‹ Le chateau de VeretzChapitre 20 sur 42 · Crucifixion, à Mettray · texte numérisé non relu

Crucifixion, à Mettray

ARTS ET ARTISTES JUSQU’AU XVII' SIÈCLE

qu’à fixer les yeux sur Tours pour y trouver des virtuoses .consommés dans l’art de manier le ciseau. Nous ne doutons pas qu’il ne fit appel au talent des continuateurs de Colombe pour la décoration de sa demeure. Les statues et les bustes dont on aimait à orner les façades, les galeries et les intérieurs trouvaient dans la rue des Filles- Dieu des doigts capables de les modeler agréablement. La statue équestre du chevalier, qui fut placée au-dessus de la porte d’entrée, et dont il ne reste que le chef, pourrait bien provenir de cet atelier. Ce qu’il y a de certain c’est qu’une partie de la décoration fut confiée aux mains qui excellaient dans l’exécution des motifs empruntés aux rives de l’Arno.

A l’appel du seigneur, le ciseau de l’école florentine tissa ses fines arabesques sur les murs de l’église paroissiale, de la chapelle seigneuriale et du château. Un motif en terre cuite brisée, figurant la salamandre, emblème de François Ier, a été retrouvé parmi les débris de l’ancien manoir. L’extérieur et l’intérieur se parèrent des plus délicates broderies mises à la mode par les

Cheminée de l’hôtel Bohier, à Tours.

ouvriers tos-

cans. On les retrouve avec satisfaction à la façade de l’oratoire et sur l’arcade ouverte en manière d’enfeu, que nous avons dé-

Détails de l’autel de la chapelle du château (V. page tOli. Cri te précédem-

ment. Au-dessus de l’entrée primitive de la chapelle, l’élégance de la Renaissance s’épanouit dans les arabesques du panneau supérieur, tandis que les formules religieuses de l’époque nous sont transmises par l’inscription en capitales sur quatre lignes : A DIEV | DONNATEUR. CONSERVA- TEUR | DÉCORATEVR ET GLORIFICATEVR | DE LA VIE.

A l'intérieur de l'oratoire, les parois lurent décorées d’une série de médaillons en terre cuite, renfermant les bustes de profil du Christ et îles apôtres, dans lesquels le faire de l’école d’Outre-Mont se manifeste dans le modelé au profil gracieux et à l’expression délicate et nuancée, Le sujet se détache en relief et doré sur une sorte de tondo, peint en noir et entouré d’un chanfrein en forme de plume ou de palme, le tout mesurant 0m,50 c. Derrière la tète, se profile le nimbe en ovale à la manière florentine. Les médaillons sont encastrés au-dessous des lunettes et à une distance symétrique. Des six bustes du mur oriental, cinq ont le visage tourné vers le midi et le dernier, celui du côté nordest, regarde le septentrion. Il y en avait à droite et à gauche des fenêtres du sud et du nord, et ces derniers regardent vers le couchant ; mais, sur la paroi méridionale, ils ont disparu et l’emplacement vide a reçu une couche de peinture.

Le mur de l’ouest offrait une série en pendant à celle de l’est, avec cette différence qu'à cause de la porte primitive, on ne voyait que

trois médaillons, ayant la figure tournée vers le sud. Au milieu des douze apôtres, le plus voisin de la console du centre, figure le Christ, aux traits suaves et harmonieux, avec une tunique au collet attaché, particularité qui ne se retrouve pas chez les apôtres.

Ces médaillons, dont trois ont été enlevés et dont quelques autres ont été endommagés, constituent une décoration fort agréable qui se rattache au xvie siècle. Si elle n’est pas due à Jean de la Barre, tout au moins doit-elle être attribuée à ses héritiers, par exemple à son fils Antoine. Il n’y a pas à chercher bien loin la tradition qui a inspiré ce travail. La tête du Christ appartient à la curieuse série que I on observe àBonnivet, à Thouars et à Oiron. Introduit par les florentins dans l’ouest de la France, ce type bien caractéristique pourrait presque être considéré connue la signature des Betti, dits Juste pai suite du nom de leur ancêtre Giuslo. Quoiqu'il en soit, cette galerie demeure vraisemblablement comme un aimable spécimen de la sculpture en Touraine à

Trie du Chris!, lerre cuite, chapelle du château.

