DESCRIPTION
Louis XlV a plus d'une fois fait changer pendant les trentetrois années de son séjour à Versailles les bosquets et les fontaines du jardin. Les sources qui nous serviront à les décrire et à faire Thistorique de leurs transformations sont : 1° pour l'état primitif des bosquets : Félibien et les gravures de Pérelle et d'Aveline; — pour l'étal des bosquets et des fontaines en 1688 : les tableaux de Cotelle*, les gravures de la Chalcographie exécutées par Ghauveau, Sébastien Leclerc, Lepautre, Israël Silvestre et Simonneau^ les gravures de
spectacle, organisé en 18G2 par M. Jaime, avec le concours de M. Chabrié, pour les décorations lumineuses, et de M. Ruggieri, pour l'emploi combiné des eaux et des artifices.
* Le parc a beaucoup souffert du rude hiver de 1879-1880 ; bon nombre de beaux arbres ont été gelés.
^ Jean Cotelle. né en 164b, mort à Paris le 24 septembre 1708, membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, fut chargé par Louis XIV de faire une série de tableaux représentant les bosquets de Versailles et destinés à orner la nouvelle galerie de Trianon. Cette précieuse collection est aujourd'hui au musée de Versailles (N°^ 728-738, 766-773). Trois autres artistes, J.>B. Martin (N^^ 751, 733, 754, 755, 738), P.-D. Martin (W^ 757 et 759) et Allegrain (N° 752), travaillèrent aussi à cette collection de 27 tableaux, qui nous permet de voir le parc de Louis XIV dans sou état le plus brillant. Cotelle reçut 6025 livres pour ses tableaux (Jal).
^ NOS 2565-2583, 2626, 2628, 2631, 2634-35, 2637. — Les gravures de Jean Rigaud (né en 1700, mort en 1764) donnent la vue des bosquets de Louis XIV, mais au temps de Louis XV, ce à quoi il faut faire attention, surtout pour la pie e de .Neptune (N°s 2584, 262^, 2629-30, 2632-33, 26;;6 et 2638).
LE JARDIN
Thomassin et de Monicart, les descriptions du 3Jercure Galant (1686), de Piganiol de la Force, de la Martinière et de Blondel.
La terrasse qui est devant le corps principal du château, le parterre d'Eau, le parterre de Latone, le Tapis-Vert et le bassin d'Apollon avec sa demi-lune, forment le jardin décoré 867'vant aux promenades ^ et coupent le jardin en deux grandes parties. Celle du nord renfermait la Grotte, le parterre du Nord et l'AUée-d'Eau avec la fontaine de la Sirène, la Pyramide, la Cascade, le bassin du Dragon et les Grandes-Cascades ou bassin de Neptune, les bosquets^ de l'Arc-de-Triomphe, des Trois- Fontaines, du Théâtre-d'Eau, de l'Etoile, de la Salle-des-Festins (Obélisque), les bassins de Gérés et de Flore, le Marais (Bains d'Apollon), les bosquets du Dauphin et des Dômes, et l'Encelade. — La partie méridionale comprenait le parterre du Midi, l'Orangerie, au delà laquelle se trouve la pièce d'eau des Suisses, la Salle-de-Bal, le bosquet de la Girandole, la Colonnade, la Salle-des-Marronniers, les bassins de Bacchus et de Saturne, le Labyrinthe (bosquet de la Reine), le Miroir et rile-Royale (,jardin du Roi).
La Terrasse
La belle terrasse située devant le principal corps du château est décorée de quatre statues de bronze fondues par les Keller^ un Bacchus, l'Apollon du Belvédère, un Mercure dit l'Antinoiis du Belvédère, et Silène portant Bacchus ; ces quatre bronzes sont d'après l'antique et fort beaux. On y remarque aussi deux grands vases de marbre. Celui du nord est de Coyzevox, et ses bas-reliefs représentent la défaite des Turks à Saint-Gothard, en Hongrie, et la prééminence de la France reconnue par l'Espagne. — Le vase du sud est de Tuby, et
* La Martinière.
On entend, au XVII® si^-cle, par bosquet le massif boisé compris entre les allées du jardiné Un bosquet renferme une ou plusieurs fontaines. Ainsi on dit le bosquet du Labyrinthe, le bosquet de l'Etoile, le bosquet renfermant la fontaine de l'Encelade, le bosquet renfermant la fontaine de la Culonnade, de l'Obélisque, etc.
^ Almanach de Versailles, an X.
ses bas-reliefs représentent des allégories à la paix d'Aix-la- Chapelle et aux traités de Nimègue.
On a vu, à l'histoire de la Cour de Louis XVI, que la terrasse avait servi aux promenades du soir de Marie-Antoinette et de la Cour. Il suffit de rappeler ici le fait.
Le parterre d'Eau.
Après plusieurs changements, deux au moins', la décoration de la terrasse du parterre dJEau devint en 1684 celle qui existe encore aujourd'hui \ Elle se compose de deux grands bassins bordés d'une tablette de marbre blanc entourée de gazon. Chaque tablette supporte quatre figures de fleuves, œuvres de Regnaudin, Tuby, Coyzevox et Lehongre, fondues par les Keller^ « les deux plus habiles fondeurs, dit Blondel, que la France ait possédés. » Ces bronzes, lorsque le soleil couchant vient dorer l'émeraude de leur patine, sont d'une incomparable beauté. On voit aussi sur la tablette de chacun des bassins quatre groupes d'enfants représentant des Amours et des Génies, d'un dessin exquis, et quatre Nymphes couchées. Les groupes d'enfants, exécutés par Legros, Poultier, Van Clève et Lespingola, ont été fondus par Aubry, Roger, Bonvallet et Taubin, autres fondeurs de réputation. Les Nymphes ont été modelées par Raon, Lehongre, Magnier et Legros.
Le Mercure Galant de 1686 nous apprend que le Roi avait le projet de mettre au milieu des bassins du parterre d'Eau deux groupes en bronze représentant la naissance de Vénus et la naissance de Thétis. Sans doute la guerre de 1688 empêcha Texécution de ce projet.
