‹ Le chateau de VersaillesChapitre 17 sur 56 · FÉLIBIEN · texte numérisé non relu

FÉLIBIEN

^ La figure de la France était dorée (Piganiol). * Il a été gravé par Thomassiu, n'* 129.

LE JARDIN

jouait et tombait en nappes de cristal. L'arc de triomphe, bâti à l'endroit le plus élevé du bosquet, en occupait le fond. Il était composé de trois portiques de fer doré, au dessus desquels étaient sept bassins, d'où s'élançaient des jets d'eau ; d'autres jets existaient aussi dans le milieu des portiques. Toutes ces eaux retombaient en nappes sur les gradins de marbre. Vingt-deux autres jets s'élançaient de vasques placées sur des piédestaux de marbre, qui bordaient à droite et à gauche la charmille du bosquet. « Certainement, dit Blondel, il est impossible d'imaginer, sans l'avoir vu, le merveilleux effet que produit cette décoration ; l'art y paroi t poussé à son dernier période, et la nature semble à l'envi lui disputer la prééminence. »

Delobel était l'auteur des ouvrages de serrurerie de ce bosquet, dont les sculptures, en plomb doré, étaient dues à Coyzevox, Tuby, Mazeline, Houzeau, Legros et Masson.

Le bosquet, déjà restauré en 1732, était en état de réparation en 4787 et fermé depuis cette époque \^ AlmanacTi spécial de Versailles ^ dit qu'il a été détruit en 1801. La forme et les bois du bosquet existent seuls aujourd'hui avec le groupe de la France triomphante, mais à l'état d'abandon et de ruine.

Le plan de Dubois nous montre que le bosquet qui entourait les fontaines de l'Arc-de-Triomphe formait un labyrinthe compliqué ; il se composait d'une allée se repliant à chaque instant sur elle-même et en tout sens, et n'ayant qu'une seule issue. C'était le pendant du Labyrinthe des Fables d'Esope.

Les Trois-Fontaines.

Le bosquet des Trois-Fontaines porta d'abord le nom de Berceau-d'Eaii. C'était une belle allée bordée d'arbres qui y a maintenoient une agréable fraîcheur », et dans laquelle une infinité de jets d'eau formaient un berceau sous lequel on se promenait sans être mouillé *. Le Berceau-d'Eau fut

* Cicérone ^ 1804.

* 1838, in-12.

' Il existe une gravure du Berceau-d'Eau.

transformé de 1677 à 1683 et devint alors les Trois- Fontaines. 11 était bordé d'une palissade en treillage, au pied de laquelle étaient deux gradins de gazon, dont le plus élevé supportait des ifs plantés de distance en distance. On y voyait trois fontaines ou bassins entourés de rocailles fines, et de nombreux jets d'eau s'élançaient dans diverses directions. Le terrain étant assez en pente, la fontaine du milieu et celle du fond s'étageaient sur des gradins de marbre et de rocaille Les Trois- Fontaines étaient en ruines et fermées dès 1804 *; aujourd'hui, il n'existe plus que l'emplacement du bosquet et la trace de ses bassins.

Le parterre du Midi*.

En revenant au Sud, on trouve le parterre du Midi appelé autrefois le parterre des Fleurs ; il est établi en partie sur l'emplacement de l'orangerie de Louis XIIL Ce parterre de broderies, mêlées de plates-bandes de fleurs et d'enroulements de gazon, avait été détruit à une époque que j'ignore et ne se composait plus que d'un maigre tapis de gazon, lorsqu'il fut rétabli par M. Questel sous le règne de Napoléon IIL

Le parterre du Midi est enveloppé de trois côtés par des terrasses, dont les tablettes de marbre supportent 30 vases de bronze. On descend de la terrasse du château au parterre par un perron de marbre blanc appelé le deçré des Sphinx, qui tire son nom des deux sphinx en marbre blanc qui le décorent. Chacun des deux sphinx porte un amour en bronze tenant des guirlandes. Ces belles fontes de Duval sont d'un poli extraordinaire ; on les croirait en jaspe. L'auteur de ces charmantes sculptures est Lerambert*.

* Voir au Musée les tableaux de Cotelle n®* 768 et 769, et la gravure

d'Israël Silvestre, n° 2637 du catalogue de la Chalcographie. Cicérone, 1804.

^ Voir pour le parterre du Midi les vues du château du côté du Potager et du côté des jardins, par Menant. Ces curieuses gravures sont à la Bibliothèque de Versailles.

* Les sphinx ont été gravés par Lepautre (Chalcographie, n°* 1 450-51) et par Thomassin (a<>^ 83-84).

LE JARDIN

La tablette septentrionale du parterre du Midi, divisée en deux parties par le degré des Sphinx, supporte à droite et a gauche i2 vases de bronze fondus par Duval sur les modèles de Ballin et de Bertin ^ La tablette occidentale et la tablette orientale sont également décorées de vases de bronze moulés sur ceux de Ballin et fondus en 1852 par Galla ; mais ce bronze noir et sans transparence est bien loin de valoir celui de Duval. Pendant la Révolution, on a changé les attributs de quelques-uns de ces vases, et on les a remplacés par le Glaive, la Balance ou l'Œil de la Justice.

Ce sont les marches de marbre blanc teinté de rose, de Tun des degrés de ce parterre % qui ont inspiré à Alfred de Musset une charmante poésie dont nous ne citerons que quelques vers :

Dites-nous, marches gracieuses, Les rois, les princes, les prélats, Et les marquis à grand fracas, Et les belles ambitieuses, Dont vous avez compté les pas ; Celles-là surtout, j'imagine, En vous touchant ne pesaient pas, Lorsque le velours ou l'hermine Frôlait vos contours délicats.

Laquelle était la plus légère ?

Est-ce la reine Montespan?

Est-ce Hortense ^ avec un roman Maintenon avec son bréviaire, Ou Fontange avec son ruban ?

Beau marbre, as-tu vu La Vallière?

De Parabère ou de Sabran, Laquelle savait mieux te plaire ?...

Marches qui savez notre histoire, Aux jours pompeux de votre gloire, Quel heureux monde en ces bosquets !

L'Orangerie.

U Orangerie actuelle remplaça celle de Louis XIII qui était

* Les six vases à la gauche du degré sont répétés à la droite.

* Ce degré est celui qui est à l'entrée de la terrasse orientale du parterre.

* Hortense Mancini, l'une des nièces de Mazarin.

trop petite. Dès '1678 et 1679, on creusa le sol de la butte \ et le bâtiment fut élevé de 1684 à 1686, sur les dessins de Mansart, dont c'est le plus bel ouvrage-. Quand les ambassadeurs de Siam vinrent à Versailles, en 1686, ils visitèrent l'Orangerie et dirent que la magnificence du Roi était grande d'avoir fait un si superbe bâtiment pour servir de maison à des orangers, et qu'il y avait bien des rois qui n'en avaient pas de si belles^.

L'Orangerie est située en contre-bas du parterre du Midi, dont elle soutient les terres à l'aide de murs de 4 à 5 mètres d'épaisseur. Elle est exposée au midi et consiste en une galerie centrale et deux galeries latérales, d'ordre toscan. La galerie du milieu a 156 mètres de long sur 12"^,50 de large ; ses voûtes font Tadmiration de tous les connaisseurs. Elle est éclairée par 12 grandes fenêtres cintrées qui sont dans l'ébrasement des arcades. Au milieu, est une statue colossale en marbre représentant Louis XIV vêtu à la romaine ; elle fut donnée au Roi par le maréchal de la Feuillade, qui l'avait fait faire par Desjardins pour le monument de la place des Victoires. Aux deux extrémités, il y avait, dans de vastes niches, deux statues colossales d'Hercule et de Mercure'.

Chacune des deux galeries latérales a 117 mètres et est côtoyée d'un grand escalier de 30 mètres de large, appelé les Cent-Marches, quoique le nombre exact soit de 103. Ces deux escaliers conduisent du parterre du Midi au parterre de l'O-

* Les soldats du régiment du Roi furent employés aux travaux de terrassement {Compiea des Bâtiments de 1685).

* Si l'on en croit La Font de Saint- Yenne [FOmhre du grand Colhert, p. 59), l'invention du dessin de cet édifice serait de Le Notre. « Louis XIV, dil-il, n'étant pas satisfait des idées de ses architectes pour ce bâtiment, dit plusieurs fois à Le Nôtre d'y travailler. Il s'en excusa toujours sur ce que ses talens étoient bornés à la composition des jardins. Mais le Roi le pressant de nouveau d'y penser, une nuit cette idée l'éveilla, et il se leva pour la tracer. Le matin il la présenta à Sa Majesté ; elle en fut si satisfaite, qu'elle fit venir Mansart, et lui ordonna delà perfectionner et d'y faire travailler incessamment. «-

^ Mercure Galant, 1686, novembre, p. 131.

* La tête, détruite eu 1793, a été refaite en 1816, par Lorta.

^ Ces deux statues en pierre sont aujourd'hui dans les magasins du Musée. On ne sait ni l'époque ni la cause de leur déplacement. On se propose de les remettre prochainement en place.

