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LE CHATEAU DEPUIS

T.A REVOLUTION ET LE CONSULAT — 1789-1805

Après le départ de Louis XVI et de la Cour, au 6 octobre 4789, le château fut démeublé en partie, pour meubler, aux Tuileries, les appartements du Roi, de la Reine et de la famille royale, et après le 10 août, il fut question de le vendre et de le démolir.

Il est nécessaire, pour mettre de l'ordre dans l'histoire assez confuse du château pendant la Révolution, de distinguer et de traiter séparément trois choses : le palais et le parc, qui ont été conservés, — le mobilier, qui a été vendu, — les tableaux du cabinet du Roi, qui ont été portés au Louvre.

Dès que les habitants de Versailles virent la monarchie renversée, ils comprirent que l'intérêt de la ville exigeait impérieusement la conservation du château; ils formèrent aussitôt un projet de musée, qu'il était facile d'établir au palais vec les admirables tableaux que possédait le cabinet du Roi *, parmi lesquels figuraient la Joconde, le Saint-Michel, les belle5> toiles du Titien, d'André del Sarte, de Paul Véronèse, dé Rubens, de Van Dyck, du Dominiquin, etc., que nous admirons

* Le cabinet était à la Surintendanca.

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aujourd'hui au Louvre. Ils soumirent ce projet de musée au ministre Roland. Mais, le 19 septembre 1792, aux derniers jours de son existence, l'Assemblée législative décréta que les tableaux et autres objets d'art placés dans les maisons royales seraient transportés au nouveau musée du Louvre *.

A cette nouvelle, les administrateurs et les habitants de Versailles envoyèrent à Roland une adresse, dans laquelle ils lui exprimaient leur douleur de voir enlever au château tous les objets d'art avec lesquels ils comptaient fonder un musée, destiné à réparer en partie les pertes que la ville avait éprouvées depuis 1789*.

La Convention, qui venait de se réunir, donna gain de cause aux pétitionnaires et suspendit, le 27 septembre 1792, le transport des objets d'art du palais de Versailles à Paris

Quelques jours après, le 20 octobre, le ministre Roland •étant venu demander à la Convention l'autorisation de vendre les meubles du palais, aussitôt Manuel profita de l'occasion et proposa de mettre la maison en vente ou en location. La Convention autorisa la vente du mobilier, et renvoya la proposition de Manuel au Comité d'aliénation, qui la rejeta, et, le 8 juillet 1793, sur la proposition de Barrère, le Comité de Salut public décréta l'établissement, dans le palais •de Versailles, de l'Ecole centrale du département, d'un conservatoire de tous les objets d'art extraits des maisons des émigrés, d'une bibliothèque publique, d'un musée français pour les peintures et les sculptures ^, et d'un cabinet d'his toire naturelle. Le château était sauvé.

* Le musée du Louvre, commencé en 177j par M. d'Angivilliers, a été •déûniliveraent constitué par les décrets de la Législative en date des 25 mai et 26 août 1791, et par le décret de la Convention en date du 27 juillet 1793. (Voir l'excellente notice historique de M. Villot, placée en tête du Catalogue des tableaux du Louvre).

* Pièce manuscrite de la Bibliothèque de Versailles. — Le principal promoteur de l'établissement du musée était M. Uuval, qui adressa son projeta la Convention le 3 novembre 1792. Il demandait que Versailles fût le musée des Ecoles étrangères et des Antiques (ce qu'est le Louvre), et que le Louvre lût le musée de l'Ecole française. On fit juste l'inverse de ce qu'il demandait, mais on fit un musée à Versailles.

^ Moniteur universel, p. 1132. — Ce décret fut confirmé par celui du •27 juillet 1793, qui s'appliquait aussi aux deux Trianons.

* Le Directoire du département de Seine-et-Oi*:" rendit un arrêté, le

De nouveaux décrets de la Convention, en date du 4 juÏD 1794 et du 24 décembre 1795, confirmèrent le décret de juillet 1793. Ils attestent la persistance de ceux qui voulaient faire démolir le château; il fallait, encore à deux reprises, déclarer que Versailles ne serait pas vendu, parce qu'il était destiné à des établissements publics.

Ce grand résultat était dû à Fintelligence et à l'action énergique des habitants de Versailles et des administrations locales. Un article du Journal du département de Seine-ei-Oise^ de 1802 ' met bien en lumière l'esprit et les efforts des habitants de la ville à cette époque :

On lit dans le feuilleton du Journal des Débats, du 25 de ce mois',, une notice sur le Muséum de Versailles; la description qu'en fait le rédacteur est précédée d'un éloge ironique des bons Versaillaisdont le bon esprit a su, au milieu des tourmentes révolutionnaires,, conserver ce oalais à très-peu près dans le même état où il était avant la Révolution. Quel caprice du hasard, dit-il, a préservé ce palais marqué partout au sceau de la destruction révolutionnaire ?

Nous répondrons que ce n'est point le caprice du hasard qui a produit cette merveille étonnante aux yeux de l'auteur de cet article, mais le bon esprit des Versaillais, qui, quoique divisés, comme partout, d'opinions, étaient d'accord cependant sur ce I)oint, que le château et ses dépendances devaient être sacrés ; et cet esprit, qui était l'esprit général, n'en déplaise au feuilleton, était encore celui des magistrats nommés par le peuple, même celui de la société ponulaire, qui n'a jamais cloué ses banquettes sur les parquets du salon d'Hercule, mais sur les planches de l'Opéra ; et cette société, qui en général était composée d'énergumèues, n'a cependant commis aucune dégradation dans ce superbe monument. Les seules mutilations qu'on remarque dans l'ensemble du château ne sont nullement des exploits des bons Versaillais, mais des Parisiens ou d'auttres étrangers à la ville; c'est à coups de fusil que,, les 5 et 6 octobre 1789, l'armée parisienne mutila les deux figuresqui sont à l'entrée de la grille principale ; c'est avec des piques et des bayonnettes que cette même armée cassa les glaces de la grande galerie en poursuivant les Gardes du corps pour les massacrer ^.

24 novembre 1793, pour l'établissement de ce musée spécial de l'Ecole française.

^ l^ï" fructidor an X (19 août 1802).

* 25tbermidor an X (13 août 1802).

' Ajoutons encore une statue dans le parc, un Jupiter antique, brisée à

LA RÉVOLUTION Eï LE CONSULAT

Une grande partie du mobilier royal : meubles richement décorés, objets d'art, bronzes ciselés, porcelaines, tapisseries, avait été enlevée de Versailles et portée à Paris, comme nous venons de le dire, pour meubler les appartements de la famille royale aux Tuileries * ; une autre partie avait été déposée au Garde-meuble de Versailles ; une troisième partie fut vendue à Versailles, en 1793, avec le mobilier ordinaire du palais.

Que sont devenus ces beaux meubles? Le plus grand nombre a été détruit ou vendu à l'étranger; quelques-uns seulement se retrouvent au Garde-meuble, dans les palais nationaux et au Louvre ^ C'est une perte regrettable, dont la Révolution est responsable en partie, mais dont la responsabilité incombe bien davantage au mauvais goût de l'époque et à l'école de David, sous l'influence desquels on a détruit pendant plus de cinquante ans une foule d'objets et de meubles précieux, par la seule raison qu'ils n'étaient pas de style gréco-romain

Le 25 août 1793, commençait la vente du mobilier de la cidevant liste civile^ en exécution du décret de la Convention du 10 juin 1793. Elle se fit aux Petites-Écuries* et finit le 11 août 1794. Le procès-verbal de la vente conservée aux Archives de Seine-et-Oise se compose de 35 cahiers et nous donne le détail des 17,182 lots qui furent vendus en présence des Représentants du peuple Joseph-Mathurin Musset et Charles Delacroix. Les objets vendus sont surtout des articles de literie (lits, matelas, couvertures), en très-grand nombre, des articles de ménage, des ustensiles de cuisine,

coups de fusil, et la destruction de la grille qui séparait la cour Royale de la cour des Ministres, que les bandes du 6 octobre détruisirent pour faire des piques, et l'on aura la liste à peu près complète des dégradations subies par le château pendant la tourmente révolutionnaire.

* Archives de Seine-et-Oise A 15.

' On peut admirer à la salle des dessins et des pastels le secrétaire à cylindre du comte de Provence (Louis XVIII) et des commodes de Marie- Antoinette, trois chefs-d'œuvre de l'ébénisterie du xviii® siècle.

^ La destruction systématique des objets d'art du Moyen-Age, de la Renaissance, des xvii'' et xyiii*" fàècles n'a fini que vers 1845, grâce aux efforts du Comité des arts et monuments.

* La vente commença cependant à l'appartement de la princesse de Laraballe, au rez-de-chaussée de la cour des Princes.

des meubles ordinaires, des glaces, pendules, chenets, lustres, flambeaux, bras, girandoles, poêles, du linge, des rideaux de damas ou en gros de Tours, des fleurs arlificielles, des voliges, planches, voitures, des vins de Madère, Malvoisie, Tokay, Malaga, du vin du Gap, du muscat de Gorinthe, du café en grains, quelques porcelaines de Sèvres, quelques groupes en biscuit, quelques gravures, gouaches et dessins, et quelques beaux meubles; mais les véritables choses d'art sont en petit nombre dans cette vente colossale.

