LE TRIANON DE PORCELAINE
de France accosté de six drapeaux déployés (trois de chaque côté), le tout en faïence bleue. On arrivait au portique par un perron d'une dizaine de marches. Le dessus des fenêtres était décoré d'entre-lacs en faïence bleue.
Au-dessus de l'entablement régnait une balustrade en plaques de faïence bleue et blanche. De grands vases à anses, toujours en faïence bleue et blanche, étaient placés sur la balustrade. Les combles et la toiture du château, ainsi que ceux des quatre pavillons latéraux étaient complètement recouverts de plaques de faïence blanche, ce qui explique 1 éclat dont parle Denis, et permettait aux dorures des faîtages et aux vases bleus de se détacher avec beaucoup de grâce et une incomparable légèreté.
Les combles présentaient d'abord une suite de mansardes entourées de sculptures en plomb doré, puis un second rang d'ornements en plomb doré et de vases bleus, qu'on retrouvait encore sur toute la longueur du faîtage du château.
Les deux pavillons les plus rapprochés du château étaient décorés à peu près de même, avec cette différence qu'il n'y avait qu'un grand vase bleu au sommet du toit, reposant sur un ornement en plomb doré, et que les trumeaux entre les fenêtres avaient une décoration parliculière, c'est-à-dire des bustes de marbre blanc, dont les termes étaient ornés de faïence bleue.
Les deux pavillons d'entrée avaient deux rangées de vases sur les combles; mais la balustrade était remplacée par un entablement tout entier composé de plaques de faïence aux ornements bleus.
Les murs formant la clôture de l'avant-cour et ceux qui étaient entre les pavillons supportaient tous des vases. Le couronnement des cinq grilles était en fer doré. Les bâtiments étaient en pierre avec des cheminées de briques rouges, décoration qui rappelait le goût du Versailles de Louis XIIL
Les ornements en plomb doré des combles devaient représenter des Amours chassant divers animaux, exécutés par Jouvenet; il y avait aussi çà et là des oiseaux peints au naturel ^
* Voir les Comptes des Bâtiments.
Un salon du château était entièrement revêtu d'un stuc trèsblanc et très-poli avec des ornements d'azur. La corniche qui régnait autour de ce salon et le plafond étaient aussi décorés de diverses figures d'azur sur un fond blanc, « le tout travaillé à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine, à quoi les pavés et les lambris se rapportent, étant faits de carreaux de porcelaine*. » Il existe encore, dans les magasins du musée de Versailles, quatre plaques de stuc de \"^,30 de hauteur, plus ou moins brisées, « qui se rapportent entièrement à cette description et proviennent évidemment de ce salon 2 ». Elles sont en stuc blanc, d'une finesse et d'un poli admirables, et décorées de peintures, d'un bleu tendre, représentant des faisans, des cygnes, des pigeons, des roseaux et des arbres, et travaillées à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine 3.
De nombreuses glaces étaient partout appliquées sur les murailles. Les meubles étaient d'une grande richesse.
« Le nouveau château se ressentit du goût que les relations écrites par les missionnaires sur la Chine et sur l'Inde avaient fait naître à cette époque. Les laques, les porcelaines, les étoffes et les peintures chinoises étaient alors recherchées avec ardeur; la fameuse tour de porcelaine, située près de Nankin, passait pour la huitième merveille du monde; Tarchitecte Dorbay dut se conformer à la mode régnante en construisant le palais de Trianon, et, à défaut de porcelaine, la faïence et le stuc furent employés à le décorer »
Les jardins n'étaient pas moins beaux. Les parterres étaient remplis de fleurs parfumées : violettes, jasmins, héliotropes, jacinthes, narcisses, tubéreuses surtout, jetant une odeur si forte, qu'on pouvait à peine y rester. On y faisait de perpé-
* Félibien, Description sommaire de Versailles, p. 239.
^ SouLiÉ. Notice sur le palais de Trianon, p. Yll. — Nous avons fait plus d'un emprunt à cet excellent travail.
* Si les peintures, au premier abord, semblent être de style Louis XVI, les bordures, certainement de style Louis XIV, donnent parfaitement raison à M. Soulié (Note de M. Clément de Ris).
* Soulié, le Trianon de porcelaine, dans le Magasin pittoresque, 1857, p. 171. A cet article sont jointes deux gravures représentant l'une une plaque de stuc, et l'autre un vase de faïence (p. 200).