‹ Le chateau de VersaillesChapitre 25 sur 56 · TRIANON · texte numérisé non relu

TRIANON

LE TRIANOiN DE PORCELAINE

a Trianon, d'abord maison de porcelaine à aller faire des collations, agrandie après pour y pouvoir coucher, enfin palais de marbre. » C'est ainsi qu'en quelques mots, Saint-Simon esquisse l'histoire de ce palais, qui fut construit en 4 670, dit Félibien, et « fut regardé d'abord de tout le monde comme un enchantement, car n'ayant été commencé qu'à la fin de l'hiver, il se trouva fait au printemps, comme s'il fût sorti de terre avec les fleurs des jardins qui l'accompagnoient. »

Le nouveau château que Louis XIV faisait construire en rhonneur de M"i° de Montespan* fut bâti sur l'emplacement de diverses terres que le Roi avait achetées en 4662, au prix de 42,000 livres, du fief de Masseloup vendu 97,236 livres par les Lemaire * en 4 663 ^ et du petit village de Trianon ^, qui appartenait à l'abbaye de Sainte-Geneviève depuis le xii^ siècle. Ce fut ce pauvre village, qu'on démolit alors, qui donna son nom au nouveau palais, et bientôt à toutes les petites maisons

* Saint-Simon, VII, 74,

* Voy. t. I, p. 83.

* Archives nationales, carton O* 1762. • ■* Triarnian, en latin du Moyen-Age.

LE TRIANON DE POrxCELAINE

de plaisance que l'on bâtissait dans un parc à quelque distance du château*. Les terres de Trianon et de Masseloup furent d'abord réunies au parc de Versailles; en 1666, on y fit unja-ï'din^; en 1668, on démolit l'église du village; en 1670, on commença le château, et on y dépensa cette année 1 ,830,039 livres en maçonnerie, en marbrerie, en glaces, etc. On travailla aussi aux jardins ; on y fit une cascade décorée de carreaux de faïence de Hollande et de rocailles exécutées par Berthier

Le célèbre jardinier Le Bouteux père, qui avait donné le dessin de ces jardins*, les couvrit de fleurs ; on lui acheta des quantités de vases de faïence fabriqués à la manufacture de Saint-Gloud^, pour mettre des fleurs et des orangers.

Le Bouteux créa aussi un beau jardin d'hiver, où les orangers étaient plantés en pleine terre.

En 1672 et 1673, les sculpteurs et les peintres achèvent de décorer cette jolie maison de plaisance. Les noms que l'on trouve dans les Comptes sont ceux des sculpteurs Jouvenet, qui fit les importantes sculptures des combles ^ Lehongre et

* • Le Trianon de Versailles avoit fait naître à tous les particuliers le désir d'en avoir ; presque tous les grands seigneurs qui avoient des maisons de campagne en avoient fait bâtir dans leur parc, et les particuliers au bout de leur jardin; les bourgeois qui se vouloient épargner la dépense de ces petits bâtimens avoient fait habiller des masures en Trianon, ou du moins quelque cabinet de leur maison, ou quelque guérite. » {Mercure Galant de 1672). — Cet usage dura pendant tout le xviii'' siècle. Blondel, en 1737, VEncyr.loj)édie de Diderot et d'Alembert, eu 1765, le disent formellement et répètent ce que disait le Mercure.

* Comptes des Bâtiments. — Tout ce qui suit est tiré de cette source. ' Comptes des Bâtiments de 1670, 1682, 1683.

* Voir un plan gravé du Trianon de porcelaine, dessiné par Le Bouteux fils, au cabinet des Estampes [Topographie, Trianon). Ce plan nous apprend que c'est Le Bouteux père qui a dessiné et planté les jardins. Les orangers en pleine terre y sont déjà.

^ Les Comptes des Bâtiments attestent qu'il y avait à Saint-Cloud une fabrique de faïence dès 1670. Marryat {Histoire des poteries et de la porcelaine, trad. par le C. d'Armaillé et Salvetat, 11, 213) avait dit que longtemps avant Chicaneau, qui avait fondé la manufacture de porcelaine de Saint-Cloud, en 1695, il existait dans ce village un certain Morin qui fabriquait de la faïence émaillée. Les Comptes des Bâtiments confirment et précisent cette assertion ; en effet, dès 1670, Morin fournissait des vases de faïence blanche et bleue à Lc)uis XIV. — Les achats de vases et de carreaux de faïence sont considérables en 1671 et 1G72.

* Achevés en 1674.

Houzeau, et du serrurier Delobel, que Ton voit travailler partout où il s'agit de faire de beaux ouvrages en fer forgé et doré.

En 1674, tous les travaux sont achevés. De 1676 à 1679, on établit les rampes qui conduisent du château au Canal. On décora les jardins de plusieurs fontaines et d'une cascade ornée, comme nous venons de le dire, de carreaux de faïence et de rocailles (1682-83). Pour que tout fût à l'unisson, palais et jardins, les caisses des orangers furent peintes en façon de porcelaine (1680), et les bancs des jardins couverts d'ornements bleus sur fond blanc (1685).

Dès 1670, pour avoir de l'eau, on construisit des moulins à vent qui élevaient l'eau de l'étang de Glagny et l'amenaient à Trianon.

Les gravures du temps et une aquarelle de la Bibliothèque de Versailles^ nous permettent de donner une description exacte du Trianon de porcelaine. Il se composait d'uD bâtiment principal, le château, et de quatre pavillons qui le précédaient. Le château et les pavillons n'avaient qu'un rez-dechaussée mansardé.

On se représente volontiers ce premier Trianon, d'après le nom pittoresque que lui donne Saint-Simon, comme recouvert tout entier à l'extérieur de plaques de faïence imitant la porcelaine, et quelques vers de Denis, si on ne les interprète pas exactement, autorisent cette hypothèse :

Considérons un peu ce château de plaisance ; Voyez-vous comme il est tout couvert^ de fayance, D'urnes de porcelaine et de vases divers, Qui le font éclater aux yeux de l'univers.

La vérité est que les façades n'étaient pas le moins du monde revêtues de plaques de faïence. Çà et là seulement il y avait quelques ornements en faïence bleue. La façade principale du château était percée de sept fenêtres. Les trois du milieu ouvraient sous un portique de quatre colonnes surmontées d'un fronton, dont le triangle était décoré d'un ocu

* Elle est de F. Simonet, architecte du temps de Louis-Philippe. ' Sur les combles et non pas sur les murs.

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