Nous avons dit qu'une partie des beaux meubles du palais fut déposée au Garde-meuble de Versailles. Ils furent vendus le 22 ventôse (12 mars) et le 8 floréal (27 avril) an IV (1796), par les ordres du ministre des finances. Les procès-verbaux de ces ventes se trouvent à la Bibliothèque de Versailles Les meubles qui sont décrits devaient être de la plus grande beauté, et vaudraient aujourd'hui des sommes folles. Ge sont des commodes, des secrétaires, des coiTres, des guéridons, tables, bureaux, armoires, encoignures, en bois d'acajou, en bois satiné, en bois de rose, en bois de citron, plaqués de laques de Ghine, ornés de bronzes ciselés et dorés au mat ou d'or moulu, décorés de médaillons d'oiseaux et de papillons, de médaillons en camées de porcelaine bleue et blanche, de panneaux en porcelaine fond blanc à paysages et figures d'après Watteau, de dessus de porcelaine de Saxe, de médaillons en porcelaine ou en biscuit de Sèvres, etc. On trouve indiqués dans ces procès-verbaux, un meuble de tapisserie de Beauvais dont les sujets sont les Saiso^ns et les quatre parties du monde, des feux, des candélabres, flambeaux, girandoles, lustres, de belles pendules de Robin et de Sotian. Ge beau mobilier provenait des appartements du Roi et de la Reine, de ceux de Monsieur, du comte d'Artois et de Victoire Capet.

La République devait d'assez fortes sommes à Abraham Alcan et Gompagnie, fournisseurs généraux des subsistances militaires de l'armée de Rhin-et-Moselle ; elle le paya en objets mobiliers. Alcan vint choisir au Garde-meuble ce qui lui convenait; il fit une estimation, qui fut adoptée par le

» Mss. I Lj 12. F c.

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ministre. On donna au citoyen Alcan pour 89,620 francs (valeur métallique) de meubles, pour 27,582 francs de porcelaines de Sèvres ^ pour 31,169 francs de glaces, pour i 3,1 89 francs de pièces d'étoffes, de brocarts d'or, de galons, enfin pour 20,000 francs une tapisserie de Beauvais emblématique de la révolution d'Amérique.

On a un autre exemple de créanciers de l'Etat payés avec des meubles et autres objets précieux. « On les donnait en échange ou en paiement, dit M. Davillier à des fournisseurs, par exemple à un certain Lanchère, qui avait été le continuateur de l'abbé d'Espagnac, pour l'exploitation des convois et transports militaires.

Le Comité de Salut public lui avait fait délivrer, en paiement de ses premiers services, de fortes parties du mobilier de Versailles, en pendules, en tapis, en statues de marbre, en commodes, secrétaires et consoles du meilleur goùi et du plus grand prix. Lanchère père, originairement cocher de fiacre à Metz, mais d'une activité merveilleuse, et secondé par les talents de sa femme en affaires, était resté avec sa vaste entreprise l'homme le plus simple du monde. Il avait encombré de tout ce mobilier de Versailles l'hôtel de Flamarens, faubourg Saint-Germain, dont il était propriétaire, ce qui faisait l'effet d'un garde-meuble à déménager

« Paris, continue M. Davillier, regorgeait, à la suite de la vente du château de Versailles, de meubles et d'objets précieux qui encombraient les magasins des revendeurs. Les journaux du temps sont remplis d'annonces où ils sont offerts au public. C'est ainsi que nous lisons dans les Af/îches, Annonces, etc., du 3 pluviôse an II : « Magasin de àeaux meubles provenant de la Liste civile, rue Helvétius, 53 ; et à côté, Magasin de la citoyenne Mauduit, vente à prix fixe de meubles de Versailles et de Trianon. »

Les établissements d'utilité publique fondés à Versailles, et dont l'installation amena définitivement le salut du château et de ses dépendances, furent: au château, une Ecole centrale, le conservatoire des arts et des sciences, devenu plus tard le

* Déjeuners, tasses, vases, cassolettes, etc.

* Ch. Davillier, La vente du mobilier de Versailles pendant la Terreur, Paris, Aubry, 1877, brochure in-8°.

^ Souvenirs de M. Berryer, Paris, 1831), II, 338.

musée de Técole française et le cabinet d'histoire naturelle, Lwie bibliothèque, une école du modèle vivant, une école de musique, une succursale des Invalides, — au Potager, le jardin botanique de l'école centrale, — à Trianon, les pépinières, — au Grand-Commun, une manufacture d'armes, — à la Ménagerie, une école rurale, — à Saint-Gyr, un hôpital militaire.

'Lqs Ecoles centrales , instituées par le décret delà Convention du 25 février 1795 et sur le rapport de Daunou, étaient destinées à remplacer les anciens collèges ; à leur tour elles furent remplacées, en 1805, parles lycées de l'Université impériale. Chaque Ecole centrale devait être pourvue d'une bibliothèque, d'un cabinet d'histoire naturelle et d'un cabinet de physique. L'Ecole centrale de Versailles fut établie dans l'aile septentrionale des Ministres*; elle avait un cabinet de physique, où le professeur faisait un cours public ; au cours de dessin était annexée une collection d'antiques moulés en plâtre ; elle avait un jardin botanique au Potager, une bibliothèque dans l'aile méridionale des Ministres, et un cabinet d'histoire naturelle au rez-de-chaussée du palais. Le programme des études comprenait le dessin, l'histoire naturelle, les langues anciennes, les mathématiques, la physique et la chimie, la grammaire générale et les belles-lettres, l'histoire, la législation et la morale ^.

La bibliolhègue, composée de 30,000 beaux volumes, provenant en grande partie des bibliothèques du Roi, des Princes et de Mesdames, fut installée dans l'aile méridionale des Ministres ^ Elle y resta jusqu'en 1799, époque à laquelle le local où elle était établie fut affecté aux Invalides. On la plaça alors dans l'ancien hôtel des Affaires étrangères, où elle est encore.

Le cabinet d'histoire naturelle fut formé des collections rassemblées au conservatoire des arts et sciences, et provenant

* Cicérone de Versailles.

* Voir à la Bibliothèque de Versailles (ILj 18) une brochure intitulée : • Aux pères et aux mères de famille habitant le département de Se in e- et- Oise ^ les professeurs de l'Ecole centrale établie à Versailles. Ils y exposent un excel lent plan d'études.

^ Cicérone de Versailles.

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des propriétés nationales du département et de la belle collection réunie par M. Fayolle, commissaire de la marine, pour l'éducation des enfants du comte d'Artois. Le ministre Bénezech ayant créé, en l'an VII, le musée spécial de l'Ecole française, les collections du conservatoire des arts et sciences se partagèrent en deux parties: le musée spécial de l'Ecole française, et le cabinet d'histoire naturelle. Le cabinet, placé sous la direction de M. Fayolle, fut établi, au rez-de-chaussée du château, dans l'ancien appartement de Mesdames ; il occupait neuf pièces, et on y entrait par le vestibule de la chapelle. La première pièce renfermait les fossiles ; la seconde, les animaux terrestres ; la troisième, les animaux de l'air (oiseaux, papillons, insectes, nids, œufs); la quatrième, les animaux de la mer (cétacés, poissons, coquillages, madrépores) ; la cinquième, l'histoire naturelle de l'homme (anatomie, myologie, etc.) ; la sixième, les minéraux ; la septième, les végétaux (graines, bois] ; la huitième, des costumes, des armes, des idoles et divers objets provenant des peuples sauvages ' ; la neuvième, diverses curiosités, un sauvage du Canada, des modèles de vaisseaux, des médailles et pierres gravées, le plan en relief du château et du parc de Bellevue, une très-belle Annonciation en ambre jaune provenant de Saint- Cyr, etc.

Le jardin botanique de l'école fut planté au Potager par les soins d'Antoine Richard avec les débris du jardin botanique de Trianon.

Il nous reste maintenant à parler des tableaux du cabinet du Roi et du onusée de V Ecole frartcaise. Après une longue lutte entre Versailles, qui voulait conserver les tableaux du cabinet du Roi, et le Louvre, qui voulait les avoir, Versailles fut vaincu, et les tableaux du cabinet du Roi ainsi que les antiques furent transportés au Louvre, en 1794, pour compléter le musée que la Convention y organisait. Mais en échange des admirables tableaux des écoles étrangères qu'on enlevait à Versailles, on y créa un très-beau musée de l'Ecole française. Le Louvre lui donna toutes les toiles des artistes français

* La collection canadienne est aujourd'hui à la Bibliothèque de Versailles.

qu'il possédait, depuis Jean Cousin jusqu'aux artistes vivants.

Ce fut en l'an V (mai 1797), sous le Directoire, que M. Bénezech, ministre de l'Intérieur S donna enfin au nouveau musée son organisation définitive. On sut l'établir alors sans dévaster le palais. Il fut placé dans les grands appartements, dont les plafonds et la décoration faisaient de ces salles d'exposition un splendide musée. Ou y entrait par le vestibule de la tribune de la chapelle, et la première pièce du musOe était le salon d'Hercule

Le musée comprenait aussi la Grande-Galerie et le premier étage de l'aile du Nord du côté des jardins.

On y avait exposé les œuvres de Baptiste, Blanchard, Boulogne aîné et cadet, Sébastien Bourdon, Philippe de Champagne, Chardin, Jean Cousin, Noël et Antoine Coypel, Desportes, Doyen, Drouais, Fragonard, Fréminet, Greuze, Jquvenet, les deux Lagrenée, Largillière, Lebrun, Lemoine, Lenain, Lesueur (vie de Saint-Bruno), Claude Lorrain, (8 tableaux), Mignard, Natoire, Oudry, Parrocel, Peyron, Poussin (23 tableaux), Prud'hon, Regnault, Rigaud, Hubert Robert, R'oslin, Santerre, Stella, Subleyras, Suvée, Taunay, Tocqué, Valentin, Carie Vanloo, Van Spaendouck, Joseph Vernet (11 tableaux), Vien, Vouet, YertmuUer, etc. En fait de tableaux étrangers, il y avait la galerie de Rubens et deux Paul Véronèse. On avait donné aussi au musée de Versailles la collection des morceaux de réception des membres de l'ancienne Académie ro^^ale de peinture et de sculpture'. Le nombre des tableaux fut à un moment d'environ 600. Les sculptures étaient beaucoup moins nombreuses; elles se composaient d'œuvres d'Allegrain, Coysevox, Girardon, Julien, Puget, Sarazin, Vassé, de bustes en porphyre et en bronze, de l'Amour de Bouchardon enlevé à Trianon ; mais les statues et les groupes du parc faisaient partie du musée,

M. Bénezech se montra constarameut favorable à Versailles. ' Cicérone de 1804.

^ Cette précieuse collection, que la Révolution avait su conserver réunie, est aujourd'hui dispersée à l'Ecole des Beaux-Arts, au Louvre, à Versailles et dans les musées de province. Les autres peintures du musée de Versailles sont presque toutes au Louvre.

