LE DEC DE MAZARIN
entière et une grande santé, et recherché jusqu’à la fin comme il l’avoit été toute sa vie. » (1)
Et maintenant nous devons rétrograder de quelques années. Afin de ne pas fragmenter la carrière si émouvante de la duchesse de Mazarin, nous avons dû renvoyer toute une série de faits qui se rapportent plus directement à l’histoire de Véretz. Après avoir assisté au dernier soupir d’Hortense, nous revenons à ce qui touche son mari et le château des bords du Cher.
Le duc de Mazarin ne fut pas contrarié seulement du côté de sa femme. Sa fille Marie-Charlotte lui causa de la tristesse par suite de son mariage, dont le point de départ fut quelque peu romanesque. Si nous recourons encore une fois à Mme de Sévigné, elle nous apprendra une intéressante nouvelle dans une lettre du 23 décembre 1G82. « M le marquis de Richelieu, écrit-elle, a enlevé Mlle de Mazarin de Sainte- Marie de Chaillot. Elle court avec son amant qui, je crois, est son mari pendant queM. de Mazarin va consulter à Grenoble, à la Trappe, et à Angers s’il doit marier sa fille. Le moyen de ne pas perdre patience avec un tel fou? Cependant, quoique tous les parents assistent au mariage, le Mazarin ne laisse pas de pousser les informations. » De quel Richelieu s’agit-il ici et quel est ce chevalier par qui le duc prétend sceller une seconde fois l'alliance entre les familles des deux célèbres cardinaux-ministres ? On saitqu’une sœur du cardinal de Richelieu, Françoise, mariée à René de Wignerod ou Yignerot, eut un fils François qui fut père, entre autres enfants, de Jean Amador, marquis de Richelieu et lieutenant général des armées royales. De ce dernier sortit Louis-Armand, marquis de Richelieu et premier duc d’ Aiguillon. Ce n’est que plus tard que le marquis de Richelieu prit le titre de duc d’Aiguillon, sous lequel nous le retrouverons. La nièce bien connue du cardinal de Richelieu, Mme d’Aiguillon, sœur de François dont il vient d'être question, avait transmis le duché à sa nièce Marie-Thérèse de Richelieu, dite d/lle d'Agénois, « mélange de grand monde et de retraite ». Celle-ci morte, célibataire, le légua à son neveu, le marquis de Richelieu, qui nous occupe. En attendant, le gentilhomme d’allures entreprenantes prétendit à la main de l'aînée des demoiselles de Mazarin et l’obtint à la façon de Roméo. Les fiancés allèrent abriter leur union près delà frontière. Durant deux années le duc de Mazarin refusa
(1) Mémoires de Saint-Simon, t. IV, p. 181.
absolument de leur pardonner. Enfin sur les conseils de ses amis, en particulier de l'abbé de Rancé, en qui il avait une grande confiance, il consentit à se relâcher de sa rigueur. Il promit d'oublier et donna cent mille francs au marquis avec le gouvernement de la Fère, à la condition qu’aussitôt leur rentrée en France, on procéderait une seconde fois à la célébration du mariage.
Moins romanesque fut l'existence de Paul-Jules, qu’IIortense Mancini avait mis au monde le 25 janvier 1 6 6 G . Il avait avec sa mère une grande ressemblance de visage, ce qui sans doute ne va pas sans quelque analogie de caractère et d’inclination. De bonne heure il fut entouré des sympathies empressées des membres de sa famille
et des gentilshommes des plus hautes maisons. Il n’avait pas encore atteint quinze printemps lorsque son portrait lutexécuté par le brillant peintre Bon de Boulogne, dit « l’aîné ». De son burin lumineux Gantrel s'empressa de le graver en 1679, dans un ovale in-folio avec la légende : M. de la Meilleraye, due et pair de France, et la mention : Bon de Boulogne pinxit — Stephanus Gantrel sculp.
1679 — offerebat Joannes Le Goué.
1679. Au-dessous sont les armoiries du jeune homme et aux angles des médaillons allégoriques dans lesquels se voit une aigle. A la partie supérieure , c’est l’aigle volant vers le soleil, avec la devise : « Et spe fulminis ardet » : et l'aigle dans les airs, avec celte autre : « Nec me labor iste gravabit. » A la partie inférieure, Faiglesur un rocher est entourée de la maxime : « Aul sole aul fulmine », tandis que ailleurs prenant son essor avec un autre oiseau elle a pour légende prophétique : « Quemcumque præcedes ».
Le jeune homme, à la figure agréable encadrée dans une ondoyante toison de cheveux et revêtu de la cuirasse, avait un air de noble assurance qui allait bien à ses aptitudes aussi bien qu à son origine. Ce dût être pour la duchesse sa mère, alors au-delà du détroit, une très douce satisfaction que de pouvoir contempler les traits de son