LE JARDIN

rangerie et à la route de Saint-Cyr. L'entrée principale de l'Orangerie était par la porte Royale, située en face de l'allée de Bacchus et de l'entrée du Labyrinthe. C'était par cette porte que pénétraient les visiteurs qui obtenaient la permission « de se promener à l'ombre des orangers. »

Le parterre de r Orangerie ou parterre des Orangers, comme disait Louis XIV, se compose de six pièces de gazon et d'un bassin rond. On dit qu'il a été dessiné par La Quintinie Dans la belle saison, c'est toujours une admirable forêt d'orangers, de grenadiers, de lauriers roses, de mirtes et d'arbres rares de la plus grande beauté, parfaitement soignés par le jardinier actuel, M. Thouvenin.

Lister nous apprend qu'à l'époque de Louis XIV, l'Orangerie renfermait 3000 caisses, dont 2000 d'oraogers « aussi gros, dit-il, pour plusieurs centaines d'entre eux, qu'ils pourroient venir dans leur pays. » Aujourd'hui le nombre des orangers est de 1800, dont 500 gros.

a Louis XIV aimait particulièrement l'oranger, le plus bel arbre de nos jardins sans contredit par sa forme élégante, par sa verdure agréable, son parfum, ses fleurs et ses fruits. On compte encore aujourd'hui (1782), parmi les curiosités de Versailles, la magnifique orangerie qu'il y fit bâtir pour les conserver l'hiver.... Au printemps, quand la saison, devenue plus douce, permettait d'exposer à l'air ces arbres délicats, on les plaçait dans des charmilles basses, de roses, de chèvrefeuille, de jasmin, lesquelles, cachant les caisses et ne laissant paraître que l'arbre avec sa tête fleurie, oflraient aux yelix le spectacle ravissant d'une forêt enchantée. Toutes les fois que le monarque donnait, dans ses jardins, de ces fêtes brillantes qui, chez l'étranger, rendirent son règne presque aussi célèbre que ses conquêtes, les ordonnateurs, pour lui faire leur cour, employaient toujours les orangers dans la décoration des portiques, des salles, de verdure et des autres embellissemens pareils. Un des principaux ornemens de la Grande-Galerie de Versailles était des orangers : chaque entre-deux de fenêtre en avait quatre, garnis chacun de leur caisse d'argent avec une base du même métal. Il y en avait

* Curiosités de Paris et de Versailles, ll,U7.

autant dans la salle de billard. Enfin le monarque en faisait placer jusque dans ses appartemens ; et ses jardiniers, pour satisfaire son goût sur cet objet, avaient même trouvé le secret d'en avoir en fleurs toute Tannée. Ils choisissaient pour cela quelques pieds d'orangers qu'ils laissaient dessécher faute d'arrosement. Quand les feuilles étaient tombées, on ranimait les arbres par un traitement particulier. Bientôt ils poussaient des feuilles nouvelles et des fleurs ; et alors on les portait chez le prince. Il ne s'agissait plus, pour lui en fournir de pareils toute l'année, que d'employer de quinze jours en quinze jours les mêmes procédés sur d'autres \ »

Dès 1685, Louis XIV flt venir des orangers de Saint-Domingue ; il en achéta 20, au prix de 2200 livres à la duchesse de la Ferté ; en 1687, il acheta 51 lauriers en Flandre et un assez grand nombre d'orangers ; on fit faire des caisses ; on fit venir de Fontainebleau les plus beaux orangers qui s'j trouvaient, entre autres le Grand-Bourbon, qui, selon la tradition, aurait été semé en 1421 par une princesse de Navarre. Ofïert en cadeau par Catherine de Foix, reine de Navarre, à Anne de Bretagne, en 1499, cet oranger devint ensuite la propriété du connétable de Bourbon, auquel François P'" le confisqua pour le placer à Fontainebleau. A son arrivée à Versailles, Louis XIV vint visiter le Grand-Bourbon qui, dit le Mercure*^ est âgé de cinq cents ans. Le Mercure se trompe ; en admettant- l'exactitude de la tradition, ce bel arbre n'aurait aujourd'hui que 460 ans. Après avoir eu trois troncs soudés à la naissance de la tige, le Grand-Bourbon n'a plus actuellement qu'un seul tronc ; mais il est encore le plus bel oranger, le plus vert de la collection, et nous l'avons vu chargé de plus de 200 fruits.

Le parterre de l'Orangerie est fermé, à droite et à gauche, d'abord par les galeries latérales, puis par deux grilles posées en 1687 et soutenues par des piliers, au dessus desquels on avait placé en 1688 des corbeilles de fleurs sculptées par Lespingola et Pinot. En avant, sa fermeture consiste en un

* Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée de» Français, t. I, p '200.

* Mercure Galant, 1687, juin, p. 330. — Dangeau, 7 juiu 1GS7.

LE JARDIN

fossé qui baigne le pied du mur de terrasse, surmonté d'une balustrade, et par deux grilles très richement décorées, dont les piliers supportent 4 groupes représentant Zéphire et Flore, Vénus et Adonis, de Lecomte ; Aurore et Géphale, Vertumne et Pomone, de Legros

On voit sur un tableau de Cotelle' qu'à chaque angle des deux pièces de gazon les plus rapprochées de l'Orangerie, il y avait une statue en bronze. On reconnaît très-bien l'Hercule terrassant l'hydre ^ une Diane chasseresse, et le Mercure et Psyché d'Adrien de Vriès ^, qui sont actuellement au Louvre ou aux Tuileries, et la Vénus de Médicis, qui est au bosquet de la Reine

L'ouvrage de La Quintinie sur les jardins fruitiers et potagers ^ offre une jolie vue de l'Orangerie, avec les vases qui étaient placés sur les balustrades ainsi que les deux groupes de marbre qui ornaient le parterre et représentaient l'Enlèvement de Cybèle par Saturne et l'Enlèvement d'Orythie par Borée, le premier sculpté par Regnaudin,le second par Gaspard Marsy ^ Pour terminer, disons que la Renommée de Guidi fut

* Peu de temps après 1848, M. Questel a refait les deux prends escaliers, les grilles et les corbeilles : ce qui existait a été scrupuleusement reproduit.

* Au Musée de Versailles, n° 750. — Voir aussi au Musée, galle 139, la belle gouache de Portail, n" 2267,

^ Cette statue, de l'école de Francheville, venait du château de Richelieu, ainsi que plusieurs autres des jardins de Versailles. En 1741, date de la publication du Dictionnaire de la Martinière, l'Hercule n'était déjà plus à rOranperie ; en 1768, Dargenville le vit à Marly ; en 1813, on le retrouve à Saint-Cloud ; plus tard il est à Meudon ; il revient à Saint-Cloud en 1847, d'où il est enfin arrivé au Louvre en 1872.

* Adrien de Vriès, élève de Jean de Bologne, fît cette statue pour la ville de Prague sur l'ordre de l'empereur Rodolphe II. Prise par les Suédois, pendant la guerre de Trente ans, elle fut donnée par la reine Ghristice à Servien et placée dans son château de Meudon ; M. de Sablé, fils de Servien, en fit cadeau à Colbert, qui la plaça dans son château de Sceaux ; Seignelay l'offrit à Louis XIV qui la mit à l'Orangerie, puis l'envoya à Marly. En 1794, elle est au Louvre; en 1802, à Saint-Cloud; eu 1850, elle revient au Louvre et en sort en 1872 pour aller à la terrasse des Feuillants, aux Tuileries. On ferait une curieuse histoire des voyages et pérégrinations des statues de Versailles. — Je dois ces renseignements à M. le comte Clément de Ris, conservateur du musée de Versailles.

' Ces quatre statues ne sont déjà plus à l'Orangerie en 1707 (Piganiol DE LA Force, 2« édition).

* T. II, p. 413.

' Ces deux groupes sont aujourd'hui dans le jardin des Tuileries.

d'abord placée en 1686, dans le parterre de l'Orangerie, entre l'Orangerie et le bassin, avant d'être transportée au pourtour du bassin de Neptune.

Quand on a dit que Louis XIV aimait à se promener dans rOrangerie, et y venait assez souvent, on a fait l'histoire de l'Orangerie pendant ce règne. Sous Louis XV, le 16 avril 1750, le Roi, assisté du ministre de la Guerre, M. d'Argenson, des maréchaux de France, de généraux et d'officiers se rendit au parterre de l'Orangerie, où il vit les différents exercices proposés pour l'infanterie, à laquelle M. d'Argenson voulait donner un exercice uniforme. Six projets, l'ancien exercice français, l'exercice prussien et quatre exercices proposés par MM. de Bombelles, de Maillebois le fils, de Wurmser et de Lujac, furent mis en pratique par autant de détachements de soldats soigneusement exercés. Le tir, le mouvement et les marches furent exécutés avec une rare perfection, a La balustrade qui règne autour de l'Orangerie étoit remplie de monde et faisoit d'en bas un fort beau spectacle ^ »

Pendant les événements de juillet 1789, des troupes avaient été rassemblées à Versailles pour attaquer Paris. Pendant qu'on discutait au conseil sur les mesures à prendre et sur ceux des députés qui devaient être proscrits, la Reine et î^me Polignac allaient à l'Orangerie animer ces troupes, faire donner du vin à ces soldats, étrangers pour la plupart, qui dansaient et formaient des rondes. On en était là quand la nouvelle de la prise de la Bastille et du triomphe de la Révolution arriva à Versailles (14 juillet).

