‹ Le chateau de VeretzChapitre 4 sur 42 · Ab. de la Clarté-Dieu. — 2. Ab. de Gâtines · texte numérisé non relu

Ab. de la Clarté-Dieu. — 2. Ab. de Gâtines

rons trois maisons qui suivaient la règle de saint Augustin. Sur la paroisse de Villedômer, se voient les bâtiments plus ou moins mutilés de Notre-Dame de Gâlines. Cet ermitage fut érigé en abbaye par Hugues, archevêque de Tours, en 1137. Au cours des xvn8 et xvme siècles, on exécuta d’importants travaux qui rajeunirent le couvent très délabré. Sur la paroisse de Faverolles, maintenant rattachée au département de Loir-et-Cher, fut installé, au milieu du xue siècle, le monastère de Notre-Dame d’Aiguevive dont le nom indique assez le voisinage et la qualité de l’eau. A la ruine des bâtiments claustraux survit l’église romane qui présente un vif intérêt par les détails de sa nef démantelée et surtout par le portail, le transept et l’abside.

Les chanoines réguliers occupaient, à la porte de Tours et dans « l’isle de Saint-Cosme » baignée parla Loire, une délicieuse retraite en laquelle ils pouvaient goûter à la fois les charmes de la nature et les délices de la contemplation et de l’étude. Ses origines sont placées sous le patronage du grand nom de Hervé de Buzançais, riche trésorier et célèbre reconstructeur de Saint-Martin à l’aube du xie siècle. Le monastère de Saint-Côme, illustré plus tard par le théologien Bérenger et par le poète Ronsard, qui y furent inhumés, est un but d’excursion cher aux touristes. On s’y attardé volontiers à étudier l’abside romane et le réfectoire, finement décorés des motifs familiers aux sculpteurs de cette période, aussi bien que le bâtiment du prieur, agréable logis avec charpente ornée du xve siècle, dans lequel l’ami des lettres aime à se

représenter, auprès de sa lampe vespérale, l’illustre chantre du Parnasse à l’époque de la Renaissance.

Le moderne remaniement des divisions territoriales nous a enlevé Aiguevive, mais il nous a donné en retour le couvent bénédictin de Bourgueil, naguère de l’Anjou. Le monastère, qui existait dès le Xe siècle, conserve dans ses chartes le souvenir de la comtesse Emma, fille de Thibault le Tricheur, comme il garde dans ses restes des portions des murs primitifs en petit appareil. L eglise,

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dont il ne subsiste rien, fut rebâtie au xme siècle et la période flamboyante dota le couvent d’un cloître élégant dont on voit l’aile du midi remaniée. L’abbaye fut enrichie de biens importants par les libéralités des chevaliers et des prélats. Au

Bourgueil, propriétaires de ce Ab. foBourgueil, cloître.— 2. Pn.de Leneloitre,

beau domaine, ont installé avec

goût la chapelle de la communauté. Quant à l’église paroissiale, elle se distingue par un superbe chœur en style plantagenet.

Si nous avions à esquisser la physionomie générale de la vie monastique en Touraine, nous ne saurions omettre de mentionner quelques couvents de femmes qui jouirent d’une renommée plus ou moins considérable par suite de leur influence religieuse et artistique. A l’ombre du cloître aux pieuses méditations, aussi bien que sous le toit du castel aux murailles crénelées, le rôle de la femme au moyen âge a été tout à la fois glorieux et bienfaisant pour la France et pour le Catholicisme. Beaumont-lès-Tours, fondé au xie siècle, lient le premier rang par l'importance de l’abbaye, la distinction des supérieures et le caractère des œuvres qu'il réalisa. Fontevrault , célèbre monastère créé par Robert d’Arbrissel en Anjou, possédait en Touraine deux prieurés dont il demeure des restes curieux ; j’ai nommé Lencloître, paroisse de Rouziers, et Rives, paroisse d’Abilly, dans l’église de laquelle on a transporté une chaire fort originale à cuve ornée d’un aigle et à baldaquin en forme de couronne de fleurs, peut-être par allusion au nom de la prieure Marguerite Orfroy (1628). Enfin à Limeray, on voit les vestiges et le riant enclos du monastère des

xvme siècle, on refit en partie le bâtiment conventuel qui montre encore une cuisine, un réfectoire et surtout une salle capitulaire de belles proportions. Le logis abbatial subit lui aussi des transformations , en particulier au xvue siècle, et l’on y remarque de vastes salles dont les motifs de décorations rappellent l’abbé commendataire Léonor d’Estampes de Valençay. Dans une partie des servitudes bien voûtées les dames de Saint-Martin de

Couvents de Touraine, état actuel.

cisterciennes de Moncé dont le propriétaire conserve le portrait de la dernière abbesse, Marie de Roucy.

Tout considéré, au regard de l’homme sérieux et impartial, l’action de ces monastères, dans lesquels il serait absolument injuste de ne rechercher que les ombres inséparables de toute personnalité humaine, fut souverainement profitable non seulement à l’expansion delà religion, mais encore au développement de tout ce qui constitue la base et le couronnement de la vraie civilisation. C’étaient autant de foyers de paix, de fraternité, de travail, de culture des lettres et des arts, de protection des faibles et des malheureux, enfin de défense commune contre les violences des hommes de fer et des passions déchaînées. Le grand mouvement des communes, dont on a dit avec raison que le but général, sous des formes et avec des causes diverses, fut « de raviver les éléments de la vieille société civile », formait dans l’ordre social — on ne La pas assez remarqué — un courant parallèle à celui des ordres religieux. De part et d’autre, dans le groupement et l’association sous le palladium des statuts et la garantie du suffrage, on puisait le moyen efficace de développer l’esprit de solidarité, et de défendre les intérêts supérieurs et les droits primordiaux contre l'arbitraire et contre les menaces de suzerains plus ou moins redoutés. On applaudit à juste litre à cet affranchissement des communes, mieux connu depuis les doctes travaux d’Augustin Thierry et de ses continuateurs ; on a le devoir de reconnaître avec non moins de gratitude les éminents services rendus par les religieux dont nous avons parlé, durant la période sombre et douloureuse du moyen âge.

