Saint Marc, par Hoyau, à la Riche
règne de Louis XIV fut Marctier, qui travaillait également la bosse et le haut relief. 11 exécuta après 1630, pour les Minimes le Mariage de la Vierge dont les cinq statues sont à l’église de la Riche; et, en 1668, les deux bas-reliefs de l'histoire de sainte Anne dans l’ancienne chapelle de ce nom.
On lui doit peut-être également les rétables de saint Pierre délivré dosa prison, à Saint-Christophe, et la Sainte-Famille à l’autel prieural de Saint-Côme, où l’on observe la date de 1673. Vers le même temps, il fit pour N.-D. des Ard il tiers, à Saumur, un ensemble de statues que sa mort, survenue en 1677, l’empêcha de terminer.
Charpentier était aidé dans ses travaux par René Chéron, « me architecte et sculpteur », qui avait épousé Françoise Charpentier. Ce dernier appartenait à la Réforme, ainsi que René Chibon « architecte et sculpteur » (1668).
Vers le même temps le bois était travaillé avec succès par Bertrand, qui exécuta un « contrôlable d’autel » pour Beaumont-lès-Tours ( 1632). Plus tard, Cot Taboué, du Limousin, et Antoine Audric, de la Provence, « besoignèrent » dans les deux cou-
Chapelle de Sainte-Anne.
Dessin de Pringot, 1781.
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vents de Minimes du Plessis et de la ville, et finirent par se faire religieux. C’est au début de l'année 1677 qu’ils commencèrent « l’autel et le chœur de menuiserie » dans la seconde église, actuellement la chapelle du Lycée.
Au milieu du xvne siècle, le ciseau était encore tenu par Jean Quelin, et par Louis Courant, dont le fds cultiva la peinture dans une gamme monochrome qui rappelle la statuaire, et par Henri Ilammerbeet, qui fut mandé pour la sculpture du grandaulel deBaugéen Anjou (1682- 84).
D’autre part, Jean Rousset, au mois d’août 1692, obtint à l’adjudication les sculptures des trophées et autres orne ments de la décoration de l’arc de triomphe que l’on érigea en l’honneur de Louis XIV ; il fit également six anges pour l’église de Saint-Hilaire. Les modèles en relief des ornements, ainsi que de la statue « pedestre » du roi, devaient être fournis par le célèbre sculpteur François Girardon, auquel la ville versa une provision. A cette liste nous devons ajouter le « sculteur » Honorât Augustin, qui était en même temps « maistre d’hostel » de l’archevêque; mais surtout nous avons le devoir, à côté de René Chéron, de placer le nom de Joseph Vaughelmod, auxquels nous reviendrons.
Dans cette série d’artistes les seigneurs de Véretz,on le voit, ne pouvaient manquer de trouver un ciseau qui répondît aux vues élevées ou modestes qu’ils se proposaient, suivant les circonstances. Mais l’absence de documents ne nous permet pas de connaître les statuaires elles ornemanistes employés dans les travaux, qui eurent lieu soit à la lin du xvie siècle, soit au début du xvne siècle. Par malheur, la destruction du château nous prive de la satisfaction d’étudier les ouvrages sculptés qui ornaient l’habitation, les terrasses et les jardins, et nous sommes réduits à demander à l’église des témoins du temps passé. La Vierge de marbre tenant l’enfant Jésus, qui domine l’autel, comme étant la patronne, est un morceau d’une touche heureuse par l’attitude à la fois noble et gracieuse, par le mouvement des draperies et par la ligne du visage, qui rappelle peut-être quelque dame du temps. De fait, on peut rattacher cette œuvre à la pieuse libéralité de tel seigneur qui posséda et embellit Vérelz au cours du xvie siècle.
Autel des Minimes, lycée de Tours.
C'est plus tard, vers le milieu du siècle suivant, que se placent les deux autres statues de marbre, figurant saint Jean -Baptiste et saint Jean l’Évangéliste, et qui peuvent être reportées à l’époque où le château était possédé par l’abbé Jean d’Effiat. De même que celui-ci fit peindre son patron dans l’oratoire, de même il aura doté l’église d’un autre exemplaire en bosse. Les deux figures de marbre de 1 mctre 20 c. de hauteur sont de même facture, d 'ailleurs estimable, surtoutla seconde, et se rapportent bien à cette période. Le sculpteur a emporté avec lui le secret de sa paternité et c’est toujours [tour l’historien une petite piqûre d’amour-propre que d’être réduit à avouer, à lui même d’abord et puis à autrui, son ignorance à ce sujet, d’autant que la recherche de cette paternité est non pas seulement permise, mais encouragée et digne de tout éloge. Peut-être quelqu’un serait-il tenté d’aller frapper à la porte de Louis Courant, dont le fils exécuta alors des peintures pour la chapelle et, à vrai dire, ce serait une circonstance atténuante en faveur de l’abbé d’Effiat. D'un autre côté, on n’a pas oublié que l’église de Véretz vit passer Honorât Augustin, « sculteur et maistre d’hostel » de l’archevêque de Tours. On sait que souvent cette dignité était donnée à des artistes de réelle valeur. Au surplus, au mois de juin 1677, sa femme, Marguerite, fut marraine d'une fille du capitaine Toullet avec Louis Candart, sieur de la Renoire. Comme les prélats venaient fréquemment à Véretz, il ne serait pas surprenant que la femme du sculpteur eût été choisie comme marraine d’une enfant du gouverneur du château, parce que son mari s’était révélé comme un sérieux artiste dans ces ouvrages commandés sans doute par les seigneurs. Mais ce ne sont là que des conjectures, et nous avons en main des documents d’une absolue précision.
A Tours, le célèbre sculpteur François Charpentier jouissait d’une renommée considérable qui rayonnait sur tout l’ouest et qui était justifiée par une heureuse alliance de délicatesse dans l’expression des physionomies et de pureté dans les ligues, inspirées tout à la fois de l’antique et des traditions de l’école des bords de la Loire. Son principal collaborateur était son beau-frère René Cbéron, demeurant lui aussi paroisse de Saint-Vincent. Cbéron, dont le talent était grandement apprécié, fut l'un des sculpteurs préférés des seigneurs de Véretz dans la seconde moitié du xvn° siècle.
A l’automne de l’année 1666, Cbéron s’engagea à « faire pour la haute terrasse un pied d’estal de hauteur de cinq piedz » en pierre de Liés ou de Belleroche, portant sur chacune des quatre faces une
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table de marbre, aux angles de laquelle « les armes de feu M®rle maréchal d'Effiat seront gravées et dorées, » et aussi « huit bandes de marbre rouge », suivant « le dessin qui en a esté faict », moyennant la somme de 150 livres. En outre il devait exécuter « seize figures pour mettre dans les O (ou niches rondes) des arcades du bas jardin, représentant les seize derniers rois de France » en pierre de Liés, pour 20 livres, et, « en cas que le d. seigneur en soit entièrement satisfaict, 22 livres ». Le marché fut signé, le 24 octobre, par le sculpteur et par l'abbé d’Effiat alors au château et « demeurant à Paris au Grand-Arsenal, paroisse de Saint- Paul. »
L’ahhé d’Effiat profita de sa présence à Vérelz à l'entrée de l’hiver 16G8 pour doter le manoir de belles cheminées de marbre dans le goût alors en vogue. Le corps même de la cheminée était en marbre noir et rouge, avec table de marbre noir et « à chaque costé une bande de marbre rouge. » Il s’agissait notamment de « la chambre de M§r le duc de Mazarin, d’une chambre au dessus, » et de « la grande salle dorée ». Suivant le marché passé le douze octobre, le sculpteur devait poser a les trois feux avant la Pencoste» et toucher 132 livres pour son travail. Dans la suite, le 2 novembre 1669, Chéron s’engagea « à faire carreler le sallon de la mansarde de marbre rouge et noir, de carreau d'ardoise et de pierre d’arajosse », suivant le dessin arrêté ; il fournira le tout au prix de 50 sols le pied de marbre, et 20 sols le pied d’ardoise et de pierre, à l’exception « d’une table de marbre, qui sera posée dans le milieu de l'étoile qui est dans le d. dessin » et qui sera fournie parle seigneur. En même temps il promettait de faire « les armes de feu M®r le maréchal d’Effiat au-dessus delà grande porte de l'entrée du château, sur la rivière, selon le bossage qui est au portail » ; le cartouche renfermera en bas-relief les d. armes « avec la couronne ducale au-dessus et les bâtons de maréchal de France ; sous le fronton, il y aura deux canons à costé des armes, plus une frise avec Irois vases, un sur l’amortissement et deux sur le costé. » Le travail, payé 80 livres, devra être terminé à la mi-août suivante.
Les seigneurs de Yéretz ne montrèrent pas moins de prédilection pour un autre sculpteur intallé à Tours, paroisse Saint-Etienne, du nom de Yaughelmod. Sur les bords delà Creuse, l’artiste fit la « belle sculpture » la Descente de Croix pour l’autel N.-D. de Pitié dans l’église N.-D. de la Haye, et exécuta pour l’église Saint-Etienne les statues du Sauveur, de saint Laurent et du patron. Sur les rives du Cher on goûtait également son habileté à manier le çiseau. Le 26 décembre
1671, on lui confia le soin d'exécuter les armes du feu maréchal d’Effiat « aux frontons des deux porticques, qui sont à l’escurie et orangerie du costé de la cour, avec un vase au-dessus; » plus « deux trophées d’armes sur les deux pilastres aux costésdu grand portail de 1 entrée du château; et, entre le d. portail et les d. pilastres il fera de chaque costé, deux volutes avec un petit picdestal et un vase au dessus, pareil à ceux au dessus du fronton des escurie et orangerie ». L’artiste toucha 200 livres pour sa besogne qu’il était tenu d’achever pour la mi-mars.
Le statuaire était en possession de la confiance de l’abbé d’Effiat. Vis-à-vis du seigneur, le 13 juin 1672, il s’engagea à faire d’autres « ouvrages de sculture suivant le dessin qu’il a représenté, et paraphé
pierre de Darageose de chacun cinq pieds de haut et de chacun une pierre sans qu’il y soit raporlé autres, et une Vénus tenant ses enfans, aussy tout d’une pièce de pierre de la Flon (?) ou autre pierre propre et convenable, » suivant le dessin. Les esclaves serontposés« à chacune des niches du mur de la petite terrasse et la Vénus danscelle du milieu dud. mur ». L’œuvre devait être livrée au mois de mars, et les honoraires étaient de 90 livres « pour chacune figure » (1).
Tels sont les travaux dont la mention nous a été conservée par les actes notariés. Mais il est évident que le plus grand nombre ne sont
(1) Minutes de Ml Dupré, notaire à Véretz, dans l’ctude de M* Guillonneau, notaire à Saint- A ver tin.
de la main du seigneur; » en particulier il est convenu que « sera faicte la figure dud. dessin de pierre de lies, et le tonneau le tout de mesme pierre, et le pied d'estail sera de pierre de Bellerochc suivant le dessin. » 11 s’agit, on le voit, du motif qui décorait la fontaine de la place et dont la « figure »
Vue au sud et au nord.
Fontaine de Véretz.
a disparu. On convint que le travail commencé dans un mois, serait achevé deux mois après, et que le sculpteur recevrait 180 livres pour sa « besongne ». Des ouvrages plus importants attendaient la main du maître. Le 28 octobre 1 676, il s’engageait « à faire bien et deument deux esclaves de
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pas venus à notre connaissance. Le talent remarquable de Chéron et de son émule nous autorise à leur attribuer d'autres œuvres d’art aujourd’hui dispersées ou détruites. Peut-être d’ailleurs est-ce à l’un ou à l’autre qu’appartient réellement la paternité des statues de marbre des deux saints Jean qui continuent de décorer l’église paroissiale.
Le sculpteur sur marbre ou sur pierre a dans l’ouvrier sur bois un auxiliaire précieux qui complète heureusement la décoration des appartements. Le moyen âge et, après lui, le xvie siècle avaient montré une prédilection marquée pour les peintures murales et pour les tentures. A son tour, le xviie siècle inaugurale règne des boiseries, dont le goût des ébénistes et des menuisiers sut faire des œuvres d’art. Parmi les maîtres-menuisiers employés par l’abbé d’Effiat, on rencontre Etienne le Creux,
Henri Hammerbeet et surtout Antoine Jullien, ce dernier demeurant paroisse Saint-Etienne. Outre des marchés, le temps nous a transmis un fragment de « Mémoire d’ornementations de menuiserie » par lui faites pour le seigneur de Veretz. Grâce à ces travaux, les grandes salles transformaient leurs
cheminées et leurs parois qui se recouvraient de lambris avec « pilastres, frises, architraves, corniches, guirlandes, volutes, festons » et autres motifs de décoration d’une grande richesse. La chapelle eut sa part dans cette ornementation, mais d’une façon moins luxueuse (1).
Nous avons une idée de l’ornementation sur bois dont purent être dotés l’oratoire et l’église , — laquelle d’ailleurs conserve des détails intéressants, — par les curieux morceaux sculptés que l’on voit, ici et là, tels que l’autel de la chapelle
Autel en bois, à la Riche.
(1) Cf. Documents annexes.
Saint-Jean, dite du Petit-Saint-Martin, venant de Beaumont, et celui de la Riche provenant des Minimes de Saint-François, ou tel panneau
Panneau en bois à Cerelles.
Scènes en cuir repoussé au Pelit-Pressigny.
en bois, qui paraît figurer les Disciples d’Emmaüs, à Cerelles, auxquels on peut ajouter un ouvrage rare en cuir repoussé représentant des scènes bibliques, au Pelit-Pressigny.
Le ciseau est un évocateur merveilleux qui donne aux figures leurs contours véritables ; mais son domaine est limité d’ordinaire par le caractère de la matière et des procédés. Il n’en est pas de même pour la peinture devant laquelle s’ouvrent les grands espaces, où l’alliance du dessin et du coloris crée des scènes mouvementées qui n’ont d’autres limites que le vaste champ livré à l’imagination de l’artiste. Par exemple quelles pages grandioses et sublimes tout ensemble que le Jugement dernier et les Scènes bibliques de la chapelle Sixtine au Vatican !