Les cabinets de Diane et du Point-du-jour.
La décoration du parterre d'Eau est complétée par deux
* Voyez page 202.
* Voir le tableau de Cotelle, n'^ 766.
^ Les deux frères Keller, Jean-Balthazar et Jean-Jacques, étaient nés à Zurich. Le premier, inspecteur de la fonderie de l'Arsenal, est le plus célèbre comme artiste ; il mourut en 1702. Ces beaux bronzes ont été fondus de 1686 à 1690, ainsi qu'on le voit sur les bronzes eux-mêmes.
LE JARDIN
« cabinets de verdure à ritalienne, » situés à droite et à gauche du degré de Latone qui conduit au Fer-à-cheval. Ces deux cabinets ont été construits en 1684 et sont nommés : celui du nord, le cabinet ou fontaine de Diane; celui du sud, le cabinet ou fontaine du Point-du-Jour. Chacun d'eux renferme un bassin, de forme carrée, décoré de groupes d'animaux fondus par les Keller en 1687, et de statues de marbre. Des nappes d'eau et des gerbes lancées par les animaux concourent à faire de ces cabinets deux des plus belles fontaines de Versailles. Ils étaient, à l'époque de leur établissement, entourés de hautes charmilles et de grands épicéas.
Le cabinet de Diane est au nord. Il est orné de deux groupes d'animaux en bronze par Van Clève : un lion terrassant un sanglier, un lion terrassant un loup, et de trois statues de marbre : le Midi représenté par Vénus et sculpté par G. Marsy*; le Soir, représenté par une Diane chasseresse, œuvre charmante de Desjardins ; l'Air, représenté par une femme soulevant une draperie au-dessus de sa tête. Cette belle statue, sculptée par Lehongre, est l'une des meilleures de l'école française du xvii^ siècle ^
Le caHnet du Point-du-Jour est au sud. Il est décoré, comme le précédent, de deux groupes d'animaux en bronze par Houzeau : un tigre terrassant un ours, un limier abattant un cerf, et de trois statues de marbre : l'Eau, par Legros; le Printemps, par Magnier; le Point-du-Jour, par Gaspard Marsy.
On voit avec quelle magnificence Louis XIV avait orné la terrasse, le parterre d'Eau et ses deux cabinets, en y réunissant tant d'œuvres de la plus grande beauté, auxquels il faut ajouter encore les vases des tablettes des parterres du Nord et du Midi pour avoir l'ensemble de cette décoration.
Bassin de Latone.
Le degré de Latone qui mène du parterre d'Eau au parterre de Latone, est l'un des endroits du parc d'où l'on voit le mieux l'effet général de la grande allée de promenade et des
* Celle slatue est ea marbre de Paros.
' Elle a été gravée par Edelinck {Chalcographie, n° 1431),
eaux qui l'animent. Le coup d'œil est merveilleux un jour de grandes eaux, par un beau soleiL
On arrive par trois degrés ou perrons*, et par deux rampes douces ornées de statues et de vases, au parterre de Latone, compris entre le Fer-à-cheval et TAUée-Royale.
Le 2)arterre de Latone se compose de trois bassins. Le principal, qui existait déjà au temps de Louis XIII, est de forme ovale et renferme le groupe de Latone, qui se dresse sur un piédestal circulaire, placé sur un vaste soubassement à trois étages concentriques, d'où s'échappent des nappes d'eau sur tout leur pourtour. Latone, ayant à ses pieds ses deux enfants, Apollon et Diane, implore Jupiter contre les paysans de la Lycie qui l'ont insultée quand elle leur demandait à boire, et que le roi du ciel change en grenouilles. Sur les trois étages et dans le bassin, autour du soubassement, sont divisés en symétrie plus de 50 jets d'eau lancés par des grenouilles, par six « demi-grenouilles », c'est-à-dire par des hommes et des femmes ayant des tètes et des pattes de grenouilles, et par des tortues. Ces jets d'eau qui se croisent audessus de Latone produisent un bel effet. Le groupe de Latone est de marbre* ; les autres figures sont de plomb, autrefois doré, ou, comme l'on disait alors, « bronzé en couleur d'or. » Toutes ces sculptures sont dues aux deux frères Marsy.
Le bassin de Latone n'a pas toujours été disposé tel que nous le voyons aujourd'hui. Une gravure de Lepautre ^, datée de 1G78, le montre dans son état primitif. Toutes les figures étaient alors sur le même plan et se détachaient du bassin; Latone était placée sur un bloc entouré de rocailles et de roseaux*; les six demi-grenouilles sortant de l'eau entouraient Latone, et les vingt-quatre grenouilles étaient placées hors du bassin, sur la bordure de gazon qui l'entourait. Nous ne savons de quelle année date l'état actuel de cette fontaine.
* Un grand, le degré de Latone, et deux petits situés plus bas.
* Il a été terminé en 1G70.
^ Chalcographie, n° 2626.
' i.es Comptes des Bâtiments de 1C80 nous apprennent que ces roseaux, ouvrages de Guillois et de Gascoin. étaient en fer-blanc et en feuilles de cuivre.
LE JARDIN
Le bassin de Latone a été restauré en 1850 - 1851 par M. Questel.
Les deux petits bassins circulaires du parterre de Latone, appelés les bassms des Lézards, sont renfermés dans deux pièces de gazon bordées de plates-bandes de fleurs. Chacun est décoré de deux figures en plomb (autrefois doré) représentant aussi des paysans de la Lycie, dont l'un a une tête de grenouille. Ces figures sont encore des frères Marsy.