D’ailleurs, même dans les rangs des hommes plus ou moins étrangers aux croyances catholiques, il n’est, pas d’écrivain consciencieux qui n’ait rendu justice à ces infatigables pionniers. Mesurant d’un regard profond et sans passion la voie lumineuse des monastères, dont nous avons résumé les annales, le savant A. Thiers a dit : « Lorsque la vieille Rome tomba vaincue et toute sanglante aux pieds des barbares, l’Eglise romaine recueillit l’esprit humain comme un pauvre enfant abandonné que, dans le sac d’une ville, on trouve expirant sur le sein de sa mère égorgée. Elle le recueillit, le cacha dans ses asiles religieux, dont notre siècle a tant aimé l’architecture mystérieuse et hardie. Là, elle le nourrit des lettres grecques et latines; elle lui enseigna tout ce qu’elle savait, et personne alors ne savait davantage ; elle lui prodigua tous ses soins jusqu’au jour où cet enfant, devenu homme, s’est appelé Descartes, Bacon, Galilée ». A son tour, au temps même de sa

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plus grande indépendance d’esprit, V. Hugo écrivait : « Ces hommes travaillent, ils renoncent au monde, aux villes, aux sensualités, aux plaisirs, aux vanités, aux orgueils, aux intérêts. En entrant là, celui qui était riche se l'ait pauvre ; ce qu’il a, il le donne à tous ; celui qui était ce qu’on appelle noble, gentilhomme, seigneur est l’égal de celui qui était paysan. Tous sont courbés sous l’égalité des noms de baptême. Ils secourent les pauvres, ils soignent les malades; ils élisent ceux auxquels ils obéissent. Ils se disent l’un à l’autre : Mon frère. Le monastère est le produit de la formule : égalité, fraternité. Oh ! que la liberté est grande et quelle transfiguration splendide ! » (1).

Tel est le jugement définitif formulé par le savoir et la critique loyale , et qui fait loi pour tous ceux que n’aveuglent pas la passion politique et l’irréligion systématique, deux fléaux irréductibles de la logique sinon de la sincérité. Les défaillances et les travers inhérents à la personnalité humaine mis de coté, c’est là l’enseignement que dégage l’histoire des monastères dont nous avons parlé, ainsi que ceux des religieux de Saint-François d’ Assise, de Saint-Dominique, de Saint-François-de-Paule et des Feuillants qui s’installèrent en Touraine dans la suite.

En effet, les Dominicains s’établirent à Tours vers l’an 1222. Leur

couvent connu sous le nom de Jacobins est devenu le siège de la manutention militaire; il se fait remarquer par l’église gothique et par une partie des bâtiments conventuels remaniés au xve siècle. Vers la même époque on vit venir les Cordeliers, dont l’église détruite en 1869 a été remplacée par le théâtre. Les Minimes se fixèrent dans le voisinage du Plessis sous la protection de Louis XI, et du monastère il subsiste une curieuse

Couvent des Jacobins à Tours.

(1) Discours au Corps législatif en. 1865. — Les Misérables , IIe partie .

JO

fontaine avec un grand logis construit au xvue siècle ; deux maisons des mêmes religieux furent installées à Amboise et à Montgauger. Quant aux Feuillants, qui rappellent la mémoire de Marie de Médicis et de Richelieu, ils occupaient les bâtiments habités par Mme du Ghâtel. Mais nous n’avons garde de franchir la limite du moyen âge qui forme le cadre de ces réflexions. Aussi bien tous ces souvenirs d'histoire et d’art ont pris corps dans les monuments édifiés par les moines au cours des siècles. Grâce aux précieux auxiliaires que nous trouvons, d’une part, dans les dessins anciens, et d’autre part, dans la photographie, nous sommes en mesure de nous représenter avec exactitude ces établissements dans leur état d’autrefois et d’aujourd’hui. Peut-être le lecteur ne nous saura-t-il pas trop mauvais gré de les placer sous scs yeux.

D’ailleurs les monastères, dont nous venons de retracer rapidement l’histoire, constituaient comme un faisceau de maisons-mères dont relevaient un grand nombre de prieurés, tantôt unis à un titre curial et tantôt séparés, qui répandaient jusque dans les profondeurs des campagnes les plus isolées la pure lumière de l’Evangile. Ces derniers formaient autant de satellites, groupés par la loi de gravitation de l’obéissance et de la charité autour de leurs planètes, dont ils suivaient le mouvement et reflétaient l’action bienfaisante. Parmi les prieurés, installés au fond des vallées ou sur les plateaux, nous devons une mention spéciale à celui de Saint-Jean du Grès, situé à peu de distance de Véretz. Il était connu dès le début du xne siècle, et de l’église romane il subsiste le clocher. Les gentilshommes des environs se plurent à le doter et vers 1228, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le seigneur de Vérelz, Gervais Coron, lit don aux religieux d’une île dans le Cher, ainsi que de diverses rentes.

Le prieuré du Grès formait un fief relevant à la fois de Larçay et de Monlbazon. Le seigneur de cette dernière localité avait le droit, à la foire qui se tenait au Grès à la Saint- Jean-Baptiste, de contraindre les vendeurs de vin à se servir de sa mesure et à lui donner dix deniers ou une pinte de vin. Nous verrons plus tard figurer au nombre des prieurs du couvent l’oncle de l’abbé de Rancé, Victor Le Bouthillier, archevêque de Tours. Outre le clocher, le puits et diverses parties du couvent mutilé, on remarque le réfectoire avec des peintures et une curieuse chaire de lecteur. Mais surtout on admire la belle salle capitulaire à deux travées avec gracieuses voûtes ogivales reposant sur d’élégantes colonnes, soit dans le pourtour, soit au centre du bâtiment rectangulaire, dont le premier étage servait de dortoir. Les amis des

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arts, et le propriétaire M. de Lauvergeat est du nombre, ne peuvent que faire des vœux pour que l’on conserve et restaure cet aimable spécimen de l’architecture gothique sur les bords du Cher.

Le pittoresque prieuré du Grès, qui fut l’objet des laveurs des seigneurs de Véretzetcomme le bénéfice commandataire de l’un d’eux, nous amène de soi à reprendre le lil des annales de notre châtellenie , que nous n’avons pas du reste perdue de vue. Au commencement du xive siècle, la terre de Véretz devint la propriété de Guillaume Trousseau , que l’on voit mentionné en 1320. Avec ce chevalier le domaine entrait dans une maison qui fut célèbre en notre province par l’étendue de ses possessions, et plus encore parles services publics qu’elle rendit à l’Etat en général et à la Touraine en particulier.

Guillaume Trousseau entretenait les meilleurs rapports avec la puissante famille des seigneurs de Parthenay et fut très estimé de Jean Larchevcque. Après sa mort le domaine de Yéretz fut possédé par son fils Pierre et, à celte époque, la seigneurie est tenue par « Monseigneur Pierre Trousseau, » ou « Trossel, » selon les termes des chartes. Outre celle de Yéretz, jl réunissait entre ses mains les terres de Lauuoy- T rousseau et de Châteaux, alors en Anjou et actuellement Château-la- Vallière en Touraine. Nous verrons bientôt comment lui vint ce dernier domaine. Le chevalier Pierre Ier remplit les fonctions de chambellan du roi Philippe VI de Valois. Pour reconnaître ses bons offices, en 1327, le souverain lui concéda une rente annuelle de 48 livres sur la prévôté de Saint-Brice, commune d’Ecouen, et une autre de 40 sols sur les habitants de la même localité, rentes qui furent amorties, l’année suivante, par Jeanne de Montmorency. De son côté, Jean Larchevêque, en considération des services qui lui avaient été rendus par Pierre et par son père, donna à son favori la châtellenie de Châteaux avec les droits de haute, moyenne et basse justice, ainsi

Le Prieuré du Grès.

