Tombeau de B. le père. — 2. Tombeau de B. le fils
(Dessin de Gaignières.)
pas à trancher ici cette difficulté qui ne touche qu’indirectement à notre sujet.
S’il faut en croire un historien tourangeau, la terre de Yéretz, suivant une charte, était en 1369 aux mains de Pierre Trousseau, fils de Guillaume (1). Quel que soit celui dont il s’agit, il est certain qu’en 1385 Pierre avait à la fois le domaine de Châteaux et la capitainerie de Tours. « M. deChasteaux » conserva le poste de capitaine durant plusieurs années, et, ainsi que nous l’avons dit, eut pour successeur le célébré maréchal Jean Le Meingre, dit Boucicaut. En effet, les comptes de la ville nous montrent « Pierre Trousseau capitaine jusqu’au 14 juillet 1392, que M. le maréchal de Bouciqaut a esté de nouvel institué capitaine au lieu de M. de Chasteaux qui encore 1 estoit ; » les « gaiges » du capitaine s’élevaient à 790 livres et furent ensuite abaissés à 200 livres, tant était grande la pénurie de l’argent en cette période de désastres sans précédent. A cette occasion nous rappellerons que les tombeaux des J Boucicaut se trouvaient dans la chapelle du chevet de Saint - Martin .
Les principaux membres de cette famille ensevelis en ce lieu étaient le maréchal Jean I avec sa femme Florie de Linières, et leur fils le maréchal Jean II qui fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, mourut en Angleterre en 1421 et dont le corps fut rapporté à Tours dans une peau de bœuf, en partie conservée à St-Martin avec les restes du grand homme de guerre. Les fragments des monuments funéraires accusent l’habileté du ciseau qui reçut la mission de perpétuer leur mémoire.
Souvenirs des Boucicaut à Saint-Martin.
1. Fragments du cercueil avec le crâne et la peau de bœuf. — 2. Sculptures du tombeau détruit.
(1) G. do Busserolle. Dictionnaire d'Indre-et-Loire.
On sait qu’en 1398, Pierre Trousseau vendit son domaine de Châteaux a Hardouin de Bueil, évêque d’Anjou, dans le diocèse duquel cette seigneurie se trouvait alors ; il mourut peu de temps après et nous voyons, au printemps de l’année suivante, la veuve s’enquérir de la succession ainsi que Armand Rogier de Comminges, son « hoir et ayant droit » par sa mère « feu Isabeau Trousseau. » La famille Trousseau continua d’occuper des situations bien en vue. Ainsi en l’année 1422, la ville offrait un don de vin d’hypocras à divers personnages; parmi eux on remarquait l’évêque de Clermont, chancelier delà reine, Robert, évêque de Séez , et J. Trousseau, venus comme commissaires en la ville de Tours, « où les gens des trois estats etoient assemblez pour faire ung emprunt de 8.000 escus pour le païs de Touraine. »
Afin de présenter dans son ensemble ce qui concerne les Trousseau, nous avons quelque peu anticipé sur la chronologie qui ne laisse pas que d’être le fil conducteur de l’histoire. Vers le milieu du xivc siècle, la terre de Véretz changea de maître, mais le seigneur héritier appartenait, lui aussi, à une maison puissante. Il s’agit de Pierre d’ Avoir, qui n’était pas sans lien avec ses prédécesseurs. On n’a pas oublié que Guillaume Trousseau était marié à Marguerite de Beauçay. Or Pierre d’ Avoir avait pour femme Jeanne, fille de Bouchard et d’Agathe de Beauçay. En ce temps, le domaine de Larçay était possédé par l’écuyer Pierre de Larçay. A ce titre, le vassal fit l’aveu obligatoire à « M®1' Pierre d’Avoir, chevalier, hcir de feu Më'r Guillaume Trousseau, home de foy pour la terre de Verez », et comme tel « a représenté la personne Gervaise Cochon, chevalier, jadis seigneur de Verez. »