L'entrée du degré de Latone, les rampes du Fer-à-cheval et le pourtour du bassin sont décorés de vases et de statues de marbre en partie copiées d'après l'antique. Nous citerons la Vénus à la coquille, imitation de l'antique par Goyzevox ; cette belle statue est au bas de la rampe du nord.^
Le Point de vue
A la sortie de l'allée qui est entre les deux pièces de gazon du parterre de Latone, on entre dans une vaste demi-lune qui précède l'AUée-Royale. Louis XIV faisait arrêter ici les visiteurs, afin qu'ils pussent admirer le Point de vue. Il avait dressé un itinéraire d'après lequel les officiers de sa Maison devaient conduire les personnes admises à voir le jardin^. Arrivé au bas de la rampe septentrionale du Fer-àcheval, on allait au Po^w^ vue^ d'où l'on devait considérer le château et Latone d'un côté, l'AUée-Royale, l'Apollon et le Canal de l'autre côté, les gerbes des fontaines de Flore et de l'Obélisque, la gerbe de Saturne, enfin celles de Gérés et de Bacchus. Le Point de vue se trouve à la fin de l'allée du parterre de Latone, à l'intersection de Taxe du château et de l'AUée-Royale, et de l'axe des allées de Bacchus et de Cérès. Blondel ^ signale avec raison la belle vue que l'on a de cette place, et la donne comme preuve du concert qui a régné entre Mansart et Le Nôtre dans la décoration du château et la distribution des jardins.
* Elle vient d'être restaurée avec le plus grand soin.
^ Le projet de cet itinéraire, écrit par Louis XIV lui-meûie, a été publié par M. Arthur Mangin dans ses Jardins, 1867, in-folio, p. 203.
* Page 107.
Demi-lune en avant du Tapis-Vert
Le parterre de Latone se termine par une grande demilime sur laquelle s'ouvre le Tapis-Vert, et qui est décorée de 14 groupes ou statues en marbre. Autrefois l'Andromède et le Milon de Grotone du Puget marquaient l'entrée du Tapis- Vert ; on a transporté au Louvre, en 1850, ces deux chefsd'œuvre, que l'humidité et la gelée auraient certainement détruits, et on les a remplacés par le groupe de Laocoon copié par Tuby d'après l'antique, et par le groupe d'Aria et Pœtus, copié aussi d'après l'antique par Lespingola.
L'AUée-Royale ou Tapis-Vert.
V Allée- Roy aM, appelée aussi, dit Blondel, la Grande- Allée du Tapis-Vert, est comprise entre le parterre de Latone et le bassin d'Apollon. C'est la plus belle et la plus fréquentée de toutes les allées du jardin. Sa longueur est de 335 mètres, sa largeur de 64. Autrefois elle était formée par une palissade de haute charmille' précédée d'arbres très-élevés, et décorée de 12 vases de marbre et de 12 statues, parmi lesquels nous signalerons la Vénus dite de Richelieu *.
Bassin d'Apollon.
Au bout du Tapis-Vert se développe une grande demi-lune ornée de deux groupes ^ et de dix termes ou statues de marbre, puis le « Grand-Bassm » appelé aujourd'hui le bassin d'Apollon"^. Ce bassin est octogone; sa longueur est de
* Aujourd'hui la charmille n'a que 2 mètres et demi de hauteur, et les arbres qui la bordent ont été replantés en 1872 à la suite d'un violent coup de vent qui, en 1871, avait renversé la presque totalité des vieux arbres existant alors.
^ Cette belle statue, de Legros, est une imitation d'un antique qui se trouvait au château de Richelieu.
^ Ces deux groupes représentent Aristée et Protée, sculpté par S. Slodtz, etino et Mélicerte, sculpté par Gran\er, d'après les modèles de Girardon. Le premier porte la date de 1723, et cependant il figure sur le plan de Girard, gravé en 17!4.
^ Le bassin d'Apollon a été réparé en 18Û0 ; il y avait plus de vingt ans qu'une partie des jets ne fonctiunnaieut plus [Cicérone].
LE JARDIN
117 mètres sur 87 de large. Apollon y est représenté sur son c-liar tiré par quatre chevaux ; autour de lui bondissent des Dauphins et des Tritons lançant des gerbes d'eau. Ce groupe a été exécuté par Tuby, de 1668 à 1670, sur les dessins de Lebrun ; il est en plomb, autrefois bronzé en couleur d'or, a été fondu à l'Arsenal et amené à Versailles en 1670
Enfin, au delà du bassin d'Apollon, douze statues, dont plusieurs sont des antiques, bordent la large allée qui conduit à la tète du Canal. Il y avait autrefois, parmi ces douze statues, un Orphée de Francheville, qui est aujourd'hui au Louvre.
En résumé, depuis la terrasse et le parterre d'Eau jusqu'au Canal, la grande allée du jardin comptait 125 groupes de bronze, statues et vases de marbre, sans parler des figures des bassins de Latone et d'Apollon. En se prolongeant par le Caual, elle ouvrait une splendide perspective, qu'il faut aller admirer dans la Galerie-des-Glaces.
Le Grand-CanaL
Le Grand^Canal^ a 1560 mètres de long sur 120 mètres, mais à son extrémité il s'élargit et forme une belle pièce d'eau de 195 mètres de largeur, entourée de glacis de gazon. Vers le milieu, il est coupé par la traverse du Canal, longue de 1013 mètres et allant de Trianon à la Ménagerie ; de sorte que l'ensemble a la forme d'une croix. Au delà, la perspective se continuait par la grande avenue de Villepreux ^.
On commença à le creuser en 1667-68, et on travailla d'abord à la partie du milieu et aux quatre bras à la fois lesquels furent ensuite agrandis et prolongés pendant les
* Voyez la vue du bassin dApolloii gravée par Rigaud (Chalcographie, n° 2567) et le tableau n° 757 du Musée.
' Voir au Musée le tableau de P.-D. Martin, n° 757. La plupart des détails que nous donnons ici sont tirés des Comptes des Bâtiments-
^ Le grand axe du jardin, entre le château et la grille de Galie (posée eu 1678), a 3060 mètres ; avec l'avenue de Villepreux, la perspective avait 8 kilomètres. L'axe horizontal du jardin, entre les statues de Curlius et de la Uenommée, a 1891 mètres.