De tout temps la peinture murale contribua d’une manière agréable à la décoration des édifices privés et publics. Sans remonter jusqu’aux figures antiques de Rome et de Pompéi, qui demeurent des types du plus vif intérêt, il est constant que la Touraine peut montrer avec une légitime fierté les ouvrages dus au pinceau de ses enfants, fut-ce d’adoption. Dans la basilique de Saint-Martin, fondée au v” siècle,, on aimait à considérer « picturas parietum » (1), en même temps que les tentures. Ce goût ne fit que se développer durant l’ère carolin-
(1) Grégoire de Tour9. Hisl. Franç. lib. Vif.
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gienne qui, sous la direction d’AJcuin et de ses successeurs, dota la France de manuscrits merveilleusement enluminés, tels que la Bible de Charles le Chauve, le Sacramentaire d’Autun et la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère .
La renaissance architecturale du xi11 siècle donna une impulsion nouvelle à la décoration par le pinceau. Par malheur, les ravages du temps et des « badigeonneurs »
ont fait disparaître la plupart des curieuses pages picturales du vieux temps.
Un certain nombre pourtant ont été épargnées et nous mentionnerons quelques-uns de ces ouvrages des artistes du moyen âge.
A Saint-Julien de Tours, sur le mur de l’ouest paraissent des vestiges d’épisodes de l’Ancien Testament, en particulier de l’histoire de Moïse, que l’on a attribués au moine Odolric. A Lignières, on remarque les mois figurés par les travaux des champs ; à Rivière, ce sont des scènes bibliques, hélas ! restaurées; à Loches, dans une crypte de Saint-Ours, on voit un saint Brice de bonne facture, qui semble du xn,! siècle et fait penser aux mosaïques byzantines. Il en est de même d’une « histoire » représentée en l’église de Chisseaux , où le Christ se montre entre saint
Pierre et un autre apôtre. La chapelle circulaire de Saint-Jean du Liget est entièrement décorée de scènes de l’Histoire du Christ et de la Vierge, et il y a beaucoup à observer dans ces fresques que l’on pourrait rattacher à la seconde moitié du xne siècle. La nef de l’église de Louans, ruinée par suite d'un incendie, était décorée, à la partie supérieure, d’une série de personnages de deux mètres figurant les apôtres à la façon des mosaïques d’Orient, et la partie inférieure montrait la Vie du Christetde la Vierge, où l’on distinguait encore le Calvaire, le Saint Sépulcre et la
Mort dc^la Y ierge,^ pointure au Liget.
Mort de la Sainte Vierge. Ces peintures ont été recouvertes, vraisemblablement au xve siècle, d’une seconde couche également' avec personnages en des médaillons. Puisse-t-on sauver les vestiges encore apparents de cette très remarquable décoration ! Nous en dirons autant des quelques restes de scènes de la Passion qui ornaient P église, aujourd’hui sécularisée, de Saint-Laurent de Langeais.
Pour la peinture, aussi bien que pour l’architecture et la sculpture, le xve siècle fut une ère de radieux épanouissement. En même temps que les miniaturistes exécutaient les livres d’Heures qui font nos délices, des peintres traduisaient sur des triptyques en bois de petite ou grande dimension, ou sur les murs des églises, les mêmes scènes de la Bible, d’ordinaire des épisodes de la Passion, ou du Jugement dernier, ainsi que des représentations de saints isolés ou par groupe. La cathédrale Saint-Galien était ainsi parée d’une décoration polychrome dont 1 intérêt égalait la variété; mais il ne demeure qu’un saint Jean- Baptiste avec une banderolle dans la tribune de l’orgue, les saints
Jugement dernier, peinture à Saint-Mexme, à Chinon.
Jouin et Eu trope sous la tour du midi; puis, d’une date postérieure, saint Maurice sur un pilier du transept, et, du xviE siècle, les apôtres peints sur bois dans une chapelle du nord. La délicieuse chapelle du
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cloître Saint-Galien montre des restes qui paraissent être un Massacre des innocents. L’ancienne église de Sainte-Croix, comme vestiges de peintures murales, conserve un ange. Dans le voisinage, celle de Saint- Denis, également aliénée, garde un fragment du Jugement dernier. Une chapelle, que l’on peut regarder comme celle de l'hospice de Saint-Simple, avait son chevet orné d’une Annonciation.
Mais c’est à Saint-Mexme de Chinon que l’on observe deux des plus intéressantes pages de peinture de cette époque. Sans nous arrêter à la décoration de la partie supérieure d’une tour, nous allons de suite à l’oratoire. Nous y remarquons un Jugement dernier dans lequel le Christ parait en manteau rouge et saint Michel avec une armure romaine. Sur une autre paroi, sous la figure du Christ en croix dont le sang coule dans un bassin rectangulaire pour s’échapper par quatre ouvertures avec, sur les côtés, sainte Marie-Madeleine et sainte - Marie l’Egyptienne , sont 'représentés les Fruits de la Rédemption, de laquelle les quatre évangiles ont été comme les organes, et les deux Marie les types les plus caractéristiques. L’artiste, qui appartient au début du xvie siècle, se distingue par de sérieuses qualités d’ordonnance et de coloris dans lesquelles brille l’aube de la renaissance tourangelle.
Cependant les œuvres des artistes de la Flandre et de l’Italie avaient communiqué une sève nouvelle aux interprètes du Beau, et bientôt on vit briller Jehan Foucquet, Poyet et Bourdichon, Favart cl les Clouet, qui avaient eu pour précurseurs Jenson Loyscl, Denis le Vitrier et Mathclin Poyer. Avec la Renaissance la palette s’éclaira
Panneau d‘un triptique peint, à Fontaines-les-Blanches. (V. page -11)
de rayons plus lumineux et le pinceau réalisa des pages plus imprégnées tout a la lois de grâce et de vie, d’idéal et de réalité. Mais ces ouvrages furent exécutés d’ordinaire sur bois, puis sur toile, en sorte qu’ils ont disparu du milieu pour lequel on les commanda. La peinture murale devint l’apanage des résidences seigneuriales sans que d’ailleurs les injuresdu temps lui aient d’ordinaire permis d’arriver jusqu’à nous. Du moins, une exception a été faite pour les curieux trumeaux des cheminées du château de la Yallière dont nous avons parlé ailleurs, pour un panneau symbolique du manoir de Sepmes, et pour le Festin de Balthazar au remarquable château féodal du Rivau, construit par les de Beauvau.
L’éloignement de la cour, il est vrai, fut pour les arts en Touraine une cause de langueur, mais celle-ci fut secouée, en partie du moins, par l’activité des règnes de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Le compas était tenu avec honneur par Le Mercier qui construisit le château et l’église de Richelieu et, à Tours, bâtit le couvent de la Visitation, aujourd’hui la Préfecture, et dont le portrait est conservé dans la sacristie richelaise. Le burin aux doigts d’Abrabam Bosse exprimait, en des scènes d’histoire, de genre ou d’allégorie, les mœurs, les goûts et les costumes d’une époque intéressante. Le pinceau entendait bien ne pas demeurer en retard. Dans la seconde partie du xvie siècle on remarque, entre autres, Antoine Bahuche, qui fut employé à la fontaine de Beaune sous le contrôle de Laurent de la Vallière et qui pourrait bien être l’auteur des peintures au château de ce nom ; les Duval, cpii se distinguèrent dans l’art de la tapisserie; Sébastien Brunet, Benjamin Foulon, duquel on connaît les œuvres dans le Salon des Muses à Oiron, cl François Daily qui travailla pour la ville et pour la cour, et dont la réputation s'étendait aux provinces voisines.
Parmi les artistes de la seconde moitié du xvie siècle, brillent les Bunel, intéressante famille de peintres. Le père, François, était peintre verrier à Blois et ses deux fils, François et Jacob, jouirent en leur temps d’une grande réputation. François II, qui semble né vers 1550, après un voyage en France se fixa à Tours, où on le voit en mai 1579 chargé des décorations du château de Chenonceaux, pour lequel il fournit notamment les patrons dedix-sept verrières. En 1583,époqueà laquelle il porte la qualité de peintre et valet de chambre du roi de Navarre, il fit trois grands tableaux à l’huile pour le frère du roi ; pour l’entrée de Henri IV à Tours en 1590, il peignit un grand panneau avec « ung dieu Mars dans un chariot triomphant ». Il était décédé en
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1599, et, au nombre de ses disciples on compte Charles Errard II et Louis Bourgeois, artistes bien connus. Mais la vogue s’attacha surtout à Jacob, né à Blois en 1558 et que son élève Claude Vignon qualifie « le plus grand peintre qui fut en Europe ». Après un long séjour à l'étranger, en particulier en Espagne où il peignit le cloître de l’Escurial, Jacob revint en France et on le trouve à Tours en 1595. Il y épousa Marguerite Bahuche, fille d’un peintre, et prit le chemin de la capitale, où il occupa avec sa femme un logement au Louvre. On sait qu’il fut peintre ordinaire et professeur de Louis XIII et qu’il peignit la petite galerie du Louvre, qui brûla en 1660 et fut remplacée par la galerie d’Apollon (1). Jacob Bunel mourut en l’année 1614.
Les seigneurs de Véretz avaient la liberté de choisir à leur convenance dans les rangs de ces artistes, auxquels il faut d’ailleurs joindre ceux des rives de la Seine. Jean de La Barre, ami des arts et conseiller de François Ier, avait puisé tant à la cour que clans ses voyages en Italie et en Espagne, pays par excellence de la couleur, le sentiment intense des charmes dont le pinceau s’entend à rehausser les monuments. Son gracieux manoir ne fut certes pas privé de cette décoration, mais sa destruction nous enlève la satisfaction d’en parler, aussi bien que des embellissements apportés par les successeurs. Grâces à Dieu, il nous reste la chapelle qui conserve, non sans quelque dégradation, une grande partie des peintures dont elle a été décorée.
On sait qu’à cette époque l’on aimait à orner les salles et les églises de tapisseries ou, à leur défaut, de peintures imitant le ton et la manière des tentures. L’autel fut rehaussé d’une ornementation harmonieuse dont le caractère persiste dans l’encadrement de style Renaissance. Au-dessous des médaillon-s en terre cuite des apôtres, le pinceau déroula un agréable fond de tentures où dominaient le bleu et le rouge. Suivant l’usage pratiqué également dans les tapisseries et les broderies, l’artiste dessina une série de phylactères avec inscription. Au-dessous de chaque médaillon une banderole reçut, en capitales noires, la belle maxime biblique : Domine, dilexi décor ein domus luæ, dont les vestiges paraissent en maints endroits sous une couche postérieure dont nous aurons à parler, et qui parait évoquer le souvenir du prélat Antoine de la Barre. En raison de la similitude des caractères, il semble bien que l’on doive rapporter au même procédé de décoration l’inscripLion Gobin le Gay, ainsi que les deux cartouches rythmés à la
(1) Journal de Jean Ueroard, t. I, p. 425.
partie supérieure. Celui de gauche, qui peut-être avait trait à une scène de la Nativité, porte sur trois lignes :
QVI n’a PITIÉ d’vN TEL M ESN AGE CAR ONQVE FEME DE VILAGE NE FVST EN SI PAVVRE LOGIS
Le cartouche de droite, formé de quatre vers, est trop mutilé pour qu’on puisse le restituer, mais le sens se devine par les quelques mots encore lisibles, tels que.... Humain lignage.... joicux courage.... Si nous en croyons nos yeux, la légende se terminerait par les mots cinq cët veng qui préciserait l’époque de la première décoration de la chapelle. Quoi qu’il en soit, la plus grande partie du xviB siècle passa sur cette ornementation et ce n’est que vers son déclin que les seigneurs la complétèrent par une seconde série de peintures, qui comprend les voûtes et les lunettes. De même que celle des origines empruntait ses procédés aux sources de l’art gothique en voie de transformation, de
même celles-ci s’inspirèrent de Fi nfluence italienne de l’école de Fontainebleau.
Les deux travéees avec leur huit compartiments formés par les nervures sont ornés d'autant d’anges qui tiennent les instruments de la Passion. Ce motif a été employé plus d’une fois pour la décoration des voûtes, notamment dans la chapelle du château de Montreuil-Bellay.
Les quatre anges de la travée du nord se font remarquer par l’expression des traits, la justesse des attitudes et la disposition des draperies. La tête au profil
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harmonieux s’encadre dans une chevelure blonde, et des larmes perlent dans les yeux de l’ange qui tient le calice. Ils portent une robe verte — à l’exceplion d’un qui a une robe rose — avec une tunique rouge violet à larges manches flottantes retroussées au-dessus du coude, et qui laisse voir des bras bien arrondis. Posés sur des nuages, ils s’inclinent respectueusement dans l’attitude de l’adoration, en portant les insignes de la Passion : un calice avec une bostie, un bassin avec une aiguière, le voile avec la Sainte-Face et l’échelle; l’ange qui soutient ce dernier instrument se tient plus droit en raison de l’objet, et ce panneau-ci est fort endommagé. Les sujets de la seconde travée ont souffert bien plus encore des ravages du temps, sans compter qu’ici et là des restaurations maladroites ont gâté l’œuvre, d’ailleurs inférieure à celle de la première travée dont elle est comme une variante appauvrie.
On sait qu’en Italie, pays de la décoration par excellence, les artistes se plaisent à exercer leur pinceau sur le champ des arcades pleines, désignées sous le terme de lunettes. Dans la chapelle de Véretz les lunettes furent ornées de quatre personnages bibliques : Noé, Jonas,
David et Daniel , dans lesquels la fermeté du dessin et la vigueur du coloris font penser, par certains côtés, aux maîtres de [l’École Bolonaise. Si nous commençons notre visite par la paroi orientale, nous remarquons Jonas, qui vient de recouvrer la liberté par la faveur du cétacé dès lors demeuré célèbre. Le prophète paraît assis en avant de
Peintures de la chapelle.
