viendrez en secret, sans vous ou- » vrir surtout à M. le marquis de Noyai,

> notre père. »

— C'est étrange !... murmura Piclienet.

— Oui, dit Blanche, — c'est étrange. Je partis au milieu de la nuit...

— Toute seule? interrompit encore Pichenet.

— Toute seule... je sais la route de la forêt.

—Mais... pour entrer au château à cette heure ?...

— Si je connais Lacuzan , I^acuzan me connaît... 11 m'attendait.

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