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et formaient un bel ensemble de la sculpture française du xYii*^ siècle.

Dès l'année 1800, on enlevait au musée de Versailles les Vernet et les Rubens pour orner la galerie du palais du Luxembourg affecté au Sénat *, et beaucoup de tableaux et de statues pour décorer le palais de Saint-Cloud, résidence du Premier Consul ^

M. Denon, directeur général du musée du Louvre, donnait la Phèdre de Guérin à Versailles, en 1803*, et en 1804 le portrait de M'"° de Pompadour par Latour, une suite de gouaches représentant des vues d'Italie et des tableaux sur porcelaine peints à Sèvres. Devenu musée impérial de Versailles, le musée de l'Ecole française se vit enlever peu à peu presque tous ses tableaux, et cessa d'attirer les visiteurs. De 1806 à 1812, le ministre des cultes donna l'ordre au conservatoire de livrer 90 tableaux originaux et 38 copies à diverses églises ou maisons religieuses de Paris et du département de Seine-et- Oise, au Louvre et au musée de Lyon. Le Saint-Louis et Saint-Thibault de Vien fut envoyé au Petit-Trianon; le Paralytique de Jouvenet, la Vierge implorant la Trinité de Simon Vouet, l'Adoration des Mages du même furent donnés à Saint-Gyr le 12 mai 1812^. A la fin de l'Empire, le musée n'existait plus.

Quand M. Bénezech créa le musée de Versailles, il organisa en même temps (mai 1797) une Ecole de musique placée sous la direction de Bêche, ancien musicien de la Chapelle, et, en février 1798, une F cole du modèle vivant, que des artistes de Versailles avaient fondée l'année précédente (an V). L'Ecole de musique était établie dans la galerie basse de l'opéra ; on y enseignait le solfège et le chant. L'Ecole du modèle vivant était étabhe dans la galerie basse de la chapelle; on y faisait un cours d'ostéologie ^.

A la fin du Directoire (1799), les chefs des différents éta-

* Journal du département de Seine-et-Oise, 181)0, p. 350. ' Idem, 1801, p. 536.

* Idem, 1803.

Pièce de la Bibliothèque de Versailles, n** 69. — Ces trois tableaux sont indiqués sur cette pièce comme des copies.

* Cicérone de 1806.

blissements du palais de Versailles étaient : M. Leroy, architecte du palais; M. Pérudon, inspecteur des pépinières; M. FayoUe, conservateur du cabinet d'histoire naturelle; M. Buffy, conservateur des dépôts littéraires; M. Bêche, directeur de l'école de musique ; M. Gibelin, président de l'administration du musée de l'Ecole française, assisté de trois administrateurs : MM. Duplessis, Dardel et Huvé.

Malgré ces nombreux établissements, qui semblaient avoir une durée assurée, les vandales de la bande noire reparlaient encore, à l'occasion, de morceler et de vendre le palais.

Le 24 nivôse an YI (13 janvier 1798), le Directoire envoya aux Conseils un message, dans lequel il insistait sur la nécessité de prendre une détermination relativement à Versailles : « Une très -petite partie du ci-devant château, disaient les Directeurs, renferme un dépôt littéraire, qui pourrait être mieux placé ; d'autres salles sont occupées par un muséum spécial de l'Ecole française; la somptueuse galerie et les appartements sont vides. En général, les bâtiments, l'Orangerie et les jardins sont bien entretenus. Mais le Grand-Canal est en prairie, et certaines parties des bâtiments exigent des réparations urgentes, qui iront en croissant chaque année... Ce serait à regret que le gouvernement verrait le vandalisme voter l'anéantissement de cet ensemble de chefsd'œuvre '.

Ce fut aussi pour empêcher les vandales de réussir dans leurs projets, que M. Luneau de Boisjermain publia en l'an VI une excellente brochure sur le château ^ Il proposait d'y établir les Conseils et le Directoire, et de les soustraire ainsi à la a turbulence parisienne »

Les choses restèrent en l'état jusqu'au Consulat, et dès 1801 on commença à faire quelques réparations urgentes à la grille du Dragon, au bassin d'Apollon et au réservoir de Trianon*.

' Moniteur universel, p. 459.

^ Idées et vues sur l'tisage que le gouvernement actuel de la Fmnce peut faire du château de Versailles, in-8".

^ Déjà en 1795, Dumont avait proposé d'installer à Versailles l'un des deux Conseils [Moniteur universel, p. 1340).

■* Journal du département de Seine-et-Oise, p. 376.

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Le Premier Consul vint visiter les travaux et créa un directeur général, le citoyen Goulard, pour la régie du domaine de Versailles et de Trianon ^ En 1803, un arrêté de Bonaparte fixait les dépenses de Versailles pour cette année à 187,470 francs ^

VAlmanack de Versailles pour l'an X nous apprend qu'alors la Galerie était décorée de vases et de bustes placés sur des tables, tandis qu'aujourd'hui elle est absolument vide.

Au commencement de l'année 1800, le Premier Consul établit à Versailles une succursale de l'hôtel des Invalides. Nos soldats mutilés dans les glorieuses campagnes de la Révolution étaient installés au nombre de 2000 dans le palais ^ La nouvelle de l'arrivée de ces braves soldats effraya les habitants de Versailles ; ils avaient peur que ces nouveaux hôtes ne dégradassent le palais et le parc, qui avaient conservé, à travers les désastres de la Révolution, une grande magnificence et qui « appelaient encore l'étranger » Le Premier Consul ne tint pas compte de ces doléances. On logea les Invalides dans les appartements de Louis XV et dans les ailes du midi sur le jardin et sur la cour des Ministres ; et, quand les Invalides quittèrent Versailles, après deux ans de séjour, le Journal de Seine-et-Oise^ constatait qu'ils n'avaient pas commis « la plus légère dégradation. »

Pendant cette période, quelques pièces du château avaient été attribuées à divers services. La grande salle des Gardes, l'une des salles du Musée, servait aux expositions annuelles des œuvres des artistes de Versailles ^. Le salon d'Hercule fut mis souvent à la disposition du public. Les assemblées primaires s'y réunissaient; on y faisait les distributions de prix de l'Ecole centrale, de l'Ecole du modèle vivant et des pensions de Versailles sous la présidence du maire de la ville ^ En 1800,1e collège électoral, présidé par le général

^ J(mrn al du département de Seinc-et-Oise, p. 396. ' Moniteur universel, 1803, p. 910.

^ Journal du département de Seinc-et-Oise, an VIII, p. 327. An IX. p. 153.

Idem, an VIII, 20 nivôse (lO janvier 1800). * 1802, p. 462 (an X, 19 messidor; 8 juillet 1802). ® Journal de Seine-et-Oise^ an VIII, 20 vendémiaire. ^ Encore en 1807.

Canclaux, s'y réunit pour nommer deux candidats pour le Sénat.

Le citoyen Jauffret fit plusieurs conférences dans ce magnifique salon. Absolument inconnu aujourd'hui, cet excellent homme, formé à l'école de Bernardin de Saint-Pierre et de Bonnet, a joué un certain rôle à l'époque du Consulat. Il était secrétaire perpétuel d'une société qui n'a laissé aucune trace derrière elle ; elle s'appelait la Société des observateurs de lliomme. Jauffret avait fait l'ouverture de ses séances par une promenade dans les hois de Saint-Gloud, le 6 prairial an YIII ( 26 juin 1800 ). Le but de la société était d'étudier l'histoire naturelle pour la faire concourir au perfectionnement de la morale, et, par des promenades à la campagne, de donner aux jeunes gens une idée du bonheur qui peut résulter pour rhomme de l'étude de lui-même et de la contemplation de la nature. On joignait aux promenades la lecture des éloges de Bonnet, de Pluche et d'autres écrivains du même genre, dont Jauffret cherchait à se faire le continuateur Le 27 floréal an X (17 mai 1802), l'abbé Sicard prononça un éloge de l'abbé de l'Epée, qui eut un très-grand succès ; on visita ensuite le parc, l'Orangerie et Trianon. Ces beaux jardins excitèrent l'admiration de tous les visiteurs, et cet enthousiasme n'était pas inutile pour assurer leur conservation ^.

Il nous reste, pour finir l'histoire du château pendant la Révolution, à parler des fêtes patriotiques de cette époque. Que leur nombre ait été exagéré, que l'intervention des choses antiques, si à la mode alors, ait été absolument ridicule, je n'ai pas à m'étendre sur ce sujet, qui a été si souvent traité, et il suffit de parler seulement de ce qui intéresse le château et le parc.

Un autel de la Patrie avait été dressé, à la pièce d'eau des Suisses, au dessous de la statue de Gurtius. C'était le lieu le plus ordinaire des fêtes de la République ; on y célébra la fête de la Fédération, celle de l'anniversaire du Dix-Août, etc. Le 2 pluviôse an VI (21 janvier 4798) on planta solennelle-

* Journal du département de Seine-et-Oise, an IX.

^ Jauffret a pub'ié, en 1803, un volume in-18 intitulé : Promenades de Jauifi-et à la camya(jne.

