LUYNES, X, 3C
LES ÉCURIES DU ROI
rie, en nombre égal, servent ces dames et ces seigneurs; mais les princes et princesses de la Maison royale sont servis par des officiers du Gobelet du Roi. Quand il arrive que les princes du sang mangent avec le Roi, ces mêmes pages ont encore l'honneur de les servir
Quand le Roi va tirer, six pages de la Petite-Ecurie et le portearquebuse ont seuls l'honneur de porter les fusils de S. M. Le gibier que le Roi tue est ramassé par l'ancien page, qui l'apporte dans le carnier ^ jusqu'au cabinet de S. M., qui a la bonté de lui en donner quelques pièces pour lui et pour ses camarades. Dans les autres chasses, quand il y a des dames montées sur des chevaux de la Petite-Ecurie, on donne un page de la Petite-lïlcurie pour accompagner chaque dame.
Ces pages vont seuls aux chasses avec M^"" le Dauphin, et il y en a un d'eux qui est destiné particulièrement pour la chasse du loup. Leur nombre n'est pas fixé dans les autres chasses ; et M°'' le Dauphin en a même quelquefois douze ou quatorze.
Que si le Roi marche de nuit en campagne en carrosse à 6 ou 8 chevaux, comme en revenant de Marly à Versailles, ordinairement quatre pages de la Petite-Ecurie éclairent autour du carrosse du Corps pour le Roi, et autant autour du carrosse pour le Dauphin, pour M='^ le duc de Bourgogne et pour MS'" le duc de Berry ; et deux autres pages de la Petite-Ecurie, pour chaque carrosse qui les suit'.
Louis XIV aimait à montrer ses écuries. En 1691, il y conduisit le roi d'Angleterre; le 11 juin 1697, la princesse de Savoie, qui allait être bientôt la duchesse de Bourgogne, le Nonce et plusieurs ambassadeurs ; en mai 1704, ce fut le tour du duc de Mantoue. On y admirait chaque fois la beauté des chevaux et leur nombre, la richesse des selleries et rhabileté que déployaient les écuyers en faisant manœuvrer leurs chevaux dans les manèges.
La Grande-Ecurie fut le théâtre de nombreuses fêtes depuis 1682 jusqu'à la Révolution.
« Le jeudi 21 mai 1682, le Dauphin courut un défi à la
* Etat de la France, 1712, I, D60.
* • Le carnier est composé de deux poches à l'antique en manière d'escarcelles, plus larges par le bas, qui tiennent ensemble ; le dessous est de cuir, et le dessus à jour par réseaux, afin que le gibier ait de l'air. • [Etat de la France, 1712, I, 588.)
* Etat de la France, 1712, I, 587-88. — Il y aurait, avec les documents conservés aux Archives nationales (0* 953-976) et aux Archives de la Préfecture de Seine-et-Oise, à faire une intéressante étude sur les Pages.
bague dans la carrière de la Grande-Ecurie. Dans ces courses, sortes de combats, il y avait deux partis. Le Dauphin avait de son côté le duc de Vendôme et M. de Brionne ; et de l'autre se trouvaient le prince d'Harcourt, M. de la Feuillade et le comte de Marsan. Ils coururent six fois, et chaque fois le parti du Dauphin fut vainqueur. Ce qui rendait ces courses intéressantes, outre l'avantage du prix que l'on pouvait remporter, c'était la présence des dames devant lesquelles chacun des cavaliers cherchait à montrer le plus de grâce et d'adresse. Ainsi à la course du Dauphin assistaient la Réine, la Dauphine. Madame, Mademoiselle et une grande partie des dames de la Cour.
» Cette course n'était que le prélude d'une autre beaucoup plus belle qui se fit dans le même lieu le dimanche suivant 24. Pour celle-ci on nomma deux juges, les ducs de Saint- Aignan et de Gramont. Les coureurs furent divisés en deux quadrilles. A la tête de la première se trouvait le Dauphin, et il avait pour chevaliers MM. de Brionne, de Marsan, de Turenne, de Vendôme, de Soyecourt et de Mailly ; la seconde avait pour chef le prince de la Roche-sur-Yon, et pour chevaliers MM. de Commercy, de Tingry, de Molac, de Monaco, d'Harcourt et de Roussy.
» Le Roi, la Reine, la Dauphine, les princes et princesses et un grand nombre de dames de la Cour étaient dans une tribune élevée sur un des côtés de la carrière. Chacun des joûteurs, stimulé sans doute par la présence du Roi et de tout ce que la Cour renfermait de plus hauts personnages, mit une telle habileté dans ses exercices, qu'il fut impossible de proclamer un vainqueur.
» Au mois de juillet 1682, le manège de la Grande-Ecurie fut transformé en salle de spectacle pour y exécuter l'un des meilleurs opéras de Lulli.
» Il n'existait dans le château, sous Louis XIV, qu'un trèspetit théâtre occupant le vestibule actuel de la cour des Princes. Le Roi désirait voir le nouvel opéra de Persée, dont Quinault avait fait les paroles et Lulli la musique. Il fut alors décidé que l'on dresserait un théâtre dans la cour de Marbre. Le temps, qui depuis plusieurs jours était mauvais, s'étant tout à coup mis au beau, on en profita pour travailler active-
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ment à la construction de la salle; mais, le jour même de la représentation, il tomba une pluie tellement abondante, que l'on dut renoncer à l'achever. Le Roi avait déjà ordonné que l'on remît ce spectacle à une autre époque, quand les ordonnateurs de la fête, voyant combien ce contre-temps contrariait Louis XIV, lui promirent que le soir même un autre théâtre serait dressé dans le manège de la Grande-Ecurie, et qu'on pourrait y jouer l'opéra deLulli. En effet, à huit heures du soir, le manège, dans lequel à midi on faisait des exercices d'équitation, était transformé en une salle d'un éclat éblouissant. Théâtre, orchestre, dais pour le Roi, tribunes pour les spectateurs, rien n'y manquait. Le fond du théâtre représentait une véritable forêt formée d'orangers et d'arbres de toute espèce ; des figures de Faunes et de divinités complétaient cette décoration, éclairée par une immense quantité de lustres et de girandoles.
» L'opéra fut parfaitement exécuté ; le Roi, ravi de la musique, dit à Lulli qu'il n'en avait pas encore entendu qui lui eût paru plus également belle partout. Il donna aussi des éloges à Le Rochois, la cantatrice la plus parfaite qu'eût encore possédée l'Opéra, et à Pécourt, danseur célèbre ^ »
Le 8 janvier 1685, « on représenta pour la première fois l'opéra de Roland (de Quinault et Lulli), dans le manège de la Grande-Ecurie qu'on a accommodé pour cela. Le Roi y alla à six heures, et n'en sortit point qu'à dix heures. Au retour, il donna à souper chez lui à toute la maison royale et à quelques dames *. » On joua cinq fois l'opéra de Roland et le 5 mars on exécuta Topéra d'Armide, de Quinault et Lulli, que le Roi n'avait jamais vu, parce qu'il avait été représenté dans Tannée de la mort de la Reine ; le Roi le trouva fort beau*.
En 1685, les 4 et 5 juin, il y eut un grand carrousel dans le Manège, dont la relation fut publiée la même année en un
* Le Roi, Histoire de Versailles, II, 117-119, d'après le Mercure Galant de 1682, juin, p. 296, et juillet, p. 354.