CHAPITRE V
LOUIS XV
LES APPARTEMENTS
On a vu, dans la description générale des appartements du château, combien le palais de Louis XIV fut modifié par Louis XV. Le goût avait changé ; un nouveau style d'architecture et de décoration remplaçait le style de Mansart, de Lepautre, de Marot et de Bérain. Robert de Cotte avait donné le signal dès les premières années du xviip siècle, et à sa suite avaient paru Bofïrand, Oppenord, Leroux, Lassurance, Gourtonne, Le Garpentier, Contant et Cartaud, qui créèrent une architecture nouvelle et un art décoratif complètement original et bien français. Ils multiplièrent partout les sculptures élégantes, variées, capricieuses, mais toujours de bon goût. Si l'on trouve, à Fhôtel Soubise, à l'hôtel Matignon1, de très-beaux spécimens de cette nouvelle architecture du xvni9 siècle, le château de Versailles en possède aussi de superbes échantillons dans les petits appartements de Louis XV et aux appartements de la Reine et du Dauphin.
L'art de la distribution des appartements et de les rendre commodes et agréables à habiter fit à cette époque de grands progrès,
1 Aujourd'hui l'hôtel Galiera.
LES APPARTEMENTS
Rien, dit l'architecte Patte \ ne nous a fait plus d'honneur que cette invention. Avant ce temps, on pouvait dire avec raison de l'architecture que ce n'étoit que le masque embelli d'un de nos plus importants besoins ; on donnoit tout à l'extérieur et à la magnificence. A l'exemple des bâtimens anciens et de ceux de l'Italie que l'on prenoit pour modèles, les intérieurs étoient vastes et sans aucune commodité. C'étoient des salons à double étage, de spacieuses salles de compagnie, des salles de festin immenses, des galeries à perte de vue, des escaliers d'une grandeur extraordinaire ; toutes ces pièces étoient placées sans dégagement au bout les unes des autres : on étoit logé uniquement pour représenter, et l'on ignoroit l'art de se loger commodément et pour soi. Toutes ces distributions agréables que l'on admire aujourd'hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les appartemens avec tant d'art; ces escaliers dérobés, toutes ces commodités recherchées qui rendent le service des domestiques si aisé, et qui font de nos demeures des séjours délicieux et enchantés, n'ont été inventés que de nos jours : ce fut aU palais de Bourbon 2, en 1722, qu'on en fit le premier essai, qui a été imité depuis en tant de manières.
Ce changement dans nos intérieurs fît aussi substituer, à la gravité des ornemens dont on les surchargeoit, toutes sortes de décorations de menuiserie, légères, pleines de goût, variées de
mille façons diverses On supprima les solives apparentes des
planchers, et on les revêtit de ces plafonds qui donnent tant de grâce aux appartemens, et que l'on décore de frises et de toutes sortes d'ornemens agréables ; au lieu de ces tableaux ou de ces énormes bas-reliefs que l'on plaçoit sur les cheminées, on les a décorées de glaces qui, par leur répétition avec celles qu'on leur oppose, forment des tableaux mouvants qui grandissent et animent les appartemens, et leur donnent un air de gaieté et de magnificence qu'ils n'avoient pas. On a obligation à M. de Cotte de cette nouveauté.
Le résultat de ces transformations ne tarda pas à se faire sentir à Versailles. Les grandes pièces d'apparat, toutes de marbre et de bronze doré, devenaient inhabitables et insupportables à ceux qui les comparaient aux salons des hôtels que l'on construisait à Paris. Aussi Louis XV habitat-il le moins qu'il pût le château de Louis XIV, en même temps qu'il s'efforçait de le rendre plus confortable. Les registres des Bâtiments du Roi nous montrent les efforts que l'on fit dans ce but. On remplaça dans les appartements
Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV, 1765, in-folio. Bâti par Lassurance père.
habités les lambris de marbre par des panneaux de menuiserie sculptés ; on mit de doubles croisées et des persiennes aux fenêtres ; on posa des sonnettes.
Louis XV n'hésita pas à détruire une partie des appartements particuliers de Louis XIV, pour les remplacer par ce qu'on appelle les petits appartements de Louis XV. Partout, le grand et le solennel firent place au petit et au commode. Le Roi se fit faire une nouvelle chambre à coucher ; il donaa un développement considérable aux petits cabinets de la cour des Cerfs, pour y vivre plus à l'aise, au double point de vue du confortable des appartements et de la suppression ou de la diminution de l'étiquette. Après avoir détruit les appartements particuliers de Louis XIV, il détruisit la galerie de Mignard (1750), l'escalier des Ambassadeurs (1752), enfin, en 1771, l'aile du château que Gabriel rebâtit en 1772-73.
On était prêt, à ce moment, à démolir une grande partie du palais pour le rebâtir au goût du jour, pour donner à son architecture une tournure grecque et de style sévère, en y mettant colonnes et frontons, ainsi que le demandaient les Caylus et les autres réformateurs. M. D'Angivilliers, directeur général des Bâtiments, était de cette école, et, si l'état des finances eût permis à Louis XVI de continuer l'œuvre de destruction commencée sous Louis XV, le château de Louis XIV eût été à peu près détruit. Nous verrons le premier empire reprendre ce projet et ouvrir un concours pour désigner l'heureux architecte qui serait chargé de cette transformation. Le château de Mansart ne fut encore sauvé que par les désastres et les invasions qui amenèrent la chute de Napoléon Ier.
Salons de la Paix et de la Guerre,
Dans tous ces projets de reconstruction, les grands appartements de Louis XIV étaient toujours respectés. Louis XV n'y fit aucun changement ; on les gardait pour les fêtes et certaines cérémonies. En 1729, on plaça sur la cheminée du salon de la Paix (114) le tableau de Lemoine représentant Louis XV donnant la paix à l'Europe. En 1738-1741, Coustou fut chargé de faire pour le salon de la Guerre (112) le bas-
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relief de Louis XIV passant le Rhin, qui est placé aujourd'hui au vestibule de la Chapelle. Ce bas-relief était destiné à remplacer le bas-relief en stuc de Coyzevox, représentant Louis XIV à cheval, que Ton voit sur la cheminée de ce salon *.
Salon d'Hercule (105).
Le salon d'Hercule occupe, comme on le verra plus loin, la partie haute de la troisième chapelle du château. Il est placé au-dessus du vestibule qui conduit de la cour de la Chapelle aux jardins, et sert aujourd'hui d'entrée aux grands appartements.
Le style général dé la décoration, qui est d'une grande beauté, est celui de Robert de Cotte. Le marbre, comme au temps de Louis XIV et de Mansart, est encore le principal élément de l'ornementation, mais c'est la dernière fois qu'il est employé à Versailles sur une aussi vaste échelle. Tous les ouvrages de sculpture décorative, en bronze et en marbre, chapiteaux, cadres des tableaux, etc., sont l'œuvre du sculpteur Vassé, qui les a exécutés de 1732 à 4734. Les bases des pilastres sont en bronze doré, mais les chapiteaux sont en plomb et en étain 2. Les sculptures en bois et en stuc sont de Verberckt 3, un des principaux sculpteurs d'ornements du règne de Louis XV, qui est l'auteur des deux portes placées à droite et à gauche de la cheminée, et des sculptures de la corniche. Les dorures ont été faites par Desauziers ». La cheminée, qui est splendide avec les bronzes de Vassé, est en marbre d'Antin s.
1 Registres des Bâtiments du Roi, 1738, 1741.
2 Nouvelles Archives de l'art français, 2e série, I, 149.
3 Registres des Bâtiments du Roi, 1736. — Verberckt était né à Anvers en 1704; il mourut à Paris le 9 décembre 1771. Il fut agréé à l'Académie de peinture et de sculpture en 1733. Il a dû exécuter, ou faire exécuter sous sa direction, la plus grande partie des sculptures décoratives faites au château pendant le règne de Louis XV. Les registres des Bâtiments mentionnent les sommes considérables qu'il a touchées : 22,000 livres en 1735, 46,000 en 1736, 43,812 en 1747, etc. Il était très-lié avec Jules Dugoulon, autre sculpteur décorateur émérite (Voir le dictionnaire de Jal).
4 Registres des Bâtiments du Roi, 1736.
5 Registres des Bâtiments du Roi, 1734.
Le plafond, qui a 18m,50 sur 17, est l'œuvre de Lemoine1, qui le peignit de 1729 à 1736. Le sujet est l'Apothéose d'Hercule. « Ce vaste et magnifique tableau, dit Piganiol de la Force, fut dévoilé aux yeux du Roi et à ceux du public, le 26 de septembre 1736, car jusqu'à ce jour il avoit été caché par les échafauds. S. M. le vit en allant à la messe et en revenant. Comme elle aime les arts et s'y connoît, elle l'examina avec beaucoup d'attention et en fut si satisfaite, qu'elle nomma sur-le-champ le sieur Le Moine son premier peintre. »
Lemoine se tua cependant de désespoir après avoir terminé son œuvre. Nous lisons dans les mémoires du duc de Luynes 2 : « Un homme instruit me contoit, il y a quelques jours, que, lorsque Lemoine entreprit le salon d'Hercule, il s'attacha à finir sa peinture avec autant d'exactitude et de perfection qu'il auroit pu en employer pour un tableau à portée d'être examiné en détail. Lorsqu'il eut presque fini cet ouvrage, il voulut en voir l'effet ; il descendit de l'échafaud ; il remarqua d'en bas que la grande corniche dorée coupoit son dessin et ses figures ; il en fut si frappé qu'il effaça tout. Il refit ensuite le même ouvrage, mais à grands traits ; et quoiqu'il n'y ait pas mis la même perfection que dans le premier ouvrage, il se trouva qu'il avoit fort bien réussi. M. d'Antin le fit premier peintre du Roi et lui donna 10,000 écus pour le salon d'Hercule. Mais il se trouva que ses déboursés seuls alloient à 29,000 livres ; il y avoit pour 24,000 livres d'outre-mer. Ce calcul tourna la tête à Lemoine et fut la cause de sa fin tragique. »
On voit aujourd'hui au salon d'Hercule deux tableaux : l'un, placé dans un cadre sculpté par Vassé et doré par Desauziers3, représente le passage du Rhin; c'est un ancien modèle de tapisserie des Gobelins repeint en 1834. Cette peinture a remplacé le Paul Véronèse représentant le Repas chez Simon le Pharisien, placé actuellement au grand salon
1 L'esquisse originale est au Louvre, dans les salles de l'Ecole française, au second étage. — Le plafond de Lemoine est en très-mauvais état, et il serait déplorable que l'administration des Beaux- Arts laissât périr cette magnifique peinture. Sa restauration est urgente.