Le seigneur de Véretz connaissait les droits que lui conférait la hiérarchie féodale, mais il remplissait fidèlement les devoirs qu’elle lui imposait. En 1366, « Msr Pierre d’Avoir, heir de feu M§'r Guillaume Trousseau », rendait à l’archevêché l’hommage pour son domaine des rives du Cher, et aussi à un autre titre, résultant de son mariage. De ce chef il devait à l’archevêque, qui était baron d’Artannes, plusieurs cens et redevances, « à cause de sa feme représentant la personne de feu Guillaume de Arthanne ». Parmi les divers droits de fief, de justice et de vente relatifs à la seigneurie de Thilouze , on relève quelques détails curieux qui se réfèrent à la chasse. « Si cenglier, ou cerf, ou autre hesLe sauvage est prise en sa haillie, elle est soue (sienne), mes il envoiera à larcevesque la tele et les pies du cenglier, et du cerf les danteis. » En outre il devait bailler au prélat, chaque année, « une
GUERRE DE CENT ANS
procuration de deux mes de chars, à la volunté de l’arcevesque, en sa cuysine. » (1)
Au plus fort de la guerre de Cent ans, le nom du seigneur de Véretz se trouve associé à ceux de Du Guesclin, de Jean de Bueil et de Pierre de Chevreuse. A l’automne de l’année 1371, Pierre d’Avoir était dans la capitaleet les édiles dépêchèrent un messager avec lettres « clouses à monseigneur de Chasteaufromont » ; la quittance garde la date du premier novembre. La protection de la cité formait tout naturellement la principale préoccupation des habitants de Tours. A la fin de l’été de 1376, le seigneur était en tournée dans son gouvernement, quand un messager apporta une lettre « de Tours à Bcaufort, à Sablé et à Angiers, onquel voyage le porteur demoura X jours, » et pour ce, le 24 août, reçut 30 sols. Au début du mois de janvier suivant, Pierre d’Avoir se trouvait à Paris et la municipalité tourangelle lui adressa « la coppie d’une lettre de Monsieur le duc » ; il s’agit de Louis Ier d’Anjou, frère de Charles V. On avait hâte de voir nommer de « nouveaux esleuz pour la fortifficacion de la ville » ; à ce sujet, la cité ne tarda pas à recevoir des lettres de M. de Châteaufromont aussi bien que du duc d’Anjou. Nous ferons remarquer à ce propos que les documents portent à la fois Châteaufromont et Châteaufrémont.
Le seigneur de Véretz était allié aux plus nobles familles de Touraine, en particulier à celle de Bueil dont le nom remplit le moyen âge de ses exploits. Anne, sœur de Pierre d’Avoir, donna sa main à Jean de Bueil III, possesseur des seigneuries de Bueil. de Montrésor et de quelques autres, chambellan du duc d’Anjou et lieutenant général de plusieurs provinces. A défaut d’enfants, le châtelain des bords du Cher eut la satisfaction d’avoir plusieurs neveux cl nièces,
(l) Archives d'Indre-et-Loire, E. 148. — L de Grandmaison, Carlalaire de V archevêché, t. II, pp. 29, 69, 13), 176. — De Rétancouit, Noms féodaux.
parmi lesquels Hardouin, qui devint évêque d'Angers, Jean IV, qui fut maître des arbalétriers, et Pierre, seigneur du Bois et bailli de Touraine. Ce dernier eul de sa femme Anglésie, une fille, Marie, pour laquelle « M. de Véretz » nourrissait une tendre affection. La fille de « Msr Pierre de Bueil, nepveu de M§r de Chasteaufromont » épousa Hardouin de Fontaine. A l’occasion de ce mariage, les édiles tourangeaux se montrèrent reconnaissants du zcle déployé en leur faveur par Pierre d’ Avoir. Tout joyeux de lui être agréable, « les bourgeoiz et habitans de Tours » offrirent à « noble homme Msr de Chasteaufromont, conseiller du roy, chambellain de Msr le duc et seneschal de Touraine, » un présent de « Il groz buefs et de XII gras chatriz; » faut-il ajouter que la quittance du marchand Perrotin Dain, du 7 avril 1380, porte la somme de trente livres ?
