LA FAMILLE FORGET
montrait au pays et la bienveillance qu’elle témoignait aux plus petits. Ils étaient heureux de la demander pour tenir leurs enfants sur les fonts, et elle s’empressait d’accueillir leur requête; au mois d’octobre 1608, « noble dame Anne de Beauvillier » était marraine avec « honorable homme Austremoyne Claude. »
Bientôt, hélas! la mort vint jeter son voile de deuil sur cette félicité sans nuage. Le seigneur de Yéretz décéda en 1610, l’année même de la mort de Henri IY, lequel, nous avons vu, l’ honora du titre de conseiller et de secrétaire de ses commandements. Il reçut la sépulture dans l’église abbatiale de Montmartre près de Paris. Ce monument, qui intéresse vivement les archéologues et vient d’être l’objet de restaurations, fut choisi sans doute en raison des souvenirs qui le rattachaient à la famille du défunt. Claude de Beauvillier, sœur d’Anne, fut religieuse dans ce monastère, et sa seconde sœur. Marie, née une année plus tard en 1574, après avoir été coadjutrice desa tante Anne Babou à Beaumont-Iès-Tours, devint abbesse de Montmartre sur le choix exprimé par Henri IV. Anne vécut encore de longues années. En 1633, elle donna à son neveu François de Beauvillier les seigneuries du Fresne et d’Olivet avec la moitié du Fau et d’autres biens, en se réservant l’usufruit ; elle y mettait la condition qu’il accepterait les charges de son testament jusqu’à concurrence de 12.000 livres. Anne de Beauvillier mourut en 1636, à l’âge de soixante-dix ans, et fut inhumée à côté de son mari. La Révolution a détruit leur tombe avec épitaphe qui se voyait dans l’église de Montmartre.
Pierre Forget, « propriétaire total de la terre de Yéretz, » était mort sans laisser d’enfant de sa femme Anne de Beauvillier. Son frère le suivit dans la tombe l’année d'après, et le domaine de Vérelz avec une partie des biens échut à ses sœurs ou leurs ayants droit. On se rappelle que Marie Forget avait donné sa main à Jean du Faultray, Jeanne avait pris un de la Barre, Françoise avait épousé un de Girard, et Anne s’était mariée à un de Besnard.
Par l’organe de l’une de ces nobles héritières l’histoire de Véretz touche à la célèbre maison de La Vallière. Ce nom, sur lequel le regard épris du Roi-soleil a projeté comme un éclat magnifique, fixe trop vivement l’attention pour que l’on ne s’y arrête pas, en faisant observer quel lien existe entre la famille de la belle Françoise-Louise et notre domaine.
Sur le versant méridional delà riante vallée de la Brenne, paroisse de Reugny, se dresse, dans sa silhouette à la fois élégante et robuste.
le château de la Vallière. Laurent de la Baume le Blanc, originaire du Berry, acquit cette terre en 1542 et transforma le manoir en une agréable résidence avec tourelles, douves et pont-levis dont il reste plusieurs parties, comme la porte d’entrée avec ses deux tours. Le
domaine fut possédé successivement par ses deux fils Jean et Laurent IL Jean remania le castel dans la seconde moitié du xvie siècle et le dota notamment du vestibule, du couronnement de l’escalier, avec jolie lucarne et de belles cheminées. Sur l’une de celles-ci on remarque une peinture dans laquelle un gentilhomme est assis en plein air, ayant debout près de lui sa femme et une autre personne qui pourrait bien être sa nourrice. Un groupe se tient sur la droite, composé de chambrières. de paysannes et de demoiselles d’honneur, les unes debout, les autres assises, celles-ci et celleslà occupées à des travaux domestiques à l’exception d’une jeune fille qui tient un chien sur ses genoux, et qui a un air de parenté avec la dame du lieu. Sur la gauche, sous un arbre un Amour tire de l'arc dans une sorte de cible. Le costume du seigneur et celui de sa femme nous autorisent à y saluer les châtelains et à placer cette œuvre vers le deuxième tiers du xvie siècle. I,,a manière et la précision des figures dont plusieurs sont manifestement des portraits, l’ensemble et les détails nous portent à y voir un travail de François Clouet, ou du moins de son école. On sait que le célèbre peintre tourangeau occupait près du roi le poste de « valet de chambre, » tandis que Adam était « maîstre d’hostel de la reine » et que Jean de La Vallière remplissait la fonction de « maistre d’hostel du roi. » L’artiste, pour complaire au gentilhomme, aura peint ce sujet, à la fois historique et allégorique, en souvenir du mariage avec Charlotte Adam, fille de Jean Adam, conseiller du roi et maître d’hôtel de la reine.
La mémoire des deux fiancés se retrouve sur unecheminée agréablement sculptée avec leurs initiales entrelacées JB CA, et l’inscription