* Le tableau 765 représente le Canal au moment de sa création, composé de quatre petits bras.
années 1670,71 et 72. En 1673, on fit la grande pièce d'eau qiu le termine à Fouest. En 1674, on « régala » tout le tour du Canal. De 1675 à 1680, on acheva les extrémités du côté de Trianon et de la Ménagerie, et les divers ornements que le voisinage des deux palais rendaient nécessaires. Les deux allées parallèles qui le bordent furent plantées dès 1669-70 ; l'une a 26 mètres de largeur; l'autre, 12. En 1678, on avait payé 482,000 livres pour les fouilles et le transport des terres. L'eau était fournie par les rus, qui servaient de décharge aux divers étangs de Versailles
La tête du Canal, du côté du bassin d'Apollon, forme une grande pièce hexagone et servait de port aux gondoles. On la décora en 1679 de deux chevaux marins sculptés par Tuby et placés sur des piédestaux élevés au milieu de l'eau ^ Ajoutons que tout le pourtour était bordé d'une tablette de pierre à fleur de terre, supportée par un mur.
Dès 1669, Louis XIV eut sur le Canal des chaloupes ou galiotes construites par l'ingénieur Leroy, peintes, dorées et sculptées par d'habiles artistes*. Les banderoles de ces chaloupes étaient de damas façon de Gènes, rouge et blanc; elles étaient ornées de tentures de soie frangées d'or ; leurs cordages étaient en fleuret cramoisi et aurore. En 1670, le Roi voulut avoir un vaisseau sur le Canal ; ses 32 petits canons coûtèrent 20,599 livres et furent sculptés par Gaspard Ma rsy. En 1681-1686, M. de Langeron, l'un des principaux officiers de la marine royale, construisit un nouveau vaisseau, et Chabert, habile constructeur de Marseille, une galère. Philippe Caffieri^ et Briquet sculptèrent les nouveaux bâtiments. Le Roi monta sur son vaisseau le 14 juin 1686^
* En 1738, on détourna les égouts qui se jetaient dans le Canal; ces travaux coûtèrent 600,000 livres ; on fit 3000 toises d'aqueducs, après l'achèvement desquels on nettoya le Canal (Luynes, II, 265).
^ Ces chevaux furent détruits vers la fin du règne de Louis XV.
^ Mazeline, Paul Jubitot, Caffieri, Briquet. Soie grossière.
^ Les Archives du ministère de la Marine renferment un registre sur lequel Cafûeri a dessiné plusieurs vaisseaux, barques et chaloupes du Canal. Le savant auteur de la biographie des Caffieri, M. J. Guiifrey, a donné une analyse de ce registre et publié la gravure de Tarrière du vaisseau de M. de Langeron {Les Caffieri, 1877, in-8°, p. 406).
® Dangeau.
LE JARDIN
On avait fait venir, dès 1669, des matelots du Havre et, pour ramer, quelques forçats*. Dès 1676 nous trouvons quatre gondoliers vénitiens, qui touchent 4800 livres de gages et 1600 livres de gratification. Deux avaient des vestes de brocart cramoisi, or et argent, avec boutons à queue et ornements en or, des jarretières de soie cramoisie, et des bas cramoisis ; les deux autres étaient habillés en damas et taffetas de même couleur. Tous étaient chaussés en escarpins 2. Les autres matelots, moins richement vêtus, avaient tous cependant des habits fort propres, rouges et bleus. Le personnel du Canal, composé de matelots, charpentiers, calfats, était d'environ 60 hommes, coûtait 10,500 livres et avait pour capitaine un sieur Consolins, de Marseille. Les mariniers ordinaires n'étant pas assez nombreux pour les fêtes, on prenait alors des mariniers extraordinaires pour ramer et conduire les invités du Roi. Quand les mariniers ordinaires n'avaient rien à faire, ils arrachaient les herbes du Canal.
En 1685, le capitaine Consolins fut remplacé par le chevalier Paulin, et se retira avec une pension de 2000 livres. « Le Roi fait venir, dit Dangeau ^ les trois compagnies qui étoient en Flandre pour les frégates, et qu'on laissoit d'ordinaire à Condé. Ces trois compagnies font en tout 260
hommes Tous ces soldats-là savent ramer; il y en aura
60 par jour qui seront toujours prêts quand le Roi ou les courtisans voudront s'embarquer sur le Canal. » Le chevalier Paulin et les deux autres capitaines avaient l'ordre d'être toujours avec leurs officiers subalternes à bord du Canal, et de mener les gens qui voulaient s'embarquer.
La première gondole fut donnée à Louis XIV par la république de Venise,
Pour prendre dans l'été le divertissement Que peut à son esprit donner cet élément *.
Elle arriva de Venise, toute dorée, en 1679; amenée par eau
* Les Comptes des Bâtiments de 1678 mentionnent deux forçats, dont chacun coûte 350 livres pour « sa nourriture ».
' Comptes des Bâtiments de lOSi.
^ 20 avril 1685.
* Denis, poëme manuscrit.
jusqu'à Rouen, elle fut voiturée de Rouen à Versailles. En 4 685, on fit venir de Venise deux nouveaux gondoliers, deux charpentiers et douze paquets de rames. En 1687, le nombre des gondoliers vénitiens est de quatorze. Ce personnel vénitien logeait dans les bâtiments situés à la tête du Canal et qui portent encore le nom de la Petite-Venise^. D'autres mariniers demeuraient dans le pavillon qui est en face de la grille du jardin, dite grille de la Ménagerie.
Le Canal servait aux fêtes de Louis XIV, et de route pour aller agréablement à Trianon ou à la Ménagerie. Dans ces promenades, les galères et les gondoles qui accompagnaient cejle qui portait les invités étaient remplies de musiciens, de trompettes et de timbaliers qui ne cessaient déjouer ^
Souvent on mangeait dans le bateau. Le 23 juin 1686, le Roi soupa dans sa barque, Monseigneur et la Dauphine dans la leur. Le 18 mai 1697, la duchesse de Bourgogne, allant pour la première fois sur le Canal, fit collation dans sa gondole. Pendant les belles nuits d'été, la duchesse de Bourgogne et M""® la Duchesse montaient en gondole à deux heures du matin, avec leurs dames, et se promenaient jusqu'au lever du soleiP. D'autres fois la promenade se faisait en carrosse autour du Canal. En hiver, les jeunes ducs de Bourgogne et de Berry allaient glisser ou patiner sous les yeux de M™*^ de Maintenon et de la duchesse de Bourgogne*. Le duc de Bourgogne s'amusait à y pêcher % et le Roi à voir pêcher^.