Les qualités du seigneur de Véretz, aussi bien que la noblesse de sa famille et les services publics qu’il rendit, plus encore que sa haute fortune, le firent grandement apprécier à la cour. Charles V, qui le tenait en haute estime, le choisit comme chambellan. Les princes ne lui témoignaient pas moins de confiance. Une lettre du régent Charles, datée du mois d’octobre 1360 et relative à la châtellenie de Loudun, nous montre Pierre d’ Avoir aux cotés de « Msr le Régenta Boulongne sur Mer. » Pierre d’Avoir était chambellan du duc d’Anjou, et celui-ci (pii l’affectionnait tout particulièrement lui confia pendant son absence la charge de lieutenant en Touraineet Anjou (1382). Mais nul plus que les édiles tourangeaux ne gardaient fidèlement le souvenir du rôle patriotique rempli par le chevalier. Quatre ans après le mariage de sa petite nièce, à l’occasion de sa venue à Tours, la municipalité fit « un présent de poisson à M. de Chasteaufrémont, chambellan du roy. » Vers la même époque, on voit « Pierre d’Avoir, sire de Chasteaufrémont, chambellan du roy et de M=r le duc de Calabre, d’Anjou et de Touraine, et comte du Maine, lieutenant du dict seigneur et de la duchesse de Touraine, commis par le roi à gouverner le bailliage. » De fait, les années suivantes et jusqu’en 1389 Pierre d’Avoir paraît comme gouverneur du bailliage de Touraine pi).
Il semblait que, pareil au chêne des forêts, le robuste chevalier fut à l’épreuve des assauts que lui livraient les années; mais, jalouse de prendre sa revanche, la mort l’enleva au mois de février 139U.
(1) D’après un grand sceau armorial, Pierre d’Avoir avait pour blason de à une croix
ancrée ; l’écu était soutenu par deux sirènes et le cimier était formé par un aigle issanle : La légende est : -f- seel : de : pierre : d’avoir : sire : de : chasteaufromont. Ce sceau se distingue par son caractère vraiment artistique. — Bibl. Nation, cabinet des titres, au mot Avoir.
GUERRE DE CENT ANS
Son existence, aussi remplie d’honneur que de services et de vertus, demeura un exemple pour ses contemporains, et le curieux Journal de Jean Le Fèvre (1380-1389), publié par H. de Moranville, parle de lui à plusieurs reprises. Sa veuve lui survécut de quelques années et avait cessé d’exister en 1395, Les derniers moments de Pierre d’Avoir, dont l’âme avait éprouvé maintes angoisses patriotiques, furent comme enveloppés d’un rayon de douce sérénité provenant d’une série d’événements heureux. Son cœur éminemment français tressaillit de satisfaction en songeant à la trêve triennale avec l’Angleterre et au succès de plusieurs entreprises du roi, ainsi qu’au couronnement de son protecteur le duc d’Anjou comme roi de Sicile. Le dernier soupir du seigneur de Véretz s’exhala dans un rêve de confiante espérance, semblable à la suprême et captivante effusion de lumière, qui parfois brille au firmament à la fin d’une journée d’orage.
Véretz vu des terrasses du château.
Angoisses et espérances
Les Françhois feront le plus bel fait que oncques fut fait pour la chrestienté.
Lettre de Jeanne d'Are au roi d’Angleterre, dans le Procès de Jeanne, interrogatoire du lrr mars 1431.
ependant la guerre de Cent ans poursuivait son cours désastreux, traînant après elle une légion d'angoisses et
I'WlÉK/tfMB semant sur son passage les ruines de toutes sortes. flSisi^zS L’étranger avait la partie d’autant plus facile quel’anarchie, par une complicité qui n’est pas propre à ces temps reculés, faisait sentir ses ravages aux divers degrés de la nation. Charles VI venait de monter sur le trône au milieu de la révolte armée des Maillolins (1380), et plus d’une fois la discorde pénétra dans le conseil de régence, formé des oncles du roi mineur. A peine la majorité du souverain les eut-elle éloignés, au moins en apparence, qu’une crise soudaine de démence les ramena en hâte, et bientôt, derrière l’ombre sanglante de Louis d’Orléans et de Jean Sans-Peur, on vit
ANGOISSES ET ESPÉRANCES
s’agiter le spectre de la guerre civile fomentée par les Armagnacs et par les Bourguignons.
Les seigneurs de Véretz, s’inspirant de leur dévouement au souverain et de leur amour du pays, ne faillirent pas un instant à leur devoir. Heureuses les familles qui, même dans les époques troublées où semble pâlir l’étoile de la patrie, gardent ainsi au plus profond de lame le culte inaltérable de la justice clans la confiance indéfectible en les destinées supérieures des peuples, en dehors et au-dessus des basses intrigues, des mesquines ambitions et des lâches trahisons ! Cette auréole bénie, qui enveloppe de son pur rayonnement leur foyer domestique est tout à la fois l’honneur de la maison et la joie de l’historien au milieu des tristesses d’un passé qui, d’ailleurs, ne fut pas sans gloire et sans héroïsme.