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ment un arbre de la liberté dans la cour du château, là où est placée aujourd'hui la statue de Louis XIV. Les détails de cette fête sont curieux.

L'administration du musée spécial de l'Ecole française ayant obtenu du ministre de l'Intérieur l'autorisation d'accomplir <( cet acte de civisme, » invita l'administration du Département, celle de la Municipalité et le commandant de la force armée « à solenniser de leur présence cet acte intéressant pour tout bon Français.

Les invités réunis, on alla au Jeu-de-Paume prêter serment de haine à la royauté et à l'anarchie, et attachement Inviolable à la République et à la Constitution de l'an 111.

Le cortège se rendit ensuite dans l'une des principales salles du ci-devant château des rois, où le président du Département, « après quelques paroles d'exécration, brisa en mille morceaux un sceptre et une couronne préparés à cet effet. »

Puis on alla dans la cour se réunir autour du jeune chêne, orné de rubans tricolores. Une musique remplissait les airs « d'une douce mélodie républicaine ». Enfin le président du musée, Gibelin, prononça un discours qui commençait ainsi :

Citoyens, vous venez de célébrer l'anniversaire de l'une des plus grandes époques de la Révolution, celle de la mort du dernier tyran des Français. Il vous reste encore à faire un acte solennel; c'est d'en consacrer ici la mémoire à jamais, par la plantation de l'Arbre de Liberté, symbole consolant d'une existence digne de nous.

Cette terre, si longtemps souillée par la présence des despotes, qui la foulaient avec tant d'orgueil et de pompe, va donc enfin être purifiée ! Elle va nourrir dans son sein les racines vivaces de l'Arbre chéri des peuples libres. L'Arbre sacré de Liberté dominera seul désormais sur le fastueux sommet de Versailles; et sa tête sublime, s'élevant un jour jusqu'aux nues, frappera les regards de tous les peuples de la terre. . .

La cérémonie finit aux cris répétés de : Vive l'Arbre chéri, Vive la République, et aux sons éclatants « des instruments guerriers * ».

* Pièce in-4°, à la Bibliothèque de Versailles.

L'EMPIRE ET LA RESTAURATION — 1803-1830

Avec l'empire, Versailles et les Trianons rentrèrent dans le domaine de la Couronne, et Napoléon P'' ordoana aussitôt d'y faire les réparations nécessaires. La salle de spectacle de l'aile Gabriel fut mise à la disposition des « comédiens français de S. M. l'Empereur, » qui vinrent y donner des représentations. Le Canal, qui était devenu une prairie marécageuse, fut restauré et rempli d'eau le 7 avril 1808. Le parc fut remis dans son ancien état; les cultures et les arbres fruitiers plantés par Richard disparurent. Les baraques qui encombraient les abords du palais furent démolies ^ Les peintures de la Galerie et des grands appartements furent restaurées par le peintre Ch. de Boisfremont, ancien chevalier de Malte et page de Louis XVI

En 1810 et 1811, les travaux et réparations du palais étaient poussés avec activité. Il n'est pas hors de propos de signaler la coalition formée par les ouvriers pour faire hausser le prix de la journée. A la suite de troubles sérieux, neuf d'entre eux furent traduits devant le tribunal correctionnel et jugés le 11 juin 1810 ; huit furent condamnés à la prison, et le procureur impérial se pourvut devant la cour d'appel pour obtenir des condamnations plus sévères*.

De 1810 à 1814, M. Dufour, architecte du palais, restaura, à la façon des architectes de cette époque, c'est-à-dire en la détruisant à peu près, la balustrade du comble du château sur les jardins. La balustrade fui refaite à neuf, mais les trophées et les vases ne furent pas remplacés. Les avantcorps des façades sur le jardin étaient en mauvais état; leur

* Journal àu département de Seine-et-Oise, 9 avril 1807,

* ECKARD, p. 101.

^ Journal du département de Seine-et-Oise, 21 juin 1810.

L'EMPIRE ET LA RESTAURATION

soubassement et leur socle menaçaient mine : on les refit en conservant les colonnes en place pendant l'opération. Le soubassement formant le rez-de-chaussée fat repris en sousœuvre sur plusieurs points, La façade exposée au midi fut refaite dans toute sa hauteur. Les combles furent restaurés partout. Les parements des façades, généralement en mauvais état, furent remis à neuf, et l'on badigeonna les parties neuves pour leur donner le ton des parties anciennes*.

M. Dufour répara aussi les façades du château du côté de la cour. Ce fut en 1814 qu'il détruisit les colonnes accouplées des quatre avant-corps de la cour de Marbre, que l'on voit indiquées sur le plan de Silvestre de 1674. Elles étaient en mauvais état ; on les fît disparaître. M. Dufour remit le grand vestibule central de l'aile du midi dans son état primitif. Les colonnes étaient coupées par un plancher d'entre-sol, qui fut abattu, et perdues dans un labyrinthe de cloisons, qui disparurent. Les colonnes furent dégagées et le vestibule rétablit M. Dufour, enfin, détruisit la petite salle de spectacle située au fond de la cour des Princes, et la remplaça par le vestibule actuel conduisant de cette cour aux jardins; les colonnes actuelles datent de cette époque.

Après cette énumération des travaux exécutés à Versailles par l'empire, il nous faut parler avec quelques détails du projet de reconstruction du palais, qui, de 1807 à 1811, préoccupa Napoléon. L'histoire de ce projet remonte à Louis XV. Elle est racontée dans l'ouvrage de M. Fontaine intitulé Résidences des souverains {\8^3, in-i''). Cet architecte méprisait le château de Versailles, qu'il appelle (page 116) « un nain difforme, dont les membres gigantesques, plus difformes encore, augmentent la laideur. » Il ne faudra pas s'étonner si, dès 1807, nous le trouvons partisan de la reconstruction et de la transformation du palais.

Déjà au xviiio siècle, on attaquait vivement le style de son architecture, la disposition des appartements et le goût de la décoration. Nous avons déjà dit que Louis XV avait

• Journal dît département de Seine-et-Oise, 1811, p. 908. ' Idem, p. 909. — Ces articles sont la reproduction d'un travail fort curieux inséré dans le Journal officiel de VEmpire.

adopté les idéès de Gabriel et avait ordonné une restauration générale, dont l'exécution commença en 172 par la construction de l'aile neuve du côté de la chapelle ( aile Gabriel). Le style des nouveaux bâtiments, à colonnes et frontons, était celui que les novateurs, partisans de l'antique, avaient misa la mode. Suspendu parla mort de Louis XV, le projet de refaire le château, et de replanter son parc dans le goût anglais, fut repris par Louis XVL En 1780, le Roi demanda aux Plus célèbres architectes du temps, Peyre aîné, Peyre jeune*, Boullé, Heurtier, Paris', Huvé, Potain, Mique^ des projets pour restaurer, c'est-à-dire pour refaire entièrement, du côté de la ville, le château dont les parties datant de Louis XIII étaient en ruines, et celles de Louis XV * abandonnées sans avoir été achevées.

Ces projets ne purent être exécutés faute d'argent, et restèrent dans les bureaux du comte d'Angivilliers, directeur hénéral des Bâtiments. Ils furent repris sous l'empire et leur exécution ne fut empêchée que parce qu'elle aurait causé de trop grandes dépenses.

En 1807, Napoléon voulut aussi restaurer le château de Versailles, mais le restaurer dans le sens du mot à cette époque, c'est-à-dire le détruire et le reconstituer tout autrement. L'architecte Gondouin fit un projet, qu'il présenta à l'Empereur à Fontainebleau. Gondouin demandait 50 millions. Napoléon ne voulut pas dépenser une pareille somme et se contenta de faire faire de simples travaux de réparation et de conservation à la couverture, aux façades et aux

' Le projet de Peyre jeune est gravé dans les Œuvres d'architecture d'Ant.-Fr. Peyre, publiées par Percier et Fontaine, 1818, in-folio.

* Les projets mss de Heurtier et de Pâris sont dans les archives de l'architecte du palais de Versailles {Adas Dufour^ 1809-1823).

' Fontaine oublie Je mentionner le nom de Leroy, alors inspecteur du château. Le projet mss. de Leroy, en cinq grands plans et daté de 1783, est à la Bibliothèque de Versailles.

L'aile Gabriel.

^ En l'an XII (l803), Tarchitecte J.-J. Huvé appelait l'attention du public sur la nécessité de faile les parties du château donnant sur les cours, qui tombaient en ruines : « la suppression du vieux, disait-il, donnerait plus de dignité à l'ensemble », et il exposatt tout un plan de reconstruction, pour faire au Premier Consul un palais digne de lui [Journal du département de Seine-et-Oisey 5 vendémiaire an XII).

L'EMPIRE ET LA RESTALTIATION

grands appartements, travaux dont nous venons de parler.

Avec des architectes de l'école de ce temps, cet ordre suffit pour faire détruire toute l'ornementation de la balustrade du comble du côté des jardins, fâcheuse destruction qui rend cette façade lourde et monotone.

En 1811, après la paix devienne, Napoléon revint à l'idée de reconstruire Versailles \ Il chargea M. Fontaine de faire les projets et les devis de cette restauration. Napoléon vint à Versailles, de Trianon où il résidait, étudier la question avec M. Fontaine. Le projet de Peyre le jeune lui paraissait excellent, mais, devant la nécessité de dépenser des sommes immenses pour le mettre à exécution, l'Empereur ajourna encore une fois sa décision.