Pendant la régence, le 25 mai 1717, Pierre le Grand visita le parc et Trianon, et alla en gondole de Trianon à la Ménagerie. Mais, dès cette année, le Régent, trouvant la dépense trop considérable, licencia une partie de la marine du Canal ;
* Il 3/ avait aussi à la Petite-Venise un grand magasin oîi l'on tenait tous les riches ornempnts des gondoles et les beaux habits des gondoliers. Aujourd'hui la Petite-Venise est encore occupée par un batelier e:nployé au service des Eaux de Versailles, et le hangar, dont la charpente paraît dater du xvu*^ siècle, abrite les bateaux de ce service. Le reste des bâtiments est moderne et sert de magasins au Musée ; on y trouve des bustes, des têtes et des vases qui ont été autrefois dans les bosquets aujourd'hui détruits.
- Dangeau, 16 et 30 juin 1684. — Mercure Galant, novembre 1686. ^ Dangeau, 16'J9, 10 juillet.
* Dangeau, 1704, 23 janvier.
" Dangeau, 1706, 24 mai.
* Dangeau, 1704, 19 juillet.
LE JARDIN
il renvoya à Venise les gondoliers, dont l'un était à Versailles depuis trente-quatre ans En 1736, le marquis d'Antin était commandant du Canal; il avait sous ses ordres : un capitaine des matelots, trois gondoliers, dix matelots et six charpentiers ou calfats Un sculpteur, Magnonais, est employé à la décoration des chaloupes, en 1730*.
Le goût des promenades en gondole n'existait plus. Ce n'est que par hasard, et au début du règne, qu'on trouve encore Louis XV se promenant sur une frégate, en 1726. Décidément, les plaisirs de la Cour de Louis XIV ne sont plus de mode.
Les courses en traîneaux se retrouvent cependant quelquefois. Le 2 février 4751, le froid et la neige permettant de faire usage des traîneaux, le Roi donna ordre à M. le Premier de les tenir prêts pour le lendemain. Mais il fallut exercer les chevaux à tirer ces sortes de voitures, et la course n'eut lieu que le 4. Il y avait 18 traîneaux : M. le Premier, le duc d'Ayen, le Roi et Madame, le Dauphin et Madame Adélaïde, Madame Victoire, Mesdames Sophie et Louise occupaient les six premiers ; les autres étaient remplis par des dames et des jeunes gens de la Cour. On partit de la terrasse et on fit le tour du Canal par la Ménagerie et Trianon.
L'année suivante, le 13 janvier 1752, il y eut une nouvelle course de traîneaux, cette fois encore autour et non pas sur le Canal. Tout le monde était en surtout et en habit fourré; seul, M. de Flamarens était en habit noir, tête nue, sans gants et sans surtout*.
Cette belle pièce d'eau, d'ordinaire toute pacifique, fut, en 1759, le théâtre d'expériences de guerre. Un joaillier, nommé Dupré, qui avait passé sa vie à faire des opérations de chimie, inventa un feu si rapide et si dévorant, qu'on ne pouvait ni l'éviter, ni l'éteindre. Ce terrible engin de guerre était liquide et renfermé dans des bouteilles de grès enveloppées de linge ou de papier auxquels on mettait le feu et qu'on lançait ensuite au moyen d'un mortier. On fit des expériences à
* Jal.
Contrites des Bâtiments, 1736.
' Co'i/ptes dea Bâtiments^ 1730.
'* LuYNE.s, XI, 33, 372.
l'Arsenal et au Havre. Dans cette ville, on en jeta dans l'eau, où le liquide brûla comme sur terre ; on en jeta sur les galets qui Œ pétoient et sautoient comme dans la fournaise la plus ardente. » On répéta les expériences sur le Canal, devant Uî Roi, qui fit appeler Dupré dans son cabinet, lui acheta son secret moyennant 2000 livres de pension et un cordon de Saint-Michel, en lui ordonnant de ne jamais rendre publique sa terrible découverte K On était cependant au plus fort de la guerre de Sept-Ans, et cette invention pouvait nous donner le moyen de détruire les flottes anglaises, Louis XV préféra l'humanité à la victoire; qui oserait l'en blâmer?
En 1783, la Reine, Madame, le comte d'Artois, Madame Elisabeth et quelques autres personnes s'amusèrent à pêcher à la ligne au Canal et à la pièce d'eau des Suisses ^.
Dès 1788, le Canal était en très-mauvais état, et les habitants de Versailles se plaignaient qu'il leur donnât la fièvre''. Après le départ du Roi, au 6 octobre 1789, le comte d'Angivilliers donna l'ordre d'exécuter les travaux de réparation, qui exigeaient un curage dangereux par ses exhalaisons ; on commença alors la restauration du mur et de sa tablette. Suspendus par les événements, les travaux furent repris en 1812, et encore interrompus en 1814; aussi reste-t-ilà réparer les deux bras de la Ménagerie et de Galie, dont le mur et la tablette sont effondrés.
Depuis 1789 jusqu'en 1808, le Canal fut à sec et à l'état de prairie plus ou moins fangeuse ; le 7 avril 1808, on y fit revenir l'eau.
Le 16 juillet 1811, Napoléon et l'Impératrice vinrent, en gondole, de Trianon à Versailles assister aux grandes eaux Le lendemain, de sept à huit heures. Leurs Majestés firent une nouvelle promenade sur le Canal, dont les bords étaient couverts de monde, et rentrèrent à Trianon, où elles résidaient alors.
* Galerie de V ancienne Cour, III, 124. — Eevue rétrospective, 2^ série, t. IV. — Article Dupré, dans la Biographie Didot.
^ Bachaumont, Mémoires, XXIIl. 24 juillet 1783.
' Journal du département de 8eine-et-0ise, 1811, p. 1319.
*■ Cicérone.
