LES BOUTHILLIER
Paris conféra la tonsure à Armand le 21 décembre 1635, et Denis-François rendit le dernier soupir le 16 septembre 1637. Aussitôt, l’appui du prélat Jean de Gondi fit passer le canonicat in minoribas de Notre-Dame au jeune tonsuré, et cette faveur fut suivie, à bref délai, par la concession des autres bénéfices détenus par l’abbé François, je veux dire — outre le prieuré de Saint-Glémentin en Poitou, possédé dès 1635 — le prieuré de Boulogne près de Chambord, les abbayes de Notre-Dame du Yal, de Saint-Symphorien de Beauvais, et de la Trappe.
Cependant l’archevêque de Tours désirait fort que la terre de Véretz fût au pouvoir de sa famille Son frère, tenté par les charmes du domaine, par le voisinage de la ville épiscopale en même temps que par la perspective des dignités qu’il pouvait encore espérer de ce côté pour son fils, se mit en devoir de l’acheter. L’affaire fut conclue au cours de l’année 1637 ; à partir du mois de juin, il^acquit successivement la quote-part de chacun des héritiers. Tout d’abord,
Denis le Bouthillier acheta des sieurs de Rezé et de Girard leur moitié du domaine, « à la charge des droits et debvoirs seigneuriaux et féodaux envers l’archevêque de Tours, dont la dite terre relève à cause de sa seigneurie de Larçay, et des autres rentes foncières et charges. » Puis. Claude de la Barre, conseiller et aumônier du roi, abbé de Pontéon, céda la cinquième partie. De son côté, Michel du Faultray fit affaire par l’organe de Guillaume Besnard, sieur de Rezé, conseiller au parlement, « au nom et comme procureur de Pierre le Blanc, écuier, sieur des Roches, conseiller du roi président et lieutenant criminel au baillage et siège présidial de Tours », qui était tuteur du dit enfant mineur. Ce jour-là, Denis acquit « le tiers ou quart franc et quitte des arrérages et d’entretenir le bail fait à Pierre Rouillé pour 2.500 livres. En retour, il céda à Michel du Faultray 398 livres 3 sols de rente, convertissable au denier dix-huit en la somme de 7170 livres 13 sols 4 deniers. Cette somme est dite « à prendre et faisant partie de 2500 livres tournois de rente vendue et constituée au sieur de Rancé par Jacques Mesme, con-
Cathédrale de Tours d’après une gravure du xvmP siècle.
seiller du roi, demeurant à Paris, au nom et comme procureur de très puissant et très illustre prince Mgr César duc de Vendôme, de Mercœur, de Penthièvre, de Beaufort et d’Estampes, prince de Martigni, pair de France, et de très haute et très illustre princesse Madame Françoise de Lorraine, duchesse et princesse des dits lieux. »
Le 30 août de la même année, le seigneur, moyennant 398 livres 13 sols 4 deniers, acheta encore un douzième de la terre à Edme d’Argy, seigneur de Mesmes, et à sa femme Marie du Faultray ; à Julien Chalopin, sieur de la Boisderie, conseiller du roi et contrôleur général des linances à Tours, mari de Charlotte Le Blanc; à Louise Le Blanc, veuve de. Gilbert des Roches, seigneur de Genneteuil, et à Laurent de Renard, chevalier, seigneur de Courtemhlay et époux de Geneviève Le Blanc, Dans la suite, le Bouthillier acquit d’autres portions de Adam de la Barre, président aux enquêtes ; de Jean de la Barre, trésorier de France à Bourges, et de « damoiselle Lancelotte de la Barre, veufve de Nicolas de Rumet, conseiller du roi et lieutenant général à Beaugé. » De celle-ci M. de Rancé acheta « une cinquième partie et portion au tiers du quart par indivis de la maison, terre, seigneurie et châtellenie de Véretz, qu'elle tenait par héritage partiel de Johanne Forget sa mère, elle-même héritière en partie de Jean Forget, sieur du Fresne. » Dans cette affaire, Denis le Bouthillier baillait 79 livres 12 sols 7 deniers à prendre sur la rente constituée dont il a été question plus haut. Enfin Marie Poulin, femme de l'avocat Jean Philbert, en son nom et au nom de son mari, fil transport à Denis le Bouthillier « du droit d’aînesse appartenant au dit sieur Philbert en la succession de deffunte Marie delà Barre, sa mère. » (1)
Ainsi se trouvait reconstituée l’intégrité de la terre de Véretz. Dans un fait de ce genre il y a comme une résurrection morale de nature à sourire à l’observateur, qui se plait à suivre l’évolution d’une seigneurie aussi bien que d’une famille. Autant on ressent de mélancolie à voir dépecer une terre en laquelle se résument et, pour ainsi dire, se personnifient les initiatives, les traditions, les deuils et les espérances de plusieurs générations, autant on éprouve de joie en voyant les membres épars se réunir pour revivre le passé avec son patrimoine accru des apports du présent et de l’avenir. C’est comme la repoussée, sous les tièdes effluves du printemps, des rameaux détachés par l’effort des autans et par la bise glaciale de l’hiver.
(1) Bibliothèque de Tours, ms. 1315.