1. Batiments conventuels , clocher. — 2. Façade de la salle capitulaire .

que ceux de voirie el quelques autres avantages (sept. 1327). En revanche, son protégé devait lui rendre hommage et fournir un éperon d’or, « à muance » ou changement de seigneur.

Pour descendre d’une maison en renom et occuper un rang considérable, on ne relevait pas moins de la législation qui étendait sur tous les sévérités de sa répression en même temps qu e les garanties de sa protection. Jean Larché vêque, conseiller du roi et gouverneur de Saintes, se vit inculpé d’hérésie et fut conduit à Rome par ordre du souverain. Le pape lui remit sa faute, et en retour le seigneur de Châteaux s’engagea à entretenir durant une année quinze hommes d’armes au service du Souverain-Pontife. Cette charge venant s’ajouter à d’autres ne laissait pas que de grever un budget déjà très lourd. Jean eut recours à Pierre Trousseau qui passait pour posséder de beaux deniers en espèces bien sonnantes. « Le samedi avant Pasques Flories, quinzième jour d’apvril 1328 », les deux chevaliers firent un « eschange » qui satisfaisait pleinement l’un et l’autre. Jean cédait à Pierre « laforest de Chasteaux, les landes et appartenances d’icelle et l’hébergement de Yaujours, les estangsde la dite forest, l’estang de Chasteaux les molins a bled et a tan a Chasteaux et a Yaujours », ainsi que les hommages des seigneurs de Rillé, de Courcclles, de Hommes et autres. (1)

Quant à Pierre Trousseau il baillait au seigneur de Partbenay o cent cinquante livres qu’il se disoit avoir et prendre par chascun an sur la foire de Saint-Christophe, » ainsi que la Pioche-Behuart, celle-ci moyennant deux cent livres de rente. En outre il s’obligeait à remplir certains engagements contractés par Jean Larclievêque, qui étaient de cent dix livres de rente vis à vis de Josbert de Cliauns, et de « quinze muis de froment ou environ par chascun an de rente au chapitre de Saint-Morice de Tours ». Les dites choses octroyées par Pierre Trousseau étaient « estimées à quinze cens treize livres-de rente ou environ par an. »

Le seigneur de Véretz, on le voit, jouissait d’une belle fortune en terres et en redevances. Pourtant il ne faudrait pas croire que son avoir fut libre de toutes charges ; il avait lui aussi ses créanciers. Par acte de 1333, il reconnaissait devoir 2,899 livres 3 sols 1 denier à Mathieu Guayte, de Clermont. Faute de remboursement, il fut l’objet de poursuites au cours desquelles il vint à décéder, en l’année 1341. La continuation de la procédure amena, en 1345, la vente du domaine de

(1) C. de Busserolle. Dictionnaire d' Indre-et-Loire, t. II p. 157.

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Vaujours qui fut adjugé à Pierre Darcy, de Clermont, pour la somme de 3,300 livres. (1)

Mais n’anticipons pas et restons sur les rives du Cher dont les annales se dessinent de plus en plus nettement. Pierre Trousseau I y possédait le chastel avec les « terres, près, bois, eaux et fiefs, » que nous avons vus au pouvoir de ses prédécesseurs, et sans doute ne négligea pas d’élargir le domaine autour du manoir seigneurial. Ses immeubles s’étendaient au nord de la Loire. Il avait un « fié » en la paroisse de Saint-Antoine, notamment « les vignes de la Yésière », pour lesquelles il devait une rente d’ « un provendier de froment » à Jean de Maumont, en tant que seigneur de la Saulay, ainsi que « un trancheour de poisson » du prix de cinq sols,

« toute fois que l’on pesche son estanc de la Maurière », avec quatre sols de rente, à la Saint-Brice, à cause d’autres « certaines choses » .

Le vieux proverbe : « Qui terre a, guerre a » n’a jamais cessé d'avoir une application plus ou moins rigoureuse suivant les temps et les milieux. Les droits et devoirs féodaux, attachés aux biens ou aux personnes , ne contribuèrent pas peu à rendre encore plus épineux le contact entre les seigneurs du même pays, ou bien entre les suzerains du même domaine à des degrés divers. Pour être prélat on n’en est pas moins homme et, comme tel, assez jaloux non seulement des droits, mais encore des prééminences consacrées par les usages et par les coutumes ayant quasi force de loi. L’archevêque de Tours, nanti de superbes propriétés el de gros revenus, entendait bien ne rien perdre des prérogatives que sa position lui conférait, en particulier, sur la seigneurie de Véretz.

A l’époque où nous sommes, la crosse de saint Martin était dévolue à Renaud de Montbazon, qui s’efforça d’adoucir les rapports

Tombeau de II. de Montbazon dans la cathédrale de Tours.

( Dessin de Gaignières.)

(1) Delaville Le ltoulx, Registres des Comptes municipaux de Tours, t. Il, p. 312.

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LË G 1 1 A T Ë A Ü DE VÉRËT2

entre Boniface VIII et Philippe le Bel, et assista au concile de Vienne, où fut supprimé l’ordre des Templiers. Il mourut en 1312 après un épiscopat de plus de vingt ans. et ses restes furent recouverts d’une belle statue tombale en marbre blanc. Après lui vint Geoffroy de la Haye (1313-1323), d’une famille fort honorable alliée aux plus nobles maisons; les qualités qu’il avait apportées dans la charge d’archidiacre l’avaient conduit à l’épiscopat. Le prélat était doué d’un remarquable esprit de mansuétude qu’il montra dans ses rapports avec les corps ecclésiastiques de son diocèse , tels que les bénédictins de Marmoutier et de Saint-Julien, les chanoines de la cathédrale. Il en fut de même à l’égard des seigneurs, avec lesquels il parut prêt, en toutes circonstances, à aplanir les difficultés produites par les personnes ou par les événements.