« C'est à cette époque % qu'après avoir visité les appartements jusque dans les plus petites pièces, effrayé du désordre et de la confusion de cette immense distribution, et surtout des difficultés qui s'opposaient à ce que l'on pût jamais arriver à rien faire de bien avec une telle discordance de choses : « Pourquoi, s'écria- t-il, la Révolution qui a tout détruit n'a-t-elle pas démoli le château de Versailles ? Je n'aurais pas aujourd'hui U7i fort de Louis Z/Fsur les bras, et un vieux château mal fait, comme ils Font dit, un favori sans mérite, à rendre supportable. »

Ce que Fontaine ne dit pas dans son livre, c'est qu'il y eut alors une sorte de concours pour la reconstruction du palais. L'atlas Dufour, dont nous parlions tout à l'heure, renferme 14 projets de cette époque mêlés à ceux du temps de Louis XVI. Nous y trouvons le projet de Gabriel corrigé par M. Fontaine (3 plans différents) et ceux de Fontaine, Gondouin, Potain, Paris et Dufour (7 projets). Tous, sans hésiter, détruisent tous les appartements de Louis XV, la salle du Conseil, la chambre de Louis XIV, l'Œil-de-Bœuf, l'aile de Lemercier. Ils ne conservent que les grands appartements du Roi et de la Reine, la Galerie et ses deux salons, la chapelle, l'Opéra ; tout le reste du château est impitoya-

* Le Journal dit, département de Seîne-et-Oîse (1811, p. 1027) confirme les dires de M. Fontaine.

^ Fontaine, p. 121.

blement détruit et remplacé par les combinaisons les plus étranges. C'est en voyant cette collection de projets qu'on se félicite que l'œuvre de Mansart ait échappé à la pioche des architectes impériaux.

Mais il faut reprendre l'analyse de l'ouvrage de M. Fontaine. L'Empereur ne voulait pas dépenser plus de 6 millions, et avec cela avoir un appartement pour lui et un pour l'Impératrice, 6 appartements de princes et 50 autres. « Alors, disait-il, on pourra habiter Versailles et y passer un été*. » Les désastres de 1812 et la chute de l'Empire sauvèrent le château de ce nouveau danger.

« Le Roi Louis XVIII étant remonté, en 1 81 4 après la chute de Napoléon, sur le trône de ses pères, .voulut de suite faire mettre le château de Versailles en état d'être habité ; on donna à ce sujet les ordres les plus pressants. »

Fontaine fut chargé des travaux ; il proposa, pour arriver promptement au but désiré, un projet qui fut adopté, interrompu un moment par les Cent- Jours, et terminé en 1820, après une dépense de 6 millions. On restaura la Galerie, les grands appartements et tout ce qu'avait fait Louis XIV ; on acheva, du côté de Paris, la façade commencée par Gabriel sous Louis XV ; on fit, dans les intérieurs, diverses modifications a en détruisant tous les petits arrangements de complaisance; » on nettoya, on simplifia et on rendit commodes tous les abords. Les peintures qui ornent les plafonds des grands appartements, et les dorures furent restaurées; le pavillon correspondant à celui bâti par Gabriel fut élevé par M. Dufour, et toutes les dépendances furent remises en état^ Tous ces travaux furent faits avec beaucoup de soin.

On peut ajouter quelques détails à ceux donnés par M. Fontaine, par exemple le délabrement dans lequel était tombé le palais. On lit dans une lettre de Ducis, que deux peintres, dont Tun était le neveu du poète, furent chargés, en 1814, de la restauration des plafonds. « Quand ils sont sur leurs échafauds, s'il leur arrive d'éternuer, de se moucher ou de tousser un peu fort, il leur tombe des Vénus, des Mars, des Re-

* Fontaine, page 131.

* Fontaine, pages 122-123.

L'EMPIRE ET LA RESTAURATION

nommées avec leurs trompettes, et toute la gloire de ce grand siècle de Louis XIV, obscurcie de poussière et enveloppée de toiles d'araignée *. » La cour de Marbre était dans le même état de dégradation; elle fut restaurée en 1816 \ La chapelle fut aussi réparée, et, le 18 avril 1820, le prince de Croy, évêque de Strasbourg, la bénissait à nouveau. En 1817, on faisait disparaître Vétang Puant

L'histoire du palais pendant la période 1805-1830 ne compte pas un grand nombre de faits et n'offre que peu d'intérêt. Devenu palais impérial, le château voit disparaître peu à peu tous les établissements que la République y avait installés et qui lui donnaient la vie : cabinet d'histoire naturelle, écoles, musée. Napoléon avait eu l'idée de l'habiter; Louis XVIII eut la même pensée en 181 4; mais ni l'un ni l'autre ne réalisèrent leur projet, et le château, devenu vide, n'était plus, à la fm de la Restauration, qu'un bâtiment inutile et d'un entretien dispendieux. Son existence pouvait être encore une fois remise en question, mais n'anticipons pas sur les événements.

Le 3 janvier 1805, le Pape Pie VII vint à Versailles. Il fut d'abord conduit à la cathédrale, où il assista au salut célébré par l'évêque; il se retira ensuite dans l'appartement qui lui avait été préparé à l'évêché et y reçut toutes les autorités de la ville. Après, il alla, accompagné de M. Denon, directeur général des musées, visiter le château. Puis, revêtu de ses ornements pontificaux, il se plaça au balcon du milieu de la Grande-Galerie et donna la bénédiction solennelle à la foule qui couvrait les terrasses du jardin, et qui fit retentir l'air des cris de Vive le Saint Père, vive l'Empereur ! Le Pape visita ensuite l'Orangerie, alla dîner à l'évêché et repartit pour Paris *. Deux jours après, les officiers de la garnison de Versailles donnaient, dans le salon d'Hercule, un grand bal en réjouissance du couronnement de l'Empereur ; l'orchestre était dirigé par le célèbre Julien

* Lettre citée par M. Délerot dans Ce que les poUes ont dit de Yenailks^ page 61.

^ Journal du département de Seine-et-Oise, 1816, p. 235. ' Idem.

* Idem, 1803, p. 101.

^ Idem, p. 160.

Versailles était déjà ce qu'il est aujourd'hui, l'objet de la curiosité des princes étrangers, et leurs visites sont à peu près les seuls faits dont il y ait à parler. Nous mentionnerons parmi ces illustres visiteurs : en 1807, la reine de Westphalie, et en 1809, le roi de Saxe. Napoléon fit aussi quelques visites au château, avec promenades dans le parc et l'Orangerie en 1808 et 1810.

En 1814, apparaissent à Versailles les chefs de la coalition victorieuse, à qui les folies de Napoléon P"" ont ouvert l'entrée de la France épuisée. Le 11 mai, Versailles est visité par le czar Alexandre et ses deux frères, et par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III et ses deux fils, parmi lesquels se trouvait le futur empereur d'Allemagne, qui devait, grâce aux folies de Napoléon III, revenir à Versailles, encore vainqueur, en 1870. Le 9 août, Louis XVIII vint à son tour visiter le château, et le 17 août, la duchesse d'Angoulême vint revoir le premier séjour de sa jeunesse et y rechercher les souvenirs de sa mère.

Louis XVIII avait eu l'idée, en 1814, de fixer sa résidence à Versailles ; il renonça à ce projet en 1815, et se contenta de loger au château un certain nombre d'émigrés et de serviteurs auxquels le gouverneur, M. le marquis de Vérac, était obligé de défendre de faire sécher leur linge aux fenêtres. On assure même que quelques-uns des locataires installèrent des vaches et des chèvres sur les toits et dans les galetas*, pour avoir leur lait à portée.

La duchesse d'Angoulême revint à Versailles le 14 août 1815, accompagnée de son mari et du duc de Berry. Le 25 juin 1816, Louis XVIII et les princes visitèrent encore Versailles. En 1818, ce fut le tour de Wellington.

En décembre 1821, une épidémie de fièvre typhoïde éclata parmi les 300 élèves dé l'école militaire de Saint-Cyr^. L'insalubrité des locaux ayant été démontrée, le ministre de la Guerre décida, avec l'approbation du Roi, que l'Ecole serait provisoirement transférée au château. Le ministre de la Maison du Roi fut invité à désigner la partie du château

* Pièces des combles.

^ Il en mourut environ 40, à TEcole et dans leurs familles.

LE MUSÉE

dans laquelle pourraient être installés les élèves, et fit mettre à la disposition de l'Ecole l'aile méridionale des Ministres.

L'emménagement se fit dans la première quinzaine de février 1822; la terrasse du château, entourée de palissades, servait de cour de récréation. L^Ecole fut réinstallée à Saint-Gyr à la fin du mois de mai suivant *.

Devenu roi, Charles X vint à Versailles le 6 août 1826. Ce fut la dernière fois que les princes de la branche aînée de la maison de Bourbon visitèrent l'ancienne résidence de Louis XIV.

LE MUSÉE - 1830-1880

Presque toutes les personnes qui logeaient au château pendant le règne de Charles X, le quittèrent après la révolution de juillet 1830. Encore une fois le palais de Versailles, vide, abandonné, donna lieu à cette redoutable question : qu'en fera-t-on ?

L'opinion générale fut qu'on devait y transférer les Invalides. Heureusement cette opinion fut repoussée par le nouveau roi, qui tenait à ce que Versailles et les Trianons fissent partie de la dotation de la Couronne, et par la Commission chargée d'étudier le projet de loi de la nouvelle liste civile.

Le 28 décembre 1831, le rapporteur de cette Commission, M. de Schonen, lisait à la Chambre des Députés son rapport 2.

La dotation de la Couronne du nouveau roi, disait-il, comprendra le Louvre, les Tuileries, Versailles, Trianon, Marly, Meudon, Saint-Cloud, Saint-Germain, Fontainebleau, Compiègne, Rambouillet et Pau.

* Renseignements communiqués par M. A. Taphaiiel.

* Moniteur universel, 29 décembre 1831, p. 2542.