ARTS ET AUTISTES JUSQU’AU XVII' SIECLE

l’époque delà Renaissances. Les médaillons s’enlevaient naguère sur un fond de peintures formant autour de la chapelle une sorte de tenture aux couleurs harmonieuses, dont nous parlerons à propos de la décoration picturale. En attendant nous devons continuer à exposer ce qui concerne le rôle de l’ébauchoir. L’église paroissiale reçut, elle aussi, une élégante décoration. Outre les motifs que nous avons signalés aux portes, aux pilastres et aux consoles, on ornementa les murs de bustes en pierre des apôtres et du Christ en des médaillons de haut relief; celui du Sauveur, entre saint Pierre et saint Paul, est appliqué contre la paroi orientale de là chapelle du château. La vigueur du modelé et la justesse des proportions, dans une gamme différente des terres cuites de l’oratoire, ne laissent pas que de constituer une ornementation agréable.

Nous avons constaté plus haut, dans la seconde moitié du xvie siècle, une émigration croissante des maîtres du ciseau sur les rives de la Seine. Il ne faudrait pas croire cependant que la statuaire en Touraine fût absolument stérilisée par cette absorption grandissante de la vie provinciale an profit de la capitale. Il est vrai qu’en plus d’une circonstance on voit à l’œuvre des étrangers. On faisait appel aux artistes de Paris pour « tailler » les superbes tombeaux de marbre de Henri de Bourbon, à Chanpigny-sur-Veude, et des du Bellay, à Gizeux ; on se souvient en effet que celui de Martin du Bellay est signé « Nicolas Guillain, dit de Canbray ». Richard Ewards, dont le nom révèle l’origine, maisqui est dit « demeurantà Tours », exécuta en 1613 pour la confrérie des Ciergiers, une statue de sainte Geneviève et un. autre de saint Louis couronné, avec sceptre, bâton royal et manteau orné de lis et d’hermines, « enlevées en bosse », l’une et l’autre de quatre pieds et demi de haut. Cette dernière ne serait-elle pas le saint Louis conservé à Limeray et qui répond bien à ce signalement ? Le sculpteur Lesueur, de Paris, fit en 1624 des « modèles des ornements et enrichissements » que l’on destinait à la porte Henri IV, à Tours. En 1627, dans l'église de Sainte-Radégonde, des « figures de Notre-Dame et de saint Jean » furent « faictes et peintes par le sulpteur et peindre Pierre de Sainct-Jung de Diepe ». A son tour, le Maine, qui conservait encore assez florissante son école de sculpture, nous envoyait à l’occasion Charles Hoyau, dont le talent fut très à la mode sur les bords de la Loire à l’époque de Louis XIII. En 1631, les Minimes du Plessis lui demandèrent pour le grand autel des statues, parmi lesquelles les quatre évangélistes et deux anges placés « sur les frontons ». Non s avons cru reconnaître les deux anges dans ceux qui prient de chaque

côté du grand autel de l’église des Carmes, et deux des évangélistes dans les figures de saint Marc et de saint Luc, à Notre-Dame la Riche. L’année suivante, il accepta de faire pour l’abbaye de Beaumont une Adoration des bergers avec « six images de deux pieds neuf pouces », qui furent exécutées au Mans et livrées en 1634. La Vierge adorant « le petit Jésus » est, croyons-nous, celle que conserve M. Ripault, à Tours. À la même époque, au château de Richelieu, le cardinal faisait travailler Mathieu Lespagüandel qui retourna à Paris après la mort de son pro lecteur et auquel on a attribué le grand bas-relief du Rosaire, jadis à la Clarté-Dieu, et aujourd’hui dans l’église de Saint-Paterne.

En face de ce labeur des artistes plus ou moins nomades, les sculpteurs indigènes s’efforçaient de maintenir l’antique réputation de

Le plus renommé durant la pre-

l’école tourangelle, mière moitié du Antoine Charpen-

Page 1