Pierre Trousseau I était animé d’intentions non moins droites vis-à-vis de ses suzerains et de ses vassaux. Il fit paraître ces sentiments pacifiques dans les relations seigneuriales avec l’archevêque de Tours. Geoffroy prétendait que le seigneur de Véretz, pour raison de ses terres et dépendances dudit lieu, devait à l’archevêché « cinq muis de seigle bon et nouvel à la mesure de Cormeri d’annuel et perpétuel rente en la feste de Saint-Michel. » Pierre soutenait que a le chevalier ne les devoit pas, ne ny estoit pas sa terre de Verez obligée, mes les hommes estagiers de la dite terre, » Il ajoutait que « comme sire de Verez, il avoit et devoit avoir sa chace en ses bois de Verez et y povoit chacer à toutes grosses bestes rouges et noires, et à toutes autres quelconques et que ledit arcevesque l’empeschoit sur ce indebuement. » Le prélat protestait au contraire que le seigneur « peust chacer audit bois au conins et au lièvres, toutevois aux grosses bestes rouges et noires ny povoit », et que l’arclievesque seul avait ce droit dans les « bois de Verez, » ainsi que « en ses propres bois et domaines de Brussenay. »

De tout temps et en tout pays, la chasse compta parmi les droits dont les propriétaires se montrèrent le plus jaloux. Le seigneur y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Maints conflits surgirent à cette occasion et furent le point de départ de procès sans fin, sinon de luttes sans merci. Mais il n’en devait pas être ainsi dans le cas présent, en raison des louables dispositions des intéressés. On entra donc en pourparler, sans d’ailleurs tomber d’accord du premier coup, l’amour-propre n’y trouvant pas son compte. Il y eut plusieurs « altercations et conlroversies, » puis l'archevêque, avec « l’assentiment du chapitre de Tours, » et le seigneur, d’après « le conseil de prudes

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hommes, » arrêtèrent, pour «le proufit » des deux parties, une « transaction et concorde . »

D’une part, le seigneur, pour lui et ses héritiers, s’engage à payer sur la terre de Véretz une rente annuelle de « quatre muis de froment bon, nouvel et loial; » cette rente, mesure de Cormeri, sera versée « perdurablement », à la Saint-Michel, à l’archevêque de Tours et à ses successeurs. D'autre part, l’archevêque accepte que le seigneur de Véretz et ses successeurs aient « leur chace esdits bois et terre dudit chevalier de Verez, et par eux et leurs gens pourraient cliacer dedans lesd. bois et terres dud. chevalier de Verez à toutes bestes rouges et noires, et autres quelles quelles soient, et prandre dedans lesd. bois et terres lesd. bestes et faire haies et tesures pour les prandre. » Cependant la chasse demeurera à l’archevêque et à ses successeurs, « toute fois que il ly voudra chacer par soy ou par ses gens esd . bois et terres du chevalier ; » il est bien entendu d’ailleurs que ces derniers ne pourront « rien coper ne prendre esdis bois pour y faire hayes ne tesures à prendre lesd. bestes, » sans le consentement du seigneur de Véretz.

On était en trop bonne voie pour s’arrêter à mi-chemin. Pacifier les différends actuels était bien, prévenir les difficultés qui pourraient survenir était mieux encore. Auprès de « la garenne à connins » du seigneur de Véretz, l’archevêque possédait, d’acquisition récente, une petite pièce de bois appelée le Coudray et, au dessous une petite pièce de pré et saulaie, le tout contenant environ dix quartiers. Afin de couper court à toute « brigue » que pourrait causer « la prochaineté, » de prélat, avec l’assentiment du chapitre et sous réserve du consentement du « saint-siège de Rome, » céda cette terre au seigneur de Véretz et à ses successeurs, moyennant une rente annuelle d’un muid de froment « novel et loial, mesure de Cormeri, » payable à la Saint- Michel.

Enfin, pour clore toute espèce de malentendus, ou décida que si les seigneurs de Véretz acquéraient dans les fiefs de l’archevêché, sur les paroisses de Larçay, Vernou, Artannes, Auson et Tours, une rente « bien assise » de six muids de froment « novel, loial et mesure île Cormeri, » ils pourraient la bailler à l’archevêque au lieu et place de la rente sur la terre de Véretz, dont ils seraient ainsi « quictes et délivrés. »

Le contrat entre Pierre Trousseau I et Geoffroy de la Haye fut arrêté en l’année 1323. On allait signer « les lectrcs de la composition, »

quand le prélat « trespassa de cest siècle en l’autre. » L’affaire en resta là, soit que l’archevêque Etienne de Bourgueil (1324-1334) n’ait pas eu le temps ou la volonté de la reprendre, soit que le seigneur n’ait pas jugé à propos de lui donner suite. On sait que ce prélat autorisa l’installation des Carmes, et fonda, à Tours, un hôpital, et à Paris, un collège devenu célèbre ; à sa mort, on lui érigea sous enfeu un tombeau de pierre avec sa statue couchée sur un soubassement rehaussé de sept statuettes en des niches, dans la chapelle de Saint-Antoine

« au côté droit du chœur ». Il était réservé au successeur d’Etienne et

à celui de Pierre de conclure et de sceller définitivement le concordat.

Nous ne saurions dire d’une façon précise l'époque de la mort de Pierre Trousseau I. S’il faut en croire tel écrivain, le seigneur de Véretz achetait encore des domaines vers 1375 (1), et, d’après tel historien

auquel les sources sont familières, il mourut en 1341 (2).

La dernièi’e opinion trouve une confirmation dans l’accord que nous venons de citer, puisqu’il y est dit que Pierre Trousseau avait cessé d’exister au printemps de 1342, bien plus, qu’il était mort avant la Saint-Barthélemy, c’est-à-dire avant le 29 août de l’année précédente.

Mais nous devons à la vérité d’ajouter que la date définitive du concordat ne va pas sans quelque difficulté , ainsi que nous le verrons dans un instan t.

Quoiqu’il en soit, Pierre 1 ne disparut pas sans laisser d’héritiers. 11 paraît qu’il contracta deux mariages : du premier il aurai t eu un fils nommé Guillaume, et du second avec Isaheau de Dreux, fille de Robert III de Dreux et de Béatrix Courbaudon, il eut un autre garçon appelé Pierre. A la mort du seigneur, le domaine

(1) C. de Busserolle, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, t. II, p. 157.

(2) Delaville Le Roulx, Registres des Comptes municipaux de Tours, t. II, p. 3-12.

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échut à « noble homme Guillaume Trousseau, chevalier, heir en partie et fils ainsné cle feu Pierre Trousseau, jadis chevalier et seigneur de Verez. »

Guilhaume II était inspiré de sentiments non moins pacifiques que ceux de son père. Il connaissait les intentions formelles et les dernières volontés du défunt et il s'en ouvrit à Pierre Frétaud, qui occupait le siège de Tours depuis l’année 1335. L’archevêque n’était, pas animé de dispositions moins conciliantes. On prit « les accors, » on les lut « de mot à mot » et on les ratifia pleinement le 29 août, puis on les munit officiellement de la signature des parties « le dimanche de Jubilate , quatorziesme jour d’avril. Tan de grâce mil trois cens quarante deux. »

En apparence, la date du contrat semble revêtue de toutes les garanties désirables de précision et de clarté, et ce n’est, pas une médiocre satisfaction pour l’historien lorsqu’il voit sa marche jalonnée par une chronologie bien assise. Néanmoins, le doute est. permis. Fautil réellement accepter la date de 1342, ainsi que le porte le cartulaire de l’archevêché dans lequel se lit cette transaction ? On peut hésiter si l’on songe qu’en l’année 1342 « le dimanche de Jubilate , » ou le 3e dimanche après Pâques, ne tombait pas le « quatorziesme jour d’avril » mais le 21 avril, et que cetle coïncidence se produisit en Tannée 1353. Il y aurait donc ici une faute de copie, et Ton sait que ces erreurs de transcription se produisent assez souvent, en particulier quand les dates de l’original sont en chiffres romains; dans l’espèce, il n’y a pas loin de la forme MCGCXLII à celle de MCCCLIII. Dans cette hypothèse, il y aurait donc lieu de reporter à cette dernière date la signature du concordat entre le chevalier Guillaume II Trousseau et l’archevêque Pierre Frétaud qui, de fait, jouissaient bien alors de tous les avantages spirituels et temporels réservés aux personnages de leur qualité.