En 1 871 , après la défaite de la Commune, une foule de prisonniers furent enfermés dans les galeries de l'Orangerie, dont le parterre était occupé par la Garde républicaine, qui y campait.

La pièce d'eau des Suisses.

La pièce d'eau des Suisses, qui fait pendant au bassin de

* Tous étaient en uniforme ce jour-là, par exception. On ne portait pas l'uniforme à la Cour.

* LuYNES, X, 242.

LE JARDIN

Neptune, est située dans le Petit-Parc et vis-à-vis de l'Orangerie, dont elle est séparée par la route de Saint-Cyr. Nous avons déjà dit qu'il y avait jadis dans la partie centrale de ce vaste bassin un étang qui couvrait aussi remplacement du Potager actuel. Lorsque l'on creusa la pièce d'eau des Suisses, on employa les terres à combler la partie orientale de l'étang, et La Quintinie y établit le Potager. La partie occidentale de rétang fut agrandie et devint la pièce d'eau actuelle. Les travaux de terrassement furent exécutés, de 1679 à 1683, par le régiment des Gardes suisses, dont le nom est resté à la « Grande pièce d'eau », que Louis XIV appelait déjà a le lac des Suisses. »

Après l'achèvement de l'Orangerie, en 1687, cette pièce d'eau fut considérablement agrandie. Elle a 682 mètres de long sur 234 de large. Elle est bordée de belles allées et de glacis de gazon, autour desquels régnaient autrefois une balustrade de bois ou lice, le long du chemin de Saint-Cyr, et, sur les autres côtés, une rangée de petits ifs taillés*. L'extrémité méridionale, qui se termine au pied du plateau de Satory, fut disposée en rampes plantées de sycomores et formant un grand vertugadin -, au fond duquel on plaça le Louis XIV du Bernin transformé en Curtius.

C'est derrière cette statue, vulgairement appelée le Cavalier Bernin, que l'illustre bailli de Suffren, un de nos plus grands hommes de mer, sinon le plus grand, fut blessé mortellement en se battant en duel contre M. de Mirepoix, en décembre 1788 \

Les Comptes des Bâtiments de 1685 et de 1687 nous apprennent qu'il y avait sur la pièce d'eau des Suisses, de même que sur le Canal, des chaloupes et des barques décorées de sculptures, destinées à la promenade. En juillet 1783, la Reine et les princesses s'amusèrent à y pêcher à la ligne. C'était alors un beau bassin bordé d'une tablette de pierre qui régnait sur tout son pourtour et accusait nettement sa forme; tandis

* Voir au Musée : les tableaux de Cotelle (n^^ 723, 729 et 750) et la gouache de Portail, 2267.

* Glacis de gazon en amphithéâtre, dont les lignes circulaires qui le renferment ne sont point parallèles {Dictionnaire de Trévouœ),

* Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire.

qu'aujourd'hui, le mur dégradé et la tablette partout détruite, la pièce d'eau a plutôt l'air d'un étang que d'un bassin*.

Une partie des terres enlevées de la pièce d'eau des Suisses fut employée à dresser le Mail, qui s'étendait à droite de la pièce d'eau sar toute sa longueur ^ et était planté de beaux arbres. Plus tard on établit un nouveau mail dans la grande allée verte qui est au sud du parc, entre les bosquets et la route de Saint-Cyr', et dans l'allée des ha-ha qui va jusqu'au bassin d'Apollon. Le mail était sous Louis XIV un jeu très à la mode ; Monseigneur y jouait volontiers, à Versailles et à Marly On avait fait aussi à Marlyet à Trianonun petit mail pour la duchesse de Bourgogne et ses dames ^.

L'allée de l'ancien mail a servi de campement aux escadrons du train des équipages de 4 871 à 4 879. Les baraques établies dans cette allée et dans celle des Matelots ont été démolies en 4879. En 1871, on avait aussi établi, entre le mur du Potager

la pièce d'eau, l'école de ponts du l^'" régiment du Génie. Les explosions de torpilles, en dégageant les gaz méphitiques contenus dans les vases du fond de la pièce d'eau rendaient le voisinage inhabitable. L'école a été transportée au Canal en 1877, et les bâtiments démolis en 1878.

Le Théâtre-d'Eau.

Il nous faut maintenant décrire les fontaines renfermées dans les douze grands massifs ou bosquets du jardin.

Le premier que nous trouvons est le Théâtre-d'Eau, appelé aujourd'hui le Rond-Vert ^ Ce bosquet, établi de 1671 à 1673,

* En 1781, lors de la naissance du Dauphin, fils de Louis XVI, on songea à donner une fête autour de la pièce d'eau des Suisses. Moreau le jeune fut chargé de présenter un projet pour cette fête. Son dessin fait aujourd'hui partie des collections de M. le comte de la Béraudière.

* Le Mail est indiqué sur le plan de Versailles qui se trouve dans l'édition de Thomassin publiée à la Haye en 1724, pet. in-4*.

' Voir les plans de Dubois et de Blondel.

* Dangeau, 1699, 23 juin.

" Dangeau, 1699, 22 juillet.

* Ou le Rond des bonnes, qui, en effet, s'y donnent rendez-vous pour y faire jouer les enfants.

LE JARDIN

était ainsi appelé, dit le Mercure Galant \ « à cause des diverses figures que les jets d'eau dont il est rempli y représentent. Il offre d'abord à la vue trois allées d'eau qui font la patte d'oie, et qui sont plus élevées que le lieu d'où on les voit, parce que le terrain va en montant; elles sont bordées de treillages. Aux deux côtés de celle du milieu sont deux enfoncemens cintrés et treillissés qui la séparent des deux autres. Au devant de ces cintres, on voit deux bassins dans lesquels sont encore d'autres bassins plus petits et plus élevés, de manière que les jets d'eau qui en sortent, les remplissant trop, font des nappes d'eau tout autour. Il y en a encore de pareils par de là les deux autres allées ; ainsi chaque allée en a à ses deux côtés. L'allée du milieu est plus élevée, et l'on y voit des cascades, qui font quatorze ou quinze nappes d'eau, les unes sur les autres; et ces cascades et ces nappes sont formées par un très-grand nombre de jets, puisque cette allée en a cinq dans sa largeur, qui continuant jusqu'au bout font paroître six allées d'eau. Au bas de cette allée est un grand bassin, qui occupe toute la face des cascades et qui en reçoit l'eau ; et plus bas encore il y a un autre bassin rempli de six gros jets.

)) Les allées des côtés ont chacune deux jets d'eau dans leur largeur, qui forment trois allées d'eau; ils sont dans un bassin qui continue tout le long de l'allée ; et comme elle est en pente, et qu'on a mis d'espace en espace de quoi arrêter l'eau, elle forme des nappes tout le long de la même allée, et ces nappes forment des cascades qui accompagnent celle du milieu. Entre le treillage et les jets d'eau de ces trois allées, il y a six rangs de petits arbres qui étant taillés de différentes manières représentent diverses figures.

» Je ne parlerai point du reste des ornemens qui embellissent ce lieu, mais comme il est fait pour les divers changemens des jets d'eau qui imitent les décorations de théâtre, je vous dirai qu'il y en a de cinq sortes. Les jets s'élancent d'abord en haut et demeurent droits; ensuite ils se courbent et font des berceaux en dedans et puis en dehors; après cela ils

* Novembre 1686, p. 180.

• Des ifs, généralement taillés en longues pyramides.

forment des cercles en avant, qui étant changés tout à coup paroissent en arrière. »

Le Théâtre-d'Eau était Tune des merveilles que les étrangers admiraient le plus parmi les fontaines du jardin. Nous n'avons plus aujourd'hui, pour nous en donner une idée que les deux tableaux de Cotelle * et la gravure de Simonneau Mais ce que le Mercure nous a décrit n'est qu'une partie du bosquet; et il faut compléter sa description avec Félibien.

« Le Théâtre est une grande place presque ronde, qui a environ 26 toises de diamètre. Elle est divisée en deux parties. La première contient un demi-cercle autour duquel sont élevées trois marches en forme de siège pour servir d'amphithéâtre, qui est environné d'allées couvertes d'ormes sur le devant et de palissades de charmes sur le derrière. L'autre partie, qui est élevée d'environ 3 à 4 pieds, est le Théâtre. Il s'élève dans le fond par un petit talus de gazon qui laisse des passages pour les acteurs. »

Le Théâtre occupait le milieu de la grande place, et derrière lui se trouvaient les trois allées d'eau dont nous avons parlé. Ce bosquet servit aux fêtes de 4 671 et de 1674; mais il fut totalement détruit sous Louis XV ^ Il n'en reste plus que le petit bassin des Enfants'^. Le centre de ce bassin est occupé par un groupe de huit enfants qui se jouent dans l'eau. Ces charmantes figures, dont on ne connaît pas l'auteur, sont en plomb et étaient dorées autrefois.

