‹ Le chateau de VeretzChapitre 3 sur 42 · Ab. de Noyers. — 2, 3, 4, Ab. de Bois-Aubry · texte numérisé non relu

Ab. de Noyers. — 2, 3, 4, Ab. de Bois-Aubry

tiale, si bien qu’il ne subsiste guère que des logis morcelés. Mais le souvenir de Seuilly ne périra pas tant que vivra la mémoire de Rabelais. Né dans le voisinage, vers 1483, le jeune François dut suivre les leçons des Bénédictins avant d’entrer dans la carrière brillante que lui ouvrirent

son génie prestigieux, son savoir universel, sa langue savoureuse et originale, aussi bien que la vivacité de sa critique et la hardiesse de ses images sans vergogne et sans voiles. Après la visite des vestiges de l’abbaye, voire du clos immortalisé parla vaillance de frère Jean des Entommeures, on ne saurait négliger de se rendre à l’église paroissiale, dans laquelle le futur docteur en médecine et maître en satire reçut le baptême, selon la tradition attestée par l’opinion courante en même temps que par Gaignières , l’érudit voyageur du règne de Louis XIV.

Les Bénédictins occupèrent un autre couvent dans la partie sudouest de la Touraine. Sur les rives de l’Indrois, aimable affluent de l Indre, par les soins de deux seigneurs s’éleva de bonne heure une église, qui fut consacrée vers 8o9 par Hébrard. archevêque de Tours. Le monastère, qui dépendait de Cormery, eut à souffrir des ravages des Anglais ; aussi le roi Charles VI, en 1412, autorisa les religieux à exiger le guet des habitants, qui trouvaient euxmêmes un abri derrière les fortes murailles de l’abbaye. Le couvent fut repris, en particulier le logis abbatial, sous les abbés Achille de Harlay et Gaillard de Cornac ; à cette époque se rattachent une Adoration et un Christ, tableaux qui se voient dans l’église de Villeloin. Mais dans la série des supérieurs le plus connu est l’abbé Michel deMarolles (1667), qui professa un goût très prononcé pour les lettres et

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pour les arts, et recueillit la précieuse collection d’estampes que l'on connaît. Parmi les rares vestiges du couvent, l’antiquaire est heureux de saluer un carrelage vernissé, rehaussé d’ornements curieux, qui n’était pas le moindre agrément de la salle capitulaire Les rinceaux, les inscriptions bibliques et les armoiries forment une composition des plus harmonieuses, qui fait grand honneur au goût de l’abbé Jean de Barasc de Beduer (1475-1493). Des fragments ont été déposés dans le musée de la Société archéologique, ainsi qu’un relevé très soigné, dû au talent d’un architecte distingué, M. J. Hardion.

Pendant que nous sommes dans le voisinage de Villeloin, nous ne saurions omettre de parler du Liget. C’est vers 1170 qu’avec l’appui du roi Henri II d’Angleterre les enfants de saint Bruno fondèrent la Chartreuse, dont ce prince confirma les possessions quelque vingt ans plus tard. La tradition, jadis consacrée par une inscription, veut que le souverain ait installé cette pieuse maison pour expier le meurtre de saint Thomas Becket. Quoi qu’il en soit, tandis qu’ailleurs les religieux goûtaient les avantages de l’existence en communauté, là, les moines vivaient dans leur home individuel, comme dans les alvéoles particulières de la ruche commune. Le voyageur qui traverse actuellement cette solitude remarque le portail d’entrée et le logis du prieur, reconstruit au xvne siècle, ainsi que de curieuses portions de l’église ogivale, du cloître et du bâtiment conventuel ; surtout il aime à visiter, à l’orée de la forêt de Loches , la charmante rotonde de Saint-Jean avec ses peintures moyenâgeuses, relatives à l’histoire du Sauveur et de la Vierge, et la Corroirie, asile fortifié où les religieux préparaient les parchemins et se retiraient en cas de danger. On rencontre, cà et là, de curieuses épaves de la Chartreuse, parmi lesquelles nous mentionnerons, à la bibliothèque de Tours, des manuscrits; au rmusée, une série d’intéressants portraits de rois de

France peints sur bois; et à l’église Saint-Anloine de Loches, un grand rétable de la Passion portant la date 1485 avec les initiales F. J. B. Ce domaine si riche en souvenirs est la propriété de M. le vicomte René de Marsay, ami éclairé des gloires du passé.