1 . Jonas , et, dessous, frise avec médaillons. — 2. Le Christ et la Madeleine, avec pelite fenêtre.
D'après un dessin de M Yperman.
l’animal, au bord des Ilots et près d’un rocher ; il est vêtu d’une robe verte et d’une tunique jaune. Son visage, celui d’un homme d’âge moyen, vu de trois quarts et tourné vers le monstre marin, semble suivre une pensée qui absorbe son âme, sans doute celle de la reconnaissance et de l’étonnement, mêlés d’une certaine inquiétude pour l’avenir.
L’attitude est différente de celle que Michel-Ange a donnée au prophète dans le plafond de la chapelle Sixline, juste au dessus du Jugement dernier, ces pages inoubliables qui comptent parmi les plus grandioses et les plus sublimes qu’ait produites le génie humain. Ici, Jonas est assis près du cétacé à gueule béante dans une pose renversée, où l’énergie de la résolution remplace le calme de la méditation. Si le peintre de Véretz a dépensé moins de science anatomique, il a peut-être réalisé plus de sérénité et de pittoresque par le cadre naturel qu'il a donné à son sujet.
La seconde lunette représente Noë à la figure énergique, au front chauve et à la barbe touffue.
Enveloppé dans une robe violacée et un manteau d’un rouge écarlate, il est assis dans l’attitude de la réflexion et tient de la main gauche une lige fleurie qui , à l’instar de l’arc-en-ciel, annonce la fin du déluge. L’horizon est borné par un fond de montagnes blanches avec des massifs d’arbres. Plus près, on aperçoit l’arche à laquelle Noe avec détails de la frise et de la petite fenêtre, conduit un ponton, et à l’entrée de
laquelle se tient une femme. C’est un autre poëme biblique qui est raconté dans cette fresque, où d’ailleurs le costume de la femme a été
Jonas par Micliel-Ange, à Rome.
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dessine à l’époque de Louis XIV. Dans la lunette suivante paraît David , assis sous un portique aux robustes colonnes. Vu de côté et dans un mouvement inspiré , il tient sa lyre et se dispose à chanter un de ces cantiques au souffle génial, à la pensée noble et pure, au sentiment viril et généreux, dans lesquels on sent passer toutes les harmonies du ciel et de la terre d’Orient, et dont le lyrisme n’a jamais été dépassé dans aucun pays et dans aucune langue. Le pupitre supportant un livre est appuyé sur un pied en forme de gros balustre, qui met une date à ces peintures. Le sujet a souffert des mutilations qui l’ont écaillé et de l’ouverture d’une fenêtre qui a enlevé la partie inférieure en même temps qu’un médaillon en terre cuite. La dernière scène montre Daniel , assis de face mais ne laissant voir que le profil bien dessiné ; sur sa robe blanche il porte un manteau rouge. Sa situation au milieu de lions, peu laits pour inspirer la terreur, n'altère en rien la sérénité de son visage. Tandis que sa main droite repose confiante sur un livre prophétique appuyé sur ses genoux, la main gauche semble commander aux fauves dont le regard se dirige vers le spectateur. La partie inférieure a été entamée par la modification faite à la porte primitive. Il y a de bons morceaux dans ces peintures. D’une façon générale les attitudes sont vraies etles mouvements justes; l’expression répond exactement au sentiment des personnages et un accent de sincérité brille dans le regard et dans les traits ; les draperies « ballonnées » dans le goût de l’époque sont traitées avec le sens de la décoration. Le maître a dessiné l’ensemble du sujet dont il a laissé à des élèves le soin de traiter les détails. Jonas et Noë se distinguent par une conception plus originale et par une exécution plus soignée. En particulier le premier rappelle heureusement les bons artistes de la seconde moitié du xvie siècle.
Mais, de quel côté tourner les yeux pour découvrir l’auteur qui a dirigé et fait exécuter ces peintures? L’école de Fontainebleau par le renom de ses artistes et parleur talent remarquable avait développé en France le goût des peintures murales. La Touraine qui, malgré leloignement progressif des souverains, reçut encore de temps à autre les principaux personnages de la cour, ne négligea pas de suivre le mouvement produit par ces nouveaux maîtres d’Outre-Mont. Après les œuvres magistrales de la première colonie italienne et flamande, qui inaugura la Renaissance sur les bords de la Loire, c’était là comme une floraison d’arrière-saison, d’ailleurs non sans quelque charme. Les seigneurs de Véretz, chez lesquels le goût des arts était hérédi-
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taire, firent leur profit de ce renouveau, pareil aux dernières gerbes de fleurs dans les parterres d’automne.
Quel peintre a transporté sur les rives du Cher les procédés de Rosso et de Primatice, chez lesquels dans la décadence du grand art, comme un rayon dans l’obscurité, parait encore une entente sérieuse de la décoration ? On a songé à deux artistes qui travaillèrent à Fontainebleau : j’ai nommé Toussaint Dubreuil (1) et Jacob Buael (2). Le dernier, on s’en souvient, se maria à Tours et y fit plusieurs ouvrages importants dans les premières années du règne de Henri IV. Mais les raisons invoquées ne nous semblent pas décisives et, pour ce qui est de Bunel, la preuve tirée du caractère de l’œuvre et de la reconstruction d’un pavillon ne nous paraît aucunement péremptoire, puisque ce n’est que plus d’un demi-siècle après qu’a été peinte la représentation du château sur laquelle on a voulu s’appuyer. Peut-être est-on en droit d’en attribuer la commande au seigneur Pierre Forget, secrétaire du roi, et existe-t-il quelque lien entre la pacification religieuse, à laquelle il prit une part importante, et le choix des personnages, en particulier de Noë tenant le rameau symbolique quiannoncela fin du déluge, et lequel on n’a pas l’habitude de faire figurer parmi les prophètes.
Quoiqu’il en soit, le temps n’élait plus pour la province aux créations originales et fécondes, et le xvne siècle, en Touraine, recueillit l’héritage de son prédécesseur sans l’enrichir d’œuvres considérables. Jacob Bunel compta parmi ses meilleurs élèves Claude Vignon, qui peignit nombre de scènes religieuses et illustra la Marianne de Desmarets. A ses côtés paraît Pileur qui fit pour le couvent des Minimes plusieurs toiles, en particulier des scènes de la Passion, et dont on voit à Notre-Dame des Ardilliers le Vœu de la ville de Saint- Aignan. Les curieuses Chroniques du couvent des Minimes lui attribuent le tableau le Baptême du Sauveur et les Quatre vœux de Saint François de Paule, déposé à Notre-Dame la Riche. Au mois de mai 1630, on enterrait à Sainte-Radégonde Girard Soudan, « painctre mort catholique ». On voit, en 1641, Jean Lesage ; en 1646, le décès de Thomas Perdreau, et, en 1669, Roland Robinet. En 1661, Abraham Chaillou « painctre » faisait baptiser un enfant. A l’ombre du couvent, les pères Antoine Mangeant et Jean Damoiseau exerçaient en même temps leur pinceau d’une intarissable fécondité, sinon d’une valeur éprouvée, cepen-
(1) Rapport de M. Charles Lejeune à M. Visconli en 1851.
(2) Bulletin de la Société archéologique de Touraine, Note de M. L. Palustre dans la séance du 22 février 1893.
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dant que Eustache Le Sueur exécutait pour Marmoutier de superbes toiles d'une suavité toute religieuse, de nature à provoquer les réflexions des artistes de la province.
L'influence du grand artiste ne fut pas sans se faire sentir en Touraine, à l’instar du foyer lumineux qui projette ses rayons bienfaisants sur les objets d’alentour. Les Pinaigrier continuèrent d’appliquer leur talent plus spécialement à la décoration des églises, et Nicolas II fit pour Saint-Pierre-le-Puellier un vitrail dans lequel se voyaient les armoiries de la famille Ruzé d’Effiat, sans doute les donateurs. Aux Pinaigrier étaient alliés les Gourant dont le chef, Louis, fut à la fois peintre et sculpteur. Son fils, Louis, épousa Jeanne Lefebvre, fille de Nicolas Lefebvre, maître peintre et vitrier, et de Renée Pinaigrier, elle-même fille de Nicolas, aussi peintre et vitrier. Louis Courant s’adonna à la peinture et imita sans grand succès la manière de Le Sueur. Il jouit cependant de quelque considération comme décorateur et, en 1674, l’année qui précéda sa mort, il fut chargé d’estimer les tableaux laissés par Louis Delucz, président trésorier au bureau des finances de Tours.
Le règne de Louis XIII, qui fut à certains égards une ère de régénération pour les arts, ne semble pas avoir apporté de modifications au château de Véretz. Sans doute les salons s’enrichirent de plus d’une pièce de mobilier grâce aux goûts élégants de l’abbé de Rancé, mais nous ne pensons pas que les préoccupations d’Armand lui aient permis d’entreprendre de travaux sérieux à sa résidence, dont il goûtait surtout les charmes du plein air. Du moins la chapelle n’offre rien qui se rapporte à cette période. Il n'en fut pas de même sous ses successeurs l’abbé d’Effiat et le duc de Mazarin. Le château et l’oratoire reçurent une nouvelle décoration qui, pour ne pas faire toujours grand honneur aux seigneurs et aux peintres, doit être signalée au point de vue documentaire.
Une fois en possession du beau domaine, l’abbé d’Effiat résolut d’y faire quelques embellissements et, peut-être en souvenir des Pinaigrier, il s’adressa à Louis Gourant, le fils, avec lequel il passa deux marchés pour des peintures « dans la chapelle et autres endroitz du chasteau de Véretz ». G’était avant la fin de Tannée 1666 et, à cette époque l’artiste touchait cent livres qui lui restaient dues sur son travail. On peut croire que parfrii les travaux de Gourant à l’intérieur du manoir se trouvaient les figures en grand de tous les rois d’Europe, représentés sur les murs du salon principal et « d’un assez mauvais
goût )>, au dire d’un visiteur. Pour ce qui est de l’oratoire, cette première série comprenait plusieurs panneaux, le paysage sur le mur nord, les encadrements des deux fenêtres avec des génies tenant des draperies, et l’intrados à «médaille » dune des baies ouvrant sur l’église. Par contrat passé avec l’abbé d’Effiat le 30 décembre, Courant s’engageait à achever la décoration et à peindre « la frise du tour de la chapelle et la fin des voultes oit il y aura décor, comme au cul-de-lampe de la fin des voultes; plus les trois paisages dans l'un desquels sera représenté saint Charles Boromée, dans l’autre S. Jean au désert, et dans le troisiesmeun paisage sans figure ; plus la médaillé de la fenestre qui regarde sur l’église, semblable à l’autre médaille ; plus les deux crédances à costé de l’autel de lad. chappelle, dans laquelle les armes de Monsr le mareschal d’Effiat seront peintes et dorées, suivant le dessein; plus recouscher de noir la balustrade du parc et peindre la porte du potager en couleur de feille morte ». Courant s’obligeait à exécuter le tout avant la Quasimodo, pour la somme de 170 livres (1).
L’artiste, j’allais dire l’artisan, se remit à l’œuvre et acheva l’ornementation de l’oratoire qui, malgré les détériorations, a gardé assez parfaitement l’aspect qu’il avait alors, sauf bien entendu les modifications qui furent faites par les ducs de Mazarin et d’Aiguillon. Courant, qui était plutôt décorateur-paysagiste, représenta la campagne avec ses arbres, ses reliefs du sol, ses eaux et ses hôtes (chien et mouton) dans une note alanguie et mourante; le château de Véretz et l’église, une terrasse avec balustrade, une fontaine et d’autres motifs servant de décors furent traités sans brio, et les personnages apparurent aussi pâles et atones que la nature elle- même. Un voile de mélancolie enveloppe la composition tout entière dans laquelle le dessin ne vaut guère mieux que le coloris.
Voyez plutôt, un peu affaibli par les années, le développement de cette décoration par trop provinciale. A la partie supérieure de la muraille, est peinte une corniche avec oves dans le genre de la corniche sculptée de la façade, eL qui ne se fait pas scrupule de maculer le bas des médaillons en terre cuite ni de recouvrir la série des devises religieuses, dont nous avons parlé. D’ailleurs, avant de procéder à l’exécution de sa commande, le peintre avait passé une couleur grise générale sur
(1) Ce contrat a été découvert clans les minutes du notaire Jouye, déposées aux archives départementales, par M. L. de Grandîmes on, le savant archiviste d’Indre-et-Loire, qui l’a publié avec une planche et des notes inédites sur l’état-civil des Courant dans le Bulletin de la Réunion des Sociétés de Beaux-arts des départements , tenue en 1901 (p. 211-223).
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l’ancienne décoration souriante dans sa gamme de bleus et de rouges, formant une agréable tenture. Sur la paroi occidentale, saint Jean- Baptiste, patron de l'abbé d’Effiat, est assis près d’une fontaine taillée dans une antre; le solitaire au torse à demi-nu est vêtu d’une chemise blanche et, par dessus, d’une tunique rouge; il tient la croix traditionnelle de la main gauche, et, de l’autre main, approche de la source une tasse en terre pour rafraîchir ses lèvres altérées par le souffle du désert. Une scène champêtre occupait le reste de la muraille sur laquelle les grands arbres profilent leur silhouette jaunie et décolorée, qui a été entamée par la modification des ouvertures. La campagne fait également les frais du sujet représenté sur le mur du nord. A l’ombre des arbres se voient des moutons et un chien, et, sur la droite, se dresse l’église paroissiale vue du côté nord-ouest, ainsi que la chapelle seigneuriale avec la double fenêtre, la bretèche et sa petite cloche. Le sujet se poursuit sur le mur oriental où l’on remarque le château tel qu’il était au milieu du xvnR siècle. Mais avant d’étudier de plus près le sujet, qui est j’allais dire le clou de la décoration faite à cette époque, nous poursuivrons la visite des autres peintures.