Le Théâtre renfermait une statue qui a eu sa célébrité. C'était un Jupiter antique, en marbre de Paros, que l'on attribuait à Myron. On disait que Marc-Antoine l'avait apporté de Samos et l'avait mis au Capitole. Au xvi® siècle, Marguerite d'Autriche, duchesse de Camerino, le donna au cardinal Granvelle, qui le plaça dans ses jardins à Besançon. Quand Louis XIV s'empara de cette ville, les échevins lui offrirent le Jupiter. On l'amena à Versailles, où Drouillj'

* Numéros 737 et 738 du Musée.

' Chalcographie, n'^ 2635, d'après Cotelle. ' Blondel, V, 108.

* Dubois l'appelle le bassin cCAntin, ce qui donne la date.

LE JARDIN

en fit un terme. A la Révolution, il fut brisé à coups de fusil ».

L'Etoile.

Le bosquet de V Etoile, qui servit à la fête de 1668 et qui fut complété en 1671-72, s'appelait aussi la Montagne- d'E au ^ à cause de la masse d'eau qui jaillissait de son bassin en formant de gros bouillons, comme le dit Félibien et comme on le voit sur les anciennes gravures. Ce bosquet se compose de cinq allées aboutissant à un même centre et formant une étoile, et de deux allées circulaires qui entourent les cinq premières ^ Sous Louis XIV, les allées de l'Étoile étaient bordées d'un treillage orné de pilastres, dont la corniche supportait des vases de porcelaine remplis de fleurs. Sur le treillage s'appuyaient de nombreux pieds de chèvrefeuille, et, do distance en distance, la palissade formait des niches dans lesquelles s'élevaient des jets d'eau. Le centre de l'Etoile était occupé par un bassin circulaire, bordé de rocailles, au milieu duquel s'élevait un massif de rochers et d'où s'échappaient des jets d'eau de hauteur différente, retombant en gros bouillons. Un tableau de Cotelle, exécuté en 1688^, représente la Montagne-d'Eau; mais les gros bouillons ont disparu, et ce tableau nous donne bien plus l'idée d"une montagne de rochers que d'une montagne d'eau. En effet, Dangeau nous apprend que, le 28 août 1684, Louis XIV avait ordonné quelques changements à la Montagne, et le tableau de Cotelle doit représenter la nouvelle fontaine. Le 17 juin 1695, Dangeau nous dit que le Roi ordonna de faire de nouveaux changements à la Montagne. Enfin, lors du remaniement qui se fit dans plusieurs bosquets en 1704 et 1705, la fontaine fut complètement détruite par Mansart, qui ne conserva que la disposition générale du bosquet.

' D'ARGRNvirxR, Voyage pittoresçue des environs de Paris. — Grégoire, Rapport à la Convention^ 8 brumaire «n III.

^ C'est cette disposition qui a valu à VEtoile d'être appelé aujourd'hui le Labyrinthe par certains promeneurs du parc.

^ Numéro 736 du Musée.

La Salle-du-Conseil, appelée depuis TObélisqne.

La Salle-du-Conseil^ appelée quelquefois la Salle-des-Festins , était un bosquet établi de 4 671 à 1678 sur remplacement actuel de V Obélisque \ C'était une grande place environnée d'arbres et revêtue tout autour de gazon. « Le milieu, dit Félibien, étoit comme une lie fermée d'un fossé d'eau. » Des huit bassins et des fossés* qui entouraient l'Ile jaillissaient 73 jets d'eau. Un tableau de J.-B. Martin' nous donne la vue de la Salle-du-Conseil. Mansart changea la décoration de cette salle en 1705*, et établit la fontaine actuelle de VObélisque, ne conservant que les palissades du pourtour de la place.

« Dans le milieu du bassin de la fontaine on voit, dit La Martinière, le monstrueux effet d'eau qui a bien 15 pieds de diamètre (3 m.) par le bas, et s'élève en pointe à 75 pieds (2o m.); il forme en retombant une pyramide régulière. Cela se fait par un nombre de près de 400 ajustages de grosseurs différentes, dont ceux de la ceinture extérieure d'en bas s'élancent environ au quart de la hauteur; d'autres, dans l'épaisseur, se mêlant avec les premiers, s'élèvent environ aux deux tiers, et un nombre dans le milieu s'élancent en pointe dans le haut. Pour opérer ces effets, ces eaux viennent des trois réservoirs ^ qui fournissent à ces dégradations. Quand cela joue, il y a trois fontainiers partagés à chaque robinet, pour régler, en les ouvrant plus ou moins, les effets de chaque partie; en sorte qu'à moins d'un vent extraordinaire qui agite irop le haut, le tout retombe en figurant la forme d'un obélisque et d'une couleur blanche comme la neige. » Le Roi, dit Dangeau le 24 novembre 1706, alla voir une très-belle fontaine qui est à l'endroit où étoit la petite île qu'on appeloil la Salle-du-Conseil. »

* Ou les Cent- Tuyaux, ou encore la Gerbe* ' Faits et pavés en 1672.

* Numéro 754 du musée de Versailles.

* Cabinet des Estampes, Topographie, "Versailles, t. XII. ^ A niveaux différents.

LE JARDIN 2Ô3

Cette fontaine, en très-mauvais état aujourd'hui, doit être restaurée *.

Bassins de Gérés et de Flore.

Les trois bosquets que nous venôns de décrire sont séparés des trois suivants par une allée, dans laquelle se trouvent les deux bassins de Cérès et de Flore (1672-1675).

Dans la partie méridionale du jardin, une allée symétrique partage aussi les bosquets, et renferme les bassins de Bacchus et de Saturne. Deux allées perpendiculaires à celles-ci servent à partager les bosquets en douze parties. Les quatre bassins sont placés dans les carrefours de ces maîtresses allées, et s'ont appelés les fontaines des Quatre-Saisons ; leurs bassins sont entourés de gros cordons de marbre, et les groupes de plomb qui les décorent étaient autrefois dorés ^

Le bassin de Cérès ou de VEté est octogone et décoré d'un groupe représentant Gérés avec ses attributs, exécuté par Regnaudin d'après Lebrun ^. — Le bassin de Flore ou d'i Printemps est circulaire et renferme un groupe représentant Flore entourée de fleurs et de nombreux Amours qui lançaient autrefois 20 jets d'eau. Ce groupe a été exécuté par Tuby, d'après Lebrun. La gravure de Lepautre, faite en 1680*, nous montre la ravissante bordure de ce bassin, décorée d'une suite de couronnes de fleurs, depuis longtemps détruite.

Le Marais, appelé depuis les Bains d'Apollon.

Après avoir traversé l'allée de Cérès, on arrivait au hos- ([}xti dn Marais ou du Chêne-Vert^ qui occupait l'emplacement actuel des Bains d'Apollon. Le projet du Marais avait été dessiné, dit Charles Perrault dans ses Mémoires, par

* Voir au Musée le tableau de P.-D. Martin, a<* 757, et la gravure de Rif^aud (Chalcographie, n° 2630).

' Les bassins de Bacchus et de Saturne ont été réparés récemment par M. Queslel, et celui de C^rès par M. Guillaume en 1879.

* Gravé par Thomassin, 134.

* Chalcographie, n*^ 2573.

M'"o de Montespan ; aussi ce bosquet fut-il regardé comme la merveille du jardin tant que dura la faveur de la marquise. Commencé en 1670, il ne fut terminé qu'en 1676, mais il put cependant servir aux fêtes de 1674. Le Mercure Galant * dit: « C'est un carré long qui a 12 toises (36 m.) de longueur et 8 (24 m.) de largeur 2. Il y a un grand chêne ^ au milieu, environné de tout ce qui peut croître dans un marais. Les bords de ce carré d'eau sont remplis de roseaux \ parmi lesquels sont des cygnes, dans les coins ^ ; et toutes les branches du chêne, toutes les herbes qui Tentourent, tous les roseaux et les cygnes qui en remplissent, ou plutôt qui en forment les bords, venant à jeter de l'eau tout ensemble, et un million de petits jets paroissant à la fois, dont les uns sont plus et les autres moins élevés, forment une pluie d'eau, qui lavant la verdure dont elle sort, lui donne un plus vif éclat et réjouit la vue.

» Au milieu des deux ailes de ce marais, dans deux enfoncemens élevés de quelques marches, sont deux tables de marbre, sur lesquelles on voit plusieurs choses qui peuvent servir à construire un buffet; mais comme la plupart de ces pièces n'ont que des cercles ou autres morceaux dorés, il seroit difficile à ceux qui n'auroient point encore ouï parler de ces buffets, de deviner à quels usages ils sont destinés. Lorsque l'eau vient à jouer, elle satisfait la curiosité des spectateurs, et en remplissant les vides qui sont entre ces pièces, elle forme des vases parfaits, dont le corps paroît d'un beau cristal enrichi d'ornemens dorés 6. Je passe par dessus

* Novembre 1686, p. 185.

^ Ce carré était bordé de banquettes de gazon et d'une palissade de petits ifs.