Les Bénédictins, on l’a constaté, formaient comme le gros de l’armée pacifique qui travaillait à propager la civilisation par la parole et par la plume, ces armes des meilleurs conquérants. Ils étaient secondés par d’utiles auxiliaires. Au cœur du moyen âge, l’apostolat de l’Evangile, en même temps que la vulgarisation des lettres, des sciences et

des arts, fut exercé en Touraine mche de l’ordre de à laquelle saint Berimprimé la marque son caractère. Les Cisterciens étaient en possession de trois abbayes, dont une au sud, et deux au nord de la

Couvents de Touraine, état actuel. Loirei leS UDeS et

1. La Corroirie. — 2. Façade de l’église du Liget. — 3. Ab. de les autres placées, Beaugerais. — 4, 5. Ab. de Fontaines, logis de l'abbé. , ,, ,

prison. selon 1 usage de

l’ordre, sous le

vocable de la Sainte Vierge ou de Notre-Dame. Un peu au midi de Villeloin, sur la paroisse de Loché, se voient les restes du couvent de Beaugerais. La fondation, fai te au xue siècle, fut rat ifiée par Henri II, roi d’Angleterre. De son côté Charles VII autorisa les moines à fortifier leur monastère pour se défendre contre les vexations des Anglais. Le docte Michel de Marolles, abbé de Villeloin, toujours disposé à être utile, aida les Cisterciens à restaurer leur couvent.

Et maintenant, nous franchissons le beau lleuve aux ondes dorées pour nous diriger vers l’antique abbaye de Fontaines-les-Blanches, sur la paroisse d'Autrèche. En compagnie de l’aimable et distingué propriétaire, M. Charles Gabeau, ancien interprète militaire, nous visitons le logement de l’abbé avec la remarquable salle voûtée formant deux travées du xive siècle, et les peintures gothiques ; la curieuse porte d’entrée, décorée d’une statuette de la Vierge avec niche de 1540 rehaussée des armoiries de Nicolas Chauvin, le premier abbé commandataire, qui était en même temps protonotaire apostolique. On observe encore

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avec intérêt la prison monastique de forme carrée à double étage et. au fond du petit vallon et près de l’étang, les restes du bâtiment conventuel. Parmi les épaves artistiques de l’abbaye on remarque une série d’émaux sur cuivre de Limoges, avec blasons, qui ont peut-être orné un coffret, et des fragments d’un rétable en bois peint de la fin du xve siècle, qui a été parfaitement décrit par le savant M. Alfred Gabeau. La peinture, que ne désavouerait pas Fouquet ou Bourdichon, représente des scènes de la Passion avec une franchise de dessin et une vivacité de coloris que les années et les mutilations — il avait lini par faire partie d’une bluterie — n’ont pas réussi à faire disparaître.

Les arts, semble-t-il, avaient élu domicile avec plus d’empressement encore dans un autre monastère cistercien. A quelques lieues au nord de Tours, sur la paroisse de Saint-Paterne, on rencontre le couvent de la Clarté-Dieu, fondé au début du xuie siècle sous la protection des d’Alluye, puissants seigneurs de Saint-Christophe, dans le voisinage. L’église se devine seulement par quelques vestiges de fondation, mais il subsiste des bâtiments importants du logis conventuel et du logement de l’abbé, ainsi qu'un curieux réfectoire de style ogival. Le souvenir des fondateurs persiste dans une remarquable pierre tombale d’un chevalier armé de pied en cap, que l’on croit être Geoffroy de Courcillon, mort en 1395 :

elle est conservée au château d’Haudebert, propriété de M. le comte de la Bouillerie, qui possède le domaine de la Clarté-Dieu .

L’abbatiale constituait un véritable musée de sculpture. A la Révolution, on transporta dans l’église paroissiale de Saint-Paterne une série de statues intéressantes , soit en terre cuite comme le groupe de l’Adoration des Mages que l’on attribue au xvie siècle, soit en pierre comme les quatre Docteurs de l’Eglise et le rétable de Notre-Dame du Rosaire, qui se rattachent au siècle suivant.

Pour achever l’esquisse du tableau monastique nous mentionne-

Couvents de Touraine, état actuel.

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