2 XIV, 6.-4 janvier 1755.
3 Registres des Bâtiments du Roi, 1730.
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du Louvre. Le second tableau est un Louis XIV par Mignard, qui se trouvait en 1682 dans le salon de l'Abondance. On le transporta plus tard à Trianon, d'où il est revenu au salon d'Hercule.
Ce salon a servi sous Louis XV aux grands bals de 1739 et de 1747. En mars 1749, on y présenta au Roi deux jeunes autruches amenées d'Egypte et destinées à la Ménagerie1. C'était aussi dans le salon d'Hercule qu'on remettait au Roi les faucons que l'ordre de Malte lui envoyait chaque année.
Petits appartements de Louis XV.
Louis XV , fatigué de vivre dans les appartements de Louis XIV, dit le Cicérone de Versailles"1, remania lesdits appartements et s'organisa, au second étage du château, sur la cour de Marbre et autour de la cour des Cerfs, une sorte de belle maison bourgeoise où il put vivre à son aise, affranchi de l'étiquette, du cérémonial et de la curiosité des courtisans3. On construisit au second étage du château, sur la cour de Marbre, une suite de cabinets, et, sur la cour des Cerfs, quatre étages de cabinets et de cuisines. La création de l'appartement des maîtresses, au-dessus des appartements particuliers de Louis XIV et de la galerie de Mignard, amena bientôt la transformation des appartements de Louis XIV, la destruction de la galerie de Mignard et celle de l'escalier des Ambassadeurs.
Les nouvelles constructions comprennent : 1° les appartements particuliers de Louis XF, refaits sur l'emplacement de ceux de Louis XIV ; — 2° V appartement de Madame Adélaïde, construit sur l'emplacement de la galerie de Mignard et de l'escalier des Ambassadeurs, appartement réuni au sien par Louis XVI en 1774 4 ;— 3° les petits cabinets du second étage sur
1 Luynes, IX, 364.
* Très-bon livre, qui a eu plusieurs éditions et qui cependant est fort rare.
3 « Où il pût vivre en particulier», dit La Martinière (Dict. ge'ogr., art. Versailles).
4 Ce que l'on appelle aujourd'hui les petits appartements de Louis XV se compose de ceux de Louis XV et de l'appartement de Madame Adélaïde, c'est-à-dire des salles 125-138.
la cour de Marbre et ceux de la cour des Cerfs; — 4° Y appartement des maîtresses, au second étage, au-dessus de celui de Louis XV.
Malgré leur brièveté, les registres des Bâtiments du Roi nous permettent de dire que c'est vers 4732 que Ton commença la construction des cabinets du second étage du château sur la cour de Marbre et ceux de la cour des Cerfs ; et Piganiol nous apprend que les travaux faits dans les anciens appartements particuliers de Louis XIV ne commencèrent qu'en 4 738. On trouve dans le registre de 4735 qu'on fit en 1734' pour 42,24 4 livres de travaux de maçonnerie dans les nouveaux petits appartements^ et que Le Blanc, sculpteurfondeur, reçut 6150 livres pour les ouvrages de bronze doré d'or moulu qu'il y fit en 4 734. En 4 735, le faïencier Branlard fournissait des carreaux de faïence de Hollande et des lanternes de cristal, et Lancret touchait 2400 livres pour un tableau destiné à la salle à manger (4 29)2. Les registres des Bâtiments ne donnant pas de renseignements précis, nous accepterons la date de 4 738, que nous trouvons dans Piganiol delà Force3, pour celle delà reconstruction des premières pièces de l'appartement de Louis XV : cabinet du Conseil (4 25), chambre à coucher (4 26), salon des Pendules (127) et salle à manger (429), dont la décoration concorde bien avec la date de Piganiol.
Nous espérions aussi que les registres des Bâtiments du Roi nous permettraient de connaître les noms des artistes qui ont exécuté les élégantes sculptures des lambris, les cuivres ciselés et dorés ; malheureusement ces registres ne renferment que des indications sommaires : sommes payées 'pour travaux exécutés au château à tel ou tel artiste, et ce n'est que par hasard qu'on peut mettre le nom de son auteur à une œuvre. Nous donnerons cependant les noms des artistes, la plupart encore inconnus, à qui l'on doit la ravissante ornementation des petits appartements.
' Les travaux faits en 1734 ne furent payés qu'en 1735.
2 Registres des Bâtiments, 1735. — Le registre de 1736 mentionne a plusieurs reprises des travaux exécutés dans les petits appartements, maisans indication précise.
3 Edition de 1764, I, 271.
LES APPARTEMENTS
Parmi les sculpteurs en bois et en stuc, auteurs des ornements des lambris, des portes, des corniches et des voussures des plafonds, les registres mentionnent : VerbercM, évidemment le plus important et le plus occupé de tous1; — Jules Dugoulon, « sculpteur qui excelle surtout en bois», dit Piganiol de la Force*, et dont le nom se trouve pour la dernière fois dans le registre de 4731 3 ; — Berja, Gervais, Haize, Herpin, Magnonais, Maurisan père et Us, Monthéanl, Poulet, Rousseau, père et fils. Les sculpteurs-fondeurs-ciseleurs, auteurs des bronzes dorés, sont : Caffieri 4, Gobert, Le Blanc et Picault. Ajoutons encore: les doreurs Desauziers, Le Blanc* et Gobert6, qui ont fait ces dorures inaltérables et encore si vives aujourd'hui ; — Héron, qui faisait les ouvrages de fer doré d'or moulu7; — Voisin, ébéniste, l'un des successeurs de Boule 8; — Martin, dont les vernis étaient déjà renommés 9.
Mais il faut sortir des généralités et arriver à la description des pièces de l'appartement de Louis XV ,0.
Cabinet du Conseil (125).
Le cabinet du Conseil et le cabinet des Perruques de Louis XIV furent réunis et devinrent le nouveau cabinet du Conseil, dont
1 Voir page 307, au salon d'Hercule.
- Edition de 1764, II, 329.
3 Dugoulon était déjà célèbre dans les dernières années de Louis XIV, il avait travaillé à la décoration des lambris de l'Œil-de-Bœuf et de la chambre à coucher de Louis XIV (Piganiol) -, il avait sculpté les belles boiseries du chœur de Notre-Dame de Paris, et il avait travaillé pour le roi d'Espagne, Philippe V, sur les dessins de Robert de Cotte (Artistes français à V étranger).
4 Le registre des Bâtiments de 1738 indique un Caffieri comme aérant fait des bronzes ciselés et dorés pour les petits appartements. C'est Jacques Caffieri, né en 1678 (Renseignement communiqué par M. Guitfrey).
8 Le Blanc fait aussi des cuivres argentés (Registre de 1730).
6 Le Blanc et Gobert sont les mêmes que nous venons de nommer parmi les sculpteurs- fondeurs-ciseleurs.
7 Registres de 1735 et 1736.
8 Registres de 1735, 1745, 1747, 1751.
9 Registre de 1734. — Cette année, Martin reçut 120 livres pour avoir verni deux pieds de table.
10 Voir le plan des petits appartements de Louis XV.
la décoration est merveilleuse de richesse et de goût. C'est le plus bel échantillon du style Robert de Cotte, c'est-à-dire de la transition entre le style Louis XIV et le style Louis XV proprement dit. Les consoles de la corniche notamment sont du pur Louis XIV, tandis que les lambris de la salle appartiennent à un style nouveau. Les plus beaux de ces lambris sont à coup sûr les deux situés à droite et à gauche de la cheminée. Les élégantes sculptures dorées des boiseries représentent les attributs de la royauté, le sceptre et la main de Justice, ou des Enfants personnifiant la paix, la guerre et le commerce. La cheminée, en marbre rouge, ornée de cuivres dorés, est l'une des plus remarquables du palais. Rien n'a été négligé dans la décoration de cette salle; la plaque de la cheminée même a pour ornement un bas-relief représentant le groupe principal des Bains d'Apollon.
Les objets mobiliers ne sont pas ceux qui s'y trouvaient avant 1789; mais ils n'en sont pas moins dignes d'attention. Nous citerons la pendule Louis XVI et les candélabres Louis XV placés sur la cheminée, les chenets Louis XVI, le bureau Louis XV avec ses cuivres ciselés, l'encrier Louis XV, genre Meissonnier, et une console Louis XV en bois doré.
Derrière le cabinet du Conseil se trouvent, sur le côté occidental de la cour des Cerfs : un cabinet de bains (a), le palier fermé de l'escalier des petits appartements, appelé aujourd'hui l'escalier de la Forge (c), et un second cabinet (b), appelé aujourd'hui, sans qu'on sache exactement pourquoi, le salon des Perruques. Ces trois cabinets établissent une communication entre la salle du Conseil (125) et le salon d'Apollon (111).