Versailles a surtout été l'objet d'un examen particulier, et nous avons reclierclié à quel genre de service public on pourrait employer ses vastes bâtiments. La majorité de la Commission a reconnu que le transport des Invalides dans ce palais était un projet chimérique, dont l'exécution entraînerait des frais immenses pour, en résultat, ne loger ni convenablement, ni sainement ces vétérans de la gloire française. Elle a pensé que Versailles ne pouvait servir qu'à un Conservatoire de musées, recueillis dans ses magnifiques galeries, et elle croit devoir signaler cet usage, ainsi que la création d'une école des Beaux-Arts qui y serait attachée.

Nous avons tous été frappés de l'accumulation de ces châteaux dans un rayon peu étendu, et nous nous sommes demandé quel était le moyen d'en réduire le nombre et sur quelles habitations tomberait notre choix. Saint-Cloud sera nécessairement la demeure du Roi pendant l'été ; Meudon n'en est qu'un pavillon détaché ; le château de Marly n'existe plus. Quant aux deux Trianons, ils sont situés au milieu du parc de Versailles ; si on ne les conserve pas, il faut les démolir, car qui les achèterait ? 93 a reculé devant cette insulte aux Beaux-Arts, et ce serait nous, au xix° siècle, qui nous chargerions volontairement de cette destruction ? Non, Messieurs, nous ne laisserons qu'au temps, je l'espère, le soin d'accomplir son œuvre et le plus tard possible. D'ailleurs, le Roi est le père d'une jeune et nombreuse famille ; des dotations seront bientôt à former; ces châteaux, ces parcs qui les environnent pourront être concédés par la sollicitude paternelle. Les dotations seront alors moins fortes, et la famille ne sera point séparée.

Ainsi Versailles et Trianon étaient compris dans la dotation de la liste civile, à la condition qu'un musée et une école des Beaux-Arts seraient établis dans le palais. ' Dès le mois de septembre 1833, M. de Montalivet, intendant général de la Liste civile, adressait à Louis-Philippe un rapport sur l'établissement du musée projeté *. Mais il ne parlait pas du rapport de M. de Schonen et laissait croire, par ce silence, que le. musée historique qu'on allait créer était entièrement dû à la généreuse initiative du Roi. M. de Montalivet commençait ainsi son rapport :

Sire, il était digne de Votre Majesté de s'occuper du palais de Versailles, et de lui donner une destination qui remplaçât celle que le changement de nos mœurs et de nos institutions lui a fait perdre

* Moniteur universel du 5 septembre 1833, p. 2043.

LE MUSÉE

depuis plus de quarante ans. Ce bel édifice, qui atteste avec tant d'éclat et la grandeur de la France et la splendeur de la couronne que le vœu de la nation vous a appelé à porter, a heureusement peu souffert de l'abandon dans lequel il a été laissé si longtemps ; il a échappé à cette déplorable manie qui a privé la France de tant de monuments, soit pour réaliser la mince valeur de leurs matériaux, soit pour épargner la dépense de leur entretien. Votre Majesté a senti que le meilleur moyen de conserver les établissements qui subsistent encore était de leur assigner une destination qui prouvât par ses avantages, que leur destruction aurait été une calamité nationale.

Versailles, qui réunit à des localités si somptueuses des ricliesses d'art qu'on ne saurait déplacer sans les détruire, et des souvenirs historiques si précieux à conserver, présentait de grandes difficultés pour déterminer le nouveau parti qu'il convenait d'en tirer ; c'était une sorte de problème jusqu'à présent non résolu, malgré les nombreux projets qu'il avait fait naître, et dont il était réservé à Votre Majesté de donner la plus digne et la meilleure solution.

Lors de votre dernière visite à Versailles, Sire, vous avez daigné développer devant les personnes qui vous accompagnaient le plan que vous avez formé. Vous nous avez dit que, sans priver le Louvre de la collection des chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture, et des objets d'art anciens et modernes que la Couronne y possède aujourd'hui, vous vouliez que Versailles présentât à la France la réunion des souvenirs de son histoire, et que les monuments de toutes nos gloires nationales y fussent déposés, et environnés ainsi de la magnificence de Louis XIV.

Pour réaliser cette grande pensée, vous m'avez ordonné, Sire, de faire préparer les plans des travaux qui devront être exécutés dans le palais de Versailles; et M. Nepveu, votre architecte, s'est efforcé de s'identifier avec elle dans l'étude du projet dont Votre Majesté lui a donné le programme.

Venait ensuite l'exposé du projet: 1^ A l'aile du midi, on devait construire une grande galerie, dans laquelle on placerait des tableaux de batailles depuis Tolbiac jusqu'à la prise de la citadelle d'Anvers ; c'était la création principale du projet. Dans les salles du rez-de-chaussée de cette aile, on devait mettre des peintures, et, dans la galerie de pierre, des bustes et des statues. — %° Au principal corps dîi clmteaii, le rez-de-chaussée était destiné à des suites de portraits ; au premier étage, dans les appartements, on devait placer encore des tableaux de batailles et d'autres tableaux qui s'y trouvaient autrefois. — 3" LaiU du Nord devait

subir une importante transformation et contenir aussi des tableaux.

Pour remplir toutes ces salles et galeries, les peintures et les sculptures anciennes étant insuffisantes, le rapport annonçait aux artistes de nombreuses commandes. M. de Montalivet proposait enfin de commencer les travaux immédiatement ; ce qui fut approuvé par Louis-Philippe.

Nous n'avons pas ménagé les critiques aux fondateurs du Musée, quand nous nous sommes trouvés en présence de destructions ou de mutilations dont ils auraient pu et dû s'abstenir. Il faut reprendre ici cette question et l'étudier dans son ensemble.

Versailles était, en 1833, quand commencèrent les travaux, tel que Favait laissé Louis XVI en 1789. Outre les grands appartements, c'était un labyrinthe infini de logements, quelques-uns plus ou moins grands, beaucoup très-petits, tous destinés aux princes, aux grands seigneurs, aux officiers des Maisons du Roi, de la Reine et des princes, et à une partie de la domesticité haute et basse *. « J'ai vu, dit M. Saint-Marc Girardin*, quelques parties de ce labyrinthe; cela me faisait l'efïet d'une ruche ayant mille et une cellules. »

Il fallait absolument faire disparaître ce dédale de petites pièces, d'entre-sols, d'escaliers et de corridors, et tout le monde est d'accord pour reconnaître qu'il était nécessaire d'opérer la transformation de ces réduits en belles et grandes salles de musée.

Mais, dans cette démolition générale, pourquoi avoir partout détruit les lambris sculptés, les cadres de glaces sculptés, les cheminées ornées de bronzes, les cuivres ciselésdorés, qui se trouvaient dans les appartements occupés par les princes, au lieu de conserver les plus beaux de ces échantillons de l'art décoratif du xviiP siècle, car ce sont

* En 1789, le château renfermait 288 logements de 1252 pièces à cheminée et de plus de 600 sans cheminée. Dans ce nombre ne sont pas comprises les 152 pièces occupées par le Roi, la Reine et les princes et princesses (yl/s5. de la Régie).

^ Journal des Débats du 19 octobre 1862, article nécrologique sur M. Nepveu.

LE MUSÉE

les œuvres d'art du xviii^ siècle qui ont été surtout anéanties sans pitié \

Ce que nous avons blâmé, et ce que nous blâmons encore, c'est la destruction absolument inutile d'une partie de la décoration de la chambre de la Reine ; c'est la destruction presque complète de l'appartement de M'^° de Maintenon ; c'est la destruction de la décoration des appartements du Dauphin fils de Louis XV, de Mesdames et de M"^" de Pompadour. Ce que nous blâmons, c'est d'avoir placé dans la cour du château les statues colossales du pont de la Concorde, qui sont hors de proportion avec la hauteur des bâtiments; c'est d'avoir manqué de goût et des connaissances nécessaires à l'accomplissement de l'œuvre.

Quoi qu'il en soit, et quelques regrets qu'on puisse avoir sur certaines fautes graves, le palais fut transformé, de 1 833 à 4837, en un vaste musée de « toutes les gloires de la France, » qui obtint auprès du public et des étrangers un immense succès. Ajoutons que cette transformation sauva le palais.

Le musée de Versailles est l'œuvre personnelle de Louis- Philippe.

Pendant plusieurs années, dit M. de Montalivet ^, le Roi y a consacré à la fois tous les loisirs que lui laissait la politique et presque toutes les ressources de sa liste civile. Lui-même, il a discuté et tracé le plan de toutes les salles, de toutes les galeries, qui contiennent plus de 4000 tableaux ou portraits, et environ 1000 œuvres de sculpture. Il a désigné lui-même la place qui devait être attribuée à chaque époque, à chaque personnage. Dans ce vaste classement de tous les souvenirs glorieux pour le pays, le royal ordonnateur ne reculait devant aucun acte de l'impartialité même la plus hardie. Du haut d'un esprit libre de toutes passions et de tous préjugés, Louis-Philippe décida, dès le début, que tout ce qui était national devait être mis en lumière, que tout ce qui était honorable devait être honoré. . .

Tous les détails relatifs à l'exécution de cette œuvre immense, tous les faits qui constatent l'intervention active et incessante du Roi, sont consignés dans une collection de 398 procès-verbaux des

* Il nous semble qu'on aurait dû conserver tous les principaux appartements, en les décorant de tableaux, portraits, bustes et autres objets d'art se rapportant aux divers personnages qui les avaient habités et aux faits qui s'y étaient passés.

* Le roi Lotm- Philippe et sa liste civile, 1850, in-12, p. 38.

visites royales ; M. Nepveu, l'habile architecte du palais, les adressait régulièrement au directeur des Bâtiments de la Couronne Dans les premiers mois de 1833, le Roi avait fait à Versailles trois courses préliminaires ; mais la première visite vraiment sérieuse, celle qui eut pour but de donner aux travaux une direction précise, remonte au 2 décembre de la même année ; la dernière, c'était la trois-cent quatre-vingt-dix-huitième, eut lieu le 10 décembre 1847.