* Journal du département de Seine-et-Oise, p. 312.
LE JARDIN
L'Impératrice Eugénie retrouva la vieille galiote, qui avait servi à Napoléon P"* et à Marie-Louise, pour se promener quelquefois le soir sur le Canal. Mais aujourd'hui la galiote est immobile, et l'on ne voit plus sur le Canal que quelques pêcheurs à la ligne, immobiles sur ses rives, et en hiver de nombreux patineurs.
Enfin, en 1878-79, le Génie militaire a fait construire, au bout du bras de la Ménagerie, une école de ponts, dont les bâtiments ont été élevés sur les plans du capitaine Haffen.
La grotte de Thétïs.
La grotte de Tàétis\ à laquelle nous arrivons, était la merveille des jardins de Versailles ; commencée vers 1662, par Pierre de Francine, elle fut achevée en 1668 ; mais on n'y plaça les groupes de Girardon et de Marsy que quelques ^innées plus tard.
« Il n'y a point d'endroit, dit Félibien *, dans toute cette royale maison, où l'art ait réussi plus heureusement que dans la grotte de Thétis. » Le sujet des groupes de sculpture qui la décoraient était le Soleil, qui, après avoir achevé son cours, descend chez Thétis, où six de ses Nymphes sont occupées à le servir et à lui offrir toutes sortes de rafraî- ■(•hissements. La Grotte était située du côté de la Tour-d'Eau, sur l'emplacement actuel du vestibule de la Chapelle. C'était un massif de pierre taillée rustiquement et ouvert par trois grandes arcades fermées de grilles admirablement travaillées et dorées. L'intérieur était tout revêtu d'ornements en nacre de perle, en burgos, en corail, en pétrifications, en coquillages de toutes couleurs, en émaux et en or, représentant le Soleil, des fleurs de lys, des L jaunes sur fond bleu, des festons, lyres, dragons. Tritons, Sirènes, oiseaux, etc. Toute cette décoration était l'œuvre de Delaunay, le plus célèbre
* Thétis était la plus belle des Néréides; elle fut très-recherchée par Apollon. — Télhys était l'épouse de l'Océan. Etait-ce la grotte de Thétis ■ou de Téthys ? Tous les contemporains écrivent Thétis.
^ Description de la grotte de Versailles.
rocailleur de Tépoque, qui rexécuta en 1665-66*. Les eaux Jaillissaient de toutes paris.
Mais la Grotte devait son principal ornement aux groupes qui représentaient le Soleil au milieu des Nymphes de Thétis, et ses chevaux pansés par des Tritons. Ces belles sculptures étaient placées au fond de la Grotte dans trois grandes niches. Au milieu était le groupe principal, sculpté par Girardon et Regnaudin ' et composé de sept figures : Apollon auquel les Nymphes de Thétis lavent les mains et parfument les cheveux. A droite et à gauche, les chevaux du Soleil soignés par des Tritons, œuvres des frères Marsy et Guérin ^ Sur les côtés de la Grotte, on voyait les deux statues d'Acis et de Galatée, sculptées par Tuby. On ne peut qu'admirer la grâce, l'élégance et le beau style de Galatée et des Nymphes de Thétis, qui sont au nombre des meilleurs ouvrages de notre école de sculpture du xvii^ siècle.
La Grotte était construite, avons-nous dit, sur remplacement du vestibule de la chapelle actuelle ; elle fut détruite en 1686, lorsque Mansart construisit l'aile du Nord. Les groupes furent alors transportés au bosquet de la Renommée
La fontaine de la Sirène s.
Du parterre d'Eau une grande allée transversale conduit au bassin de Neptune. Elle commençait au bassin de la Sirène,, traversait le parterre du Nord, renfermait la Pyramide, la
* Nous avons dit précédemment que les chandeliers furent faits par Berlhier, qui devint le successeur de Delaunay.
* Girardon a sculplé Apollon, la nymphe à genoux qui va lui essuyer les pieds, celle qui verse l'eau sur les mains, celle qui porte un vase, et enfin celle qui, à genoux, tient une aiguière sur laquelle est représentée le Passage du Rhin. — Une lettre de Colbert à Louis XIV {V, 329) nous apprend que Girardon et Marsy firent sur place le modèle de leurs groupes.
^ Nous savons par les Comptes des Bâtiments de 1677 qu'on paya à Girardon et Regnaudin 18,000 livres, aux Marsy 14,318 livres pour leurs groupes, et à Tuby 7730 livres pour Acis et Galatée.
* La Grotte est représentée en détail dans les gravures de la Chalcographie n'"'S 3038, 2574-82, 1418, 1423, 1460, 1474-75. Nous avons reproduit la gravure n" 2375.
* On disait au xvii® siècle fontaine et non pas bassin.
LE JAUDIN
Cascade, prenait ici le nom d'Allée-d'Eau et finissait en se déployant en demi-lune autour du bassin du Dragon. Audelà était le grand bassin de Neptune et la Renommée, de Guidi.
La fontaine de la Sirène était ainsi appelée parce que la principale figure était une Sirène, qui jetait de l'eau par une grosse coquille qu'elle tenait à sa bouche; un Triton soutenait la Sirène; deux enfants, assis sur des dauphins, étaient à côté de ces deux figures. Le groupe, œuvre des frères Marsy, était en plomb doré On trouve dans les Comptes des Bâtiments de 1678, qu'on fit quelques réparations à cette fontaine ; mais on la détruisit quelque temps après *,
lie parterre du Nord.
heparlerre du Nord, dessiné par Claude Perrault, en 1664, est formé de deux pièces de gazon bordées de fleurs et de vases ; sa tablette est décorée de 14 vases de bronze et de 2 grands vases en marbre d'Égypte.
Les vases de bronze ont été modelés par le célèbre orfèvre Ballin' et ont été fondus par Duval. Ceux qui sont placés entre la Vénus et le parc sont des répétitions des originaux, lesquels sont entre le Rémouleur et le château *.