Mais, tout, considéré, Ton doit bannir ces scrupules par rapport à Tannée au cours de laquelle le contrat a été signé. Il nous paraît raisonnable de supposer qu’un copiste a écrit « quatorziesme d’avril » au lieu de « vingt et uniesme », et de nous en tenir au quantième de l’année 1342. En effet, d’après un document avéré, bien avant Tannée 1352 le domaine de Véretz était la propriété de Pierre d’Avoir. D’autre part, comme il est démontré que Pierre I décéda en 1341, selon toute vraisemblance son fils ne dut pas tarder de sceller Pacte arrêté par son père avec l’archevêque de Tours, et c’est rester fidèle aux principes de la logique que de s’en tenir au plus tard à Tannée suivante.

Le nouveau « sire de Yerez », Guillaume Trousseau, avait hérité des qualités de ses ancêtres. 11 était loyal, généreux et adonné à tous les exercices de l’esprit et du corps en harmonie avec son rang de chevalier. Sa compagne était digne de lui; j’ai nommé Marguerite de Beauçay, veuve de Guy de Mauléon aussi distinguée par le rang et les mérites que par la fortune, et qu'il avait épousée en l’an 1328. Son père se trouvait à l’armée royale devant Cassel, lorsqu’au mois d’août de cette année il attribua en mariage à son fils les domaines de Launoy- Trousseau, de Breuille et d’autres, situés en Anjou. En outre, Guillaume reçut de Jean, duc de Lothier, de Brabant et de Limhourg, cent livres de rente (1336) ; de plus Philippe VI lui octroya une rente de 60 sols sur « l’hebergement d’Isernay », dans le canton de Cliolet (1344), ainsi que la confirmation du droit d’aliéner, dans la châtellenie de Maulevrier, une rente de 200 livres dont il avait hérité (1346) (1).

Mais tandis qu’avec tout le calme qui convient à la science historique nous déroulons les annales de Véretz, voici qu’un terrible coup de foudre retendit soudain dans la sérénité du ciel de Touraine. Que signifient ce tumulte guerrier et les clameurs horribles de ces hordes d’étrangers, qui comme un torrent dévastateur envahissent les belles et riches vallées de notre province ? A leurs allures insolentes et à leurs procédés impitoyables vous avez reconu les bandes armées venues d’outre-Manche. Nous devons exposer ici les alternatives de celte lutte douloureuse sur le théâtre restreint qui nous intéresse, en attendant de pouvoir quelque jour redire le drame en son entier pour ce qui concerne la Touraine.

(1) A. Duchesne, Histoire généalogique de la maison de Dreux, Paris, 1631, p. 151-152. — P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France. — J. Delaville Le Roulx, Registres des comptes municipaux, etc., t. 1, p 90, 91, 187, 194,252,

La vallée du Cher en face le parc de Véretz.

Guerre de Cent ans

Auquel temps les choses estoicnt au royaume de Fiance en petit estât et y eut de divers exploits et de grandes divisions partout.

( Chronique de Cousinot , ch. I.)

a tranquille oasis de Véretz, défendue par son aimable rivière et protégée par son château-fort, eût-elle à souffrir des désastres de la guerre de Cent ans? Si nous en croyons le spirituel écrivain auquel la petite ville doit quelque chose de sa notoriété, il semble bien qu’elle fut exempte de toute perturbation. Paul-Louis Courier (1), c’est de lui qu’il s’agit, a écrit quelque part : « Après les funestes revers de Poitiers et d’Azincourt, quand le royaume était en proie aux armées ennemies, la Touraine, intacte, vierge, préservée de toute violence, fut le refuge de nos rois. Ces troubles qui, s’étendant partout comme un incendie, couvrirent la France de ruines, s’arrêtèrent aux campagnes qu’arrosent le Cher et la Loire. Car tel est l’avantage de notre position ; éloignés des frontières et de la capitale, nous sentons les derniers les mouvements populaires et les secousses de la guerre. Jamais les femmes de

(1) Œuvres complètes deP.-L. Courier , Paris, 4 vol. t. I. p. 55.

Tours n’ont vu la fumée d’un camp. » Hélas ! nous sommes bien obligés de reconnaître que c’est là un simple paradoxe et rien de plus. Dans son goût pour les boutades, même les plus invraisemblables, Courier se méprend étrangement au sujet des effets de la lutte anglofrançaise sur les rives du Cher et de la Loire.

La F rance allait traverser, avec une émotion croissante, les angoisses d’une guerre de plus d’un siècle. L’antique rivalité des riverains de la Manche et l’ambition d’Edouard III, humilié de se voir sur le continent vassal de Philippe VI ; d’autre part, les droits (pie le roi d’Angleterre prétendait sur la couronne de France, comme ayant pour mèrelsabeau, fille de Philippe IV, et enfin l’appui que le souverain anglais prêta à Robert d’Artois et aux Flamands révoltés, comme par une sorte de défi jeté au roi de France, telles furent les causes diverses qui déchaînèrent sur notre pays les amères douleurs de la guerre dite de Cent ans.

Ce duel entre deux grandes nations fut, pour la Touraine, le point de départ de souffrances et de vexations dont Véretz eut une large part. La situation du château-fort et la bravoure de ses seigneurs devaient attirer l’attention des Anglais. Aussi, quelle ardeur infatigable les envahisseurs n’apportèrent-ils pas dans la lutte, en particulier sur les bords de la Loire et du Cher! Tandis que Edouard III débarque dans le Nord, le prince de Galles se jette sur l’Ouest et remporte la victoire de Poitiers, dans laquelle le roi Jean est fait prisonnier (1356).

En présence du péril et avec l’appui du souverain, la ville de Tours avait résolu de réunir dans une solide enceinte les trois parties qui la composaient. Un seul rempart, bien défendu, engloberait la cité antique et la Martinopole (l’une et l’autre déjà munies de murailles spéciales), ainsi que les faubourgs demeurés sans défense. On se mit de suite à l’œuvre avec une activité merveilleuse et toutes les classes rivalisèrent de zèle pour l’exécution de l’entreprise. Les escarcelles s’ouvrirent avecjempressement et plus de mille ouvriers travaillèrent à élever les murs, sous l’habile direction de l’ingénieur-architecte Jean de Saint-Donan, dont le nom appartient à l’histoire comme l’un des plus méritants de cette période décisive de notre vie nationale.