^ On lit dans une lettre de Colbert au Roi, en date du 17 juillet 1672 : « La tige de l'arbre du Marais, qui est de fonte, est en place, et on y a soudé déjà plusieurs branches ; tous les feuillages sont redressés et en état d'être rejoints aux branches (V, 330).

* Goy peignit en or le chêne et les roseaux (1672) ; en 1680, Gascoin rétablit les roseaux qui étaient en fer-blanc et déjà détruits {Comptes des Bâtiments). Beaucoup de roseaux étaient peints en vert.

^ Denis dit que les cygnes étaient d'une rare blancheur.

^ Les Comptes des Bâtiments de 1686 mentionnent des vases de bronze doré fondus par Warin et Langlois, pour les buffets du Marais. Ce doit être ces parties de vases dont parle le Mercure. — Il y avait aussi au

LE JARDIN

les autres embellissemens de ce lieu et ne dis rien de divers rangs de porcelaines remplies de verdure, ni de tout ce que l'habileté du jardinier ajoute à tous ces endroits où l'art surpasse la nature. »

Cette description est complétée par le tableau de Gotelle* et par la gravure d'Israël Silvestre, faite en 1680^

En 1704, Mansart détruisit le Marais, qui devint un nouveau bosquet des Bains d'Apollon. Un tableau de P.-D. Martin^ et une gravure de Rigaud* nous le représentent dans ce second état. Au fond, on voit les trois groupes d'Apollon de l'ancienne Grotte placés sous des baldaquins en plomb doré* destinés à les mettre à l'abri de la pluie et de la chute des feuilles.

Devant les soubassements des trois groupes se trouve un petit bassin demi-circulaire; en avant, une place carrée et sablée. Le pourtour du bosquet est en treillage avec une bordure de gazon. « Le 28 octobre 4705, le Roi, dit Dangeau, alla voir les embellissements qu'on a faits aux Bains d'Apollon, que l'on a couverts avec une magnificence extraordinaire. »

Le bosquet fut entièrement refait par Hubert Robert en 1778-79, et se composa de l'ancien Marais et du nouveau bosquet du Dauphin dont nous allons bientôt parler. Le tracé général est dans le goût nouveau et pittoresque; de beaux arbres y donnent partout une agréable fraîcheur. Le groupe principal de Girardon fut placé dans une grotte pratiquée au milieu d'un rocher construit en maçonnerie, ornée de colonnes à peine dégrossies, et figurant le palais de Thétis*. Les groupes de Guérin et de Marsy se trouvent un peu plus bas. Cette disposition, en somme, est excellente ; cependant

Marais des tables à manger décorées de corbeilles de cuivre doré. Elles servirent à la collation que Louis XIV donna, le 3 juillet 1G91, au roi et à la reine d'Angleterre (Dangeau).

* Numéro 7fi7 du musée de Versailles.

* Chalcographie, 2628.

^ Numéro 759 du musée de Versailles.

* Chalcographie, n^ 2566.

^ Exécutés par Manière, Lemoine et Fre'min. Le modèle du baldaquin central, en cire dorée, existe encore ; le mauvais état dans lequel il est, empêche qu'on ne puisse l'exposer dans une des salles du Musée.

* Ce rocher fut construit par Thévenin et Robert. (Fontaine, Trianon^ page 14.)

la masse du rocher fait paraître un peu petites les belles sculptures qu'il renferme K

C'est dans ce bosquet qu'eut lieu probablement, à la fin du mois d'août 1784, la trop célèbre entrevue du cardinal de Rohan avec la demoiselle d'Oliva, qu'il croyait être Marie- Antoinelte .

Le nouveau bosquet du Dauphin.

Le massif que renfermait le Marais contenait une autre fontaine dont Louis XIV avait ordonné la construction en 1684*; il voulait qu'elle fût plus magnifique que toutes celles qui étaient déjà faites. Le 18 janvier 1685, il alla voir le modèle de la nouvelle fontaine : « Elle ne peut être achevée que dans trois ans, lisons-nous dans Dangeau, et S. M. nous dit qu'elle coûtera 3 millions. » La nouvelle fontaine resta, pour des raisons que nous ignorons, un autre caprice sans doute, à l'état de projet. Dubois, en 4732, la désigne sur son plan, par le nom de Bains de Diane.

En 1736, son emplacement servit à Gabriel' pour y établir le nouveau bosquet du Dauphin, destiné à l'amusement du jeune fils de Louis XV. Ce bosquet se composait d'un pavillon'* et d'un jardin. Sa forme était celle d'un fer-à-cheval, ou terrasse semi-circulaire à deux rampes en pente douce. Dans le vide de ce fer-à-cheval on avait tracé un parterre, au milieu duquel s'élevait un pavillon octogone, où l'on trouvait un grand salon, aux lambris richement sculptés, et un petit logement pour le concierge. Le pavillon avait été peint en dehors, ou plutôt doré, par Desauziers ; toutes les sculptures, en pierre et en plomb surtout, étaient l'œuvre d'Antoine Rousseau et de Herpin*.

Le musée de Versailles (salle 138) expose un très-beau dessin d'Hubert Robert, à la plume et. à l'encre de Chine, représentant la grotte et deux de ses groupes.

^ Dangeau, I, 39.

* Jacques-Ange Gabriel, contrôleur des château et jardins de Versailles, fils de Jacques Gabriel, premier architecte.

^ Gravé par Scotin pour la 7® édition de Piganiol de la Force,

* Comptes des Bâtiments ^ 1736,

LE JARDIN

A droite et à gauche du pavillon étaient deux très-belles volières, décorées de paysages par Francisque Millet *, et de sculptures de plomb exécutées par Rousseau^. Sur la même ligne que les volières étaient placées les statues du Roi et de la Reine sous les figures allégoriques de Jupiter et de Junou, la première par Nicolas Goustou, la seconde par Guillaume Goustou^ Le parterre renfermait un bassin, entouré d'une balustrade de fer, et au milieu duquel était un enfant sur un dauphin sculpté par Rousseau. Le bassin était rempli de canards au plumage éclatant; des tortues de terre peuplaient le parterre et vivaient des légumes que plantait le Dauphin. Le bois qui formait le bosquet était percé de nombreuses allées, et renfermait une fontaine ou cascade de rocaille artistement faite par le sculpteur Rousseau*.

Le Dauphin donna, dans son bosquet, une petite fête au Roi et à la Reine le 22 août 1743 ^.

En 1756, quand Blondel écrivait sa description de Versailles, le pavillon de Gabriel était déjà détruit depuis quelques années. Ge bosquet du Dauphin disparut complètement, ainsi que les anciens Bains d'Apollon, en 1778, quand Hubert Robert fit le bosquet actuel des Bains d'Apollon,

L'ancien bosquet du Dauphin, appelé depuis le quinconce du Nord.

Vmicien bosquet du Dauphin et celui de la Girandole, qui dataient de Louis XIII, étaient les moins beaux du parc de Louis XIV. Le bosquet du DaupMn se composait simplement d'un carré percé de six allées se croisant en diagonale ; au centre il y avait un bassin décoré d'abord d'un dauphin, qui fut remplacé sous Louis XIV par un Faune. Louis XIV

* Fils de Jean Millet appelé aussi Francisque, et mort en 1732.

* Comptes des Bâtiments, 1738.

^ Ces statues provenaient de Petit-Bourg. Quand Hubert Robert détruisit ce bosquet, en 1778, elles furent transportées à Trianoo ; en 1839, elles étaient au musée de Versailles. Elles furent transportées au Louvre en 1850, l'administration de ce temps étant trop disposée, selon nous, à enlever de Versailles tout ce qu'il y avait de beau. PiGANiOL DE LA FoRGE, édition de 1764.

* LUYNES

plaça aussi dans ce bosquet 8 termes de marbre, dont six, exécutés sur les dessins du Poussin, avaient été enlevés au parc de Vaux en 1683 *.

Le bosquet des Dômes.

Le dernier des six massifs du Nord renferme le dosquet des Dômes et la fontaine de VEncelade.

Le dosquet des Dômea porta d'abord le nom de fontaine de la Renommée, parce qu'au milieu du bassin il y avait une Renommée en plomb doré, debout sur un globe, qui, de la trompette qu'elle embouchait, lançait dans Tair un jet trèshaut^. Ce bosquet fut commencé en 1676. En 1677-78, Mansart y construisit deux pavillons ou dômes en marbre blanc, décorés de colonnes en marbre rouge et de bas-reliefs en bronze doré, représentant des armes ^. En 1684, le Roi voulant faire dans cet endroit quelque chose de plus magnifique, donna l'ordre d'enlever la statue de la Renommée '^j et la grotte de Thétis ayant été démolie, on plaça, en 1686, entre les deux dômes, les trois groupes d'Apollon et les deux statues d'Acis et de Galatée. Le bosquet prit alors le nom de fontaine des Bains d'Apollon. Le tableau de Gotelle^ et la gravure de Simonneau^ nous représentent l'état de ce bosquet en 1688. On y voyait huit statues ; le Point du jour sous la figure d'un jeune homme qui tient un flambeau, par Legros ; Ino, par Rayol ; Acis et Galatée, par Tuby ; Flore, par Magnier; une nymphe de Diane, par Flamen ; Amphitrite, d'après le modèle des Anguier ; Arion, par Raon. Galatée et Flore, Galatée surtout, sont deux charmantes statues, de notre bonne école française. Ces huit statues sont restées au bosquet des Dômes jusque sous le règne de Louis-Philippe, époque à laquelle sept furent transportées à Saint-Cloud et remplacées par les

* Voir sur les Termes du Poussin, \qs ArcTikes de Vart français, 2« série, t. II, p. 267.