Le cabinet a devint un cabinet de bains en 1764, et fut refait en 1770 1 ; mais les sculptures de Rousseau et les dorures de Gobert2 ont disparu; il ne reste plus que la place de la baignoire.
Le palier fermé de l'escalier des petits appartements est
1 Registre des Bâtiments de 1770. — Louis XV avait fait faire en 1755 des bains au second étage, là où il établit en 1764 sa bibliothèque (Arch. nation., carton O1 1773).
* Registre des Bâtiments de 1771.
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revêtu de boiseries sculptées et dorées, de style Louis XV ; les verroux des portes sont également du temps de Louis XV et en cuivre ciselé doré.
Le cabinet b renferme une cheminée en marbre et plusieurs armoires. Les boiseries des lambris, des portes, des armoires et de Tébrasement de la fenêtre sont de style Robert de Cotte.
Chambre à coucher de Louis XV (128;.
La chambre à coucher de Louis XV a été formée du cabinet du Billard ou cabinet des chiens du Roi* et de quelques petits cabinets éclairés sur la cour des Cerfs. Louis XV avait d'abord couché dans la chambre de Louis XIV 2 ; il se servit de sa nouvelle chambre à partir de 1738 et y mourut le 40 mai 4774. Elle fut dès lors la chambre de Louis XVI.
La décoration est de même style que la salle du Conseil; c'est le style Louis XV commençant et se dégageant avec grâce du goût plus sévère de Louis XIV. Les bronzes dorés, les serrures, les espagnolettes, les verroux, les boutons des portes, les ornements de la cheminée sont ici, comme partout, d'une rare perfection de travail.
Dans le fond, qui est opposé aux croisées, dit La Marlinière 3, il y a une alcôve renfoncée, dans laquelle est le lit. Cette alcôve est ouverte entre deux pilastres, aux angles du flanc desquels on remarque des palmiers qui s'élèvent et se recourbent en cintre, en s'étendant le long de la traverse d'en haut -, cette traverse est chantournée, et les armes du Roi sont sculptées dans son milieu 4. Cette alcôve est fermée par une balustrade richement ornée. Les tapisseries qu'on y tend sont de superbes étoffes, pareilles à celles du lit.
Le reste de la chambre est décoré de lambris, qui montent jusque sous la corniche. En entrant par le cabinet du Conseil, on a pratiqué au milieu du lambris la cheminée, qui est d'un beau marbre de brèche d'Alep ; sa forme est nouvelle et gracieuse, taillée d'ornemens pris dans le marbre même. Au-dessus on y a placé un
1 Du roi Louis XIV.
2 Luynes, IX, 294.
3 Article Versailles, p. 100, lrG colonne.
k Cette décoration n'existe plus ; elle a été changée sous Louis XV.
trémeau de glace, renfermé dans un bâtis, d'une sculpture singulière. De l'autre côté opposé, il y a un trémeau semblable. La face des croisées est pareillement ornée de glaces. Les pilastres et les panneaux varient plusieurs parties par des ornemens de grand goût. La corniche sous le plafond se contourne en cintre et s'unit à un cadre, qui forme des milieux et des angles, avec des chantournemens, dans lesquels sont placés des manières de cartouches, qui renferment des chiffres et de petits bas-reliefs assortis aux autres décorations. Sur les quatre portes, dont deux à chaque côté de la cheminée, deux à côté du trémeau opposé, sont des tableaux renfermés dans de riches cadres : dans l'un, c'est le portrait de François Ior par le Titien ; le second est Catherine de Médicis par Rubens ; un autre, Marie de Médicis par Van Dyck ; le dernier est le portrait de Don Juan d'Autriche par Antoine More.
Le Roi couche ordinairement dans cette chambre ; et lorsqu'il se lève le matin, il passe en robe par le cabinet du Conseil, dans la première1 où se fait son lever avec les cérémonies accoutumées.
Les anciens dessus de porte ont été remplacés par les portraits de Mesdames Adélaïde, Victoire, Elisabeth et Henriette. Dans l'alcôve on a placé le sacre de Louis XV par Signol, deux portraits de Louis XV par J.-B. Vanloo et Rigaud, et les portraits de Mesdames Sophie et Louise 2. Cette fois les organisateurs du Musée ont fait ce qu'ils auraient dû faire toujours : conserver la chambre intacte et sa décoration, et y placer quelques peintures appropriées à la pièce et à son histoire.
Les balcons des fenêtres sont encore ceux du temps de Louis XIV; ils sont en fer forgé, autrefois doré; au milieu est le chiffre du Roi avec la couronne; à droite et à gauche, le sceptre de France croisé des carreaux de la foudre.
On remarque dans cette pièce, ainsi que dans beaucoup d'autres, un certain mélange de choses anciennes et nouvelles. Ici, les volets sont Louis XIV; le verrou de la porte qui va au salon des Pendules est Louis XVI; les panneaux de cette porte sont Louis XV, mais on les a entourés de cadres Louis XIV.
Terminons en disant qu'on voit aujourd'hui dans la cham-
1 Celle de Louis XIV.
2 Le portrait de Madame Henriette est de Nattier ; ceux des cinq autres filles de Louis XV ont été peints par des artistes de son école. — Des anciens dessus de porte, le Titien est au Louvre.
LES APPARTEMENTS
bre de Louis XV deux petites statues équestres. L'une représente Louis XIV ; l'autre, placée au milieu de la chambre, est le modèle de la statue de Louis XV par Bouchardon. On remarque encore deux consoles en bois doré de style Louis XIV.
Au fond de l'alcôve, une porte ouvre sur un petit cabinet (d) tout couvert de boiseries décorées de fines sculptures dorées, dont les motifs sont empruntés aux sciences et aux arts: sphères, boussoles, etc. C'est le plus joli spécimen du style Louis XVI qu'il y ait au château. La cheminée, en griotte rouge, est ornée de cuivres dorés, dont la ciselure est d'une finesse et d'une exécution remarquables. Les serrures et le bouton de porte ne sont pas moins élégants. Le verrou est Louis XV. Une porte-fenêtre, fermée par une grille de fer, ouvre sur le balcon de la cour des Cerfs et permettait au Roi d'arriver librement à l'escalier des petits appartements et de monter aux étages supérieurs du palais. C'est par là que passait Louis XV pour se rendre à l'appartement des petites maîtresses dans les combles, à sa bibliothèque, ou pour aller faire ses promenades sur les toits. C'est par là que Louis XVI passera plus tard pour aller chez la Reine par le Passage du Roi.
Salon des Pendules (127).
Le vestibule du petit escalier de Louis XIV et divers cabinets furent aussi, à cette époque, transformés et devinrent un nouveau cabinet de Conseil, qui prit quelques années après le nom de cabinet de la Pendule.
Le duc de Lynes1 nous apprend que Louis XV fit refaire, en 1748, le cabinet du Conseil. On baissa de trois pieds le plafond ; on gratta et on blanchit tout ce qu'il y avait de dorure, et on le refit à neuf pendant le voyage de Fontainebleau de cette année.
Le cabinet du Conseil prit le nom de cabinet de la Pendule, en 1749, après qu'on y eût placé la pendule de Passemant et
Dauthiau, chef-d'œuvre d'horlogerie et de mécanique. On l'appelle aujourd'hui le salon des Pendules, et eu effet il en renferme trois : celle de Passemant, une autre pendule astronomique de Passemant et une horloge prise à Alger en 1830.
C'est l'une des plus belles pièces des petits appartements. Elle est toute décorée de glaces et de boiseries sculptées. Le style de cette ornementation (gorge du plafond, bordures des glaces, sculptures des lambris) est d'un goût excellent, d'une légèreté et d'une élégance parfaites. La cheminée est en brèche violette.
On remarque dans la salle un petit réduit (e), éclairé par une barbacane, entre les deux pilastres accouplés de la cour de Marbre. Cette cachette est fermée par une porte aux vitres de glaces. Etait-ce une des écoutes de Louis XV ? On voit aussi, incrusté dans le parquet, un méridien tracé par une bande de cuivre jaune. Ce méridien a été posé par le roi Louis XVI, en décembre 1778, et a été payé 192 livres1.
Le salon des Pendules est meublé aujourd'hui de cinq tables, dont les dessus en stuc représentent les plans du parc de Versailles, des forêts de Marly et de Saint-Germain, par Andrieux de Benson, et ceux des forêts de Compiègne et de Fontainebleau, par Ducy. La cheminée supporte une pendule Louis XIV et deux vases de porphyre rouge du temps de Mazarin.
Cabinet des Chasses (128).
Une antichambre et les salles des garçons du château devinrent le cabinet des Chasses. La décoration de ce cabinet, généralement assez simple, est surtout remarquable à la gorge du plafond, où des bas-reliefs en stuc représentent des chasses au cerf et au sanglier. Le cadre chantourné de la glace de la cheminée est d'une grande richesse, et les portraits au-dessus des portes sont entourés de guirlandes, dont les extrémités sont tenues par des aigles. Ce cabinet, dit Blondel, renfermait plusieurs loges et banquettes pour les chiens du Roi.
1 Journal de Louis XVI, publié par Nigolardot, 1873, in-12, p. 208.
LES APPARTEMENTS
Escalier particulier de Louis XV1.
Il a été établi sur l'emplacement du cabinet des Livres de Louis XIV. Il conduit à l'appartement de Louis XV, au premier étage, et à l'appartement des maîtresses, au second. On y remarque une rampe en fer forgé, au chiffre du Roi.
Salle à manger (129).