Les deux fenêtres Renaissance sont encadrées chacune de deux enfants ou génies aux membres trapus, qui supportent des draperies formant tentures. Mais c’est la nature, ou pour préciser davantage, le parc de Yéretz qui continua de fournir ses arbres pour la décoration de la paroi principale. Celle-ci se termine par la représentation du cardinal saint Charles Borromée , patron du duc de Mazarin qui, on s’en souvient, s’appelait Armand-Charles de la Porte. Il est figuré dans une pièce donnant sur une terrasse avec balustrade, et tendue de draperies rouges, devant un autel avec nappe brodée; agenouillé sur un carreau rouge, en robe de pourpre et rochet, il a les bras croisés et les yeux levés vers le Ciel. Cette scène fait une opposition heurtée avec le paysage, dont les frondaisons se prolongent dans le voisinage et couvraient également l’intrados de la double baie ouvrant sur l’église. On verra plus loin pourquoi nous parlons ainsi au temps passé.
Mais les regards se portent de préférence vers le panneau dans lequel est représenté le château de Yéretz ; c’est toujours une bonne fortune, en effet, de posséder un dessin donnant l’état ancien d’une demeure qui a subi une complète métamorphose. On y remarque le principal logis avec ses avant-corps, ses tours et les détails de l’ornementation sur lesquels nous n’insistons pas, parce que nous en avons parlé ailleurs. Sur le grand balcon qui courait le long du bâtiment
central, se voient un gentilhomme et une dame, les seigneurs de céans. Pour figurer l’escarpement du coteau, une masse informe coupe la perspective sur laquelle se détache le Christ apparaissant à Marie-
Peintures de la chapelle, détails de la frise et de l'apparition du Christ. Le château au xvn° siècle.
Madeleine. Devant le Sauveur debout, au torse apparent et vêtu d’un manteau blanc, se prosterne Madeleine en robe bleue; elle étend la main pour toucher le Christ, mais il répond à ce mouvement par la parole : « Noli me tangere », que nous a transmise le récit évangélique. Ce sujet est assez familier aux artistes chrétiens, et nous l’avons observé notamment dans une curieuse peinture murale conservée en l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel. Faut-il voir ici comme une arrièrepensée de la part du seigneur de Véretz, dont on connaît le naturel étrange ? En pendant à son patron, saint Charles — c’est la paroi opposée — le duc de Mazarin a-t-il entendu faire représenter, sinon la patronne de son épouse, qui se nommait Hortense, du moins une sainte femme qu’elle pouvait, pensait-il, choisir pour seconde patronne? Nous n’oserions l’affirmer, mais on n’ignore pas que la mésintelligence pénétra de bonne heure dans le ménage, et qu’après une période de houle la duchesse quitta son mari, en 1671. Comme l’artiste auquel on doit ces peintures vécut encore quelques années après la
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séparation, on pourrait supposer sans trop d’invraisemblance que, dans cette représentation, le duc a voulu fixer ses sentiments au sujet de sa femme. Ce que l’on sait des peintures n’est pas plus en opposition avec cette hypothèse que le caractère fantasque du duc de Mazarin. D’autre part, ce sujet n’est pas indiqué dans les contrats connus jusqu’ici. Il se pourrait donc qu’il soit le fait d’une commande propre au duc, qui apporta à la chapelle des modifications assez importantes.
Ainsi que nous l’avons fait remarquer, la porte ouvrait à l’origine vers le centre. Le duc, qui redoutait sans doute les courants d’air causés par le vis-à-vis de la porte et de la double haie donnant sur l’église, fit murer cette entrée, la remplaça par deux fenêtres et disposa la porte dans l’angle nord-ouest, l’enveloppant d’un tambour en quart de cercle qui dissimule une portion du paysage.
Le grand maître de l’artillerie n’oublia pas d'y faire représenter les insignes de sa dignité, drapeaux et canons, non plus que ses initiales couronnées.
Une fois dans la voie des boiseries , le seigneur de Véretz ne s’arrêta pas en aussi bon chemin. Il fit recouvrir complètement la petite fenêtre de la tribune, et peut-être aussi posa un lambris jusqu’à hauteur des peintures. Défait, par marché du 30 avril 1691, à Jean Bassin l’aîné, me menuisier, demeurant à Tours, c< rue des Trois-Pucelles, paroisse de Saint-Pierre le Puellier, » le duc commanda pour la somme de 440 livres « d’ouvrages de menuiserie et sculture ainsi et comme ils sont figurez sur le dessin », approuvé par le d. seigneur, le tout en bois de chêne. L’artiste avait à exécuter en outre « quatre pièces d’augmentation du dessin de l’autel pour poser l’encensoir, navette, boîte à mettre les hosties, etc. » ; le travail devra être livré dans Irois mois. Le contrat ne spécifie pas à quel endroit étaient destinés ces « ouvrages », mais en raison de la mention : accessoires de l’autel, nous supposons qu’il s’agit des « besognes » qui fixent notre attention. Le document dont il est question a d’ailleurs l’avantage de nous révéler le nom de celui qui avait la direction du travail. 11 est dit que l’ouvrier fera le tout « suivant les épures que luy donnera le sieur Chevallier architèque ».
Quoi qu’il en soit, la double fenestrelle est lambrissée d’une boiserie sur laquelle on a prodigué les motifs de peinlurc, de façon lout au
Tambour de la porte de la chapelle.
moins à piquer la curiosité du visiteur. Sur les parties saillantes, avec le monogramme du Christ, dans une couronne d'épines se voit une série de sujets se rapportant à la personne du duc de Mazarin. On y remarque, plusieurs fois répétés, le monogramme formé de ses initiales entrelacées, des faisceaux de drapeaux avec casques, piques, hallebardes et canons, pour symboliser la dignité degrand maître de l’artillerie. Les blasons complètent cette décoration assez personnelle. Au-dessus des baies, les armoiries du duc et de sa famille redisent, au milieu des palmes et sur le manteau ducal, l’éclat du nom et des alliances du seigneur de Yéretz. A gauche, le blason est « écartelé au 1 et 4 de gueules au croissant d’azur, chargé de 3 mouchetures d’hermines », qui est La Porte; « au 2 et 3 de gueules au chevron fascé ondé d’argent et d’azur de 8 pièces, accompagné de 3 lionceaux d’or », qui est Ruzé; « sur le tout, d’azur à la hache consulaire d’or, liée de gueules et posée en pal.
traversée par une fasce de gueules chargée de 3 étoiles d’or », qui est Mazarin. A droite, l’écu porte écartelé au 1 et 4 de La Porte, au 2 et 3 de Mancini, qui est « d’azur à deux poissons d’argent en pal. » On a ainsi la réunion des armoiries du duc, de son père, le maréchal marié à Marie Ruzé d’Effiat, de sa femme Hortense Mancini, et du cardinal, qui le substitua à ses titres et biens. Plus tard, les ducs d’ Aiguillon superposèrent leur blason à ceux-là, et il reste dans les clous la trace non équivoque de cette opération héraldique.
Les autres parties de la boiserie sont décorées de grisailles. Tandis que des enroulements ornent l’intrados des haies, on remarque sur les
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pieds droits deux médaillons suspendus dans lesquels des enfants jouent, ici, avec une chèvre, là, avec un âue; ailleurs, est un médaillon avec deux enfants et des faisceaux en sautoir. Dans les embrasures sont représentées, aussi en grisaille, les Vertus morales avec leur symbole: savoir, à gauche, la Justice avec le glaive et la balance, et la Force, qui s’enfuit en emportant une colonne ; à droite, la Tempérance qui verse à boire dans une coupe ; à la place de la Prudence, est-ce une flatterie pour le duc? l’artiste a dessiné le monogramme du duc de Mazarin. Les vertus théologales sont figurées par la Religion ou la Foi, une femme qui tient une croix et un calice, et par l’Espérance, ayant une ancre à ses pieds et les yeux levés au ciel .
Avec cette nouvelle série de décorations nous revenons à une facture moins pauvre pour la conception et moins faible pour l’exécution. L’invention aussi bien que le dessin, dans les symboles militaires, religieux et mythologiques, accuse un pinceau plus exercé que celui de l’ouvrier employé par l’abbé d’Effiat. En particulier les quatre génies qui accompagnent les blasons, à la manière de jeunes renommées jouant de la trompette, sont d’excellents morceaux. Le peintre avait été trop séduisant au gré de tel censeur, et une main pudibonde à l’excès, sans doute celle du duc de Mazarin dont nous savons le caractère étrange, a jugé utile de les ceindre d’un voile. A la grâce des lignes, de la pose et de l’ordonnance on sent un artiste excellent et nous sommes autorisé à songer, comme pour la femme de Noé et la retouche du Jonas, au maître dont il nous reste à entretenir le lecteur.
Assurément l’on ne saurait trop regretter la destruction des peintures du château, qui nous auraient fixé sur plus d’un point. Du moins les visiteurs du vieux temps ont-ils pris soin de nous apprendre qu'il y en avait d’excellentes.-Parmi les nombreux appartements, l’une des pièces se nommait la « Salles des Saints » en raison des pieux guerriers qui y étaient représentés. Nous savons d’un écrivain ancien que ces peintures « n’étaient pas d’une trop belle exécution ». En revanche, l’œil se reposait avec complaisance sur d’autres panneaux d’une fort belle venue. Un jour, en effet, le duc de Mazarin, heureusement inspiré, fit appel au pinceau des maîtres de la capitale. Au rang des peintres considérables de Paris brillai t alors Jean Jouvenet. Né à Rouen en 1044, l’artiste avait conquis rapidement une réputation éclatante par ses œuvres d’une suave beauté, dont plusieurs font l’ornement du Louvre, et l’une d’elles, Jésus-Christ et le Centenier , fixe le regard dans les galeries du musée de Tours, où elle a été envoyée par l’Etat.
L’absence des comptes antérieurs à l’année 1690 ne nous permet pas de savoir si Jouvenet obtint plusieurs commandes du seigneur de Véretz. Toujours est-il qu’à l’automne de cette année- là, on recevait
au château un envoi parti de la capitale. Le 23 septembre, le comptable payait au messager de Tours sept livres quinze sous « pour le port d’une grande caisse que Monsieur Jouvenet a fait venir de Paris à l'adresse de Monseigneur ». Quant à l’artiste lui-même, il était descendu, à Tours, à l'hôtellerie de Saint-Etienne ; le premier octobre, Jouvenet « but le vin » chez la même hôtesse, et on le retrouve à la même enseigne vers la mi-octobre , en même temps qu’arrivaient de Paris trois caisses d’un poids assez important. Les ouvriers étaient à l’œuvre dans la seconde moitié d 'octobre, époque à laquelle ils décoraient le salon.
A ce moment, en effet, on posait « des châssis aux croizéz pour la commodité des pintres »; eux-mêmes faisaient à Tours l’acquisition d’un « couteau pliant servant à mesler et accomoder les couleurs ». Nous ne sommes pas réduits à des conjectures touchant le sujet des peintures que Jouvenet et ses collaborateurs exécutèrent dans le salon. Un visiteur du commencement du xvme siècle les décrit en ces termes : « Un plafond fort exhaussé et en forme de dôme, renferme des peintures à fresques demain de maître, de Jouvenet. Le dessin est un Paradis et un Père Eternel, dans la splendeur de la gloire, environné de ses saints ; on y voit des morceaux d’une grande beauté ». L’auteur ajoute : « C’est dommage que ces habiles peintres n’aient pas mis la dernière main à à leur ouvrage ». On ignore la cause qui fit interrompre la décoration.
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Le salon renfermait, en outre, nombre de portraits de personnages « de ces derniers temps, bien tirez au naturel ». A juger par les toiles conservées dans les musées nationaux ou dans les collections privées, cette galerie de personnages du grand siècle donnait à l’appartement un caractère fort somptueux : c’était comme la cour royale en miniature. Parmi les tableaux, il y en avait sans doute du pinceau de .Mignard et de Rigaud, portraitistes officiels du règne de Louis XIV, et peut-être aussi de François Jouvenet, neveu du précédent, qui se distingua surtout dans les portraits.
Au château et à son oratoire, aussi bien que dans l’église, les peintures murales trouvaient leur complément dans la galerie des verrières. Par malheur les touristes du passé ne nous ont transmis que le dessin d’un seul vitrail (1). Cen’est pas le lieu de raconter l’histoire du verre dans l’antiquité et le rôle décoratif qu’il remplit aux diverses époques. Il suffit de faire remarquer que de bonne heure, de concert avec les fresques et les mosaïques, il servit à l’ornement des édifices. Après avoir été d’abord encastrés dans un châssis de bois suivant que le rapporte saint Jérôme, on les inséra dans le métal, ainsi qu’on le voit à l’église d’Yzeures au Ve siècle (2). Les émaux ou couleurs furent d’abord simplement appliqués, puis on les fixa au moyen de la cuisson. Le moyen âge, si ingénieux à imaginer des formules et des procédés pour décorer les églises, se servit habilement de la peinture sur verre. Les cathédrales ogivales, avec leurs fenêtres élancées comme les voûtes et leurs médaillons irisés de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, donnèrent l'impression d’une féerie pour les yeux et d’un poème pour l’esprit, avide de puiser aux sources vives de l’histoire et du symbolisme chrétiens. Le chœur et les chapelles absidales de la cathédrale de Tours, malgré les mutilations subies dans la suite des temps, conservent des pages admirablement belles et lumineuses du livre magnifique réalisé par l’art de la peinture sur verre du xute au xvre siècle. On sait que les divers corps étaient heureux de prêter leur concours à l’œuvre en offrant des verrières ; c’est ainsi que dans les panneaux inférieurs des vitraux du sanctuaire on remarque des évêques, des chanoines, des pelletiers etdes laboureurs, en sorte que nous avons là, à la distance desept siècles, comme la vivante image de ces temps mémorables et trop ignorés. Les églises de paroisse et de couvent suivirent l’exemple et, pour
(1) Cf. ce volume p. 101.