M. de Montalivet donne le total des sommes dépensées à Versailles et aux Trianons ; elles s'élèvent à 23,494,000 francs et se répartissent ainsi :

Entretien, réparations, travaux neufs 15,059,000 fr.

Œuvres d'art achetées et restaurées 6,625,000 fr.

Acquisition et restauration de mobilier 1,810,000 fr.

Pour compléter et populariser son œuvre, Louis-Philippe fit faire le grand ouvrage intitulé Galerie historique du palais de Versailles par M. Gavard, recueil de gravures qui malheureusement n'a que peu de valeur au point de vue de l'art.

On ne saurait sans injustice ne pas dire ici quelques mots d'éloge sur M. Nepveu. C'était un très-honnête homme, plein d'esprit et de franchise, que Louis-Philippe aimait beaucoup. Souvent d'un avis contraire à celui du Roi, il soutenait son opinion et ne cédait pas. « Mais, M. Nepveu, lui dit un jour Louis-Philippe, impatienté de ses contradictions, vous êtes obstiné, sachez donc que j'ai beaucoup fait bâtir. — Et moi. Sire, répondit M. Nepveu, j'ai beaucoup bâti moi même. « Le Roi ayant un peu d'humeur, nnit, ce jour-là, sa visite sans parler davantage à M. Nepveu. Cependant comme il ne voulait pas laisser mécontents et tristes ceux qu'au fond il aimait, il s'arrêta dans un des vestibules, cherchant à dire quelque chose à M. Nepveu qui ne ranimât pas la querelle, car M. Nepveu était homme à la recommencer. Il y avait au plafond des peintures que le Roi avait vues plus de cent fois mais il en demanda l'explication à M. Nepveu. « Quelle est donc, lui dit-il, cette figure dans l'angle à gauche? — Sire, dit M. Nepveu, c'est une figure allégorique : c'est ce qu'on

* Ces procès-verbaux forment 5 volumes iû-4° ; ils doivent se trouver parmi les Archives de l'ancienne liste civile.

LE MUSÉE

appelle la persévérance dans un roi, et l'obstination dans un pauvre architecte ».

L'inauguration du musée eut lieu le 10 juin 1837.

Le Roi, lisons-nous dans le Ifoniieur^, avait convié à cette grande solennité les membres de la Chambre des Pairs, de la Chambre des Députés, du Conseil d'Etat, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, de la Cour royale de Paris, les tribunaux de première instance et de commerce de la Seine et de Seine-et- Oise, le Conseil royal de l'Instruction publique et un grand nombre de membres des cinq académies ({ui composent l'Institut de France.

La ville de Paris était représentée par le Préfet de la Seine, par un certain nombre de membres du Conseil général et du Conseil de préfecture, et par les douze maires de Paris. La garde nationale de la Seine avait pour représentant son commandant en chef, le maréchal comte de Lobau, le général Jacqueminot, chef d'état-major, les colonels et lieutenants-colonels des dix-sept légions de Paris et de la banlieue. Le Roi avait également invité à cette fêle nationale le Préfet, les principales autorités et les officiers supérieurs des gardes nationales du département de Seine-et-Oise.

L'armée était représentée par les maréchaux de France, les ami raux, un grand nombre de lieutenants-généraux, de maréchaux de camp, de vice -amiraux, de contre-amiraux, d'officiers généraux en retraite ; par les états-majors de la division militaire des places de Paris et de Versailles ; par les colonels et lieutenantscolonels des régiments qui forment la garnison de ces deux villes, enfin par l'état-major et les officiers supérieurs de l'Ecole royale militaire de Saint-Cyr.

Indépendamment des membres de l'Institut de France, le Roi avait bien voulu inviter un grand nombre d'hommes de lettres, d'artistes, et particulièrement les peintres et les sculpteurs qui avaient concouru par leurs travaux à enrichir le nouveau musée.

Le Roi et la Reine sont partis à trois heures de Trianon pour se rendre au palais de Versailles. . . .

Depuis dix heures du matin toutes les salles du musée de Versailles étaient ouvertes aux personnes invitées, qui avaient pu les parcourir en attendant Parrivée du Roi.

Leurs Majestés ont été accueillies par des témoignages du plus vif dévouement ; elles se sont rendues aux galeries du premier étage par l'escalier de Marbre, ont traversé la grande salle des Gardes, aujourd'hui salle de Napoléon, la salle de 1792, les quatre salles consacrées aux campagnes de 1793, 1794, 1795 et 1796 ; elles sont entrées ensuite dans la grande galerie des Batailles, où

Saint-Marc Girardin, loc. cit.

' Moniteur universel du 12 juin.

l'on voit, retracés sur la toile, tous les hauts faits de la valeur française depuis la bataille de Tolbiac jusqu'à celle de Wagram. La foule des invités qui se pressait autour du Roi ne pouvait se lasseid'admirer les belles proportions, les riches ornements de cette galerie entièrem»ont nouvelle.

Après avoir parcouru d'autres salles, parmi lesquelles on a surtout remarqué la salle des Etats-généraux, la salle de 1830, où figurent les principaux événements de la révolution de juillet, Leurs Majerîtés ont traversé la galerie des sculptures et se sont arrêtées dans la chambre du lit de Louis XIV, pour examiner toutes les parties de l'ancien ameublement restaurées avec une grande magnificence.

Le banquet royal auquel quinze cents personnes étaient conviées a eu lieu dans la grande galerie de Louis XIV et dans les salons de la Guerre, d'Apollon, de Mercure, de Mars, etc. La table du Roi était de 600. couverts et ofifrait l'aspect le plus splendide. Les princes présidaient aux autres tables, aussi magnifiquement servies que celle du Roi. Un ordre admirable a régné dans le service.

Après le dîner on s'est répandu de nouveau dans les galeries pour les visiter en détail, en attendant l'heure du spectacle.

Leurs Majestés sont entrées dans la salle de spectacle à huit heures, et se sont placées à l'amphithéâtre au-dessus du parterre. Le Roi occupait le milieu, ayant à sa droite la Reine et à sa gauche la reine des Belges, M'"° la duchesse d'Orléans et la princesse Marie. La Reine avait à sa droite le roi des Belges, M™^ la grandeduchesse douairière de Mecklenbourg, M"^^ la princesse Adélaïde,, et la princesse Clémentine. Le Prince Royal (duc d'Orléans) occupait un siège derrière M""^la duchesse d'Orléans; M. le duc de Nemours, M. le prince de Joinville, M. le duc d'Aumale et M. le duc de Montpensier avaient pris place derrière le Roi et la Reine.

La salle éblouissante de lumières, et décorée avec une magnificence que rien ne saurait égaler, était presque entièrement pleine avant l'arrivée du Roi. L'entrée de Leurs Majestés a été saluée par les plus vives acclamations.

A huit heures le spectacle a commencé par le Misanthrope, joué avec les costumes du temps, par M"® Mars et les principaux acteurs de la Comédie française. Les acteurs de l'Académie royale de musique ont ensuite exécuté des fragments du troisième et du cinquième acte de Robert-le-Diable. Leurs Majestés ont plus d'une fois daigné applaudir au talent deDuprez, de Levassor et de M"® Falcon. Le spectacle a été terminé par un intermède de M. Scribe, destiné à célébrer l'inauguration du musée et à mettre en parallèle une fête donnée à Versailles par Louis XIV avec la fete toute nationale donnée en ce jour même par le Roi des Français ^

* Voir le chapitre Salles de spectacle.

LE MUSÉE

L'assemblée tout entière a témoigné le plus vif enthousiasme au moment où l'art du décorateur a fait succéder à l'aspect du vieux Versailles celui de Versailles rendu à son antique splendeur, et consacré par Louis-Philippe à toutes les gloires qui honorent le pays. Le spectacle s'est terminé à minuit et demi. Quand le Roi a quitté sa place, les acclamations ont éclaté avec une nouvelle force. Alors a commencé la promenade aux flambeaux dans les vastes salles du palais et dans la grande galerie des Batailles. Le Roi était précédé de valets de pied portant des torches, suivi de sa famille et de toutes les personnes qui avaient pris part au banquet ou à la représentation.

Leurs Majestés sont reparties pour Trianon à deux heures du matin*.

Le musée de Versailles renferme aujourd'hui 5600 œuvres d'art. Sur ce nombre il y a trop de toiles médiocres qu'il est regrettable d'y rencontrer. Pressé d'achever son œuvre, le roi Louis-Philippe a fait trop de commandes à la fois, et, il faut le dire, plusieurs des artistes auxquels il s'est adressé n'ont pas fait ce qu'on était en droit d'attendre de leur talent. Mais ces toiles médiocres laissées de côté, le musée renferme de très-belles œuvres d'art, et en grand nombre, et des collections précieuses pour l'histoire. Nous citerons particulièrement les tableaux d'Alaux, Bâcler d'Albe, Hippolyte Bellangé, Léon Gogniet, Auguste Couder, David, Delacroix, Paul Delaroche, Gérard, Girodet, Gros, les deux Hallé, Hue (peintre de marines], Isabey père (dessins), Isabey fils (marines), Eugène Lami, Larivière, Lebrun, P. Lenfant, le chevalier de Lespinasse (gouaches), J.-B. Martin, Parrocel, Pils, Portail, (gouaches), Regnault, Hubert Robert, Rouget, Taunay, Van der Meulen, J.-B. Vanloo, Carie, Horace et Joseph Vernet, Yvon.