^ Voir la gravure d'Israël Silvestre de 1682 {Chalcograjihie, n" 2621). ' Lettres de Colbert, V, 561.

* Dangeau, 7 juillet 1684.

' Au musée de Versailles, n'^ 734.

« Chalcographie, û° 2563.

LE JARDIN

Statues fort médiocres que l'on voit aujourd'hui *. La huitième, Arion, qui était eu pierre, fut reléguée dans ud coia désert du parc, où elle a été retrouvée en 1880.

« Le 46 mai 1685, dit Dangeau, il y eut un grand souper de dames chez Monseigneur, et en sortant de table, Madame la Duchesse remonta chez elle ; mais le Roi alla avec les dames dans les jardins, et nous trouvâmes les Bains d'Apollon allumés, et dans les pavillons, il y avoit des hautbois. On y dansa même, et Mademoiselle de Nantes ^ finit le bal par y danser une dame gigonne le plus joliment du monde. »

Dangeau nous apprend encore un autre fait relatif à l'histoire de cette fontaine. « Le 24 avril 1699, dit-il, le Roi avoit ordonné qu'on mît la statue de la Renommée au milieu de la Colonnade, mais en la voulant enlever du lieu où elle étoit, une grue se rompit et elle tomba si bien, qu'il y aura beaucoup de petites choses à y raccommoder. » (24 avril 4 699.) Le lendemain le Roi alla voir « l'accident arrivé à la belle statue de la Renommée. »

En 4 704, Mansart enleva les groupes d'Apollon pour les placer au Marais, qui prit alors le nom de bosquet des Bains d'Apollon, tandis que Tancien bosquet de la Renommée prenait encore un nouveau nom, celui de àosQuet des Dômes, Le milieu était occupé par un bassin octogone, entouré d'une balustrade en marbre blanc dont les balustres étaient en fer doré. Le dessus de la balustrade supportait une goulette ou petit canal d'où sortaient de distance en distance des bouil^ Ions d'eau. Le bassin était entouré lui-même d'une î)alus= trade extérieure de forme circulaire» coapée par quatre escaliers de trois marches» et reposant sur irn sout.assement: formant banquette, laquelle servait de banc. JUes Mustres de cette seconde balustrade étaient aussi en fe^ doré''. Le» soubassement et les pilastres de la balustrade; sont, décodés, do

* On a rapporté de Saint-Cloud à Versailles, ea 1871, les sept statues qui y avaient été placées vers 1840. Les huit sont en mauvais état et placées actuellement dans un des magasins du Musée.

* Une des filles du roi et de M"*° do Montespan.

^ Voir le tableau n*^ 734 et les Comptes des Bâtiments. — Une gravure d'Aveline présente un pavage en marbre do deux couleurs entre les deux balustrades.

44 bas-reliefs représentant les armes en usage cliez les diverses nations, et quelques sujets, entre autres la Victoire de Brescia. On ne peut qu'admirer la perfection de travail des diverses sculptures de ce bosquet, œuvres de Buyster,Legros, Regnaudin, Jouvenet, Masson, Drouilly, Lespingola, Buirette, Girardon, Mazeline, Guérin, Rayol, Magnier, Raon, aussi bien que le soin extrême et le bon goût apportés dans les travaux d'exécution par Mansart, jusque dans les moindres détails.

Les balustres de fer doré étaient montrés spécialement aux visiteurs par Tordre exprès de Louis XIV *. Plus tard, ils furent remplacés par les balustres de marbre que nous voyons aujourd'hui. Le bosquet des Dômes existait encore sous Louis XVI, si l'on en croit Dulaure^. Les Dômes, « qui étaient, dit le Cicérone de Versailles, dans un état de vétusté complet », furent détruits en 4 820 ; c'était alors la manière ordinaire de restaurer. Les colonnes et les chapiteaux furent déposés dans les magasins du palais. Sous Louis-Philippe, ce bosquet était un amas de décombres ; vers 1840, on enleva les anciennes statues, et on déblaya la place des débris qui l'encombraient.

On ne voit plus aujourd'hui que l'emplacement des deux pavillons. La base de la balustrade du bassin existe encore, mais délabrée ; au milieu du bassin est une vasque ronde posée sur un piédestal octogone. La balustrade extérieure aveô ses beaux bas-reliefs existe aussi, et nous espérons bien qu'on la restaurera prochainement.

La fontaine d'Encelade.

La fontaine d'Encelade a été construite et ornée en \ 675-76. Au milieu du bassin, on voit le géant Encelade écrasé sous des blocs de rochers', d'où s'échappent quantité de bouillons et de gerbes; de la bouche même du géant s'élance un jet de 78 pieds (25 m.). La tête et le bras droit sont les seules parties

* Itinéraire déjà cité.

' Nouvelle description des environs de Paris ^ 1786, in-12. ^ On reproche avec raison à ces blocs d'être trop petits.

LE JARDIN

d'Eacelade que l'on voie ; ils sont en plomb et ont été dorés autrefois. L'auteur de cette sculpture est B. Marsy *.

La Salle-de-Bal.

La Salle-de-Bal, qui date de 1680-83, existe encore et a été restaurée avec beaucoup de soin par M. Questel en 1876 ^ Ce beau bosquet est de forme elliptique. « Dans le fond, dit Blondel, on voit une cascade de rocailles^ artistement arrangée..., d'où tombent des nappes d'eau qui produisent un murmure agréable et un effet très-brillant aux lumières. Au dessus de cette cascade est un trottoir où se place l'orchestre. » En face de la cascade le sol était disposé en gradins, au nombre de cinq, où se plaçaient les spectateurs. « Au milieu, il y a une espèce d'arène sur laquelle on danse quand il plait à Sa Majesté d'y donner quelque fête ^. »

Le 7 mai 4 685, au retour d'une chasse au loup, « Monseigneur donna un grand souper à ceux qui l'avoient suivi à la chasse, dans la Salle-de-bal ; le repas fut fort gai. En sortant de table, il s'alla promener à pied, puis il s'embarqua sur le Canal ^ » Le 4 2 juin 4 691 , après une longue promenade dans l'Orangerie, le Roi, Monseigneur, le roi et la reine d'Angleterre, Monsieur et Madame, les princesses et quelques dames de leur suite allèrent à la Salle-de-bal, où il y eut une collation magnifique, et ensuite on alla visiter plusieurs fontaines*.

Les sculptures qui décorent la Salle-de-bal sont des vases en plomb (autrefois doré), des torchères destinées à recevoir des girandoles quand on dansait la nuit, et le Satyre Marsias qui apprend à jouer de la flûte à Olympe \ groupe copié par Gois.

* Voir le tableau de Cotelle (n** 735 du Musée) et la gravure de Rigaud {Chalco(]raphie, 2572).

^ Elle l'avait déjà été, au commencement de ce siècle, par l'architecte Le Roy et les frères Boischard, sculpteurs {Cicérone, 1804). ' Ces rocailles avaient été faites par Berthier.

* PiGANIOL DE LA FORGB.

^ DaNGEAU.

^ DaNGEAU.

' ('e Marsias était placé au Rond-Vert. Il a été lui-même remplacé

Gotélle * a peint la Salle-de-bal et Rigaud * en a donné une bonne gravure.

Le bosquet de la Girandole, appelé depuis le quinconce du Midi.

Le bosquet de la Girandole^ comme celui du Dauphin, datait de Louis XIII ; on l'appelait ainsi parce que les jets de la fontaine formaient une sorte de girandole. Il était disposé comme le bosquet du Dauphin, renfermait aussi 6 termes venus du parc de Vaux, et son bassin était décoré d'un Faune se mirant dans Teau en riant. Le bassin avait été orné de bouquets en feuilles de cuivre faits par le ferblantier Gascoin Là eut lieu, le 22 avril 1745, l'assassinat de M. de Gai, âgé de vingt-deux ans, qui était venu à Versailles pour solliciter une cornette de cavalerie et qui venait de l'obtenir ; attiré dans la Girandole par des voleurs, il y fut tué ^. Nous avons déjà dit que les deux bosquets du Dauphin et de la Girandole sont devenus les deux quinconces du Nord et du Midi.

La Colonnade.

La Colonnade * fut commencée vers 1 685 et terminée en 1688. Elle a été construite sur l'emplacement de l'ancienne fontaine des Sources d'après les dessins de Mansart, par Lapierre, sculpteur-marbrier. La Colonnade est de forme circulaire et a 32 mètres de diamètre. « Trente-deux colonnes

par un Ganymède qui était à l'Etoile ; le Ganymède a été remplacé par un Apollon de Coustou (1753), belle statue qui avait été apportée de Saint- Cloud en 1876. — Le groupe de Papire et sa mère, copié d'après l'antique, qui était autrefois à la Salle-de-bal , est aujourd'hui à la demî-lune qui précède le Tapis-Vert.