Pierre d’Avoir et sa veuve étaient décédés sans laisser d’enfants. Leur domaine des bords du Cher passa par héritage à leurs neveux. Il entrait ainsi dans la maison de Bueil, qui elle aussi porta toujours haut et ferme le drapeau de l’honneur en même temps que l’oriflamme de la bravoure chevaleresque. On sait que sur cette souche puissante poussèrent des rejetons pleins de vie. Plusieurs membres de la famille de Bueil se sont rendus célèbres par leurs éminents services dans l’armée et le clergé, aussi bien que dans la carrière des lettres. L’église collégiale de Bueil est le Saint-Denis dans lequel ont reposé leurs ossements jusqu’à l’époque de la Révolution, et l’on y voit encore une partie de leurs tombeaux mutilés et incomplètement restaurés.
De Jeanne d’Avoir et de son mari Jean de Bueil naquit, entre autres enfants, Jeanne de Bueil qui reçut la terre de Véretz en même temps qu’elle héritait d’un patrimoine bien autrement précieux de vertus et de mérites. Jeanne de Bueil donna sa main à Jean de l’Isle, seigneur de l’ Ile-Bouchard, de Doué et de Rochefort, et cette noble alliance porta le domaine de Véretz dans la non moins puissante famille des barons de l’ Ile-Bouchard. Au rapport d’un historien tourangeau, en 1407 Jean était possesseur du domaine des bords du Cher. C’était un vaillant chevalier, digne à tous égards de ce beau nom. Azincourt, lugubre pendant de Crécy et de Poitiers, fut témoin toutàla fois de la bravoure de Jean et de sa mort au milieu d’une légion de preux dont la fortune trahit le courage (1415).
Le seigneur de Véretz laissait deux filles, Catherine et Jeanne. Celle-ci devint dame de Gonnor, et l’aînée, avec les châteaux de Véretz et de l’Ile-Bouchard, donna sa foi à Jean des Roches. Au décès de son
mari, qui suivit de près la mort de son père, Catherine se remaria avec Hugues de Châlons, comte de Tonnerre.
Cependant les malheurs publics venaient s'ajouter aux deuils domestiques. Quelles angoisses en effet éprouvèrent les âmes vraiment
françaises en voyant derechef les haines et les rivalités sanglantes amonceler les ruines, tandis que les Anglais envahissaient progressivement nos provinces. Puis le traité de Troyes, de lugubre mémoire, mit le comble aux désastres en assurant la couronne de France au roi d’Angleterre Henri Y, qui fit son entrée triomphale à Paris (1420). La mort des deux rivaux, Henri Y et Charles VI, en la même année 1422, n’apporta aucun changement à la situation lamentable, si ce n’est que le nouveau souverain d’Angleterre s’appelait Henri VI et que le nom de Charles YIl était porté par un prince qui n’était roi de France que par la possession, singulièrement menacée d’ailleurs, de neuf provinces, parmi lesquelles la Touraine. Chinon et Loches voyaient tour à tour le monarque frivole s’endormir dans les délices d’une coupable oisiveté, qui aggravait les souffrances de la nation.
A la veille de prendre le sceptre — que ne choisissait-il plutôt le bâton de commandement ou l'épée — le dauphin Charles avait fait venir une armée de sept mille Écossais. C’était un excellent appoint pour les troupes nationales ou mieux royales, car la nation était la proie de douloureuses intrigues ; mais il ne suffit pas pour ramener sous nos drapeaux la victoire qui depuis longtemps avait déserté leurs plis jadis glorieux. Au reste, le généralissime anglais Bedford avait trouvé des alliés dans les ducs de Bourgogne et de Bretagne qui prétendaient avoir à se plaindre de la cour, comme si la cause de la France ne devait pas dominer toutes les prétentions et les rivalités personnelles et même provinciales, à l’heure redoutable du danger et en face de l’ennemi commun.