Partie du rempart du xive siècle subsistant en 1865, place Gaston- Paillhou au coin de la rue Rabelais.

GUERRE DE CENT ANS

Cependant les Anglais avaient franchi les limites de la Touraine et menaçaient la capitale de cette province. En stratégistes avisés, ils mirent garnison dans les lieux fortifiés qui commandaient le passage des rivières, tels que Langeais et Marmoutier sur la Loire,

Cormery sur l'Indre, Azay et Véretz sur le Cher, sans parler de Ballaa sur le plateau. De la sorte ils enveloppaient la ville d’un réseau militaire qui, de toutes parts, rendait les communications sinon impossibles, du moins très difficiles.

De leur côté, les habitants de Tours ne se bornèrent pas à fortifier l'enceinte de la ville ; leur vigilance se déploya sur tous les points où la défense réclamait leur action. Au cours de Tannée 1358, ils firent « l’abatage et chapleiz d’arbres environ la \ i 1 le pour veoir clerement à l’entour, afïin d’obvier aux malices et emlmchemens des anemiz. » Avec autant d’entrain que de sûreté de coup d’œil, ils opérèrent « Taffoiblissement des lieuz fors d’environ la ville que les anemis ne se y puissent loger ne y faire fort. » En particulier ils dépêchèrent des gens munis de « marteaux et pics » en vue « d’affoiblir les lieux » de Montils et Saint-Côme à l’ouest, Montlouis et Azay-sur-Cher au sud et à Test.

C’était l’heure des fortes résolutions. Les Tourangeaux étaientcertes capables d’une héroïque résistance à l’égal de la province la plus vaillante. Seules, en effet, une observation insuffisante de leur tempérament et une interprétation erronée de textes historiques ont fourni la matière d’une légende sans fondement. L’épithète imbelles Turones ne saurait être que la version inexacte d’un copiste qui doit être remplacée par celle de rebelles. En fait, de l’aveu du conquérant des Gaules , les Turons fournirent un respectable contingent à l’armée de Vercingétorix. Le poète latin nous apprend, de son côté, qu’il

Rempart de Tours au XIVe siècle, rue de la Poissonnerie.

fallut « établir une ceinture de camps pour contenir les Turons en révolte. » Enfin quand le chantre de la Gerusalemme liberata vantera les charmes du Jardin de la France, il redira en termes gracieux la douceur du climat et des habitants, mais il n’a garde de croire à la mollesse du | caractère. Aussi bien, les chroniqueurs nous apprennent avec quelle bravoure les Tourangeaux firent leur devoir en toute circonstance, et la guerre de Cent ans révéla ce que le cœur de nos compatriotes renfermait de noble fierté, de patriotisme résolu et de vaillance à toute épreuve. Il n’est pas jusqu’aux édifices religieux qui ne furent alors l’objet de travaux de défense ; en particulier la magnifique église ogivale à trois nefs, bâtie à Cande au confluent de la Loire et de la Vienne, à l’endroit où saint Martin rendit le dernier soupir, ceignit son front majestueux de mâchicoulis destinés à en assurer la protection.

La lutte ne tarda pas à entrer dans une période aiguë pour la

Touraine, et il importait à tout prix de tenter un coup décisif. Deux des citoyens les plus hardis de Tours, Pierre deCombelles et Jean Chastelain, reçurent une cargaison de huit livres de poudre, payées trois écus, pour « bouter le feu » à Azay ainsi qu’à Cormerv. L’opération réussit si parfaitement que la localité conserva depuis lors le nom d’Azay-le-Brûlé. Il est vrai que les braves se virent inquiétés par l'autorité diocésaine et furent poursuivis devant « la court de l’official », en vertu des règles du droit canonique contre le crime d’incendie. Par cette interprétation rigoureuse des limites imposées à la défense on peut juger des maximes que le catholicisme professait pour ou plutôt contre les maux de la guerre, et des moyens qu’il s’efforçait d’employer pour en atténuer les horreurs. Les modernes conférences internationales peuvent-elles se flatter toujours d’avoir suscité les résultats bienfaisants el les trêves bénies que l'Eglise, l’Evangile d’une main et

GUERRE UE CENT ANS

le rameau d’olivier de l’autre, réalisa durant les siècles attristés du moyen âge ? Quoi qu’il en soit la poursuite ne fut pas exercée avec sévérité, et la ville de Tours donna aux prévenus, je ne dis pas aux coupables, un écu et demi. Pour ce qui est de Pierre de Combelles, notamment, il reçut un demi-écu « pour paier son absolucion qu’il avoit esté excommunié pour avoir esté bouter le feu à Azay-sur-Cher. »

Cependant les Anglais, sans s’émouvoir de la résistance, s’étaient emparé de Yéretz vers le mois de septembre ; ils se disposaient à franchir la rivière au bac situé un peu au-dessous, quand la ville chargea trois hommes, munis de « vuille, souffre et gresse », d’aller « ardoir un chalan qui estoit à Larçay et que les enemis vouloient prendre pour passer le Cher. » (1) A tous égards, la position de Véretz sur le plateau défendu par la rivière était excellente. A l'aide d’un ouvrage militaire, les Anglais s’y fortifièrent en vue d’une occupation prolongée.

Au milieu de l’inquiétude causée par les progrès de l’ennemi, Bertrand du Guesclin apparaissait à tous les regards comme le seul palladium capable d’arrêter, sinon d’éloigner l’envahisseur. Comme on le savait à Saumur, on lui dépêcha des envoyés en le suppliant de secourir la capitale de la Touraine. On agit de même à l’égard du vaillant Jean de Saintré, sénéchal d’Anjou et du Maine, dont la bravoure rayonnait déjà d’un éclat légendaire. Je n’ai pas encore nommé le capitaine de la garnison de Véretz : il s’appelait Basquin de Poncet et était d’origine bretonne. Serait-ce celui dont la chanson a redit les bottes triomphantes? Toujours est-il que ses soldats se répandaient dans la campagne et pillaient tous les environs, même au nord de la Loire. Les chroniques nous apprennent que « les Englois de Verez » n’épargnaient pas les travailleurs inoffensifs et qu’ils firent notamment « plusieurs plaiées » à un ouvrier, qui allait à « Boichecorbon pour quérir pierre pour la ville. »

Dans l’impossibilité de chasser l’ennemi par la force, il importait de l’amener, à prix d’argent, à cesser les déprédations et même, s’il était possible, à « lesser et vuider le fort de Verez » du haut duquel, comme un vautour en son aire, il exerçait ses « pilleries et robcries ». A la suite de pourparlers, on décida une entrevue avec les députés anglais. La conférence eut lieu à Tours et, en celte occasion, les étrangers furent bien traités chez Jamet Arrabi, qui toucha dix-neuf écus,

(1) Registres des comptes municipaux de Tours, publiés pat* M. Delaville Le Roulx. Tours, 187S, t. I p. 67-73.

par mandement du 29 janvier 1360 (n. s.). Nos compatriotes savaient recevoir les parlementaires avec les égards convenables. Mais, hélas ! les conditions posées par les Anglais furent si dures qu’on s’en tint aux préliminaires et qu’on refusa de traiter.

