‹ Le chateau de Versailles (volume 2)Chapitre 46 sur 76 · XII · texte numérisé non relu

XII

3 Barbier, V, 8.

4 Elle fit une troisième fausse couche en avril 1749 (Luynes, X, IIP).

5 VI, 76. 1749, 21 novembre.

4 00,000 livres. Le public blâmait ces voyages incessants, soit à cause des frais qu'ils entraînaient, soit à cause du tort évident qu'ils faisaient aux affaires. En 1755, la guerre contre l'Angleterre forçant le Roi à réduire ses dépenses, on diminua les voyages 1 ; mais le public continuant à jaser, le Roi fit défendre à la Gazette de parler de ses voyages2. Il faut ajouter que le Roi bâtissait partout, soit pour lui, soit pour la Pompadour : une belle salle d'opéra et une aile à Ghoisy, un hôtel à Fontainebleau pour la marquise, le château de la Meutte qu'on refit en entier en 1747, et qu'on agrandit en 1751 et 1754, un pavillon de chasse à Verrières, une maison à Saint- Hubert dans la forêt de Fontainebleau, etc. Ces constructions amusaient beaucoup S. M. 3.

Louis XV allait, suivant l'usage, à Fontainebleau en automne, et à Compiègne au printemps ou pendant l'été, peu à Marly, assez souvent à Trianon. Mme de Pompadour trônait à Fontainebleau encore plus qu'à Versailles. Elle s'y était fait bâtir aussi un hôtel ou ermitage, dans lequel le Roi faisait lui-même la cuisine pour son souper 4. Louis XV ne restait pas plus en place à Fontainebleau qu'à Versailles ; il allait de temps en temps faire un séjour à Ghoisy. Pendant le voyage de 1763, il vint même passer quelques jours à Versailles s. A Compiègne on avait aussi construit un ermitage pour la marquise6. Au Compiègne de 1751, le Roi s'ennuya mortellement, et tout le monde avec lui 7. En 1755, pendant le séjour, il alla à la Meutte, à Versailles, et en revenant à Compiègne, il chassa et soupa à Saint-Ouen, chez M. de Soubise, qui déjà lui avait donné une belle fête dans cette maison en 1750 8.

Le château préféré était toujours Choisy, où il n'y avait plus d'étiquette ni de service officiel, où la table était servie comme chez un riche particulier de l'époque. Le Roi y buvait quand il avait soif, sans le cérémonial de l'essai ; il se ser-

1 Luynes, xiv, 220, m.

3 Luynes, XV, 46.

3 D'Argenson, VI, 245.

* D'Argenson, VI, 76.

5 Barbier, VIII, 109.

6 Luynes, X, 281. 1750.

"' Barbier, V, 64.

8 Barkieh, IV, 456

vait lui-même et offrait même à boire à ses invités1. Il était à son aise, et ce n'est pas nous qui le blâmerons d'aimer cette liberté dans la vie. On voit par ces détails que Marie-Antoinette ne fit, plus tard, que suivre l'exemple de Louis XV. Il y avait aussi à Choisy un théâtre*. Le Roi invitait quelquefois la Reine et ses enfants, et, le 13 juin 1763, il leur donna une grande fête3.

A la Meutte, rebâtie et agrandie, Louis XV soupait et chassait. A la Celle, il assista, le 1er septembre 1748, à une fête charmante que lui donna Mme de Pompadour ; mais quelque chose lui déplut, et il s'y ennuya4. En 1749, Louis XV prit un goût assez vif pour Trianon ; il y fit établir une vacherie, des poulaillers, un jardin botanique ; il y fit construire un pavillon et plus tard le Petit-Trianon.

En 1748, Mme de Pompadour chargea Lassurance de bâtir le château de Bellevue, qui fut achevé en 1750 5. Les artistes les plus habiles furent employés à sa décoration. Les dépenses énormes que faisait Mme de Pompadour à Grécy, à la Celle, à Bellevue, etc., soulevaient une vive opposition, que justifiaient la lourdeur des impôts et la misère générale, et contribuaient à préparer l'explosion de 1789 6. Le premier voyage de Louis XV à Bellevue eut lieu le 25 novembre 1750. Les invités avaient tous des habits uniformes de couleur pourpre7. On avait commandé à la manufacture de Vincennes pour 800,000 livres de fleurs de porcelaine peintes au naturel. « On ne parle que de cela dans Paris, rapporte d'Argenson8, et véritablement ce luxe inouï scandalise beaucoup. »

Louis XV allait à Bellevue chaque semaine. Là, pas de service, pas de famille royale, pas d'étiquette; quelques invités, et beaucoup de liberté. Pendant la journée, le Roi

1 Barbiër, VII, 302.

8 Barbier, VII, 367.

3 Barbier, VIII, 77.

4 Luynes, IX, 225.

5 Voir au musée de Versailles l'aquarelle n° 2269 (salle 138), qui représente Bellevue. — A son avènement, Louis XVI donna ce château a Mesdames Tantes.

6 D'Argenson, V, 229.

7 D'Argenson, VI, 295, 298.

chassait dans les bois des environs ; le soir, il jouait, soupait ou allait à la comédie, car il y avait une admirable salle de spectacle à Bellevue1, où l'on jouait l'opéra et la comédie. Le théâtre de Bellevue remplaça le théâtre des petits appartements de Versailles dont on parlera un peu plus loin. Gomme à Marly, il y avait à Bellevue des polissons, c'est-à-dire des courtisans invités, mais qui n'y couchaient pas2. Les fêtes, les feux d'artifice variaient de temps en temps les plaisirs de la soirée. En 1756, Louis XV passa les jours gras à Bellevue; il n'y eut aucun divertissement à Versailles, et les officiers de quartier eurent tous la liberté d'aller où bon leur semblerait3. Il est bien évident qu^ ce que Louis XV aime le mieux, c'est la liberté, c'est d'être affranchi de l'étiquette, et que sa vie nomade n'a pas d'autre cause. Il va à Bellevue et donne congé, pour se débarrasser d'eux et de leur service, à tous ses officiers de la Bouche, du Gobelet, de la Chambre, etc.

La Reine fut invitée à Bellevue le 8 mai 1758 ; elle alla y faire une promenade. On lit dans le journal du duc de Luynes \

« La Reine alla se promener à Bellevue; c'étoit la première fois depuis que le Roi a acheté cette maison. Elle entra dans le jardin et alla voir les bosquets entourés de treillages et garnis de lilas. Il y en eut un entre autres où l'inspecteur dit à la Reine : « C'étoit ici le bosquet de l'Amour, présentement c'est celui de l'Amitié. » Il vouloit apparemment expliquer la différence de la statue qui est au milieu de ce bosquet 5, mais le propos n'en est pas moins remarquable. »

A peine le château de Bellevue était-il achevé, en 1750, que la Pompadour achetait une petite maison située un peu plus bas, pour aller souper; on l'appela le Taudis6.

En 1757, Louis XV se fit faire une maison nouvelle, Saint-

1 D'Argenson, VII, 85.

1 D'Argenson, VI, 331.

3 Barbier, VI, 271.

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