Après avoir pris Crotoy et Ivry,les Anglais commandés par Bedford marchèrent sur Verneuil. Un choc formidable mit aux prises les Français, soutenus par les Ecossais, avec leurs ennemis ; la journée
ANGOISSES ET ESPÉRANCES
du 17 août 1424 marqua, hélas ! une nouvelle défaite pour nos armes. Cette fois encore le seigneur de Véretz avait fait courageusement son devoir : Hugues de Châlons demeura parmi les morts. Aux tristesses de son veuvage, son épouse Catherine eut la douleur de voir s'ajouter les vexations causées par le séjour des troupes qui, à cette époque, transformaient facilement leur rôle de soldats mercenaires en pillards trop empressés à faire vivre la guerre par la guerre, même et surtout à l’égard des indigènes.
L’écho des angoisses et des plaintes amères est parvenu jusqu’à nous, grâce aux délibérations des municipalités. A Tours, le capitaine de la ville était le comte de Douglas, d’origine écossaise. Chaque jour apportait de nouvelles doléances des habitants des campagnes que les soldats écossais mettaient en coupes réglées. Le corps de ville prit une décision en vue d’enrayer ces procédés bien faits pour porter les habitants à demander d’être délivrés de leurs prétendus défenseurs. « On ira, dit-on, vers le duc de Touraine pour luy montrer les pilleries, roberies, ransonneries, forcemens de femmes, homicides et au! 1res maux, et le prier d’y porter remède, de sorte qu’on puisse cueillir et amasser les blez et autres biens, et que les marchands puissent amener leurs denrées sans estre destroussez, tuez ne ransonnez et ne pas incuieter les gens dans les hostelleries où ils sont logez. » Dès le lendemain on devait se rendre « vers le duc arrivant de Loches » (1).
La démarche ne produisit pas un résultat décisif. Au mois de février 1425, on s’inquiétait fort des mesures à prendre à l’encontre des « maux, pilleries et roberies que le seigneur de Pellac, ses gens et autres Escossais, logés à Bléré et environs, prennent et rançonnent jusque vers la ville de Tours , sur les gens en les traînant et arrachant les dens, ou touailles, foursant les femmes et faisant autres
tirannies et maux . ...
t Loches et Beaulieu d’après un dessin de Gaignieres.
innumerables ». Il .[ g . le donjon , la collégiale et le château; à d. l'abbaye bénédictine.
fut donc conclu que
T « on l’écrira à la royne de Sicille et à M. le bailli qui a le gouvernement de Touraine. »
(1) Registres des délibérations, t. II, an. 1121.
Il ne semble pas que le chastel de Vérelz ait eu cette fois à souffrir des incursions. Peut-être le devait-il à l'énergie du brave capitaine, chargé de le garder. À cet égard nous relevons dans les délibérations municipales de Tours (tome IV) une consultation militaire, relative à l’année 1420 et que nous croyons trouver ici sa place. La forteresse, y lisons-nous, est faite pour « défendre » la localité, « offendre » l’ennemi, et assurer l’obéissance. La place forte doit être « bien fournie de ce qui y fait besoing, principalement de vivres » ; il faut que « l’air n’y soit aucunement corrompu », et qu’elle renferme la garnison nécessaire de façon que les ennemis « ne la puissent grever par force ou par surprise. » Quant au commandant de la place, comme gardien de l’honneur militaire, sa conduite est toute tracée. « Ung cappitaine estant faict et ordonné cappitaine de une forteresse par ung prince ou seigneur, il faict quatre sermons. Le premier, il jure bien et loialement garder la ville ou chastel au bien, honneur et prouffit du prince ou seigneur et des subjecls. Le segond, il jure et promect de non y mectre, sans la licence du seigneur, personne quelconque en la dite ville ou chastel plus fort de lui, en manière que elle en doyc estre aucunement grevée ou endommaigée. Le tiers point est qu’il promect et jure de non bailler la ville ou chastel à personne quelconque, sinon au seigneur à qui il commandera de bouche ou par lectres suffisantes avecques les enseignes secrètes d’entre le seigneur et le cappitaine. Le quart serment si est qu’il rendra au seigneur sa ville ou chastel toutes les fois et quan les que la lui demandera, sans aulcun contredict. »