Pourtant dans le ciel assombri de la France on vit briller l’arcen-ciel d’une paix tout au moins temporaire. Le traité de Brétigny,

conclu le 8 mai 1360, allait heureusement préparer la délivrance de notre région. L’une des clauses portait que le roi d’Angleterre renonçait à la Touraine. l’Anjou et le Maine, à la condition qu’on lui remettrait une douzaine de places fortes dans la première de ces provinces. Au nombre des places désignées par les lettres royales, datées de Calais le 24 octobre, on voit notamment « l’Isle- Bouchard, Verez et Langes. » On n’a pas oublié que près et en amont de cette dernière localité, l’on a découvert en 1897 dans la Loire une grosse pièce d’artillerie, formée de douelles de fer, mesurant 2 mètres de long et 49 centimètres de diamètre à la bouche, du poids d’environ 9.500 livres et remontant selon toute probabilité à l’époque de la guerre de Cent ans. C’est le vaillant maréchal de France, Arnoul d’Audenham , récemment rendu à la liberté , qui fut chargé de surveiller l’exécution des articles du traité. Aussi la ville de Tours , pour gagner ses bonnes grâces, lui lit-elle présent de vin d’excellent crû et d’un sceau en argent.

On résolut de tenter une seconde fois la fortune au sujet de la paix et de nouvelles conférences eurent lieu à

Découverte d’une bombarde près Langeais.

Saint-Pierre-des-Corps, où se rendirent « plusieurs Englois de Verez. » Cette fois, les pourparlers aboutirent et. le 5 septembre, un arrangement fut conclu avec le capitaine de la garnison de Véretz. La cessation des pillages par les troupes, la liberté d’approvisionnement pour la cité, la restitution réciproque des prisonniers et la défense pour le capitaine

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Basquin de venir à Tours accompagné de plus de dix hommes : telles étaient les conditions consenties par les Anglais. En retour, la ville prit rengagement de payer au capitaine, dès le dimanche suivant, la somme de 1.500 deniers d’or.

Suspendre les hostilités et les déprédations était bien, opérer le « département des Englois et Gascons de Verez » était mieux, et aussi l’objet des vœux les plus ardents. On mit tout en œuvre pour y réussir. Les personnages les plus considérables s’employèrent à cette tâche difficile. Le maréchal « Jehan Le Mengre, dit Bouciquaut, » et Bertrand de Montferrant, « conservateur par deçà la rivière de Loyre de la paiz fînalle » entre la France et l’Angleterre, nouèrent de nouveaux pourparlers avec le capitaine de Véretz. Basquin accepta de se retirer, mais au prix d’une rançon énorme. On lui lit remarquer que le pays appauvri était incapable de satisfaire à de pareilles exigences. Sur les justes observations des députés, il accepta de se contenter de « 2. 900 écus d’or en royaux tant pour luy que pour les compaignons et gens de sa garnison. » L’ « accort » fut signé et revêtu du sceau des contractants. La ville dut faire appel à l’épargne des habitants pour recueillir la somme exigée. Les « gens d’eiglise» fournirent 840 écus; les « bourgeois ethabitans» donnèrent 2.060 écus. Le sacrifice était lourd, mais le patriotisme le fit accepter avec la résignation sereine, bien plus avec la joie intime qui accompagne les grandes actions inspirées par les nobles et fortes amours. De la rançon versée généreusement, les deux mandataires, presque aussi comblés d’éloges que s’ils venaient de triompher sur le champ de bataille, donnèrent quittance au trésorier municipal, le 11 février 1361 (n. s.)

11 s’agissait maintenant de profiter d’avantages si chèrement payés. En première ligne on décida de démanteler le fort de Véretz, de façon qu’à l’avenir il ne put servir aux ennemis de batterie avancée et de logement pour une garnison. Des « perriers » travaillèrent à « afoiblir » la position, et les comptes nous ont conservé le détail des dépenses faites en solde et vin, voire la mention de « 22 dosaines de pain et 200 de harens sor, » donnés à « ceux qui alèrent au dict lieu pour le afoiblir. » Gela fait, une troupe de gens de guerre du pays s’établit dans les restes du castel; elle avait du moins l’inestimable avantage de n’être pas anglaise. Mais en ces temps troublés les hommes d’armes laissés à eux-mêmes, quel que fut leur parti, n’étaient pas sans semer l’inquiétude. La petite colonie installée sur les hauteurs du Cher

n’inspirait pas pleine confiance. Par mandement du 6 mars, « trois sergens du roy » avec Guillaume du Pont « furent envoyez à Vérez pour faire commandement à ceulx qui le tenoient, lesquelx estoient françois, que ilz s’en départissent. »

A l’époque qui nous occupe, le château de Véretz était, paraît-il, la propriété de Guillaume Trousseau II. L’Angleterre ayant exigé une caution comme garantie des places fortes octroyées par le traité de Brétigny, G. Trousseau fut choisi, à cet effet, en compagnie des plus nobles chevaliers de Touraine, tels que Ingelger d 'Am boise, Bouchard de l’Isle, Hardouin de Maillé et Jean de Montbazon. D’une bravoure éprouvée sur le champ de bataille, Guillaume Trousseau II remplissait d’ailleurs avec une loyauté parfaite ses devoirs de seigneur et même, ce qui n’était pas chose fréquente, à l’égard de son suzerain. D’après sa recommandation, son receveur payait très exactement les rentes dues à l’archevêque et aux autres personnes dont relevaient certaines parties de ses domaines, répartis sur plusieurs communes. A la Saint-Michel de 1358 notamment, il baillait à Pierre de Larçay « la foy et homaige lige de quarente quatre deniers de servige » pour des terres dépendant du dit seigneur. La veille de la Toussaint de la même année, il versait à Jean, seigneur de Thais, « trois sous de servige par raison des chouses » qu’il possédait en la paroisse d’Azay-sur-Cher. En 1360, il reconnaissait devoir au fief de Saint-Antoine « la foy et homaige et un cheval de servige, à muance de seigneur » ainsi que les a leaux aides, quand elles eschent par coustume. »