* N*^ 732 du Musée.

- NO 2632 de la Chalcographie.

* Cette fontaine était déjà détruite sous Louis XV (Blondel).

* LUYNES

^ Voir le tableau de Cotelle (n<^ 733 du Musée] et la gravure de Rigaud [Chalcographie, 2569).

^ Voir le plan d'Israël Silvestrb de 1680 {Chalcographie, 2970) et le Mercure Cralant de 1686, novembre, p. 157. — « Le 19 juin 1684, le Roi, dit Dangeau, ordonna une colonnade de marbre avec de grosses fontaines dans l'en Iroit où étoieut les Sources. »

LE JARDIN

de marbre * de 18 pouces (0"^, 48) de grosseur, avec autant de pilastres, composent la décoration d'un cirque, dont le sol est environné d'un perron de marbre de cinq marches, et dans le milieu duquel est un groupe de même matière posé sur un piédestal circulaire élevé sur deux gradins ; les colonnes, de la plus belle exécution, sont soutenues par autant de socles. Les bases sont antiques, et les chapiteaux modernes. Dans les vingt-huit entrecolonnemens sont placés autant de bassins, aussi de marbre, d'où s'élance un jet d'eau qui dans sa chute forme une nappe dans un chêneau de marbre qui sert de soubassement à toute cette architecture ^ » De nombreux bas-reliefs représentant des Génies et des Amours, des tètes de Nymphes, de Naïades et de Sylvains, et sculptés par Goyzevox, Mazière, Granier, Lehongre et Lecomte, décorent la colonnade. Le groupe du milieu représentant l'enlèvement de Proserpine, et les bas-reliefs du piédestal où Ton voit Pluton emmenant dans son char Proserpine, sont au nombre des plus belles œuvres de Girardon, qui les a exécutés en 1699, d'après les dessins de Lebrun. Malheureusement ce beau morceau de sculpture a été fortement détérioré par l'intempérie des saisons ^ Gomme la plupart des bosquets, la Colonnade servait aux collations pendant les promenades de la Gour. Le 16 mai 1691, après une promenade sur le Canal, Monseigneur et les princesses vinrent souper à la Golonnade qui était fort éclairée

La Galerie-d'Eau, appelée depuis la Salle des Marronniers.

Le Cabinet des Antiques ou la Galerie-d'Eau était une longue allée pratiquée dans le massif où se trouvait déjà la Golonnade. Il était bordé d'ifs taillés en caisses et en boules, de nombreux bassins avec jets d'eau et de 24 statues antiques ou copiées d'après l'antique. Le sol était dallé en marbre de

* Les colonnes sont de marbre bleu turquin, de marbre blanc et de marbre de Languedoc, c'est-à-dire de marbre rouge. On retrouve encore ici la décoration tricolore, aux couleurs de la maison de Bourbon.

^ Blondel, p. 109.

' Le Cicérone nous apprend que la colonnade a été réparée en 1820.

* Dangeau.

deux couleurs. Le Cabinet des Antiques est représenté sur le tableau de J.-B. Martin K En 1704, le 15 juillet, Louis XIV fit ôter toutes les statues qui étaient autour de la fontaine de la Galerie, et le 21 février 1706 il vint voir les nouvelles statues qu'il y avait fait mettre ^. Le bosquet transformé était devenu la Salle des Marromiiers, qui existe encore aujourd'hui. La gravure de Rigaud ^ la représente au temps de Louis XV, et sa légende nous dit que « la tranquillité et la fraîcheur dans les plus grandes chaleurs de l'été rendent ce bosquet un des plus charmants endroits du jardin de Versailles. » La Salle des Marronniers était alors enfermée par un magnifique treillage auquel s'attachaient des chèvrefeuilles ; elle était aussi décorée de nombreux bustes antiques, ou copiés d'après l'antique, que. Ton y voit encore. A chaque extrémité de la salle se trouve un petit bassin circulaire, au milieu duquel est une vasque en marbre, seuls restes de l'ancienne Galerie-d'Eau,

Bassins de Bacchus et de Saturne.

L'allée qui sépare la Salle-de-Bal, la Girandole et la Colonnade, des trois bosquets suivants, renferme les deux bassins de Bacchus et de Saturne.

Le Mssin de Bacchus ou de V Automne [\^n-ll) est octogone et renferme un groupe en plomb autrefois doré, représentant Bacchus, autour duquel sont quatre petits Satyres. Ce groupe a été exécuté, sur les dessins de Lebrun, par les Marsy, auxquels on paya la somme de 13,400 livres*.

Le bassin de Saturne ou de r Hiver (1675-79) est circulaire et décoré d'un groupe en plomb autrefois doré, représentant Saturne entouré de quatre enfants, avec les attributs de l'hiver. Ce groupe a été exécuté, sur les dessins de Lebrun, par Girardon, auquel on paya 1 9,460 livres pour cette fontaine, en 1679.

* N° 758 du musée de Versailles.

2 Dangeau.

' Chalcographie, nP 2633.

* Il a été gravé par Thomassin, 135.

LE JARDIN

Le Labyrinthe, appelé depuis le bosquet de la Reine.

Le Ladyrinthe^ construit de 1667 à 1674, occupait remplacement actuel du bosquet de la Reine. Ce charmant « bocage », dû à Le Nôtre, était « surtout recommandable par la nouveauté du dessin et par le nombre et la diversité de ses fontaines ». Il se composait « d'une infinité de petites allées, tellement mêlées les unes dans les autres, qu'il était presque impossible de ne s'y pas égarer ; mais aussi, afin que ceux qui s'y perdaient pussent s'y perdre agréablement, il n'y avait pas de détour qui ne présentât plusieurs fontaines en même temps à la vue, en sorte qu'à chaque pas on était surpris par quelque nouvel objet ». On avait choisi pour sujets de ces fontaines une partie des Fables d'Ésope, et elles étaient « si naïvement exprimées, qu'on ne pouvoit rien voir de plus ingénieusement exécuté. Les animaux en plomb colorié selon le naturel étoient si bien désignés (dessinés), qu'ils sembloient être dans Taction même qu'ils représenloient, d'autant plus que l'eau qu'ils jetoient imitoit en quelque sorte la parole que la fable leur a donnée. » Trent^eneuf fables formaient le sujet d'autant de fontaines. L'explication de la fable était contenue dans un quatrain de Benserade, gravé en lettres d'or sur une plaque de bronze. « Le Labyrinthe, dit Lister, est en quelque sorte un commentaire des Fables d'Esope ad usum Delphini. »

Les animaux furent modelés par Mazeline, Masson, Legeret, Drouilly, etc. A en juger par les débris qui sont conservés dans un des magasins du musée de Versailles ^

* Les restes du Labyrinthe, recueillis soigneusement par M. Soulié, consistent en : deux vasques en forme de coquille; l'une est supportée par des singes, l'autre représente le renard et les raisins (Les raisins et les pampres sont peints en vert ; on voit encore quelques parties dorées) ; — 2 paons faisant la roue ; — un dindon faisant la roue ; — loups, renards, singes sur des boucs, cigognes, coq ; — la statue d'Esope, son bonnet encore peint en rouge (le bras droit est cassé); — la statue de l'Amour. Toutes ces figures, au nombre d'une trentaine, sont en plomb.

Ne pourrait-on pas replacer dans le bosquet de la Reine, en un endroit bien choisi, les restes les mieux conservés de cette ancienne décoration du Labyrinthe, et ne serait-il pas intéressant de mettre en évidence quelques

les animaux, de grandeur naturelle, étaient très-bien exécutés et d'un naturel d'autant plus exact, qu'ils avaient été peints, dit-on, par Desportes*.

Les bassins étaient composés de rocaille fine et de coquilles brillantes ; Berthier avait exécuté ces belles rocailles en 1673. a Les bassins, dit le Mercure Galant^ sont à moitié couverts et environnés de feuilles et de roseaux qui jettent de l'eau à la plupart sont de fer-blanc et d'autre matière propre à cet usage, aussi bien que les branches par où passe l'eau ; et le tout étant peint d'un vert qui imite le naturel passe pour une véritable verdure jusqu'à ce que l'on voie sortir l'eau. »

Deux tableaux du musée de Versailles* et un volume publié en 1 677 par l'imprimerie royale avec les 39 gravures des Fables ^, peuvent seuls nous donner aujourd'hui la représentation de ces charmants groupes, des rocailles, des jets d'eau, des treillages et de l'infinie variété de leur disposition.

L'entrée du Labyrinthe s'ouvrait sur l'allée en pente qui longe l'aile occidentale de l'Orangerie, en face la porte Royale, et à l'angle de l'allée de Bacchus. On y avait placé deux statues : celle d'Esope par Legros, et celle de l'Amour, par Tuby.

L'aimable duchesse de Bourgogne visita ce bosquet pour la première fois le 5 mai 1697 ; mais la pluie abrégea sa promenade*.