Tout en se confiant au loyalisme du gouverneur de son château, la dame de Véretz, assez vite consolée de son veuvage, s’était plu à chercher auprès d'un nouvel épouv la sécurité absolue qu’elle pouvait désirer pour sa personne et pour ses domaines. Elle s’unit cette fois à un gentilhomme qui fut surintendant des finances et ministre d’Etat ; il s’agit de Pierre de G iac Par cette alliance le château de Véretz fut associé au souvenir d’un duel retentissant entre les deux conseillers les plus puissants de la monarchie, à l’époque que nous étudions. Le sire de Giac, qui avait la confiance du roi, ne tarda pas à voir se dresser en face de lui le sire de Richemont. Nous n’avons pas à rappeler comment le frère du duc de Bretagne, en embrassant le parti du roi, reçut de Charles VII l’épée de connétable, qui lui donnait « le gouvernement des affaires de la guerre dans tout le royaume. »
Le ministre de la guerre et le ministre des finances entrèrent vite
ANGOISSES ET ESPÉRANCES
en lutte. Le connétable entendit remplacer le surintendant dans les conseils du roi. Les Etats avaient été convoqués à Issoud un, pour le 10 novembre 1426. Soudain, le dominicain Massai t, du couvent de Tours, envoyé en ambassade vers le roi pour demander que la ville ne fût pas grevée d’une nouvelle garnison, revint le 1 1 février 1427, rapportant une nouvelle qui retentit comme un coup de foudre. « Samedy dernier, racontait-il, M. le connestablc fist prendre le sire de Giac, principal gouverneur du roy, et le fist emmener ne scet en quel lieu. » Quatre jours après arrivèrent des lettres du connétable à ce sujet et, comme elles étaient « poisantes, » on en donna copie aux principaux notables pour « adviser qui est à faire sur le contenu d’icelles. » (1)
Le seigneur de Véretz avait des amis nombreux et ses services étaient justement appréciés, au moins dans son pays. De Tours on écrivit au roi « pour l’apaisement du courroux par luy prins pour la dite prise du sieur de Giac. » Le connétable s’en émut et, le 27 février, un courrier remettait aux élus une lettre demandant que « de ce on feistaudit conaitable savoir la volonté de la ville.» On désirait avant tout connaître l’avis de l’archevêque et, comme il était dans son palais épiscopal d’Artannes, on lui dépêcha un messager.
On sait comment le meurtre du sire de Giac à Issoudun laissa libre carrière au sire de Richement. Mais, hélas ! les vaincus n’ont-ils pas toujours tort? Un mois plus tard on apprit (pie le connétable se disposait à venir à Tours et l’on décida de lui faire « la révérence» avec un présent « de bled, avoine, torches vin et poisson jusqu’à la valeur de cent livres. » Le jour de Pâques fleuries, le roi et la reine accompagnés du connétable arrivèrent dans la capitale de la Touraine; on les reçut décemment, non sans que « l’abbé de Cormery » fut chargé de « remontrer les maux, charges et oppressions du pays. » Tout naturellement la réponse fut que de suite on allait « y mectre provision telle que le pais et la ville seront contans. »
La dame de Véretz résolut-elle de tirer vengeance du meurtre de son mari ? Nous l’ignorons. Du moins son mariage avec Georges de la Trémoille était de nature, à préparer les voies à une revanche éclatante. Ce dernier, fds de Guy VI de la Trémoille, garde de l’oriflamme de France, et de Marie de Sully, venait de perdre sa première femme Jeanne de Boulogne, fille du comte de Boulogne et d’Auvergne, quand il épousa, en juillet 1427, la dame de Véretz et de l’Ile-Bouchard. Son esprit
(1) Registres des délibérations , t. VI.
actif, ses brillantes qualités et sa situation considérable, aussi bien que sa fortune qui embrassait de vastes domaines, le firent appeler dans les conseils du roi, et bien vite il acquit une influence sérieuse dans les affaires. Il fut grand chambellan de France, capitaine de Cherbourg, et reçut plusieurs missions importantes. Fait prisonnier à Azincourt, Georges recouvra la liberté à l’aide d’une rançon.