Guillaume II était un chevalier d’une sagacité remarquable et d’une expérience consommée. Ses brillantes qualités fixèrent les regards de ses contemporains, et ils songèrent à lui pour assurer la sécurité de la ville. Dès l’année 1359 il occupait une situation des plus honorables et les tablettes municipales nous montrent appliqué à entretenir les fortifications de la capitale tourangelle « messire Guillaume Trousseau, capitaine de Tours. » Lorsqu’il trouvait quelques moments de loisir, Châteaux — plus tard Château-la-Vallière — partageait avec Véretz ses trop rares instants de repos. Dans les comptes des édiles, un paiement du 2 avril 1359 est fait, à un messager pour u alcr à Vaugoieux porter lettres de la ville à Monsieur le capitaine » ; et un autre du 25 avril 1360 est remis à l’envoyé qui a porté « lettres clauses de par la ville à messire Guillaume Trousseau ». En toutes circonstances d’ailleurs le chevalier s’empressa de se rendre aux sollicitations de ses concitoyens, qui faisaient appel à sa bravoure et à

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sa capacité militaires. Cette même année, il apparaît à la tête de sept hommes d’armes et de quatre archers employés à la défense de la cité avec les deniers communs. Pour ses « gaiges » et ceux de sa « compaignie », qui ont « esté, servi et demouré en la dite ville et ailleurs pour la garde et deffense d’icelle », du 24 avril au 24 mai 1300, le capitaine touchait cent écus du trésorier des guerres, Pierre de Chcvrcuse.

Il paraît que la bonne harmonie ne régna pas toujours entre le capitaine et l’administration. Ce n’est pas d’aujourd’hui en effet que l’élément civil éprouve quelque peine à s’entendre avec ceux qui portent l’épée et de tout temps, cà tort ou à raison, il s’est trouvé des citoyens pour s’approprier la maxime de Cicéron : Cedant arma togæ. Un beau matin du mois d’octobre 1300, l’huissier Guillaume Senart apporta au capitaine un « adjornemcnt » ou assignation, au nom de la municipalité. Le litige fut porté devant le parlement de Paris et traîna en longueur, on s’en doute bien un peu, tant et si bien que Guillaume ne vit pas la fin de la procédure. Un mandement du 4 septembre 13G2 mentionne les frais des procurations jadis présentées « en parlement contre feu Monseigneur Guillaume Trousseau ». Sans se préoccuper outre mesure de l’affaire, sa veuve contracta un troisième mariage avec le chevalier anglais Simon Burle. Par cette union le château de Véretz revenait aux mains d’un gentilhomme d’Outre-Manche, mais cette fois c’était bien légitimement et sans que le patriotisme eut à en souffrir.

Guillaume II ne fut pas le seul de sa famille à occuper un poste important dans les affaires publiques. Il avait un frère consanguin, né d’un second mariage de Pierre I avec Isabelle de Dreux. La succession de Pierre Trousseau I, « seigneur de Cliàsteaux et chambellent » du roi, ayant suscité quelques difficultés, les intérêts de Pierre II furent pris par le chevalier et conseiller Robert de Dreux, « syre de Beu et souverain maistre del’ostel de la royne », que le roi avait nommé « gouverneur et administrateur » des biens de son neveu. A l’occasion de l’exercice d’un droiL féodal, Philippe VI donna touchant la succession une lettre datée du 12 mai 1341. A la capitainerie de Tours aussi Ton avait gardé un souvenir excellent de Guillaume et Ton songea, pour remplir ce poste difficile, à Pierre Trousseau. Pierre II parait comme capitaine en 1371, et on le retrouve encore dans cette charge quelque vingt ans après, époque à laquelle il fut remplacé par le maréchal Jean 11 le Meingrc, dit Boucicaut.

Le nom des Trousseau se trouve ainsi associé glorieusement à

celui de l’illustre famille des Boucicaut, qui ont joué un rôle de tout premier ordre dans l’histoire de la France. Ces nobles chevaliers, pour lesquels la vie militaire et ses rudes journées étaient comme un besoin de tous les instants, aimaient à posséder de superbes armures et à monter de fringants coursiers. Ils étaient fiers de l’emporter par la beauté du harnais aussi bien que par la vaillance des exploits, et se plaisaient à caracoler magnifiquement au milieu de. leurs écuyers et de leurs hommes d’armes. Le 7 mars 1371, nous assistons à l’une des » monstres » ou revues de la compagnie de « Monseigneur Pierre Trousseau, chevalier, seigneur de Chasteaux, cappitaine de Tours. » Le capitaine monte un « cheval bail », qui vaut quatre vingts livres ; les montures de ses « cinq escuiers, montez et armez suffisamment », sont appréciées à la somme de vingt à trente livres. A la revue du 18 août de la même année, nous saluons à la tête de sa compagnie « le cappitainc, bien armé de toutes armes, avec un coursier bay , les crins touz noyrs et une estoille blanche on front, prisié C livres. » (1)

Le vaillant chevalier venait de temps à autre se reposer de P agitation des camps et de l’entraînement des luttes guerrières dans la tranquillité du foyer domestique, où l’attendait une femme douce et aimante. Pierre II avait épousé Bertrande de Bruniquel qui lui donna deux enfants : l’une, Isabelle, s’unit à Raymond de Connuinges, et l’autre, Marguerite, se maria à Pierre deChevreuse. Ou tre ces filles, lecapitaine eut un fils qui porta son prénom, s’il faut en croire un document du 19 septembre 1370, dans lequel il est question de « nions. P. Trossel » et de « P. Trossel. son fils » ; celui-ci serait mort sans postérité vers 1382. Mais nous devons reconnaître que, d’autre part, les généalogistes ont donné à Guillaume Trousseau un fils du nom de Pierre. Ce fait paraît trouver sa confirmation dans le sceau même de ce dernier dont les armes sont écartelées d’une croix ancrée, qui était portée par la famille de Beauçav, à laquelle sa mère appartenait (2). 11 est vrai, comme on l’a fait remarquer, que les Bruniquel, dont descendait la femme de Pierre IL portaient une croix clichée et pommetée ; mais nous n’avons

(1) Delaville Le Roulx, loc. cit., t. II, p. 347-448.

(2) On possède un sceau de Pierre II, de grande dimension, en cire rouge et formé d’un écu surmonté d’une merlelte dans un médaillon à six lobes. L’écu est à la bande de vair, qui est Trousseau, accompagné à scneslre d’un canton écliiqueté de trois rangs, qui est Dreux ; la légende est distincte, et il n’y a pas de contre-sceau. Celui de Pierre III plus petit, aussi en cire rouge, est un écu armorial soutenu par deux palmes et inscrit dans un grénetis. Il est écartelé : au 1 et 4 à la croix ancrée, au 2 et 3 à la bande de vair ; dans certains sceaux, on remarque cette priorité donnée à l’écart de la famille de la femme. La légende entre deux grénetis porte + le scel : de Pieure Tuosel. — Delaville Le ltoulx, loc. cit.

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Tombeaux, des Boucicaut à Saint-Martin.

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