Le petit escalier de Louis XIV, par lequel on arrivait aux cabinets du Roi par les derrières, la salle de bains et la chambre des bains de Louis XIV 2, furent transformés et devinrent la salle à manger de Louis XV. Sa décoration est assez simple et les motifs principaux sont des instruments de musique. Cette salle à manger a deux portes-fenêtres ouvrant sur le balcon de la cour des Cerfs, et communique par un long corridor avec les cuisines établies autour de la dite cour des Cerfs.
La salle à manger de Louis XV fut aussi celle de Louis XVI. On y avait placé, sous des vitrines, toute la vaisselle d'or du Roi. On y voyait aussi un baromètre de Torelli et un secrétaire dont chaque tiroir ne s'ouvrait qu'en faisant jouer l'air d'un orgue 3. Le comte d'Hézecques nous apprend encore que c'est par cette pièce (et l'escalier à vis [i) aujourd'hui détruit) que l'on gagnait les petits cabinets qui régnaient à tous les étages de la cour des Cerfs.
Cabinet du Roi (130) L'ancien cabinet des Agates devint le cabinet de Louis XV.
1 Cet escalier esi, marqué f sur le plan.
2 Les bains de Louis XIV furent refaits en 1728 par Louis XV (Piganiol, éd. de 1764, 1, 316). En 1755, nous trouvons un nouvel appartement des bains, au second étage du château, sur l'emplacement où Louis XV établit en 1764, sa bibliothèque , qui est aujourd'hui la bibliothèque du château. En 1764, les bains furent reportés au premier étage, au cabinet a. — L'étude des documents originaux n'offre qu'une suite ininterrompue de cabinets, d'antichambres, de bains, d'escaliers surtout, sans cesse faits, défaits et refaits.
3 D'Hézecques, Souvenirs d'un page de laCour de Louis XVI, p. 158.
La décoration de cette pièce est splendide; les sculptures des lambris, des portes et des deux glaces sont du meilleur style Louis XV. La frise est décorée des chiffres du Roi, de fleurs de lys et de couronnes royales. Les cadres des glaces sont formées d'arabesques, de palmes et d'instruments de musique. Les médaillons sculptés au milieu des lambris représentent des jeux d'enfants. La cheminée en campanrouge est élégamment sculptée. On y a placé deux candélabres Louis XVI d'une ciselure remarquable. Sur un pied cannelé circulaire, deux nymphes en bronze supportent trois branches de lys en cuivre doré mélangées à des branches de rosier ; trois lys forment bobèche et peuvent recevoir des bougies.
C'est dans le cabinet du Roi que se faisaient les présentations, parmi lesquelles celles de Mme9 de Pompadour et Dubarry furent les plus remarquées.
Cabinet particulier du Roi (131).
Le salon Ovale fut détruit en 1750 et remplacé par un cabinet rectangulaire accompagné de deux petits cabinets [g* h). L'ignorance injustifiable des fondateurs du musée avait transformé ce salon en celui de Mme de Maintenon, et ils y avaient placé son portrait. Le petit cabinet g\ désigné formellement par Blondel comme le cabinet de chaise-percée de Louis XV, était devenu, on ne sait ni comment ni pourquoi, le confessionnal de Louis XIV; et son appendice, le cabinet de toilette A, avait été transformé en un poste pour le capitaine des Gardes, qui surveillait à travers une glace sans tain le Roi pendant qu'il se confessait. Il y avait dans toute cette bizarre invention, un mélange déplorable d'ignorance et de supercherie, contre lequel M. Soulié protestait dès 1855; et il faut féliciter le nouveau régisseur du palais, M. Poisson, le conservateur du musée, M. le comte Clément de Ris, et l'architecte du palais, M. Guillaume, d'avoir fait disparaître un état de choses aussi honteux (août 1880).
En réalité, ce cabinet était le cabinet particulier, ou arrièrecabinet de Louis XV. Il était situé à côté de son grand cabinet et « servait de retraite à S. M., dit Blondel. Elle y tient
LES APPARTEMENTS
ses papiers, elle y écrit, dessine, ordonne et reçoit ses dépêches. » L'exactitude de Blondel a été prouvée, quand, après avoir enlevé le portrait de Mm0 de Maintenon, on a trouvé, derrière ce portrait, renfoncement j de notre plan parfaitement intact, avec ses tablettes blanc et or, sur lesquelles Louis XV plaçait ses cartons et ses papiers.
Sous Louis XVI, ce cabinet prit le nom de cabinet des Buffets.
Appartement de Madame Adélaïde.
Ici commence l'appartement de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. Il comprend les pièces 4 32, 132 Ms, 133, 134, 136, 137, et une antichambre, 138, ouvrant sur l'escalier Gabriel (18). Une partie de cet appartement : le cabinet des bains (132 #w),la partie septentrionale de la chambre à coucher (133) et de la salle à manger (134), l'antichambre (136), l'escalier de Mesdames (135 bis) et la cour (135), fut établie sur l'emplacement de l'escalier des Ambassadeurs. Les salles 132 (salon de musique), 133 (chambre à coucher) et 134 (salle à manger) remplacèrent l'ancienne galerie de Mignard. L'ancien cabinet des Médailles et des Curiosités devint le cabinet de Madame Adélaïde (137).
Cette princesse avait une fort belle bibliothèque1, placée au second étage, au-dessus des pièces 132, 133, 134, à la suite de l'appartement des maîtresses2. On enleva, en 1769, à Madame Adélaïde la partie de sa bibliothèque située audessus de la salle 132 pour la réunir à l'appartement de Mme Dubarry 3, mais elle conserva sans doute la grande bibliothèque formant une galerie et située au-dessus des salles 133 et 134*.
C'est pour faire, ou plutôt pour compléter l'appartement de
1 Une partie des livres de Mesdames Adélaïde et Victoire se trouve à la bibliothèque de Versailles.
2 Archives nationales, carton O1 1773 : Plan de Gabriel de 1770 pour approprier l'appartement de Mme Dubarry.
3 Cette salle est encore intacte.
v On voit sur un plan du carton O1 1773 (Arch. nat.) la disposition de cette galerie-bibliothèque.
Madame Adélaïde, que Louis XV fit détruire en 1752 l'escalier des Ambassadeurs. Tous les contemporains déplorent cet acte de vandalisme 1 ; mais, comme toujours, c'est le duc de Luynes 2 qui nous donne les détails les plus précis.
On fait actuellement un autre logement à Madame Adélaïde dans le grand escalier de marbre. On détruit entièrement ce bel escalier, dont les marbres ne pourront point, servir, à ce que l'on assure, dans l'escalier que l'on projette dans l'aile de M. le comte de Noailles auprès de la chapelle, en laissant l'ouverture des trois arcades 3. Les marches mêmes de celui que l'on démonte ne pourront pas servir au nouveau, parce qu'elles n'ont que 10 pieds de long et que les autres ont 18 pouces de plus.
On entrera dans cet appartement par le palier de l'escalier qui est du côté de la chapelle. Ce palier formera la première pièce. Le reste de l'appartement sera pris sur la Petite-Galerie, dont on recule le mur pour lui donner plus de largeur. L'autre palier de l'escalier fera des gardes-robes, et on fait une petite cour dans le milieu pour donner du jour.
Cette première disposition fut un peu modifiée, mais il faut passer à la description de l'appartement.
Salle de bains de Madame Adélaïde (132 bis).
La salle de bains de Madame Adélaïde date de 1 765 4. Ses lambris sont décorés de charmantes sculptures dorées représentant les attributs de la pêche et de la chasse sur l'eau. La fenêtre, qui ouvrait alors sur une petite cour, et qui donne aujourd'hui sur l'escalier des Ambassadeurs de Louis- Philippe, cette fenêtre, disons-nous, a été en grande partie bouchée par M. Nepveu pour encastrer un grand tableau sur le mur de l'escalier. Le cabinet est devenu un cabinet noir,
1 Barbier, V, 173. — D'Argenson, III, 405; VII, 121. — Gazette d'Utrecht, 1752, n° 18.
2 XI, 448. Mars 1752.
3 Les trois arcades du vestibule de l'ancien escalier. — L'aile de M . le comte de Noailles fut abattue en 1771 et remplacée par l'aile Gabriel en Î772, avant qu'on ait construit l'escalier projeté. Gabriel dut faire un escalier dans la nouvelle aile, mais Marie- Antoinette fit construire une salle de spectacle sur l'emplacement réservé. Louis-Philippe a fait abattre la salle de spectacle, remplacée aujourd'hui par des magasins.
4 Archives nationales, cartnn O1 1773.
LES APPARTEMENTS
mais le tableau est placé. Sous Louis XVI, ce cabinet était devenu le cabinet de la cassette du Roi.
Petite cour (135) et escalier de Mesdames (135 bis).
La petite cour et l'escalier de Mesdames ont été à leur tour détruits sous Louis-Philippe, qui les a remplacés par l'escalier appelé à tort l'escalier des Ambassadeurs, et destiné à conduire, au premier étage, aux salons de Diane et de Vénus.
Antichambre de Madame Adélaïde (136).
L'antichambre de Madame Adélaïde a été établie sur une partie du palier oriental du véritable escalier des Ambassadeurs, celui de Louis XIV. On, admire encore dans cette antichambre une des deux portes de l'ancien escalier des Ambassadeurs, celle qui ouvre sur le salon de Vénus; ses sculptures dorées, la serrure et le verrou en cuivre ciselé par Gucci font de cette porte une des plus belles œuvres décoratives du château. Quant à l'antichambre elle-même, il n'y a rien à en dire.
Salon de Madame Adélaïde (132).
L'autre partie de l'appartement de Madame Adélaïde, — le salon, la chambre à coucher et la salle à manger, — fut établie sur l'emplacement de la galerie de Mignard.