Le nouveau seigneurde Véretz était un rival trop puissant pour que le connétable de Richemont ne mit pas tout en œuvre afin de l’éloigner. La lutte dura quelque cinq ans avec des alternatives de succès et de revers. Cette fois encore, le connétable s’efforça de gagner à sa cause l’opinion populaire par les habiletés d’une diplomatie qui n’allai t pas tarder à se prendre dans ses propres filets. Le 1 5 janvier 1 428 (n. s.), la municipalité reçut de Richemont et des siens une lettre déclarant que « leur intencion estoit de bouter et mectrehorsla compagnie et service du îoy le sire de la Trémoille, et Robert Le Maczon, conseiller principal et gouverneur du roy, et de mectre une justice à leur povoir et que à celes dits gens vouleussent estre avec eux adherens et qu’ils leur en facent savoir leur voulonté. »
Le connétable visait avant tout à accroître son autorité en écartant ce qui le gênait. Pour justifier sa conduite, ii faisait appel aux sentiments de justice et de liberté qu’il croyait innés dans Fâme populaire. En parlait politicien, il cherchait à asseoir sa domination sur les aspirations des foules et travaillait à s’imposer aux masses en flattant leurs instincts libertaires. A diplomate diplomate et demi: en présence de ces procédés captieux la municipalité tourangelle recourut au moyen fort habile qui lui avait déjà réussi. Elle demanda Lavis du comte de Vendôme, de l’archevêque, des sires de Montejehan et de Beauvau, ainsi que des juges et officiers du roi et de la reine « estans en cette ville, » en se rangeant d’avance à leur manière de voir. Entre temps, le corps de ville sollicita l’appui du seigneur de Véretz. La taille que lé roi imposa à la cité pour payer les frais de la guerre, amena les édiles à décider, au commencement de juin 1431, (pie l'on « ira devers M. de la Trémoille pour lui remontrer les charges et lui requérir estre en aide de faire un robet. » Sur ces entrefaites Richemont fut éloigné de la cour, ce qui ne fit qu’envenimer la haine qu’il avait vouée à son rival. Une guerre ouverte s’en suivit, qui aboutit à l’enlèvement de la Trémoille par le connétable, en 1432.
Tandis que la patrie agonisait au milieu de ces rivalités criminelles, une messagère céleste, la noble et pure enfant de Domrémy,
ANGOISSES ET ESPÉRANCES
apportait aux vaincus le courage et la victoire « en nom de Dieu ». En quelques mois Jeanne d'Arc avait relevé le front abattu de la France, ranimé l’espoir de l’armée, battu les Anglais et fait sacrer le roi dans la cathédrale de Reims. Celte succession d’événements heureux ne pouvait que causer une joie profonde parmi les populations des bords du Cher et en particulier sous le toit du seigneur et de la dame de Véretz. Du fond de l’âme ils s’associèrent à tout ce que l’on lit « pour l’onneur et l’amour de Jehanne la Pucelle », souveraine libératrice. Mais aussi fùt-il jamais plus douce et plus consolante effusion de joies pacifiques dans plus sombre et plus effroyable pêle-mêle de tous les éléments de la vie nationale?
Gloire à Dieu et à Jeanne! la France allait renaître et panser ses blessures.
Quelque chose de l’âme bienfaisante de Jeanne d’Arc rayonnait au cœur des châtelains de Yéretz. Le seigneur prêtait une oreille attentive aux doléances de ses compatriotes. Au mois de novembre 1432, la municipalité de Tours lui écrivit pour lui demander sa protection contre « les gens d’armes qui depuis troys moys ont
été logés environ de la ville », et dont les capitaines sont le Petit-Breton, Rodriguès et autres. Il fd, les démarches utiles et les édiles se montrèrent reconnaissants. L’année suivante, le 10 février, « pour les nopces que M. de la Trémouille devait brief faire à Loches de Mme La Rivière, sa sœur, avec le sieur de Chasteau-Villain » on lui enverra, fut-il décidé, une pipe de vin « avec une charrette à chevaulx et un député. » Le seigneur de Yéretz était encore à Loches à la mi-avril. De concert avec l’archevêque, qui s’y trouvai t également, il écrivit à la municipalité de Tours « qu’on envoyasl hastivement par devers eux quatre gens d’église et quatre ou cinq personnes notables pour traicter aucunes choses au regard du bien et allégement de tout le pais de Touraine » .
Les réprimandes et les menaces à l’adresse des soldats amenèrent une trêve dans les a roberies », mais les mercenaires ne tardèrent pas à renouveler leurs vexations. Au mois de juin 1433, on se plaignait de
Château de Chinon.
Salle où Charles VII reçut Jeanne d’Arc.