On descend au parterre du Nord par un degré de marbre blanc, à rentrée duquel était la Vénus à la tortue, statue en marbre, faite à Rome d'après l'antique, en 1686, par Coyzevox, et le Rémouleur [V Arrotino)^ copié aussi d'après l'antique par le sculpteur florentin Foggini, en 1674. La Vénus de Coyzevox, que les injures de l'air détruisaient, après avoir été transportée au jardin des Tuileries, en 1871, a été enfin
* Voir la gravure de Lepautre, Chalcographie, n® 1459.
' M. Clément de Ris croit avec raison que la Sirène a élé détruite au moment où Ton a fait les deux bassins actuels du parterre d'Eau ; en effet, ce troisième bassin n'avait plus de raison d'être à partir de ce moment.
^ Excepté le sixième [en partant du château) qui est du sculpteur Anguier. Les armes de France dont il était décoré ont élé remplacées, pendant la Révolution, par un faisceau républicain auquel on a enlevé plus tard le bonnet phrygien.
Le tableau d'AUegrain n* 752 représente les vases dorés ; on ne peut constater cependant aucune trace de dorure.
placée au musée du Louvre, en 1873; on l'a remplacée à Versailles par un bronze desKeller, fondu en 1688, représentant la Vénus de Coyzevox et qui était aux Tuileries. En même temps on a placé aussi aux Tuileries le marbre de Foggini, qu'on a remplacé à Versailles par un bronze des Keller, qui représente le Rémouleur.
Le parterre du Nord renferme les deux bassins des Couronnes. Chacun d'eux est orné d'un groupe de quatre Tritons et Sirènes. Chaque groupe soutenait une couronne royale à douze branches accompagnée de fleurs de lys et d'où il sortait 12 jets d'eau*. Ces groupes étaient en métal (plomb et étain) doré. Les couronnes ne paraissent pas avoir existé longtemps, car on ne les voit déjà plus sur les gravures de Thomassin, publiées en 1694 ^.
Du parterre du Nord on arrive à l'AUée-d'Eau, qui s'étend entre la fontaine de la Pyramide^ et le bassin du Dragon, et qui sépare les deux bosquets de l'A rc-de- Triomphe et des Trois-Fontaines.
La Pyramide.
La fontaine de la Pp^amide se compose de quatre vasques superposées. La plus petite est soutenue par de grosses écrevisses ; la seconde, par des dauphins ; la troisième, par de jeunes Tritons ; la quatrième, par des consoles en forme de pieds de lion et par quatre grands Tritons qui semblent nager dans le grand bassin. Toutes les sculptures de cette fontaine ont été exécutées sur les dessins de Claude Perrault (1668), par Girardon, qui y travaillait encore en 1671. Elles sont en plomb, autrefois doré *.
' Vie de Lehongre, par Guillet de Saint-Georges, dans les Mémoires inédits sur la vie et les œuvres des membres de V Académie royale de peinturi et de smlpture^ publiés par L. Dussieux, E. Soulié, etc., 1854, 2 vol. in-8'', Paris, Dumoulin. Ces ménaoires abondent en détails relatifs aux sculptures du jardin.
* Elles ont dû disparaître en 1685. « Le Roi, dit Dangeau, vient voir les fontaines des Couronnes qu'il a fait changer et qui sont plus grosses et plus belles qu'elles n'étoient. » (7 juin 1685.)
^ Vulgairement appelée le Pot bouillant.
* La Pyramide a été restaurée en 1822 (Vaysse de Villiers).
LE JARDIN
La Cascade.
Au-dessous de la Pyramide, on trouve la Cascade, appelée aussi les Bains de Diane, qui commence TAUée-d'Eau. La Cascade est un petit bassin carré, où l'eau tombe en nappe. Les faces du bassin sont décorées de bas-reliefs, dont le principal est dû à Girardon et qui représente Diane et ses Nymphes au bain. Ce beau bas-relief est d'un goût très-français, gracieux et élégant, léger et spirituel, comme toutes les œuvres de nos grands artistes quand ils se dégagent des influences étrangères.
L'Allée-d'Ean.
VAllée-d'Eau^ appelée par Louis XIV Vallée des Enfants, et aujourd'hui Vallée des Marmousets, fut établie en 1668-69 ; elle tire son nom des 22 petits bassins en marbre blanc enfermés dans les plates-bandes de gazon qui la bordent. Chacun de ces bassins est orné d'un groupe en bronze, composé de trois enfants qui supportent une cuvette en marbre de Languedoc. Les groupes d'enfants sont extrêmement variés dans leur disposition et leurs ornements. Les premiers sont de jeunes Tritons portant des coquilles pleines de corail et de coquillages. Les suivants sont des enfants portant des fruits. Les troisièmes sont deux amours et une jeune fille soutenant une corbeille pleine de fleurs. Les quatrièmes portent des fruits ; les cinquièmes, tiennent des tambours de basque, des flûtes et des flageolets ; les sixièmes sont de petits Satyres qui ont sur leur tète des corbeilles remplies de fruits ; les septièmes sont de jeunes termes ; les huitièmes jouent avec des poissons ; les suivants sont trois enfants avec les attributs de la chasse ; les dixièmes, dit Pigauiol, « semblent admirer l'eau qui tombe du bassin qui est sur leur tête » ; les onzièmes sont de jeunes filles qui jouent avec un perdreau.
Chacun de ces groupes est reproduit en double, à droite et à gauche.
Les premiers groupes furent fondus par Duval ; les der-
niers, par "Warin, Monnier et Langlois ^ La décoration de l'allée était complétée par des vases et des eaux jaillissantes, dont on voit l'effet sur une gravure d'Israël Silvestre, de 1676*. Les tapis de gazon étaient garnis, des deux côtés, par des ifs plantés dans des vases de cuivre doré, et de chaque bassin s'élevait un jet d'eau.
Le bassin du Dragon.
Au bas de l'Allée-d'Eau, on trouve le dassin du Drapon de 40 mètres de diamètre, au milieu duquel était un dragon qui lançait un jet d'eau d'une grosseur et d'une hauteur surprenantes Quatre dauphins nageaient autour du monstre, que de petits amours montés sur des cygnes se proposaient de combattre avec leurs flèches. Tout le groupe, détruit depuis longtemps ^, était en plomb doré ; c'était l'œuvre de Gaspard Marsy.