(2) S. Grégoire de Tours, I)e yloria martyrum, I. 59.
ne citer que celle des Jacobins, grâce aux largesses de saint Louis, la grande fenêtre renfermait l’histoire des chevaliers qui s’étaient signalés à la Croisade (1).
La capitale de la Touraine eut dès lors ses ateliers de peintres-verriers dont les annales se déroulent jusqu’à notre époque, digne héritière des aînées. Nous nous bornerons à mentionner quelques maîtres qui jalonnent, pour ainsi dire, cette brillante carrière. Au xve siècle, nous rencontrons Denis Mauclerc, Bouchard Delavigne, Michau Duthoreau , Jean Belotin, Tassin Vinet, Gilles Jourdain et Guilletnin Lagoux, auxquels il faut ajouter Jean de Paris, demeurant à Orléans qui, à partir de 1472, exécuta d’importants travaux pour l’église des Carmes. Mais ce sont les Pinaigrier, ou mieux Pinegrier, qui ont porté à son comble la réputation de l’atelier de Tours. En dépit des obscurités qui enveloppent leur personnalité comme leurs œuvres, on peut citer Robert, qui serait né à Tours vers 1490 et mort vers 1550 ; il aurait eu pour enfants Robert II, Nicolas, Jean et Louis, qui auraient favorisé et étendu le renom de la maison, aussi bien que Nicolas II. qui la dirigeait à la fin du xvi» et au début du xvue siècle,
et que nous avons déjà rencontré sur notre chemin. On leur attribue avec quelque vraisemblance des verrières à Notre Dame la Riche à Tours, et à Saint- Gervais, à Paris. Dans cette dernière église, les Pinaigrier auraient peint les vitraux de la chapelle de la Vierge au chevet, et y auraient eu pour rival le célèbre Jean Cousin que l'on considère comme l’au leur du Jugement rie Salomon .
Mais, sans sortir de la Touraine, le dévot de la peinture sur verre peut faire un agréable pèlerinage à Ballan, dont l’église paroissiale possède une remarquable série, due à la magnificence de Jacques de Beaune, avec ses armoiries; le portrait du donateur figurait jadis dans un vitrail, au château de la Carte, propriété de M. Duché, qui se console en partie de cette absence par son culte pour sa superbe statue de la \ ierge à rapprocher de celle des vitraux, en même temps que pour les souvenirs
( 1) Maan, Sanct. et metropolit. eccl. luron, p. 139.
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de son joli manoir. Pour ce qui est des magnifiques verrières de la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude , on serait tenté d’y voir également la double empreinte des écoles de Dijon et de Tours, représentées par leurs illustres chefs du xvie siècle. Quoiqu’il en soit, tout l’art de cette belle époque a passé dans ces verrières superbes où la correction et la pureté du dessin, la science de la perspective et des décors d’architecture, la vérité des attitudes et des expressions s’unissent à l’éclatante magie d’un coloris vibrant et moelleux, étincelant et indéfectible, pour doter la France de merveilles que l’étranger nous envie.
A côté des Pinaigrier nous mentionnerons encore Guillaume Coussicault, Jean Leschallier dit le \lyste, Jean Chevesson , Pierre et Jean Viau, et surtout les Duboys qui travaillèrent aux châteaux de Gaillon et de Chenonceaux, enfin les Gourtoys, qui se rattachent aux célèbres émailleurs de Limoges, les Meunier et les Bérault. Ces derniers étaient alliés à la famille des Sarrazin,qni continuèrent avec éclat les traditions des Pinaigrier et à la tête desquels parut Jean Sarrazin, né à Dijon vers 1588. Avec le xvne siècle et les nouvelles formes d’architecture, comportant beaucoup de pleins et des fenêtres peu élevées, on vit nécessairement décroître et partant dégénérer l’art, à la fois mystérieux et chatoyant, de la peinture sur verre, et nous n’avons pas à nous en occuper davantage. A Véretz , les seigneurs de cette époque, ne songèrent guère à faire de nouvelles commandes pour le château , la chapelle ou l’église. Il leur suffisait d’entretenir les vitres anciennes contre les intempéries des saisons, et ils trouvaient à Tours les ouvriers propres à cette tâche de conservation.
Sainte Madeleine au Calvaire.
Chapelle de Champigny.
Vierge de lecole de Colombe.
Chapelle de la Carte.
Les monuments d’autrefois étaient comme le rendez-vous île tous
les arts, se donnant la main pour réaliser une harmonie parfaite dans les détails comme dans l’ensemble. Le mobilier avec ses bahuts, ses crédences, ses tables, ses torchères, ses sièges et ses tentures formait un décor dont on ne retrouve plus guère la vision délicieuse que dans les palais nationaux:, ou dans tel château superbement restitué comme celui de Langeais. Les broderies et les tapisseries, en particulier, donnaient aux grandes salles une tonalité exquise, qui faisait encore valoir tout le reste. Le manoir de Véretz, construit et décoré à l’époque fleurie de la Renaissance, embelli et remeublé sous le règne fastueux de Louis XIV, n’avait rien à envier aux plus belles résidences de la province. Nous ne saurions nous défendre de nous arrêter quelque temps tout au moins aux broderies et aux tapisseries.
Quel art charmant que celui « de peindre avec l’aiguille », selon les expressions du poète, et comme il convient à merveille à la femme dont il est, en quelque sorte, le gracieux apanage ! Dans l’antiquité nous aimons à saluer, dans le gynécée mystérieux ou sous les portiques fréquentés, la femme de Tyr, de Ninive, d’Athènes et de llome, la matrone entourée de ses suivantes occupée à broder les riches vêtements de pourpre, de soie et d’or des princes, des chevaliei's et des patriciens, sans négliger d’ailleurs les étoffes éclatantes qui doivent former sa propre parure. Au moyen âge, la noble châtelaine excelle à rehausser de fines broderies les ornements d’église, les pourpoints de soie et les manteaux de velours, aussi bien que les tentures pour les meubles du manoir. Peintres et écrivains se sont plu à nous représenter la dame tl’antan dans la grande salle du château où pétille une claire flamme, durant les soirées d’hiver, s’adonnant en compagnie de ses demoiselles d’honneur au travail de la broderie, tandis que les chevaliers devisent joyeusement de leurs exploits en temps de guerre ou de paix. Aussi l’on aura beau, dans l’aveuglement d’une passion antipatriotique, s’évertuer à pousser au noir le tableau de ces âges antiques, on ne fera que donner plus de relief frais et séduisant à la figure aimable de la dame du manoir.
Tout naturellement, les couvents de femmes, recrutés pour une bonne part dans la classe aisée, furent de bonne heure des asiles recherchés et comme des ruches laborieuses, où l’on s’appliqua au travail le plus délicat et où la broderie fleurit avec un succès tout particulier. Les traditions de goût et de méthode, cultivées par des mains nombreuses et choisies, devaient amener des résultats merveilleux. Hélas I que ne nous est-il donné de pouvoir contempler la série de ces œuvres
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exquises, qui rivalisaient avec la peinture et dont nous sommes réduits à admirer quelques belles épaves dans les musées et les collections publiques ou privées, et peut-être en telle église où l’on garde encore quelque culte pour le passé. Au premier rang de ces monastères féminins brille celui de Baumont-lès-Tours qui, du moyen âge la Révolution, fut en Touraine comme une école de la broderie, en attendant que le xvne siècle dotât notre province de pieuses maisons également vouées à la pratique de 1 art de manier finement l’aiguille, telles que les Carmélites, les V isi— tandines, les Ursulines et autres.
Il est vrai que les châtelaines n’avaient rien perdu de leur activité et que les relations avec l’Italie ne firent que donner une nouvelle impulsion au goût pour les broderies, dans lesquelles la soie aux conleurs les plus chatoyantes se mariait agréablement avec l’or et l’argent sur les parements d'autel et sur les manteaux de cérémonie.
A cette époque l’aiguille, à l’instar des autres instrume nts
des Muses, trou va dans les professionnels formés à bonne école une légion de servants, auxquels la broderie est grandement redevable. Sans remonter plus haut que la fin du xve siècle, nous mentionnerons quelquesuns des maîtres-brodeurs de Tours, qui étaient de véritables artistes. Jean Hulot travailla pour l’entrée solennelle de Charles VIII et d’Anne de Bretagne et pour le château d’Amboise, rendez-vous de toutes les merveilles d’art. Puis Baudet fit le dais pour la seconde entrée de la bonne duchesse, cette fois avec le roi Louis XII (1500). Guillaume Faucon fut employé par la ville et par la cour. Mais le brodeur préféré des édiles était Jean Galle, dont le cardinal-ministre Georges d’Amboise appréciait si fort l’habileté qu’il l’occupa, avec plusieurs de ses ouvriers, à la décoration de son magnifique palais de Gaillon, en particulier pour la confection d’une « chambre de velours vert garnyede broderie ». De son côté, Jeanne Ruzé, femme du célèbre général des finances Jacques de Beaune, lui commanda divers ouvrages, notamment « une table d'autel avec le S '-Sépulcre, une chasuble de drap d’or ras », des orfrois et des « demourans de damas cramoisi à lleurs ».
Devant d’autel et voiles de calice.
Broderies aux Carmélites de Tours.
Jean Marie excellait aussi dans cet art; en 1522, il porte le titre de « valet de chambre et de brodeur du duc et de la duchesse d’Alençon » et, un peu plus tard, on lui voit la qualité de « brodeur du roy et de la royne de Navarre ». Son fils, Guy, fut brodeur comme lui. Vers la même époque, Etienne Dissart est qualifié « brodeur du roy et de la feue royne ». On remarque encore durant la même période (1524- 1532) Martin Lasneau qui fournit une « chapelle » pour le Blésois, René Aubert, Nicolas Nicot, Nicolas Obligys, Guillaume Mignot, Jean Freslon, Guillaume Lefebvre, Jean Vallée et d’autres. Parmi les familles de brodeurs les plus renommés du règne de François Ier, on compte les frères Etienne et Jean Besnard qui exécutèrent, entre autres ouvrages, « quatre vingts hystoires des bucoliques de Virgile », et « pourfilèrent de fils d’or, d’argent et de soye 55 desd. hystoires sur huit grandes pièces de chambre, de velours vert », et aussi un ciel avec pentes, deux chaises et deux tabourets de velours vert avec broderies.
Tours renfermait de véritables dynasties de brodeurs, telles que celle des Bernard dont les membres sont André, Toussaint, Jean et Méry; celle des Lucz, en particulier Robert, François et Claude, ce dernier me brodeur et valet de chambre de la somptueuse Catherine de Médicis; celle des Rocher, dont les deux François ; celle des Montmalle, parmi lesquels Philibert, Louis et Jean ; enfin celle des Moreau, qui comptait Mathelin, Guillaume et Antoine. Parmi les maîtres les plus renommés du milieu du vvie siècle, on cite Girard Odin et Robert Mestays, tous deux brodeurs de la cour; Etienne Roullard,qui travailla pour le cardinal de Lorraine, et Antoine Peschot, qui « besoigna » beaucoup pour les Bourbon-Montpensier. Nous ne saurions omettre les ateliers si réputés des Jean Pierre, des Pyau, des Dupuy, des Gommart, des Glassefort, des Vatel, des Ysambert, des Joubert, pour lequel René Lehayer broda « dix hystoires en soie de couleur », des Duluc et des Lambert. Jean Perrault excellait dans les sujets les plus fins empruntés à la Bible, à la mythologie ou à la nature et, en 1559, il s’engageait à exécuter les Douze Mois pour Jacques d’Albret, marquis de Fronsac et maréchal de France. Enfin dans la seconde moitié du xvie siècle, nous signalerons Jean Richart, Mathurin Vôysin, les Guymier, les Brunet, Nicolas Marboys, valet de chambre et brodeur de la reine Marguerite ; les Godart, Olivier Rammel, brodeur du roi, Gilles Carrier et Martin Mascherel; on s’adressa plus spécialement à Pierre Houdry, qui fut l’artisan favori de Henri II, de François II et de
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Marie Stuart. Sous le règue de Henri IV, le chevalier François de Daillon, comte du Lude, donnait sa confiance et ses commandes à Guyon Mercier et à Arnoul Joly.
Avec le xvue siècle, l’ère des fines arabesques et des architectures discrètes fit place a la période des colonnades robustes, des festons chargés de fleurs et de fruits, des gerbes et des enroulements d’une facture opulente. Le nué, si apprécié des générations précédentes, s’effaça devant les reliefs d’or et d’argent empressés de se mettre à l’unisson avec les sculptures des meubles, des lambris et des plafonds. Les corbeilles débordantes d’œillets, de tulipes, de roses et de marguerites faisaient pendant aux broderies en ronde bosse, qui surchargeaient les ornements d’église comme les vêtements des dames de cour. Entre autres présents de cette sorte,
Victor Le Bouthillier , frère du seigneur de Véretz, donna à la cathé • drale six chappes de velours rouge « à fleurons d'argent», sept chappes de velours noir « à orfrois de satin blanc » à ses armes, ainsi que des parements à fleurons en bro- [Chasuble brodée au SV1I. siècle, aUribuée à la duchesse
derie d’or et d’argent (1). de Montbazon, galon moderne. (Eglise de Montbazon )
Le nom de Bouthillier ou de Rancé amène sous notre plume un nom que l’histoire a pris
(IJ A divers points de vue. l'histoire des arts en Touraine a été l'objet d’intéressantes et fructueuses recherches, plus particulièrement de la part de MM. L. Palustre, Ch. de Grandmaison, Giraudet et P. Vitry, auxquels nous sommes heureux de rendre ici un hommage absolument justifié.
