Porte nord. — 2. Porte sud
(l)^Maan, Sanct. etmetrop., etc., p. 188,
RENAISSANCE — JEAN DE LA BARRE
A l’extrémité occidentale de l’église se dresse l’oratoire des châtelains. La chapelle seigneuriale était jadis la compagne naturelle du manoir. Ne relevant guère que de son épée et de son roi, le seigneur s’inclinait d’ordinaire avec déférence devant la majesté de la Religion. Parfois la chapelle élaitun édifice conslruil dans le voisinage du château sous les ombrages du parc, comme à Champigny-sur-Veude et à Ussé, et alors c’était un monument remarquable qui servait de collégiale pour les chanoines et de nécropole pour les seigneurs. En d'autres circonstances, le suzerain du fief principal avait sa chapelle particulière dans l’église paroissiale avec les privilèges qui y étaient attachés par le droit ou l’usage ; ainsi en est-il de maintes églises dans lesquelles ces oratoires ont été ordinairement reconstruits au xve siècle. Au moyen âge, il en fut sans doute ainsi à Véretz, et l’escalier qui descend du château dans la cour au sud de l’église conduisait naturellement les seigneurs à leur chapelle. Au xvre siècle, les de la Barre construisirent leur oratoire au bout de l’église, sur le bord de la terrasse.
En même temps que l’on reprit l’église en la prolongeant de façon qu’elle aboutit au coteau, on aménagea, par manière de tribune, tin oratoire auquel on put accéder directement de la cour du château. La chapelle occupe toute la largeur de l’église, c’est-à-dire environ sept mètres de longueur sur une profondeur de trois mètres; elle est éclairée au sud et au nord par une fenêtre à double baie, actuellement en partie murée. Le mur de façade ne présente plus son aspect primitif. Au début la porte d’entrée était presqueau centre, et elle se reconnaît encore à la gracieuse frise mutilée qui la surmontait; on y a fait des ouvertures modernes. La façade est décorée de pilastres à ses extrémités ; à la partie supérieure, règne une corniche formée d’oves et d’une grecque qui fait le tour et, au-dessous, s’ouvrent trois niches avec coquille que l’on peignit en noir pour y mettre des armoiries. Le toit supportait deux épis en plomb dont on voit encore la hase. Le contrefort du côté nord se termine par une hretèche, sorte de petit campanile ouvert destine à recevoir une clochette, que l'on remarque d’ailleurs dans les anciens dessins. La partie inférieure, sous Lachapelle, est également éclairée au nord et au sud par une fenêtre à deux baies.
Nous franchissons le seuil par la porte avec tambour, installée à l’angle nord au xvue siècle, ainsi que nous aurons l’occasion de le faire remarquer. Le dallage est formé de petits carreaux jadis recouverts d’un émail de couleur variée, bleu et vert. La voûte est divisée en deux travées égales par des nervures prismatiques avec pendentifs
ornés d’écussons qui ont été mutilés ; c’était le blason des la Barre
que nous connaissons.
L’autel, à défaut d’une place à l’est, avait été installé à l’appui de la muraille sud dans laquelle est creusée une charmante retraite en forme d’enfeu à arc surbaissé, de lm,70 de long et de 0,75 de haut
sous clef. L’édicule, destiné probablement à recevoir une chasse de grande dimension, est enveloppé d’un délicieux encadrement de sculptures sur pierre de 0'". 75 de largeur, reposant aux angles suide petits pilastres. Le cadre est formé d’oves, de disques et de feuillages. qui ont été coupés à l’extérieur; à l’intérieur une série d’oves, de f e u i 1 1 a g e s e t d e losanges constituait une très élégante décoration or sur fond bleu.
Il est difficile d'imaginer une ornementation d’un dessin plus agréable et d’une tonalité plus harmonieuse. On devine par là quel charme se dégageait de la chapelle lorsque le ciseau et le pinceau venaient d’achever leur œuvre, j’entends avant les regrettables modifications dont elle fut l’objet au siècle suivant. La décoration générale comprenait des peintures en manière de tentures qui recouvraient les murailles et auxquelles nous aurons l’occasion de revenir. D’ailleurs pour ne pas interrompre par trop le 111 de notre récit et afin de grouper dans un tableau d’ensemble ce qui concerne plus spécialement les arts, nous parlerons également dans un chapitre spécial du rôle et de la personnalité des artistes, dont le nom se rattache à l’histoire du château et de la chapelle.