Le bassin de Neptune*
Le dassin de Neptune^ établi de 4679 à 1684, sur le dessin de Le Nôtre, s'appelait aussi, à cette époque, les Qrandes-Cascades, et formait le complément de l'Allée-d'Eau. Le bassin de Nep- .tune est bordé par une tablette de 160 mètres de longueur, supportant 2^ vases de plomb richement ornés ^ de chacun desquels s'échappe un jet d'eau. La tablette est accompagnée dans toute sa longueur par un chéneau, duquel sort aussi un jet entre chaque vase ; ce qui fait en tout 44 jets d'eau,
* Comptes des Bâtiments.
^ Chalcographie, n° 2546.
^ Voir au musée le tableau de Cotelle, n** 770.
* A l'ordinaire, le jet s'élevait à 10'",70 ; à la grande manière, c'est-à-dire, pour le Roi, il atteignait 27"^, 60.
^ Il n'est déjà plus reproduit sur une gouache de Portail (n° 22G8 du Musée), non datée, mais qui est de 1730 à 1740.
^ Ces vases qui pèsent plusieurs milliers de kilogrammes sont soutenus par une forte armature de fer. En 1879, M. Guillaume, l'architecte du palais, eu a fait réparer deux, dont l'armature était complètement détruite par la rouille, et qui s'étaient affaissés sous leur propre poids. Cette restauratiou a été faite avec un soin digne de tout éloge. — Sous Louis XIV ces vases étaient dorés.
LE JARDIN
qui s'élèvent à une grande hauteur (21 m.). Six grosses gerbes s'élancent sur le devant du bassin, dont le fond est orné de 22 nappes d'eau tombant en cascades. La belle gouache de Portail que nous venons de citer et le tableau de Cotelle ' nous montrent la fontaine de Neptune telle qu'elle était sous Louis XIV, avant qu'on y ait placé les groupes qui la décorent depuis Louis XV. Ce fut le 17 mai 1685 que les eaux du bassin de Neptune jouèrent pour la première fois devant le Roi, « qui en fut très-content 2. »
En 1733-33, on rebâtit la tablette qui domine le bassin ; elle fut reconstruite avec plus de solidité, et on la décora d'ornements d'architecture et de sculpture qu'elle n'avait pas auparavant ^.
Nous voyons dans les Comptes des Bâtiments que Verberckt et Le Goupil travaillent aux sculptures en pierre du bassin de Neptune, en 1733 ; Senelle, en 1735 ; Hardy, en 1736*.-
Ce fat en 1739 qu'on commença à placer les trois groupes en plomb que nous voyons aujourd'hui : à gauche, Protée assis sur une licorne marine, par Bouchardon (1739) ; — à droite, rOcéan étendu sur un monstre marin, par J.-B. Lemoine (17/jO) ; — au centre, Neptune et Amphitrite assis dans une grande conque, et entourés de Tritons et de monstres marins, par Lambert-Sigisbert Adam (1740). Le 14 août 1741, le bassin était achevé, et on fit jouer ses eaux, pour la première fois, devant le Roi ^
Le pourtour du bassin est décoré de trois statues. Celle du milieu fut d'abord le Curtius du Bernin ®, qui fut remplacé en 1688 par la Renommée écrivant l'histoire de Louis XIV. Cette statue avait été exécutée à Rome par Domenico Guidi, sur le dessin de Lebrun ^
A droite et à gauche de VAllée-d'Eau se trouvaient deux
* N° 751 du musée de Versailles.
' Dangeau.
' PlGANIOL DE LA FORGE, 1738.
* C'est lui qui fait les vases et les coquilles en plomb. ' Mémoires dît, duc de Luynes.
" Voir le tableau d'AUegrain, n** 752 du Musée.
' Le Curtius fut alors transporté au vertugadin do la pièce d'eau des Suisses-
bosquets : entre le château et Tallée, l'Arc-cle-Triomphe; au delà de l'allée, les Trois-Fontaines.
Li'Arc-de-Triomphe.
Le bosquet de VArc-de- Triomphe ' porta d'abord le nom de Pavillon- d'Eau. La fon laine du Pavillon était au milieu d'un cabinet de verdure ; on y trouvait 4 dauphins de bronze placés aux angles d'un grand bassin et lançant des jets d'eau qui, en se rassemblant par le haut au gros jet du milieu, formaient une espèce de pavillon. Ces cinq jets étaient accompagnés de quatre autres qui sortaient de quatre vases posés au milieu d'autant de bassins qui étaient aux angles du bassin principal. L'eau de ces jets allait se décharger dans le bassin du milieu par quatre masques de bronze qui la vomissaient dans des coquilles ^ Louis XIV ne conserva pas longtemps le Pavillon- d'Eau. De 1677 à 1683 il fit faire par Le Nôtre un nouveau bosquet, qui prit le nom de bosquet de V Arc-de- Triomphe^ dans lequel on trouvait trois fontaines et un arc de triomphe.
A l'entrée, la fontaine de la France était décorée d'un groupe en plomb représentant la France triomphante assise sur son char et écrasant l'Espagne et l'Empire'^. Ce beau raorceau de sculpture, œuvre de Tuby et de Goyzevox, existe encore et mériterait d'être restauré *. En montant vers l'Arc de triomphe, on trouvait, à droite, la fontaine de la Victoire, dans laquelle la Victoire était représentée sur un globe orné de trois fleurs de lys. Les sculptures de cette fontaine étaient de Mazeline. A gauche, et vis-à-vis de la précédente, était la fontaine de la Gloire ; sa décoration, dessinée par Lebrun, était l'œuvre de Goyzevox. Un perron de marbre conduisait à l'arc de triomphe, précédé de quatre obélisques ou pyramides à jour et en fer doré, dans lesquels l'eau se
' Voir les tableaux de Cotelle, 772 et 773 du Musée, et la gravure de
Rigaud, Chalcoçiraphie, n° 25G8.