Cette galerie avait subi une première attaque en 1736, et avait perdu sa voûte et ses peintures, parce que Louis XV faisait faire à cette époque l'appartement des maîtresses, situé au-dessus de cette galerie et d'une partie de ses appartements particuliers1. La Martinière nous apprend qu'on fit alors une décoration nouvelle de la galerie2. On y posa des glaces et des tentures de damas rouge; Verberckt et Dugoulon, « nos plus excellents sculpteurs en ce genre », déco-
1 Salles 126, 127, 130.
* Dirt. géograph., art. Versailles, 101, lre colonne.
rèrent de leurs élégants bas-reliefs en bois et en stuc les trumeaux, les corniches et les plafonds ; quarante-quatre tableaux des plus grands maîtres furent placés dans la galerie, ainsi que des tables aux pieds dorés couvertes de brèche violette, sur lesquelles on plaçait de précieux objets en cristal de roche. La Petite-Galerie ainsi transformée fut choisie par le Roi pour servir aux représentations des petits cabinets pendant les années 1747 et 1748.
En 1750 on la démolit complètement et on la remplaça par trois pièces nouvelles, dont deux (133 et 134) furent agrandies aux dépens de l'escalier des Ambassadeurs.
Le salon de Madame Adélaïde (132) est l'une des salles les plus richement décorées des petits appartements. Tout est sculpté et doré, et d'un goût exquis : cheminée, lambris, portes , volets, cadres des glaces, voussure du plafond, plafond, et il est bien regrettable de ne pas connaître avec certitude le nom du grand artiste à qui l'on doit ce chef-d'œuvre. On peut cependant, sans risquer trop de se tromper, l'attribuer à Verberckt. Les motifs des sculptures des lambris sont des instruments de musique, ce qui permet de croire que c'était le salon de musique de Madame Adélaïde, qui se plaisait à jouer du violoncelle.
Le lustre est du temps de Louis XV. Les chenets représentant des Chinois, et les appliques de la cheminée, en cuivre ciselé doré et du temps de Louis XVI, sont des échantillons à signaler de Fart du bronzier à cette époque.
Chambre à coucher de Madame Adélaïde (133)
(Bibliothèque de Louis XVI).
A la mort de Louis XV, Louis XVI réunit l'appartement de Madame Adélaïde à ses petits appartements. Le salon de musique (132) devint alors le cabinet des Bijoux; la chambre à coucher (133), la bibliothèque du nouveau roi; la salle à manger (134), le salon des Porcelaines, et le cabinet de Madame Adélaïde (137), une salle de billard.
A son avènement (1774), Louis XVI donna l'ordre d'établir sa bibliothèque dans la chambre à coucher de Madame Adé-
LES APPARTEMENTS
laïde S et chargea Rousseau d'exécuter les sculptures de la salle2.
La salle est entourée de corps de bibliothèque, au-dessus desquels on voit plusieurs grands bas-reliefs dorés. Ces sculptures n'ont rien de bien remarquable ; au contraire, la cheminée, en marbre blanc, avec ses enfants sculptés et ses cuivres ciselés et dorés, est un chef-d'œuvre qui fait le plus grand honneur à Rousseau3.
On remarque sur la cheminée une pendule de Boule, et, dans le reste de la pièce, deux bustes de Louis XV et de Marie Leczinska, en faïence émaillée, et un bureau avec cuivres ciselés que la tradition assure être celui de Louis XVI.
Salle à manger de Madame Adélaïde (134).
La salle à manger de Madame Adélaïde devint sous Louis XVI le salon des Porcelaines, mais sa décoration n'a pas été changée. La cheminée est en brèche violette; on y a placé une pendule Louis XV; les chenets, représentant des lions accroupis, sont des bronzes dorés de style Louis XV, ainsi que les fermetures des fenêtres et un verrou aux fines ciselures. Les lambris et leurs sculptures sont blancs avec peu de dorure. Quatre dessus de porte, représentant des sièges de villes du temps de Louis XIV et dus au pinceau d'un artiste de l'école de Van der Meulen, sont bordés de cadres trèsriches et encore plus élégants, car les décorateurs de ce temps savaient allier la richesse et la légèreté. Les motifs de leurs sculptures sont en même temps d'une extrême
1 Arch. nat., carton O1 1773 ; ordre du Roi du 10 juin 1774.
2 Les Rousseau ont formé une famille de sculpteurs du Roi depuis Louis XIV jusqu'à la Révolution. Celui dont nous parlons ici doit être Antoine Rousseau, qui a été l'un des principaux ornemanistes de la fin du règne de Louis XV et du règne de Louis XVI.
3 Le Bulletin du Bibliophile (1859, p. 817) contient l'analyse d'un manuscrit intitulé Catalogue des livres du cabinet du Roi à Versailles, 1775. Ce manuscrit, relié en maroquin rouge, appartenait alors au libraire Techener. L'analyse donnée par le Bulletin nous apprend que la bibliothèque du cabinet contenait près de 4000 volumes, dont 72 volumes in-folio renfermant des gravures de cérémonies, fêtes, etc. La plupart de ces derniers volumes sont aujourd'hui à la bibliothèque de Versailles.
variété ; ce sont des amours, des rosaces, des coquilles, des arabesques, des enroulements, des guirlandes, des bouquets de fleurs, des armes, des instruments de musique, de jardinage, de pêche et de science, des couronnes, des fleurs de lys, le chiffre du Roi, des culs de lampe, des médaillons avec amours, jeux d enfants, etc., le tout bien français, bien moderne, sans aucune influence étrangère et en dehors de toute préoccupation de l'antique.
On remarque dans cette salle quatre bustes en terre cuite peinte représentant Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette et le comte de Provence. Il faut citer aussi une tapisserie faite en 1771 par Gozette d'après le portrait officiel de Louis XV par L.-M. Vanloo.
Cabinet de Madame Adélaïde (137).
Le cabinet de Madame Adélaïde avait été sous Louis XIV le cabinet des Médailles et des Curiosités. Il avait servi aux spectacles des petits appartements en -1747-48. Louis XVI en fit une salle de billard1. C'est aujourd'hui la salle qui renferme les gouaches de Van Blarenberghe représentant les conquêtes de Louis XV. La décoration de la pièce est tout entière en style Louis XV, sauf la porte, couverte de sculptures dorées, placée en face de la fenêtre et qui ouvre sur le salon de l'Abondance. Cette porte est du temps de Louis XIV. Il ne faut pas oublier de signaler la ciselure de l'espagnolette de style Louis XV.
Disons pour terminer ce chapitre que les précautions étaient prises en cas d'incendie. Le 14 décembre 1749, le feu se déclara dans les cabinets du Roi et fut éteint aussitôt. « Il y a, dit le duc de Luynes 2, un réservoir d'eau toujours plein au dessus de l'appartement du Roi, et une pompe pour le remplir. »
Plan mss. des archives du bureau de l'arehitecte du palais de VeBsailles.
LES APPARTEMENTS
Cabinets des combles et de la cour des Cerfs.
Du côté de la cour des Cerfs se trouvaient les dépendances de la maison bourgeoise de Louis XV. Il y avait autour de cette cour quatre étages de petits cabinets, de cuisines, offices, lingeries, confitureries, pâtisseries, rôtisseries, logements affectés à quelques serviteurs, le tout terminé par une terrasse sur laquelle s'élevait une volière1. Divers plans et notes des Archives nationales 2 indiquent qu'il y avait un étage de cuisines contenant un lavoir, une grande cuisine, une rôtisserie et une pâtisserie, et qu'au dessus était situé l'étage des offices et du linge. On arrivait à cette partie du château par l'escalier des petits appartements, et par l'escalier en vis i. Cinq portes-fenêtres établies sur le balcon du premier étage de la cour des Cerfs ouvraient de faciles communications entre les appartements particuliers de Louis XV et les dépendances construites autour de ladite cour. Plusieurs escaliers, en partie détruits aujourd'hui, rendaient facile le service dans toutes les parties de ces dépendances.
C'est évidemment dans les étages de la cour des Cerfs que Louis XV s'amusait à faire la cuisine, ragoûts et pâtisseries, qu'on servait à ses invités. Le comte de Lauraguais composa à ce sujet une comédie appelée la Cour du roi Pétaud, que nous ne connaissons que par l'analyse donnée par Collé3.
On ignore ce qu'il y avait là au temps de Louis XIV, et il n'est pas facile de dire exactement ce que Louis XV y fit de modifications ou de nouvelles constructions. Ce qui parait certain, d'après les registres des Bâtiments, c'est qu'il commença à s'occuper de ses petits cabinets des combles et de la cour des Cerfs dès 1732. Les registres nous apprennent que le sculpteur Mathéant reçut 345 livres pour les ouvrages de sculpture en marbre qu'il avait faits à la cheminée d'un cabi-
1 Le carton Ol 1773 (Arch. nation.) renferme un dessin lavé en vert représentant cette volière.
2 Même carton, plans de 1763.
3 Voir le Journal de Collé, édit. Honoré Bonhomme, III, 47.
net du Roi (1732); que Verberckt reçut, en 4734, 12,441 livres 18 sols pour les ouvrages de sculpture par lui exécutés, en 1732, aux boiseries des cabinets et bibliothèque du Roi; que le ferblantier Moreau fut aussi payé en 1734 des ouvrages en fil de laiton, probablement exécutés à la volière.
Piganiol1 complète ces renseignements. Il nous dit que l'on a fait dans l'attique des bâtiments de la cour des Cerfs plusieurs cabinets où le Roi se retire quand il veut être en particulier. L'un de ces cabinets est une bibliothèque de 4 à 5000 volumes, dirigée par Hardion, de l'Académie française, et l'un des volumes était les Heures d'Anne de Bretagne 2.