Lii CHATEAU DE V ÈRE T l
l’habitude de rapprocher du premier. La duchesse de Montbazon — on devine qu'il s’agit d’elle — savait allier au goût du monde les aimables délassements des châtelaines d’antan. Habile à « peindre avec l’aiguille », elle demandait à la broderie une agréable distraction en même temps qu’un utile moyen de faire quelque présent, toujours bien accueilli d’une main aussi vantée. Les églises du voisinage eurent part à ses largesses et celle de Montbazon conserve avec soin un ornement complet, dont la duchesse Marie aurait gratifié le sanctuaire à l’occasion de sa propre fête, qui se célébrait à la mi-août. On l’a retrouvé de nos jours dans une circonstance que nous devons rapporter. 11 y a près d’un demi-siècle, le curé de la paroisse s’étonnait à bon droit delà pesanteur d’un ornement noir qui lui servait pour les offices mortuaires. Il le lit découdre et découvrit à l’intérieur une seconde chasuble de soie blanche, rehaussée d’une gracieuse broderie de tiges fleuries avec une tête de la Vierge au centre de la croix, dans un médaillon de fleurs bien épanouies. La surprise causée par la trouvaille ne fit qu'augmenter lorsque l’on aperçut une note ainsi conçue : Plantin de Montlouis m’a dessinée, Marie dacesse de M. m'a brodée. Priez pour eux. Paroisse N.-D. de Montbazon, 15 août 16k 2.
C’est assurément une bonne fortune de se trouver ainsi eu possession d’un ornement, dont les souples enroulements de fleurs aux vives
nuances gardent le souvenir d’un parent de l’illustre imprimeur, né dans cette région vers l’aube du siècle précédent, et surtout la mémoire de la célèbre duchesse de Montbazon ! Depuis lors, l’ornementa figuré à maintes expositions et les amis du passé l’entourent d’un culte que nous nous félicitons d’étendre, en donnant ici la reproduction fidèle.
Tandis qu’à l’ombre des châteaux et des cloîtres on s’adonnait parfois à des ouvrages somptueux bien qu’élégants, la broderie était exercée avec une rare perfection par les maîtres Lierre Vatel, les Allaire, les Raymonneau, qui forment une véritable dynastie, les Dubois et Jean Riclier. Mous ne saurions négliger Michel Trahé, dont la fille, devenue chez les Carmélites sœur Anne de Saint-Joseph, fit
Christophe Plantin.
Portrait du musce d’Anvers.
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de beaux ornements pour le monastère et mourut en 1690, non sans avoir formé une habile remplaçante dans sœur Madeleine Segoin qui exécuta notamment, en 1705, le Christ portant sa croix aux tons agréablement nuancés. On sait qu’avec le xvme siècle, la broderie entra dans la voie sémillante ouverte au dessin par les Watteau, les Boucher et les Fragonard. Pour ce qui regarde Véretz, un visiteur d’autrefois a bien voulu se charger de nous renseigner sur l’intérieur et l’ameublement, et nous lui laisserons le soin de remplir cette mission délicate. En attendant qu'il nous invite à le suivre, nous dirons quelques mots des tentures, qui n’étaient pas l’un des moindres ornements des châteaux.
La deuxième moitié du xv° siècle fut pour la Touraine une véritable Renaissance. Les arts de second ordre, à la suite de leurs « grands frères », prirent un essor admirable ; en même temps que le travail de l'or, du fer et des autres matières résistantes suivait l'élan communiqué par des ouvriers d’une rare habileté, l'art des tissus connut un rapide accroissement. Louis XI avait créé la fabrique de soieries. A François Ier il était réservé de favoriser la fondation de la manufacture de tapisseries, si bien qu’en l’année 1541 Le Pleigney pouvait écrire qu’ « en la dicte ville se fait une grande quantité de tapisseries » (1). On admet que parmi les premiers fondateurs de la fabrique figure une famille dite de Mortagne. Du moins Philibert Babou, seigneur de la Bourdaisièreet intendant des bâtiments royaux, auquel François Ier avait confié la haute direction de la manufacture de Fontainebleau, implanta défi n i ti veinent cette industrie à Tours. On connaît la superbe suite de la Vie de saint Saturnin, dont le Mécène Jacques de Beaune, constructeur de l’hôtel tant vanté, fit présent à l’église parois-
Hôtel Jacques de Beaune à Tours.
Relevé de M. 11. îNodet. aux Monuments Historiques.
(1) La Décoration du pays et duché de Tour une, 1541, p. 28-29.
LE CHATEAUjDE VÉRETZ
siale de ce nom, et dont aucun document n’est venu révéler la provenance.
A la tête des ateliers tourangeaux se trouvait le maître tapissier Jean Duval, dont la famille se consacra à cet art à la fois diflîcile et charmant. La réputation de Jean Duval rayonna bientôt sur tout l’ouest. La confrérie de Saint-Sébastien, de Saumur, demanda au peintre Jean de Pou/.ay, demeurant à Bourgueil, de lui dessiner une suite dont on confia l’exécution à Duval; la première pièce fut livrée, en janvier 1538, à la satisfaction générale. A son tour, la municipalité tourangelle lui demanda un tapis de « menue verdure line » pour la table des séances de l’bôtel de ville De son côté, la famille des seigneurs de Véretz avait trop le goût des arts pour ne pas recourir à cet élément de décoration. L’un de ses membres, Pierre de la Barre, chanoine de Saint-Galien, eut la pensée toute naturelle d’avoir la vie de son patron. Il commanda à Duval cinq pièces de l’ Histoire de saint Pierre et de saint Paul. On a prétendu que le tapissier s’était inspiré
Arrestation et crucifiement de saint Pierre, tapisserie de la fabrique de Tours, à Saumur.
des célèbres cartons de Raphaël pour les Actes des Apôtres. Ce qu’il y a de certain c’est que Duval exécuta le travail vers la lin du règne de François 1er. Le chanoine en fit présent à l’église de Saint-Pierre du Boile, dont quelques restes subsistent au nord-ouest de la rue de ce nom. Un historien tourangeau, qui a pu voir ces tapisseries, écrit que c’était « l’ouvrage le plus considérable et que c’était alors comme un chef-d’œuvre; on l’estimait non seulement pour la perfection de son tissu, mais encore parce qu elle était faite sur les dessins de Raphaël. On y avait mis en perspective la ville de Jours avec la date des années 1541-L545 » (1). Les maquettes étaient peintes sur toile, et nous
(1) Chalmel, Histoire de Touraine , t. IV, p. 16ô.
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croyons avoir retrouvé des fragments des « patrons » en des sujets dessinés et passés en couleur, dont nous parlerons ailleurs.
Nous aimons à croire que les châtelains de Vérelz suivirent l’exemple du chanoine et ne furent pas sans faire quelque commande à l’atelier de Tours. Du moins, le clergé et les fidèles de Saumur frappèrent de nouveau à la porte de la fabrique tourangelle. A la demande de ces derniers, Robert de l’Isle d’Angers et Jean Delaistre dessinèrent les patrons d'une tapisserie de la Vie du prince des Apôtres ; puis ils commandèrent à Jean Duval « deux grandes pièces de tapisserie à haulte lice où sont deux histoyres de la vie de Monsieur saint Pierre», suivant les termes des Inventaires. Cette suite, qui a subi de graves dommages et des restaurations au xvme siècle, appartient encore à la fabrique de l’église Saint-Pierre de Saumur, dont on voit les armoiries en plusieurs endroits.
L’aspect général est agréable et les draperies sont traitées avec une entente sérieuse de la décoration. Aussi un contemporain, Jean Brèche, se plait-il à vanter le talent des ouvriers : « C est merveille, dit-il, que l’art* avec lequel ils nuancent les couleurs ; ils unissent la laine et la soie avec une telle perfection que l’on prendrait facilement leurs tapisseries pour des peintures » (1).
Jean Duval était secondé par ses trois fils, Marc, Hector et Etienne. A la mort du chef de la manufacture, ce dernier continua la maîtrise de son père. Les guerres de la Réforme jetèrent le marasme dans cette industrie aussi bien que dans les autres branches du travail national. Le règne de Henri IV ramena la sécurité et, avec elle, donna un nouvel essor à la fabrique. Parmi les tapissiers de cette époque on voit, a lours, Michel Boutemotte, Bonaventure Haste et François Duboys. Celui-ci,
(lj J. Brèclio, De Verbornm signijlcatione , 1555.
originaire des Flandres, mit tout en œuvre pour relever la manufacture et, à cet effet, demanda à la ville de lui confier des enfants de la Madeleine afin de les former dans cet art délicat. Le succès répondit à ses efforts. Un parent des seigneurs de Véretz. Jacques de Fortia, sieur du Paradis, et Arnoul Rousseau, tous deux « trésoriers généraux de France», lui commandèrent quatre pièces à champ d’azur semé de fleurs de lis jaune dans des bordures formées d’entrelacs, pour le Bureau des trésoriers. L’atelier exécuta également une tapisserie « en façon de grotesque avec moustier et pièces de gibier», d’un agréable effet décoratif, pour le compte de Claude Cottereau, sieur de la Roche et trésorier de France. Le maître-tapissier avait la garde et l’entretien des tapisseries de la ville, dont huit pièces figuraient Y Histoire de Joseph. Comme il était installé à l’étroit, la ville lui promit le logis deChamboiseau. On cesse de le voir figurer dans les actes à partir de l’année 1596, qui doit être la date de sa mort.
La fabrique de Tours avait une rivale dans la fabrique d’Aubusson qui se distingua plus particulièrement dans le genre verdure ou paysage. Dès l’époque de Charles IX, on dut commencer à reproduire sur les bords de la Loire la façon de la manufacture Corrézienne. A la fin de l'année 1571, Léonard Lombard, « maître tapissier originaire d’Aubusson », passa un marché avec François Falaiseau, conseiller au siège présidial de Tours pour plusieurs tapisseries, dont huit pièces de Y Histoire d' Abraham. Mais c'est la famille Molheron qui devait avoir l’honneur de contribuer plus activement au relèvement de la fabrique de Tours, de concert avec des maîtres flamands installés à Paris et désignés par Henri IV, savoir : Marc de Comans, François de la Planche, Jehan Gaboury et Jacques Cotard.
Après un accord intervenu avec la ville, en 1612, Alexandre Motheron et ses co-associés établirent leurs ateliers « au logis de la Petite Bourdaisière », ainsi nommé parce qu’il appartenait aux Babou , et actuellement dépendance du petit séminaire; ils y demeurèrent jusqu’à l’année 1625, époque à laquelle les bâtiments furent achetés par les religieuses Ursulines. Les secours promis vinrent lentement et la fabrique, qui comprenait une quinzaine de métiers
La Petite Bourdaisière, actuellement Petit-Séminaire.
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jouit d’une prospérité relative, laquelle fut secondée par l’activité des ouvriers, par la protection du tout-puissant cardinal de Richelie-u et par plusieurs commandes pour les églises et les habitations bourgeoises. Suivant le rapport des gardes-jurés en 1718, la fabrique, qui n’exécutait que la haute lisse, fut « dé tout temps fort estimée » et les « dessins et figures ont toujours été bien travaillés » ; en outre, « les tapisseries qu’on y faisoi t de verdures et d’animaux étaient fort correctes et leur architecture très bonne. » La marque était « une tour double ». D’après nos indications, nous croyons être autorisés à revendiquer pour la manufacture tourangelle une série représentant la Vie de J és as- Chris l, qui tendait la cathédrale et l’église de Saint - Saturnin avant la Révolution et dont Saint-Gatien garde encore quatre intéressantes pièces, malheureusement privées de leur lisière, l’Adoration des Bergers , la Fuite en Egypte , la Présentation an temple et Jésus au milieu des docteurs. L’église Saint-Pierre de Saumur, que nous savons en possession de se fournir à la fabrique de Tours, conserve une pièce de ce genre : la Collecte de la Manne, qui faisait partie d’une suite de l’Ancien Testament.
Au xvne siècle, à l'époque où la manufacture était en pleine prospérité, ses produits ne purent manquer de sourire, en particulier, aux Bouthillier de Rancé, aux d’Effîatet aux Mazarin, que nous avons vu empressés à demander aux arts toul à la fois le confort et l’agrément désirables. Ce n’est pas à dire que ces seigneurs aient négligé de
L’adoration des bergers, tapisserie à Saint-Gatien.
s’entourer d’ouvrages tissés en d’autres manufactures, et celles des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson auront pu être mises à contribution, ainsi qu’on peut en juger par deux pièces aux armoiries des familles d Effîat et de la Meilleraye, dont le dessin nous a été conservé par Gaignières < 1). Au siècle précédent, à l’instar des Fortia, auxquels
ils étaient alliés, les Forget s’étaient plu à décorer leur demeure de tapisseries, chaudes contre la bise et aimables pour le regard, qui paraissent sortir de la manufacture des Flandres. Il s’agit de F Histoire de l’enfant prodigue en sept pièces , dans lesquelles la fraîcheur du coloris rivalisait avec la pureté du dessin et dont les vives bordures déroulaient, sur un fond rouge, les légendes en même temps que les armoiries, les initiales et la devise des possesseurs. Au blason des Forget:
« d’azur au chevron d’or accompagné de 3 coquilles de même » est joint celui delà femme : «d’or à 3 fasces d’azur au lambel de trois pendants de gueules » ; les initiales réunies A E se concertent avec la devise Tout pour le inieulx pour désigner d'une façon précise les personnalités qui ont commandé cette remarquable série de la Renaissance. Nous ignorons ce qu’elle est devenue et heureusement Gaignières en a pris des calques sur un original qui appartenait à Mme de la Cour des Rois (2) .
On n’a pas oublié que Véretz fut la propriété de la famille de la ïrémoille. Or, ces puissants seigneurs faisaient leur principale résidence dans le superbe château de Thouars qu’ils avaient meublé de trésors d’art, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les inventaires publiés
Départ de l’Enfant prodigue, tapisserie aux armes des Forget.
(Dessin de Gaignières).
(1) Bibl. Nation. Coll. Gaignières , P. c. 18.
(2) Bibl. Nation. Coll. Gaignières , P. e. I p , f. 44 à LO.