Le Labyrinthe a été détruit en 1775, lors de la replantation du parc, et le nouveau bosquet prit le nom de losquet de la Reine. Il est orné de deux statues de bronze: le Gladiateur* et la Vénus de Médicis®, et de 4 vases de bronze qui viennent de Fontainebleau. Deux des piédouches de marbre de Lan-

œuvres de sculpteurs d'animaux du xvii^ siècle, si remarquables par leur naturalisme intelligent ?

* Le peintre Bailly était chargé de Ventretènement des peintures et dorures des fontaines du Labyrinthe et de celles des bassins des Quatre- Saisons.

^ 730 et 731.

* Ces gravures in-8^ font partie de la collection de la ChalcograjoUe»

* Dangeau.

* Fonte du xvi® siècle.

* Fonte du temps de Henri IV. — Cette statue fit appeler quelquefois le nouveau bosquet, bosquet de Vénus.

LE JARDIN

guedoc qui supportent les vases existaient déjà au Labyrinthe ; on les retrouve sur le tableau n» 731. On remarque dans le bosquet de la Reine de très-beaux arbres, des tulipiers et surtout un cèdre gigantesque.

L'Ile-Royale, appelée depuis le Jardin du Roi,

VIle-Royale se composait de deux pièces d'eau : le Vertugadin ou le Miroir (1672), et la Grande-Pièce (1674-83), séparées par une chaussée, l^' Ile- Roy aie tirait son nom d'une petite ile qui était autrefois au milieu de la Grande-Pièce et que l'on voit marquée sur le plan d'Israël Silvestre de 1680 K

Cette belle pièce d'eau, de 253 m. de long sur 117 de large, était entourée d'une palissade d'arbres percée de niches, et bordée de quelques statues. Le tableau de J.-B. Martin^ nous donne la décoration de la pièce d'eau et de sa chaussée. La chaussée avait servi à l'établissement d'une cascade qui tombait dans la Grande-Pièce. Le pourtour du Vertugadin était décoré de 40 petites vasques d'où sortaient autant de jets d'eau. Le bord de la chaussée, au-dessus de la cascade, était orné de 12 petites vasques semblables aux précédentes, et la cascade était formée par 11 mascarons d'où sortait de l'eau qui tombait sur autant de coquilles, d'où elle retombait en nappes ; à droite et à gauche du tout, deux mascarons laissant échapper de l'eau dans deux coquilles.

Le massif qui enveloppe le Miroir est percé de cinq grandes allées qui aboutissent à la pièce d'eau, et forme un demicercle de haute verdure d'un admirable effet au soleil couchant.

Seul, le Miroir, avec les vases et les statues de son pourtour, existe encore. La Grande-Pièce, appelée depuis la fin du xviip siècle VJle-d' Amour, ne tenait plus l'eau depuis longtemps ; elle était devenue un marais fangeux, couvert de roseaux, et qui, pendant les chaleurs de l'été, répandait des

' Le Mercure Galant de 168(5 parle da cette petite île. ' N'^ 735 du Musée. — Voir aussi la gravure de Rigaud (CAalcûi/raphte, 2584).

exhalaisons fétides dans la partie basse du parc. On venait y jeter les décombres de la ville. Il fallait faire disparaître enfin un pareil foyer d'infection ; pour occuper les ouvriers sans travail pendant le rude hiver de 1816, Louis XVIII chargea Tarchitecte du palais, M. Dufour, de transformer Vlled' Amour en un jardin anglais. En 1817, le nouveau jardin était terminé, et méritait, par sa disposition, sa belle pelouse, ses beaux arbres et ses massifs de fleurs, l'approbation générale qui lui est toujours acquise.

Lorsque Louis XVIII vint, le 26 juin 1817, visiter le château et le parc, il félicita M. Dufour sur le nouveau jardin; le 3 juillet, M. Dufour reçut aussi des compliments du duc et de la duchesse d'Angoulême^

A droite et à gauche de l'entrée, on trouve deux salles de verdure plantées d'aubépines doubles, roses et blanches, qui au printemps développent une couronne de fleurs du plus charmant effet.

On a dit que le Jardin du Roi était la reproduction du jardin de la maison d'Hartwell qu'occupait Louis XVIII en Angleterre, mais c'est une erreur.

Observations sur les ehang^ements opérés dans le parc.

On aura remarqué certainement quels changements nombreux et considérables furent sans cesse apportés par Louis XIV à la presque totalité des bosquets et des fontaines du jardin, transformations telles, qu'en réalité le parc a été refait deux fois partout et, sur quelques points, troi^ fois, pendant le long règne de Louis XIV. A chaque instant on trouve dans Dangeau des phrases dans le genre de celles-ci : « Le Roi alla se promener dans les jardins, où il a trouvé beaucoup de changemens qu'il avoit ordonnés et dont il est très-content 2. » — « Quelques fontaines n'alloient plus depuis longtemps, parce qu'on avoit bouleversé les jardins ^ »

La Palatine écrivait en 1710 : « C'est un trait caractéris-

* Jotirnal du département de Seine-et-Oise, 1817. ' 1706, 13 janvier.

LE JARDIN

tique chez tous ceux qui aiment à bâtir; ils aiment à changer et à recommencer. Notre Roi est ainsi; il n'y a pas d'endroit à Versailles qui n'ait été modifié dix fois, et souvent 11 arrive que c'est tant pis. » Saint-Simon dit aussi, en parlant des jardins : « Ce chef-d'œuvre ruineux, où les changemens des bassins et des fontaines ont enterré tant d'or qui ne peut paroître. »

La passion de la construction et du changement qui dominait Louis XIV explique jusqu'à un certain point ces transformations ; mais il est juste de faire observer que les premières fontaines étaient décorées de colifichets très-fragiles, rocailles fines, coquillages, roseaux et bouquets en laiton et en fer-blanc, treillages, etc., et que le jeu continuel des eaux, avec l'action de la pluie et de la gelée, ont dû détraquer rapidement la plus grande partie de ces ornements, et exiger de fréquentes réparations, et au bout de quelques années une reconstruction. Il ne faut pas oublier non plus que Louis XIV a vécu trente-trois ans à Versailles.

A l'origine les bosquets furent entourés de grilles, que Louis XIV fit enlever, en 1704, afin que « tous les jardins et toutes les fontaines fussent pour le public ^ »

Les vols et les mutilations devinrent dès lors d'une extrême fréquence, et Blondel nous apprend qu'on fut obligé de replacer les grilles en 1730. « Il eût été à désirer, dit-il, qu'on eût pris plus tôt ce parti; bien des figures de marbre, mutilées aujourd'hui, auroient été conservées dans leur entier. D'ailleurs, celles de métal, les conduites de plomb, les robinets de cuivre, rien n'étoit en sûreté ; et malgré l'attention des fontainiers à cet égard, il est arrivé plus d'une fois que plusieurs pièces d'eau rendoient imparfaitement leur effet, la plupart des tuyaux qui étoient à découvert ayant été enlevés la veille. »

Les eaux.

« On ne peut rien voir, dit La Martinière.. de plus surprenant que l'immense quantité d'eau que les effets élèvent et

* Danqeau, 1704, 14 novembre.

lancent lorsque le tout joue aux promenades du Roi, ou pour l'aire voir aux étrangers; ces jeux seroient capables d'épuiser une forte rivière. )i Et Blondel ajoute : « Les eaux jaillissantes des bosquets de Versailles dépensent un volume d'eau si considérable lorsqu'elles jouent toutes ensemble, qu'on se contente ordinairement durant l'été seulement, de faire jouer depuis dix heures du matin jusqu'à huit heures du soir, pendant le séjour du Roi à Yersailles, les parterres d'Eau et quelques bassins qui s'aperçoivent du château et des terrasses ; en sorte que les grandes eaux ne jouent publiquement qu'aux fêtes de la Pentecôte et de Saint-Louis, ou bien loî'sque quelque ambassadeur ou quelque étranger de la première considération viennent visiter cette maison royale. Ce spectacle alors dure environ deux heures et demie, et consomme la quantité de 35,292 muids d'eau. »

Aujourd'hui les jets d'eau sont au nombre de 607, et le service des grandes eaux exige i 0,000 mètres cubes d'eau. Elles ont lieu le premier dimanche de chaque mois, de mai à octobre inclusivement, et dans quelques circonstances extraordinaires.

La canalisation en tuyaux de fonte ou de plomb ne mesure pas moins de 20 kilomètres. Ajoutons que tout le service de tuyauterieet de robineterie est neuf, ayant été complètement refait pendant les dernières années du second Empire ^

Polichencourt.

A la grille du Mail, sur la route de Saint-Cyr, se trouve un bâtiment servant aujourd'hui de maison de portier, qu'on appelait autrefois Folichencourt, De cette maison dépendait une suite de jardins qui s'étendaient, entre la route de Saint-Cyr et l'allée du Mail, jusqu'à la grille qui termine, sur la route de Saint-Cyr, l'allée de l'Hiver ou de Saturne La duchesse de Bourgogne alla faire collation à Folichencourt, le \ \ août 1709*.

* Sous le premier Empire on avait réparé tous les conduits, aqueducs, rigoles et réservoirs qui alimeutent les bassins et les jets de Versailles (Fontaine, Résidences des Souverains^ p. 134},

* Allas de Dubois.

* Dangeau.

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