La Martinière donne aussi quelques détails sur cette partie des petits cabinets :
Montons à présent, dit-il, dans ce qu'on appelle les petits appartemens que le Roi a fait construire dans les combles en mansarde, pour s'y délasser quelquefois après ses retours de chasse; on y monte par un petit degré ovale particulier 3 ; il y en a un autre de dégagement pour le service (escalier t). Toutes les pièces de ces petits appartemens n'ont que 9 à 10 pieds de hauteur, et forment dans une suite assez étendue plusieurs cabinets de différentes configurations : les uns servent à des bibliothèques, les autres de salles à manger, d'autres sont destinés pour le jeu; il y en a un en galerie ; le Roi y a un tour ; dans un bout séparé on trouve une cuisine; il y a des pièces séparées qui sont destinées pour distiller, avec un grand laboratoire.
La plus grande partie de ces pièces est décorée de lambris de menuiserie ornés de sculpture d'un goût délicat proportionné au peu de hauteur : le travail en est exquis ; les cheminées, de marbre rare, sont de forme singulière avec des glaces au-dessus ainsi qu'à d'autres trémeaux en différentes parties. La principale des pièces qui servent à la bibliothèque est distribuée par armoires au pourtour ; les cadres des vantaux qui s'ouvrent renferment des glaces blanches, à travers lesquelles on voit les livres qui sont très-bien choisis et très-bien reliés. Il y a une pièce en petite galerie qui communique à celle que nous . quittons ; elle est construite avec des compartimens d'armoires sans portes, au fond desquelles sont de très-belles cartes, qui se développent avec des
1 Edition de 1764, I, 317.
2 Piganiol se trompe quand il attribue les sculptures de cette bibliothèque à Dugoulon et à Romié ou Roumier ; on sait par les registres des Bâtiments qu'elles sont de Verberckt.
3 L'escalier des petits appartements.
LES APPARTEMENTS
rouleaux montés sur des ressorts : rien n'est doré que les moulures des glaces, les ornemens de dessus, les cheminées, ceux des trémeaux et les bordures de plusieurs tableaux ; tout le reste des lambris est peint de différentes couleurs tendres appliquées avec un vernis particulier fait exprès, qui se polit et se rend brillant par le mélange de nuit ou dix couches les unes sur les autres. Les tableaux que l'on y voit sont des ouvertures d'huîtres à des déjeuners de seigneurs autour d'une table, par Detroy 1 ; des convives dans la joie, par Lancret2. Dans la pièce en galerie, il y en a six autres représentant différentes chasses d'animaux féroces étrangers, comme celles du lion, du tigre3, de la panthère, de l'éléphant, du taureau sauvage et de l'ours. Ces tableaux sont sortis du pinceau de Detroy, de Boucher, de Vanloo, qui en a fait deux, de Parrocel et de Lancret. Ils sont tous d'une très-belle composition et très-bien traités. On y en remarque encore d'autres petits qui servent d'ornemens dans différens endroits de ces petits appartemens, dans lesquels il est facile de reconnoître le caractère de gaieté de Lancret.
Tout cela est détruit ou a été remanié. La volière a disparu depuis longtemps; les cabinets de l'étage supérieur de la cour des Cerfs ont disparu aussi vers 1855, quand M. Questel a démoli le quatrième étage des bâtiments de cette cour4, dont la toiture était en très-mauvais état, et c'est alors qu'a été enlevé le balcon qui régnait à l'étage démoli5. Enfin la bibliothèque actuelle de Louis XV et l'appartement de Mme Dubarry ont remplacé les premiers cabinets du second étage de la cour de Marbre.
Appartement des maîtresses.
L'appartement des maîtresses, qu'on appelle ordinairement
1 Ce tableau, connu sous le nom du Déjeuner d'huîtres, appartient aujourd'hui au duc d'Aumale.
2 Ce tableau, connu sous le nom du Déjeuner de jambon, appartient aussi au duc d'Aumale.
3 La Chasse du tigre se trouve aujourd'hui à Fontainebleau ; elle est signée Lancret, 1730.
4 Toutes les pièces détruites étaient de petits cabinets, dont les lambris sculptés avaient déjà été enlevés lors de la création du musée. Ce qui reste des étages de la cour des Cerfs ne se compose que de corridors et de petites pièces sans intérêt.
5 Ce balcon a été placé au premier étage de la cour des Cerfs, en remplacement de l'ancien qui était en mauvais état.
l'appartement de Mme Dubarry, était situé au-dessus des appartements particuliers de Louis XV1 et comprenait plusieurs pièces éclairées sur les cours intérieures et situées au-dessus des salles 128, 129 et 134. On y accédait parle petit escalier du Roi. Les femmes qui l'ont occupé sont : Mme de Mailly, pour laquelle il fut établi en 4736, Mme de Châteauroux, Mme de Pompadour, qui y demeura jusqu'en 1752, et Mme Dubarry.
Nous renvoyons, pour la description de cet appartement au chapitre relatif à Mme Dubarry. Ajoutons que Madame Adélaïde, après le départ de Mmo de Pompadour, avait établi sa bibliothèque dans la partie de l'appartement des maîtresses située au-dessus des salles 132, 133 et 134.
Bibliothèque de Louis XV.
On a vu que Louis XV, en 1732, s'était fait faire une bibliothèque dans les nouveaux petits appartements. En 1764, il en fit établir une autre' sur la cour de Marbre, au-dessus de la salle du Conseil (125), sur l'emplacement de son cabinet des bains qui fut reporté au premier étage. Cette bibliothèque existe encore et sert aujourd'hui de bibliothèque au château. Elle est éclairée par trois lucarnes ovales ouvrant sur la cour de Marbre. De ces fenêtres on jouit d'une très-belle vue surla place d'Armes et l'avenue de Paris. A l'une d'elles il y avait une glace percée d'un trou circulaire, par lequel Louis XV faisait passer sa lunette d'approche pour voir jusqu'au bout de l'avenue de Paris. Dans le travail de restauration de la façade occidentale de la cour de Marbre, exécuté par M. Questel, cette glace a été déplacée et posée à l'une des lucarnes qui éclairent la voussure de l'Œil-de-Bœuf.
La décoration de cette bibliothèque est fort simple; la cheminée est en marbre; les boiseries sont décorées de quelques sculptures ; la tablette qui supporte les armoires supérieures est toute de marbre, et les armoires sont encore celles de Louis XV.
1 C'est-à-dire au-dessus des salles 126, 127, 130, 132, 133, 134.
2 Arch. nation., carton O1 1773.
LES APPARTEMENTS
Appartement des petites maîtresses.
Louis XV fit établir, au second étage du corps principal du palais, du côté du parc et de la chapelle, un appartement pour les petites maîtresses qu'on lui amenait au château. Nous reparlerons plus loin de cet appartement.
Les toits.
Louis XV aimait à s'y promener. On lit dans le duc de Luynes 1 :
Depuis quelque temps le Roi monte après souper sur les toits du château, et se promène avec ceux qui ont eu l'honneur de souper avec lui jusqu'au bout de l'aile Neuve, et de là jusqu'à celui de l'aile des Princes. Il a été plusieurs fois faire la conversation chez Mm0 de Chalais, par une fenêtre qui donne sur le toit, et chez Mme de Tallard 3, par la cheminée. Il y eut même une conversation assez plaisante chez Mmo de Tallard, et qui fut remarquée ; mais comme je n'y étois pas, et qu'on n'a pas pu m'en dire les termes précis, je ne l'écrirai point. Il m'a paru seulement, par ce que j'en ai appris, que le Roi avoit parlé assez naturellement sur son goût et son caractère par rapport à la société. Le jour même de cette conversation, ou le souper d'après, il descendit, avec tous ceux qui le suivoient, de dessus le toit par une fenêtre qui n'est point grillée et par une échelle. Il joua à cavagnole pendant une heure ou environ, et descendit ensuite chez Mlle de Clermont, où il ne fut qu'un quart d'heure. Lundi dernier, il retourna encore à la même chemi née de Mme de Tallard, et ayant voulu descendre par la même fenêtre, il trouva les barreaux mis. Il envoya quérir un couperet, qui fut ce que l'on put trouver de plus près ; mais ce fut inutilement qu'on essaya de faire une ouverture. Le Roi vint regagner ses cabinets, et étant redescendu dans la cour, il traversa celle des Princes, et alla chez Mme de Tallard, ayant laissé M. de Souvré 3 et un autre auprès de la cheminée, faisant la conversation pour que l'on ne se doutât point qu'il fût parti.
L'on a beaucoup raisonné sur cette fenêtre fermée d'un souper à l'autre. J'en ai parlé aujourd'hui à Gabriel le fils, qui m'a dit qu'entendant parler le Roi de sa promenade sur les toits et de ce
1 I, 287, juillet 1737.
2 Gouvernante des Enfants de Francs,
3 Maître de la Garde-Robe.
qu'il étoit descendu par une fenêtre chez Mm0 de Tallard, il lui avoil dit que, ne connoissant point de passage ouvert, il ne comprenoit point par où Sa Majesté avoit pu descendre ; que le Roi lui ayant dit par quelle fenêtre, il lui avoit répondu : « Sire, c'est ma faute ; cette fenêtre devroit être fermée, et je vais donner ordre qu'on la ferme ; » que le Roi ne lui ayant point donné d'ordre contraire, il avoit dit le lendemain qu'on fermât la fenêtre, et que la grille s'étant trouvée toute prête, la fenêtre avoit été fermée avec beaucoup de diligence ; que Mme de la Lande 1, dans l'appartement de laquelle donne cette fenêtre n'avoit pas été fâchée non plus qu'elle le fût promptement.