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ou inédits que M. le duc de la Trémoille conserve dans son riche chartrier. La liste des tapisseries que l’on y remarque, dans la seconde moitié du xvie siècle, fournit des renseignements bons à recueillir, tout au moins pour identifier les panneaux qui se peuvent rencontrer çà et là. Nous y remarquons : Neuf pièces des « Neuf Preux », dont quatre ont passé du Plessis-Macé au château de Langeais; sept pièces « historiées de Saulvaiges »,et une pièce de « l’histoire d’une dame » ; dix pièces dites des « Groux ou des haulx Bonnetz » ; quatre pièces de « l’Histoyre d’un chariot », dont trois rehaussées de fil d’or ; une pièce du « Roi Antiochus », et une pièce « la Fontaine des lyons et oyzeaulx », avec deux petites pièces de « la Sybille ». Nous observons en outre la pièce « les Paz des Bergers » ; sept pièces « des Buscherons et vingnerons », et ailleurs six pièces; une petite pièce, « les Chappeaux »; sept pièces de « Judas Machabeus », que l’on voit transporter à l’ile-Bouchard ; six pièces de verdure « aux armoiries d’Alliances »; neuf pièces de verdure appelées « les Parz»,et ailleurs, six pièces, dont quatre pièces ou « les paux sont jaulnes et rouges », et deux avec « les paux vers et perse ».
Ce que nous venons de dire à propos des commandes d’œuvres d’art, faites dans tous les genres par les seigneurs de Véretz ou par leurs alliés, nous renvoie l’impression des charmes que présentait le château à l’époque que nous étudions.
Mais toute source d’information vient à point. J’ai parlé plus haut de visiteur. Or, au soir du xvne siècle, sur les bords du Cher, un touriste s’asseyait qui, son crayon à la main, dessinait la silhouette du château et du bourg. Ce dessinateur bien connu était Gaignières, dont les portefeuilles, remplis de curieux croquis de voyage, nous ont conservé une mine inappréciable de documents sur les monuments disparus ou transformés. Certes sa collection, dont une partie gardée au musée du British-Museum a été calquée avec soin, n’est pas la moindre des richesses artistiques de notre Bibliothèque Nationale. Quelle bonne fortune pour les antiquaires et les amis des arts de pouvoir puiser dans ce trésor et, aprèsavoir fait connaissance avec les monuments dans leur état ancien, d’en vulgariser la description !
Nous goûtons tout spécialement ce précieux avantage au sujet de Véretz, puisque nous sommes ainsi en mesure de nous faire une idée exacte de l’ancien château après la reconstruction par le comte d’Etampes au xvU siècle, et avant les remaniements apportés par h; xviue siècle.
Ce n’est pa s qu'il faille faire fond sur la fidélité de l’aquarelle pour les moindres détails, mais la silhouette est exacte dans les grandes lignes, dans le galbe et l’ordonnance des logis, des pavillons, des tours et des terrasses, ce qui est d’un prix inestimable pour la reconstitution de l’édifice. D’ailleurs, la vue du château est complétée par le dessin de la pierre tombale du fondateur et par celui d’un vitrail, dont nous avons parlé en son lieu. Qu’on nous permette donc d’ajouter un vif et sincère remerciement à ceux que l’intrépide dessinateur, par delà les sphères cthérées, reçoit chaque jour en celle vallée des voyages, des amis des monuments détruits ou encore debout.
La plume et le crayon s’entendent bien pour fixer le souvenir d’une façon durable. Le croquis du dessinateur trouve son complément dans la description de l’écrivain. Vers la même époque, bien que publiée un peu plus tard, une relation nous a été laissée par un auteur précis et bien informé. « Véret, dit-il, est un château sur le Cher, assez beau tant, par sa situation que parla commodité de ses appartements et la beauté de ses meubles. Les quatre angles du bâtiment sont occupés par autant de tours rondes à l’antique. Les dedans sont commodes et logeables. La cour est quarrée, spacieuse et belle, sur la porte est la figure équestre à demi-bosse du roi François Ier.
« La salle de billard à droite est très belle et superbement meublée, ornée d’un côté d’un balcon dont les vues sont charmantes et donnent sur la rivière. X gauche, est la cuisine parfaitement bien conduite, voûtée d’un grand goût. Ce qu’on appelle la « salle des saints» est un endroit propre et passablement beau, où l’on a représenté en peinture tous les saints guerriers illustres dans l’histoire. Ces morceaux ne sont pas d’une trop belle exécution, mais ils marquent au moins le goût saint et pieux du feu duc deMazarin auquel cette maison appartenait.
« Le sallon, qui est en haut, est parfait dans ses proportions et son étendue ; les peintures du plafond avaient été commencées par Jouvenet, mais elles n’ont pas été finies; ce qui est fait est d’une grande beauté; cette belle peinture représente le ciel et une cour céleste. Les pans du mur sont peints de figures en grand de tous les rois de l'Europe chrétienne d’un assez mauvais goût. Les appartements à droite et à gauche sont beaux et logeables.
« Le parterre est orné de plusieurs figures de divers papes mal exécutées, et saint Pierre est placé sur un piédestal au milieu de ce parterre. Ce goût de statues est tout à fait singulier et répond à la sainteté du seigneur de la maison.
ARTS ET ARTISTES JUSQU’AU XVIIe SIÈCLE
« Le parc est surnneéminence ; il est grand et peut avoirune bonne demi-lieue de tour ; il est bien percé ; les allées et les étoiles en sont entendues et bien disposées, et on a pratiqué d’espace en espace des impériales ou berceaux, qui font un agréable effet.
« Le château a été bâti par Jean delà Barre, comte d’Etampes, premier gentilhomme de la chambre du roi et prévôt de Paris. » (I) Tel le manoir apparaissait aux regards charmés, à l’heure où le règne de Louis XIV s'achevait après avoir doté la France de splendeurs de toutes sortes lesquelles, nonobstant des souffrances bien douloureuses, ont fait à notre pays une auréole de gloire qui n’a jamais été dépassée. Par la distinction de ses hôtes, aussi bien que par le luxe de l’ameublement, il présentait une image séduisante des magnificences de Versailles. Le siècle suivant va continuer de nous offrir tout ce qu’une demeure fortunée peut renfermer* de plus capable de fixer l’attention.
(1) Dictionnaire de Pujaniol de la Force , 17 22, t. VII, j>. 53.
Servitudes anciennes du château, façade sur le Cher.
Arts et Artistes au XVIIIe siècle
Visite sous Louis XV
Et. bientôt par Minerve à Verret amenez 1,’on voit ouvriers de toute espèce.
Les architectes, les sculpteurs.
Peintres, jardiniers et graveurs.
Ms. de la bibliothèque de Tours.
vec sa noble physionomie Renaissance embellie par les âges suivants, le château de Veretz faisait 1 admiration de tous, et plus d’un visiteur, comme Mme de Sévigné, Pavillon et Piganiol, nous a transmis l’expression de ses sentiments. Il était reserve aux ducs d Aiguillon de transformer le manoir et de lui donner un nouvel éclat. Le palais de Versailles avait mis à la mode les longues façades à baies symétriques et les toits en terrasse, qui donnent aux constructions 1 aspect
ARTS ET ARTISTES AU XVIII” SIÈCLE
:isi
d’une demeure à l’italienne. Les seigneurs songèrent à copier la résidence du roi-soleil et si tel d'entre eux, comme M. de La Mote-Baracé, seigneur du Coudray-Montpensier, fit dresser son plan sans le réaliser, par contre tel autre, comme le duc d’ Aiguillon, le mit à exécution du moins en partie.
Les toits aigus avec leurs charpentes pressées, véritable forêt de bois de chêne ou de châtaignier, s'inclinèrent sous le niveau de fer. On vit s’abaisser du même coup les lucarnes, les épis, les cheminées et tout leur appareil pittoresque bien en harmonie avec notre climat, qui tient le milieu entre les contrées brûlantes du midi et les froides régions du nord. Les arts en effet, et plus que tout autre l’architecture, ne s’inspirent-ils pas du milieu dans lequel et pour lequel ils s’épanouissent P Toujours et partout, l’utilité a le pas sur le luxe, qui ne fait qu’agrémenter les objets servant à entretenir et embellir l’existence humaine. C’est surtout après son mariage avec Anne-Charlotte de Grussol, en 1718, que le duc d’Aiguillon, épris des charmes de Yéretz, entreprit de transformer la maison, la terrasse et le parc. On nivela résolument les ailes que l’on surmonta d’une couverture en manière de voûte. On installa « les grandes croisées, les balcons et les autres ajustements » dans le style moderne. De l'Olympe où, parait-il, « on fait cas de Verret », s’il faut en croire un poète contemporain, la déesse des arts daigna descendre pour présider à ces embellissements.
A mesure que le dehors se transforme, les appartements du château revêtent une nouvelle magnificence. Puis c’est le tour de la grande terrasse, reliée au premier étage par un pont de pierre, laquelle voit ses perspectives se prolonger à l’infini. Le parc, lui aussi, s’embellit de toutes sortes d’agréments avec lesquels une visite détaillée nous fera bientôt faire connaissance. On fait sauteries rochers, on déracine les vieux arbres, quitte aies transplanter, afin de réaliser la terrasse merveilleuse, l’une des plus superbes qu’il y ait au monde par son étendue le long du coteau et par la vue sans limite que l’œil embrasse de ces hauteurs enchanteresses.
Le seigneur goûtait une particulière jouissance à donner luimême à sa demeure tout à la fois comme le reflet des conceptions royales et l’empreinte bien marquée de ses aspirations personnelles : n’est-ce pas un vif contentement que d’organiser sa maison ? Le goût du duc d’Aiguillon, naturellement ami des arts, trouvait d'ailleurs un stimulant dans l’annonce du séjour que la princesse de Conti, elle aussi favorite des Muses, se disposait à faire au château
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de Véretz. Gomme avec une baguette magique on créa, en se jouant, parterres, bosquets et labyrinthes. Au dire d’un témoin,
Pour luy plaire chacun redouble ses efforts:
L’allégresse, les jeux, la douce complaisance,
Les grâces, les beaux-arts viennent grossir sa cour Et tâchent à l'envi d’égayer ce séjour,
Chaque moment du jour, quelque beauté nouvelle Y semble éclore sous ses pas.
La chapelle seigneuriale ne demeura pas étrangère aux travaux exécutés par le duc d’Aiguillon, Les peintures médiocres commandées par l’abbé d’Effiat devaient offusquer des regards habitués à* contempler les chefs-d’œuvre de Versailles et de la capitale. Pour les dissimuler on revêtit les parois jusqu’à la hauteur de trois mètres, d’une boiserie rehaussée de sculptures dans le goût de cette époque; le carrelage du sol fut recouvert d’un parquet. Un document de 1765 nous apprend que, cette année-là, le menuisier Pierre Jaffré fit des réparations « au parquet et au lambris de la tribune. » On voyait, il y a quelques années, des vestiges de cette boiserie, et on remarque encore sur les murs les traces de scellement. Le duc d’Aiguillon ne manqua pas de faire apposer ses armes sur les boiseries, ainsi que l’indiquent les marques des clous demeurées à l’entour des blasons de la famille de Mazarin.
Mais c’est surtout à l’intérieur du château que le seigneur porta ses soins. Il ne négligea rien de ce qui pouvait rehausser la splendeur du vaste et magnifique salon du premier étage, dont les larges baies, remplies d’air et de lumière, permettaient au regard de scruter l’horizon dans tous les sens. Un second salon resplendissait également de tout l’éclat que donnent les peintures, les glaces, les tentures et l’ameublement. Les autres pièces furentamenagées avec non moins de goût et de luxe. Les cours, les terrasses, le jardin et le parc s’animèrent de statues de marbre dont la blancheur se découpait harmonieusement sur l’émail des Ileurs, sur l’émeraude du gazon ou sur la frondaison des bois. Le duc d’Aiguillon présidait lui-même à ces embellissements en se montrant de tout point à la hauteur de sa tâche. Un écrivain, qui le vit à l’œuvre, nous a laissé le portrait suivant : « C’est à ses soins et à son génie seul que Verret est redevable de ces embellissements qui le parent tous les jours de quelque grâce nouvelle. Sculpteur, graveur, peintre, architecte, chimiste, etc. tout à la fois, s’il a besoin de secours dans les divers ouvrages qu’il entreprend, ce n’est que pour l’exécution
ARTS ËT ARTISTES AÜ XVilf SIÈGLË
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des justes et gracieux desseins qu’une imagination féconde et un goût sur font éclore chez lui : ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu il ne doit tous ces avantages qu’à luy-même. » Tout eu faisant la part du léger soupçon de flatteuse exagération de la part de l’écrivain, il nous plaît de rendre hommage aux talents variés et aux plans « justes et gracieux, » éclos dans la féconde imagination du duc d’Aiguillou. D’autre part, nous sommes sûrs, tant ils aiment l’équité, de complaire à ses mânes en recherchant le nom des collaborateurs, dont il a sollicité le « secours » dans la réalisation de son remarquable projet.