7 juillet. — Le Roi soupa hier dans ses cabinets au retour de la chasse. Après souper il se promena sur les toits du côté de l'aile Neuve et envoya M. de Soubise à la cheminée de Mm0 de Tallard faire la conversation, pendant que Sa Majesté passa par les cours. Il passa à la porte de Mme de Luynes qu'il ouvrit lui-même ; le suisse, à moitié endormi, ayant voulu ouvrir les deux battants, le Roi s'en alla chez Mme de Tallard où il y eut un cavagnole. Sa Majesté y gagna environ 100 louis.
Louis XVI se plaisait aussi à se promener sur les toits du château, et il est de fait qu'on y jouit dune très-belle vue et qu'on y fait de charmantes promenades*.
Cabinets de Louis XVI et la forge.
Louis XVI conserva tous les petits cabinets que Louis XV avait établis dans les hauts du château ; il mit toutefois sa bibliothèque au plain pied de son appartement, c'est-à-dire au premier étage3. Le comte d'Hézecques nous parle des cabinets de la cour des Cerfs, où Louis XVI avait une suite de cartes de géographie, des plans en relief, des modèles de vaisseaux, un petit observatoire et sa forge.
Louis XV faisait la cuisine; le Dauphin son fils, du plain chant; Louis XVI, de la serrurerie. Sa forge était établie dans les combles de la façade principale de la cour de Marbre^ à droite de l'horloge et à côté de la bibliothèque de Louis XV. Elle existe encore. On y voit l'âtre garni de plaques de fonte
1 Ancienne sous-gouvernante du Roi, sous-gouvernante des Enfants de France.
2 D'Hézecques, Souvenirs d'un, page de la Cour de Louis XVI, p. 159.
3 Salle 133.
LES APPARTEMENTS
ornées et la hotte. L'entrée de la hotte est décorée d'un bandeau mouluré et supporté par deux consoles de style Louis XVI. A droite de la hotte il y a un petit four, dont l'ouverture inclinée est fermée par un couvercle en fer à poignée. C'est là que le roi de France, aidé par le serrurier Gamain, qui devait jouer à la Révolution un si triste rôle, forgeait clefs, marteaux et verroux, et fabriquait des serrures.
Appartements de la Reine.
On fit, pendant le règne de Louis XV, quelques changements à l'appartement de la Reine, à la chambre à coucher surtout, et aux petits appartements.
Ce fut en 1734 que l'on exécuta les travaux de la chambre de la Reine. Le plafond fut presque totalement refait. Les peintures de De Sève étaient devenues noires, ce qui rendait la chambre sombre et triste. On enleva ces peintures et l'on changea toute la disposition du plafond; on figura, dans la partie supérieure, une coupole en perspective, remplie d'une mosaïque garnie de roses fleuronnées. Les peintures de De Sève furent remplacées par quatre grisailles de Boucher représentant la Charité, Y Abondance, la Fidélité et la Prudence; elles furent peintes en 1734 et payées 1000 livres Toutes les dorures du plafond ont été faites par Lemaire 2. Les tableaux placés au-dessus des portes sont entourés d'élégantes bordures et ont pour sujet : l'un, la Jeunesse et la Vertu présentant à la France les deux jeunes princesses jumelles, Mesdames Elisabeth et Henriette, nées en 1727; l'autre, la Gloire s'emparant des Enfants de France, le Dauphin et ses deux sœurs. Le premier de ces deux charmants tableaux est de Natoire; le second de Detroy. Chacun fut payé 1800 livres 3.
Le haut des bordures des glaces détruites par Louis- Philippe renfermait les portraits de Louis XV et de Marie Leczinska. Il y avait en haut de la bordure de la glace qui est
4 Registre des Bâtiments de 1735.
3 Idem.
3 Registre des Bâtiments de 1734.
entre les deux fenêtres, le portrait du roi de Pologne père de la Reine, peint par Belle l. On y voit aujourd'hui un portrait de Marie-Thérèse, femme de Louis XIV.
Le duc de Luynes nous donne quelques détails sur l'ameublement de la chambre de la Reine, en 1743.
L'on commença à tendre hier matin 2 un nouveau meuble dans la chambre de la Reine ; c'est un meuble d'été complet, lit, tapisserie, fauteuils, pliants, portières. Il n'y. a que deux fauteuils ; l'on n'en met pas davantage dans la chambre de la Reine. Le meuble est de gros de Tours, blanc, brodé et peint. Le lit n'est point à quatre quenouilles, comme tous les lits de la Reine ont été jusqu'à présent ; il est ce qu'on appelle à la duchesse. Le lit et les portières sont beaux et agréables. Il y a dans le milieu de chaque pièce de tapisserie un grand vase, qui fait un fort bel effet ; mais les ornemens qui l'accompagnent sont tout de travers suivant le goût nouveau.
En 1770, Tannée même de son mariage, la dauphine Marie- Antoinette fit placer aux quatre angles du plafond de sa chambre à coucher l'aigle autrichienne. On fit disparaître les anciennes sculptures, et Rousseau exécuta les quatre beaux ouvrages en ronde bosse, qui furent dorés par Brancourt et par Gobert3. Ils représentent des sphinx, des lions, des enfants et des trépieds; les couronnes, que des Amours tiennent au-dessus des aigles, sont terminées par des dauphins, qui certifient la date du travail et ne permettent pas d'attribuer ces aigles à Marie-Thérèse, femme de Louis XIV. Forestier fit alors pour cette chambre plusieurs bronzes dorés 4.
Marie Leczinska s'occupa beaucoup de ses petits apparte ments, où elle avait ses bains, un atelier de peinture et un oratoire. Goypel fit plusieurs tableaux pour Marie Leczinska : Une Salutation angélique et le Père Eternel qui furent placés dans son oratoire (1730); Y Ange gardien qui enlève Madame Troisième au ciel (1733). Galloche peignit aussi pour les petits appartements de la Reine Y Aurore sortant du sein de
• 1 Registre des Bâtiments du Roi 1730.
2 13 mai 1743. — T. V, p. 13.
3 Registre des Bâtiments du Roi, 1770.
* Registre des Bâtiments du Roi, 1770.
LES APPARTEMENTS
Thétis, Roland attendant Angélique, et Dorindi guérie par Silvio f.
Appartement du Dauphin.
Il ne reste plus rien aujourd'hui de l'ancien appartement de Monseigneur, fils de Louis XIV. Louis XV et Louis-Philippe ont tout détruit, sauf quelques balcons des fenêtres.
C'est en 1746, ainsi que nous l'apprennent le duc de Luynes et les registres des Bâtiments du Roi, que commença la transformation des appartements de Monseigneur. « Cet arrangement, dit le duc de Luynes 2, donne occasion de demander pourquoi Ton fait un nouvel appartement pour M. le Dauphin et Mme la Dauphine, puisque celui qu'ils ont est beau et convenable. Il y a des gens qui répondent à cette question, que Binet, premier valet de chambre de M. le Dauphin, est la principale cause du grand ouvrage que Ton fait actuellement pour le nouvel appartement de M. le Dauphin, parce qu'il est actuellement fort mal logé et qu'il le sera fort bien dans le nouveau. » Le nouvel appartement devait comprendre l'appartement de Monseigneur et celui du duc de Châtillon, qui avait été le gouverneur du Dauphin.
Le 21 novembre 1747 le duc de Luynes écrivait3 :
Comme on a travaillé sans relâche, et même les fêtes et dimanches, à l'appartement de M. le Dauphin et de Mme la Dauphine, il est prêt actuellement, ou au moins le sera demain. L'appartement de M. le Dauphin est composé d'une salle des Gardes \ à laquelle on arrive par la cour de Marbre en descendant quatre ou cinq marches, ou bien par l'autre côté en traversant une petite cour et partie d'une autre qui sont sous les cabinets de la Reine. Le reste de cette seconde cour est actuellement fermé par une grille 5. De la salle des Gardes on entre dans une antichambre 6 qui n'est pas
1 Registres des Bâtiments du Roi, 1730, 1733, 1734.
* Salle 34. — Cette salle des Gardes et sa première, antichambre formaient l'appartement du duc de Châtillon, gouverneur du Dauphin (Luynes, 382).
0 On voit encore sur le mur méridional de la cour, au milieu, les traces évidentes du scellement de la grille.
6 Partie méridionale de la salle 33, formée de plusieurs pièces remaniées sous Louis XVI, et détruites sous Louis-Philippe pour former la salie 33.
fort grande, à droite de laquelle est le logement deBinet', et à gauche la porte qui donne dans l'escalier nouveau 2, lequel rend dans l'Œil-de-Bœuf. La salle des Gardes et l'antichambre sont toutes deux le long de la cour de Marbre 3. Après cette antichambre, on entre dans une seconde 4, qui a deux croisées; ensuite la chambre à coucher de M. le Dauphin 5, aussi à deux croisées. Ces quatre croisées sont sous la galerie. Après la chambre de M. le Dauphin est son grand cabinet 6, qui est sous le salon où la Reine joue. On n'a rien changé dans cette pièce ; on l'a seulement décorée par une belle cheminée et beaucoup de dorures. C'est dans ce cabinet que M. le Dauphin a désiré qu'il y eût une porte qui donne dans un petit enfoncement où l'on va placer un cabinet d'orgue assez considérable 7. De ce cabinet, en retournant du côté de la terrasse, on entre dans un petit cabinet particulier pour M. le Dauphin, qui est peint en vert, comme il l'a désiré 8. De ce cabinet on entre dans un autre petit cabinet, qui est celui de Mme la Dauphine 9 : celui-ci est peint très-agréablement avec des petits cartouches et des dessins de Bérain, des fleurs, des oiseaux, etc., en miniature 10. On y a fait une niche avec une grande glace dans le fond où il y a beaucoup de dorures. Après ce cabinet est la
1 Binet occupait tout le reste de la salle 33.
2 Cet escalier est à côté de celui de la journée des Dupes, que le Dauphin devait trouver peu commode pour monter chez le Roi.
3 Le duc de Luynes se trompe ici : l'antichambre était éclairée sur la cour du Dauphin.
k Salle 50.
5 Salle 49. — Elle fut formée de l'ancien cabinet de Glaces et d'un petit cabinet de Monseigneur (Luynes, 382).
6 Salle 48.
7 Cette destination a été changée depuis. M. le Dauphin a fait présent à la paroisse de Saint-Louis de l'orgue que l'on destinoit pour son cabinet {Addition du duc de Luynes, datée du 13 août 1749).
8 Salle 47. — Cette salle et la salle 46 ne formaient à l'époque de Monseigneur qu'une seule pièce, qui était sa chambre à coucher.
9 Salle 46.
10 « La décoration de ce cabinet a été changée. La promptitude avec laquelle cet ouvrage avoit été fait n'ayant pas permis de laisser sécher les toiles autant qu'il auroit été nécessaire, elles s etoient grippées, ce qui faisoit un effet désagréable, quoique les dessins fussent charmants. On a tout ôté, et à la place on a mis de la menuiserie avec de la sculpture, et de fort bon goût. Tous les fonds sont en blanc, et la sculpture est peinte en vert avec un vernis par dessus. Cette espèce de décoration est riche et agréable. Je prétends, et peut-être avec fondement, que le modèle de ces menuiseries blanches avec les sculptures vertes, est un salon que Mmc de Luynes fit faire à Dampierre, il y a sept ou huit ans.... » {Addition du duc de Luynes, datée du 13 août 1749). Ce fut Martin qui fit cet ouvrage de vernis ; il toucha 6439 livres [Registres des Bâtiments). — Çà et là, on retrouve au château, sous les badigeons de Louis- Philippe, des traces de ces vernis verts aux sculptures et aux moulures des boiseries.
LES APPARTEMENTS
chambre à coucher de Mme la Dauphine qui est grande ; ensuite son grand cabinet2, qui a trois croisées.... Après ce cabinet, il y a deux grandes antichambres 3, dont l'une donne au pied du grand escalier de marbre, et l'autre, une arcade plus loin, donne dans la
cour * Du grand cabinet de M. le Dauphin, on a pratiqué un
corridor de communication 5 pour aller dans la chambre de Mme la Dauphine par derrière les cabinets ; et de ce corridor on entre dans plusieurs petites pièces pour la commodité desdits appartemens : une garde-robe de commodité pour M. le Dauphin, fort joliment peinte en camaïeu ; des bains pour Mmo la Dauphine 6, qui serviront aussi à M. le Dauphin, et qui sont fort joliment peints; une garderobe pour Mmo la Dauphine ; un petit cabinet en entre-sol ; une petite bibliothèque pour M. le Dauphin, et une pièce encore après. Cette bibliothèque étoit ce qui faisoit le cabinet particulier de M. de Châtillon 7 pendant l'éducation. On estime que tout l'ouvrage que l'on a fait pour ces deux appartemens montera à 100,000 écus de dépenses 8.
Les registres des Bâtiments nous donnent les noms de quelques artistes qui ont travaillé à cet appartement. Pour les sculptures en bois, nous trouvons Maurisan, Verberckt (1745), Haize, Poulet; — pour les bronzes ciselés et dorés, Gobert (4746) et Varin (1747), ce dernier mentionné spécialement pour les bronzes faits à l'appartement de la Dauphine; — pour quatre dessus de porte peints à l'appartement de la Dauphine, Aubert, qui toucha 240 livres.
L'ameublement de la chambre de la Dauphine, posé en 1747, était en gros de Tours; on avait employé 800 aunes de cette belle étoffe à 33 livres l'aune 9.
1 Salle 45. — Aucieiine antichambre de l'appartement de Monseigneur.
2 Salle 44. — C'était l'ancienne salle des Gardes du Dauphin (Luynes, 382).
3 Salles 43, 42 et 41. — On supprima alors les colonnes qui existaient dans l'antichambre 43 (Luynes, 382). — La seconde antichambre forme aujourd'hui les salles 42 et 41.
4 A côté de cette pièce se trouvaient trois petites pièces occupées par Mm0 de Brancas, dame d'honneur de la Dauphine, pour la mettre plus à portée du service de la Dauphine (Luynes, 382). Elles étaient situées audessous de la salle 142 (Appartement de Mme de Maintenon).
3 Qui existe encore.
6 Ces bains existent encore en partie, et on retrouve sur les boiseries le chiffre du Dauphin (L) et celui de la Dauphine (M.-J.).
7 Partie la plus méridionale de la galerie de Louis XIII.
8 D'Argenson (V, 180) évalue les dépenses à 1,800,000 livres.
Appartement de Mme de Pompadour.
Dès le mois de décembre 1749, Mme de Pompadour, toutepuissante, ne voulut plus se contenter de l'appartement qu'elle avait jusqu'alors occupé au second étage du château. Après une lutte très- vive soutenue contre Madame Adélaïde, elle obtint un bel appartement, au rez-de-chaussée, dans l'ancien appartement des Bains, jusqu'alors occupé par la comtesse de Toulouse et M. de Penthièvre *.
il est fort question ici, depuis quelques jours, écrit le duc de Luynes 2, d'un changement d'appartemens, et même ce nouvel arrangement est certain, quoiqu'on ne le dise pas encore tout haut. Mm6 de Pompadour va loger où logent actuellement M. et Mmo de Penthièvre. Les appartemens de M. et de MmG de Penthièvre et de Mm0 la comtesse de Toulouse comprennent tout ce qui est depuis la voûte de la chapelle jusqu'à l'encoignure du château sur la terrasse faisant face au parterre du Nord, et dans le retour sept croisées sur la face du château du côté de la terrasse, c'est-àdire tout le dessous de l'appartement du Roi C'est dans ce terrain que l'on arrange un appartement pour M. et Mme de Penthièvre, sur le double duquel il y aura un petit appartement complet pour Mme la comtesse de Toulouse, qui ne l'habite plus ; elle loge dans une petite maison près de la Paroisse, et ne vient au château que pour voir le Roi, qui descend chez elle les jours de grand couvert, après souper. Elle vient aussi voir la Reine de temps en temps dans ses cabinets. La partie la plus proche de la voûte va être accommodée pour Mm0 de Pompadour, et dans celle entre M. de Penthièvre et Mme de Pompadour on va faire des petits cabinets où le Roi ira souper. Voilà le projet jusqu'à présent ; on n'en dit pas la raison, mais il n'est pas difficile d'en juger.
Mme de Pompadour connoit le Roi ; elle sait qu'il a de la religion, et que les réflexions qu'il fait, les sermons qu'il entend, peuvent lui donner des remords et des inquiétudes ; qu'il l'aime à la vérité de bonne foi, mais que tout cède à des réflexions sérieuses, doutant plus qu'il a plus d'habitude que de tempérament, et que s'il lui arrivoit de trouver dans sa famille une compagnie qui s'occupât avec douceur et gaieté de ce qui pourroit l'amuser, peut-être que n'ayant pas une passion violente à vaincre, il feroit céder son goût présent à son devoir. Elle a remarqué le goût du Roi pour Mesdames. Le séjour de Madame Infante dans l'appartc-
1 Luynes, XI, 448. — D'Argenson, VI, 113, 125, 132. * X, 173, à la date du 28 décembre 1749.
LES APPARTEMENTS
ment de MmG la comtesse de Toulouse a fait counoître encore davantage au Roi la facilité de faire usage de cet appartement par un petit escalier dérobé qui avoit été fait du temps de Mma de Montespan !; c'est par cet escalier que le Roi descendoit souvent chez Madame Infante, avec laquelle il avoit de fréquentes conversations.
Comme il est vraisemblable que Madame Sophie et Madame Louise ne seront pas longtemps sans revenir de Fontevrault, et que cela fera une augmentation de logemens, il éloit aisé de prévoir que le Roi, qui a pris l'habitude, depuis environ quatre mois, de faire revenir Mesdames sans panier chez lui après souper, et les jours de chasse dans ses cabinets faire une espèce de retour de chasse, pourroit bien loger Madame Henriette et Madame Adélaïde dans cet appartement, et s'accoutumer à y descendre et même à y souper. Voilà précisément ce qu'elle a voulu éviter.
J'ai su depuis que Mme de Pompadour dit que c'est le Roi qui a voulu cet arrangement.
Le bel appartement que Mme de Pompadour occupe au haut du château, près des cabinets, est destiné à M. le Duc et à Mme la duchesse d'Ayen.
Mm0 de Pompadour l'emporta sur la Reine et sur Mesdames; elle obtint l'appartement désiré, et l'on sent une sorte de cri de victoire dans la lettre qu'elle écrivit à ce sujet à Mme de Lutzelbourg : « Le Roi m'a donné le logement de M. et de Mmc de Penthièvre, qui me sera très-commode ; ils passent dans celui de Mme la comtesse de Toulouse, qui en garde une petite partie pour voir le Roi tous les soirs. Ils sont tous Irèscontens, et moi aussi, et c'est par conséquent une chose agréable. Je ne pourrai y être qu'après Fontainebleau, parce qu'il faut l'accommoder -. »
Les travaux commencèrent en janvier 1750 3. Ce fut alors qu'on trouva, sous une estrade, la grande cuve octogone en marbre de Rance qu'on avait placée dans l'appartement des Bains, sous Louis XIV, afin que plusieurs personnes pussent se baigner ensemble, comme c'était alors l'usage \ Mm0 de Pompadour occupait son nouvel appartement au commence-
1 Comme tant d'autres, cet escalier a été démoli.
' Premiers mélanges de la Société des Bibliophiles français, VI.