Tout prince et grand seigneur eut près de soiun architecte préféré, dont il appréciait les qualités et les talents en harmonie avec le goût le plus en vogue dans la capitale. Le cardinal de Richelieu demanda les plans de son palais des bords du Mable à Jacques Le Mercier. Le duc de Lorraine donna toute sa confiance à Sébastien Palissot, et le duc de Choiseul accorda ses préférences à Le Camus. Quel fut l’architecte mandé à Véretz par le duc d’Aiguillon poury réaliser les importantes transformations rêvées par le puissant seigneur? Ne serait ce pas l’un des membres de la famille
i i - . . Château de Richelieu, façade postérieure et jardins.
des Gabriel, qui a ses racines en ,
1 D’apres les dessins du xvn' siècle.
Touraine et s’est fait un nom
glorieux au cours des xvuej et xviiT siècles ? Jacques-Jules Gabriel
notamment, nommé en 1709 contrôleur « des dedans du château de Versailles a et, en 1716, premier ingénieur
Château de Richelieu. 1. Façade principale. — 2. Façade latérale. des ponts etcliailS- D'après les dessins du xvii9 siècle. , .
sees du royaume,
en attendant d’être premier architecte du roi et de construire tant d'édifices remarquables, n’aurait-il pas été invité par le duc à exercer la
souplesse de son lalent, formé à l'école même des maîtres de Versailles, dans la métamorphose qu il appelait pour son château ? Nous souhaitons que la découverte de quelque document nous permette d’éclairer enfin ce point demeuré dans l’ombre. Nous ne sommes, hélas! guère mieux renseignés au sujet des « sculpteurs, peintres et graveurs » dont un visiteur nous vante l’empressement à seconder le duc, et nous faisons des vœux afin de pouvoir quelque jour lever le voile qui recouvre leurs noms et leurs ouvrages
Cependant cette lacune ne nous dispense pas d’aller plus avant. Les œuvres d'art, sous plus d’un rapport, ressemblent à l’épanouissement des énergies de la nature, dans laquelle le labeur des infiniment petits joue un rôle qui ne saurait être oublié. L’historien est heureux de saluer les maîtres qui conçoivent et dirigent les maîtresses lignes de l’ouvrage, mais il doit s’efforcer de ne pas reléguer dans l’ombre les collaborateurs plus modestes, sans lesquels le monument serait demeuré à l’état de projet. Les noms des artisans nous ont été révélés par les registres d’état civil et par les comptes. Parmi les maîtresmaçons, à l’époque qui nous occupe, nous relevons : François Lenoir (1674-1720) ; Laurent Maumarché (1676); François Chartier, décédé en 1727 à l’âge de 80 ans ; Claude Maleper (1680) ; François Butet, décédé avant 1681 ; Philippe Boutin (1696) ; Jacques Charlier (1709— 1723); Martin Bourdier (1719); et Léonard de la Brissée, qui est dit « demeurant de présent à Verelz depuis les Testes de Noël, 1720. » Le travail de la maçonnerie se complète par « l’œuvre de charpenterie, » sans d’ailleurs que maîtres et compagnons le cèdent en rien en fierté aux artisans les plus qualifiés. Au nombre des maîtres-charpentiers nous remarquons: Pierre Pouillard, le jeune (1676); Gabriel Ilurtault (1696) ; Nicolas Pineau (1714) ; André Rouillé (1716); André Bader (1769); Charles Rouillé est à la fois maître-charpentier et couvreur (1680). Avec lui nous passons à la profession des ouvriers qui achèvent le gros œuvre de construction. Les couvreurs sont Pierre Chevreau, mort avant 1674 ; Sébastien Tourault (1671); Noël Ruesche (1690) ; André Moreau et Jacques Meignent, (1769).
Pour ce qui est de l’intérieur, les menuisiers jouent dans l’exécution de l’ameublement et des boiseries un rôle important, plus considérable encore aux siècles passés, qui s’inspiraient davantage des traditions vivantes de l’art national. L’un des artisans sur bois, qui a dû être associé tout spécialement aux embellissements apportés au dedans du château, est le menuisier Martin Charpentier, « dit Gue-
ARTS ET AUTISTES AU XVIlfi SIÈCLE
riclon » sans doute à cause de son habileté à traiter le meuble. 11 mourut en 1706 à l'âge « de 80 ans et plus », et fut suivi dansla tombe par un autre menuisier, nommé Courtin, âgé de 55 ans. Nous remarquons, en outre, Etienne Le Creux, mort avant 1683; Etienne Durand (1687-1733); François Juliais (1711);
Gilles Geaffre ou Jaffré (1720) ; Pierre Jaffré (1766); René Guittet (1771);
Jacques Durand (1777) et Pierre Voland (1779). Sous un autre rapport, au premier rang se placent les Roy ou Le Roy qui formaient un remarquable groupe d’ouvriers adonnés au travail du fer, que le marteau, en ce temps-là surtout, pliait à réaliser les plus heureux effets de décoration. A ce groupe domestique, en ennoblissant le caractère du labeur, on pouvait appliquer les vers du poète antique de Mantoue ;
Illi inter sese magna vi brachia tollunt
In numerum versantque tenaci forcipe ferrum.
On sait le talent et la célébrité qui distinguèrent quelques membres de cette maison. C’est en 1587 que se fixa à Tours David Le Roy, originaire de Paris et « me horlogeur du roy », qui disparaît vers 1635. Après lui, Pierre-Julien Le Roy est réputé excellent serrurier-
mécanicien et, à ce titre, répare en 1698 l’horloge astronomique de la cathédrale. Mais c’est le fils de celui-ci, Julien Le Roy, qui se rendit illustre par ses travaux et par ses découvertes, en particulier par le premier modèle des horloges horizontales, par un régulateur, par les montres à seconde, et par un nouveau cadran universel à boussole.
Il laissa en outre des ouvrages appréciés touchant l’hologerie, et mourut à Paris en 1759. Son fils aîné, Pierre, que nous voyons assister à une cérémonie religieuse à Véretz en 1717, perfectionna les montres marines. Son frère Julien, architecte distingué et ami des monuments qu’il étudia en Grèce,
Hampe d'escalier en fer forgé Louis XV, décorée de sujets allégoriques.
Hôtel i ue de l’Archevêché, Tours.
[Dessin de M. Guérite.)
fut admis à l’académie des Beaux-Arts. Les m" serruriers, du nom de Roy, installés à Véretz, sont Julien cl René. Julien était décédé avant 1693 et, au mois d’octobre de cette année-là, on enterrait sa veuve Denise Délie, « en présence de ses enfants Pierre, Charles et René Roy. » René Roy paraît de 1686 à 1730. Un Charles Roy exerça, à cette époque, la profession de « me menuisier ». Etienne Roy est me serrurier en 1771. Parmi les membres de cette famille fixés à Tours, d’aucuns viennent parfois à Véretz : tel, nous l’avons dit, Pierre Roy, « me horlogeur » demeurant paroisse Saint-Saturnin (1717).
De tout temps les seigneurs de Véretz s’attachèrent particulièrement à embellir leur château aussi bien à l’extérieur qu’à l'intérieur. Les jardins furent l’objet de leurs soins assidus et toule une escouade de gens, sous la direction d’un jardinier en chef et de plusieurs maîtres jardiniers, travaillaient à l’entretien du parc, des parterres, des terrasses, des bosquets et de tout ce merveilleux décor au milieu duquel souriait le délicieux palais de plaisance. C’est d’abord Jean de la Vertu, « jardinier de M*r d’Effiat » (1676) ; sa femme Madeleine Pelissot lui donna un (ils, Nicolas, qui eut pour parrain Nicolas Bouzon, « chef de cuisine de M?r de Véretz » (1678). Puis viennent Olivier Marquand (1684), et Pierre Toureau, décédé en 1687. Olivier Marquand « jardinier du duc de Mazarin » devint, il est vrai, « le jardinier de M?r Parchevêsque » au service duquel nous le voyons en 1716, mais le château de Véretz continua de demeurer en possession d’une véritable maîtrise en ce genre. Pierre Bredon était maître jardinier en 1714 et, parmi ses aides, on remarque Nicolas Bcgast (1738) et G. Croulebois, qui était en relation d’amitié avec Fouqueray, jardinier de la Bourdaisière. Guillaume Croulebois, « jardinier de M«r le duc d’Aiguillon », perdait en 1761 un domestique, Louis-François, âgé d’environ trentecinq ans, fils de François Brisset, jardinier de la paroisse Saint-Pierre du Chaillot à Paris. Dans la brigade des arlisans occupés à entretenir la parure du sol, des arbustes et des plantes, variées à l’infini, nous remarquons encore Martin Bienvaull, Jacques Bataille, Etienne Manceau et Urbain Guérineau. Ce dernier, au mois des roses de l’année 1766, eut une fille dont le parrain fut François-Guillaume Gausselin, postillon du duc d’Aiguillon. Nous mentionnerons enfin Louis Croulebois le jeune (1773), ainsi que les jardiniers Jacques Fourneau et Jacques Busson (1777).
A la faveur des instincts démocratiques de notre époque, la simpli-
ARTS ET ARTISTES AU XVIIIe SIÈCLE
cité tend de plus en plus à imposer ses règles aux costumes aussi bien qu’aux mœurs. Il n’en allait pas ainsi au temps passé, où l’étiquette et le cérémonial jouaient un rôle considérable dans l’existence de la noblesse. La toilette, alors surtout, s’étudiait à fasciner le regard, et les gentilshommes n’apportaient pas moins de luxe et de recherche que les dames dans l’art de se vêtir. La coupe, l’ajustement et la décoration des habits étaient une des préoccupations des gentilshommes et ceux qui, comme le seigneur de Véretz, avaient leurs entrées à la cour, étaient jaloux plus encore de précéder que de suivre la mode. Le duc et pair, en retour, ne négligeait pas de donner à son tailleur de particulières marques d attachement. Le 7 juillet 1691, Antoine Tréhouère, « maistre tailleur d’habits, » ayant eu une fille, Charlotte, le seigneur fut son parrain avec Marie Soulet, veuve de Joseph Boutet, écuyer, sieur delà Pidellerie. Une autre fois (18 f4v. 1693), le duc fut parrain d’un fils d'André-Daniel Mansion, « maistre brodeur à Paris, » et de Marie- Suzanne Bertrand, venus à Véretz vraisemblablement pour des travaux concernant la demeure ou la personne du seigneur. En 1719, mourait Pierre Duré, tailleur d’habits, à l’âge de 61 ans et, après lui, un autre tailleur, Guy Nadal, âgé de 72 ans. On voit si nous avons à cœur de ne négliger aucun de ceux qui remplirent un rôle, si modeste soit-il, dans l’histoire du château de Véretz et même dans la vie ordinaire de ses seigneurs. Mais nous avons à envisager le manoir sous un aspect plus en rapport avec les arts .
L’un des privilèges les plus charmants de l’imagination est la puissance évocatrice dont elle jouit. Merveilleuse magicienne, elle connaît l’art de ressusciter les âges évanouis et de préluder aux siècles à venir. Avec quel bonheur sa baguette de fée fait sortir des ombres du passé et se dresser sous nos regards séduits les mille et une curiosités qui furent la joie de nos aïeux ! Mais le songe plane d’ordinaire au dessus de la réalité et ses rêves trompeurs ne répondent pas à la vérité des choses. Fruits d’une faculté qui s’inspire aux sources de la fantaisie, ces évocations ne laissent après elles d’autres traces que celles de la corolle ell’euillée par le vent. Ainsi en est-il des conceptions les plus étincelantes du roman; faute de reposer sur une base solide, elles sont parfois emportées par le premier souffle de l’examen le plus superficiel.
Au contraire, les résurrections de l'histoire sérieuse et «ligne de ce nom demeurent comme des images burinées sur le marbre ou l’airain. Ici, non seulementles grandes lignes de l’ensemble, mais encore chacun des traits du tableau, de la description est emprunté à des actes
authentiques. Et alors ce n’est plus un mirage trompeur qui s'offre à nous donner une heure de fascination mensongère, mais c'est bien réellement la reproduction sincère d’une série d’événements et de choses qui apparaissent dans un merveilleux kaléidoscope, dans un miroir grandiose. Des témoins autorisés nous ont fourni les documents historiques qui forment la trame de ce récit ; nous demanderons à des visiteurs compétents la peinture exacte de ce que fut jadis le château de Véretz.
Pour notre visite nous avons le choix du jour et de l’heure. Nous ne la ferons ni au temps où le manoir n'avait qu’une partie des curiosités recherchées des amis des arts, ni à l’époque où les menaces de la Révolution dérobaient à ce riant séjour une partie de ses délices par l’éloignement de la société choisie qui le fréquentait. Le règne de Louis XV a été la période la plus brillante pour le château de Véretz, comme pour plus d’un autre, et c’est à ce moment que nous placerons notre promenade.
C’est vers 1736. Leduc d’ Aiguillon a transformé la maison et le parc en un palais des Mille et une Nuits. Dans un cadre délicieux, fait à souhait pour le plaisir de l’esprit non moins que des yeux, nous aurons
Château de Véretz en 1699, dessin de Gaignières.
le loisir de rencontrer une société formée de ce que la province renfermait de plus distingue et de coudoyer les visiteuis les plus illustres, écrivains, artistes, prélats, ambassadeurs, grandes dames de
VISITE SOUS LOUIS XV
la cour et princesses du sang royal, ainsi que nous l’avons constaté précédemment. Pour guide nous avons un fin lettré et un observateur pénétrant, qui nous a laissé ses impressions sous une forme claire, pittoresque et fort agréable. Ce sera double jouissance pour nous de suivre un cicerone si familier avec les gens et les habitudes de la maison. Avant de descendre au détail des curiosités, commençons par prendre une idée de l’ensemble.
« Yerret est un ancien château à deux grandes lieues de Tours, bâti sur un de ces coteaux qui bordent le Cher. Yerret est sur son bord méridional et ses quatre faces paraissent à peu prez assez exactement tournées au nord, à l’orient, au midy, au couchant.
Sa figure forme un quarré un peu irrégulier, le côté qui foit face au vallon et à la rivière est terminé par deux gros pavillons quarrez dont les fondements sont jetez au pied même du coteau et ont depuis là jusques au rez de chaussée du château plus de dix toises de hauteur.
La face opposée tournée du côté des plaines qui s’étendent sur le haut de la côte, est terminée par deux grosses tours rondes. Dans le terrain qui s’étend depuis le pied du château jusque à la rivière on trouve sur la même ligne, parallèles au château et à la rivière deux bâtimens bien construits. L’un renferme les écuries, l’autre une orangerie, un joly parterre et des jets d’eau, les orangers sont en grand nombre, fort beaux et en bon état; ces bâtiments sont bordés d’un quay, large au moins de sept ou huit toises, long de plus de cent.
« Du quay une rampe douce conduit jusques à la cour du château. En y entrant, le premier objet qui vous frappe, est une statue équestre de François Ier, placée dans une espèce de niche pratiquée dans l’épaisseur du mur; le prince et son cheval sont armez de toutes pièces; la
Château de Vérefz en 1781 .