Les statues, bustes et bas-reliefs constituent le plus beau musée de la sculpture française. On y trouve les œuvres de François Anguier, Bosio, Bouchardon, Michel Bourdin, Caffieri, Cartellier, Clodion, Guillaume et Nicolas Coustou, Coyzevox, David d'Angers, Duret, Foyatier, Girardon, Simon Guillain, Houdon, Le Hongre, Pajou, Germain Pilon, Pradier, Barthélémy Prieur, Puget, Rude, Jean Varin, Tuby.

* M. Emmanuel Bocher possède une charmante aquarelle d'Eugèue Lami représentant l'inauguration du musée dans la Galerie des batailles.

Ajoutons à cette liste la princesse Marie d'Orléans, pour ?a Jeanne d'Arc, et plusieurs œuvres de Bartoiini, du Bernin et de Ganova.

La collection de portraits réunie dans les attiques est unique au monde, tant au point de vue historique qu'au point de vue artistique. Elle comprend 2000 portraits de souverains, princes et princesses, généraux, artistes, savants, littérateurs, femmes célèbres, etc. Elle commence avec quelques portraits de la fin du xve siècle, de l'école burgondoflamande, renferme un grand nombre de portraits du xvi« siècle, de l'école ou des imitateurs des Janet, et se compose surtout de portraits des xvii^, xviii® et xix^ siècles. Parmi leurs auteurs nous citerons : Aved, Beaubrun, Nicolas- Alexis Belle, Louis et Jules Boilly, Bonnat, Boucher, Sébastien Bourdon, Callet, Philippe de Champagne, Antoine et Noël Goypel, David, Paul Delaroche, Achille Devéria, Hubert Drouais, François Detroy, Gérard *, Girodet, Gros, M™« Guiard, Ferdinand Helle, Lajoue, Largillière, Larivière, Charles Lebrun, M'"® Lebrun, Claude Lefebvre, Robert Lef^.vre, Lernoine, Pierre Mignard, Natoire, Nattier, Ollivier, Parrocel, François Porbus, Jean Restout, Rigaud, Santerre, Louis de Silvestre, Subleyras, Taunay, Tocqué, Carie, J.-B. et Michel Vanloo, Joseph Vivien (pastels), Winterhalter. Parmi les maîtres étrangers qui sont représentés dans ces galeries, nous pouvons nommer : Bacicio, Camuccini, Lucas Cranach, Gaspard de Crayer, Kettle, Théodore de Keyser, Godfried Kneller, Laurence, Lély, Carie Maratte, Raphaël Mengs, Mirevelt, Gaspard Netscher, Reynolds, Roslin, Van der Verf et Van Dyck. Quelques copies ont été faites par nos meilleurs artistes modernes : Hippolyte Flandrin et Meissonnier.

A cette collection il convient d'ajouter plus de 400 portraits qui se trouvent au rez-de-chaussée, dans les salles des rois de France, des amiraux, des maréchaux et des connétables, et dans les appartements du premier étage.

II faut encore mentionner, parmi les richesses du Musée :

* Le Musée possède la collection des esquisses de tous les portraits peints par Gérard.

LE MUSÉE

la collection des gouaches de Van Blarenberghe représentant les principaux événements militaires du règne de Louis XV, — la collection des aquarelles de Bagetti, Jung, Siméon Fort et Dauzats, représentant les événements militaires de la République, de l'Empire et du règne de Louis-Philippe, — la collection des portraits des généraux de l'armée d'Egypte, dessinés à la pierre noire par Dutertre, artiste de grand talent trop peu connu, — la collection des tableaux de Cotelle, Pierre-Denis et Jean-Baptiste Martin, Etienne et Gabriel Allegrain, Van der Meulen et Hubert Robert, représentant les vues des châteaux et bosquets de Versailles, Marly, Trianon, Clagny, Saint-Hubert, Saint-Cloud, Meudon, Madrid, Fontainebleau, Chambord, Saint-Germain et Vincennes, et des vues du Paris des xvip et xviii® siècles par Parrocel, de Machy, Hubert Robert, etc., — la collection des tableauxplans, provenant du château de Richelieu, représentant les principaux faits de l'histoire militaire du règne de Louis XHI, — une collection de moulages de tombeaux, de bustes et de statues de Saint-Denis, des Gélestins, de Saint- Germain des Prés, des cathédrales de Chartres et de Tours, deN.-D. de Brou, etc.

On a reproché au musée élevé à toutes les gloires de la France d'être exclusivement le musée de V histoire-bataille Le reproche est fondé, mais la cause paraît devoir en être attribuée à la révolution du 24 février, qui a empêché le fondateur d'achever son œuvre.

De nouveaux plans, dit M. de Montalivet, avaient été dressés par l'ordre du Roi pour compléter l'œuvre dans un sens conforme au caractère parLiciilier de son règne. La gloire militaire, les victoires des armées françaises sur terre et sur mer, occupaient la totalité des salles et de? galeries du palais successivement ouvertes au public. Le Roi voulut que des galeries nouvelles fussent consacrées à la gloire politique et aux vertus civiles. Déjà l'emplacement de ce musée nouveau était désigné dans la partie du palais qui s'étend parallèlement à la grande aile du midi, sur l'un des côtés de la rue de la Bibliothèque, lorsque la révolution de février vint opposer un fatal obstacle à la réalisation de cette patriotique pensée.

Après les fêtes de l'inauguration du Musée, le palais de Versailles fut encore le théâtre de nouvelles fêtes en 4 840 et 1X4V.

Le 4 mai 1840, il y eut un banquet royal dans la galerie de Louis Xlir, le jour de la fête du Roi. Après le dîner, Louis- Pliilippe, la reine Marie-Amélie, la famille royale et. les ducs de Saxe-Cobourg et de Wurtemberg visitèrent aux flambeaux toutes les galeries historiques du palais.

Le 9 juin 1844, Louis-Philippe offrait, dans la salle de l'Opéra, une grande représentation aux principaux industriels dont les produits figuraient à l'exposition ouverte le mai précédent aux Champs-Elysées.

Les invitations annonçaient le spectacle pour six heures, et disaient en outre que pendant la journée les galeries seraient ouvertes aux invités ^

A cinq heures et demie, la cour du palais de Versailles s'emplissait de voitures et aussi de beaucoup de gens à pied venus par les chemins de fer.

Dans la journée, quelques-uns des invités sont venus visiter les galeries. A six heures et demie, la foule remplissait le salon d'Hercule ;k sept heures les ministres ont été au-devant de la famille royale, venue de Neuilly ; on s'est rendu ensuite à la salle de spectacle, qui a été aussitôt envahie par les spectateurs.

Le Roi a pris place à l'amphithéâtre ; à ses côtés se sont assis la Reine, M""*^ la princesse Adélaïde, M"^<^ la princesse de Montléar, mère du roi de Sardaigne, le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc de Montpensier, le prince Paul et le duc Alexandre de Wurtemberg, et le comte de Syracuse. Derrière se tenaient les minisires, les bureaux des deux Chambres et le Corps diplomatique; une partie de la première galerie était occupée par les femmes des ministres et des membres du jury. Les dames du Corps diplomatique offraient, aux premières loges de face, le coup-d'œil le plus gracieux et le plus éblouissant.

La salle de spectacle de Versailles, fort habilement restaurée, est étincelante quand elle brille sous la clarté de son éclairage de gala; la lumière jaillit de toutes parts, d'une infinité de girandoles, candélabres, lampes aux reflets mats et aux lueurs éclatantes ; les galeries en retraite des loges sont rayonnantes, et des glaces placées partout multiplient à l'infini ces foyers flamboyants. L'or, les

* « M. Duchâtel, le ministre de l'Intérieur, avait reçu huit cents invitations mises à sa disposition pour les exposants; pour se tirer d'embarras, il a imaginé de disposer de ces billets en faveur des médailles des deux dernières exposition? 1834 et 1839. Il s'est trouvé des invités qui étaient à deux cents lieues de la fêle à laquelle on les conviait, d'autres qui habitent le monde transatlantique, d'autres enfin qui, depuis dix ans, sont morts. Ou aperçoit tout de suite ce qu'un pareil procédé avait d'ingénieux. »

LE MUSÉE

Tives couleurs, les balustres, les reliefs, les plafonds intérieurs et le grand plafond, les colonnes doriques des galeries et la magnilîque ordonnance corinthienne qui sépare la scène de la salle présentent un ensemble magique.

Le spectacle a commencé à sept heures et quelques minutes ; il se composait de deux actes d'Œdipe à Colone, d'un acte de la Favorite, d'un divertissement et de deux actes de la Muette; il a fini à minuit.

Tout s'est admirablement passé ; le Roi et la famille royale ont été salués d'unanimes acclamations à leur entrée et à leur sortie.

Le Roi a souvent donné lui-même le signal des applaudissements, notamment dans les morceaux pathétiques où Stoltz s'est fait admirer. M''" Maria a joué le personnage de Fenella avec un goût

une intelligence gracieuse ; la danse a été bien accueillie.

On a distribué beaucoup de rafraîchissements.

L'orchestre a été conduit par M. Habeneck ; M. Battu, le sous- ■chef, n'a pris sa baguette qu'au dernier acte de la Muette.

On s'est séparé à minuit ; la famille royale est retournée à Neuilly ^

Après la chute de Louis-Philippe, le nouveau chef de l'Etat, le prince Louis-Napoléon, président de la République, vint visiter le musée, le l^r septembre 1849. Devenu empereur sous le nom de Napoléon III, il revint à Versailles trois jours après son mariage, le 1^"* février 1853, accompagné de l'impératrice Eugénie, qui se fit montrer tous les portraits de Marie-Antoinette, à laquelle elle témoignait un intérêt tout particulier.

En 1855, le 21 août, la reine d'Angleterre Victoria, accompagnée du prince Albert, du prince de Galles, de la princesse royale d'Angleterre et de l'Empereur, visita le château et assista au jeu des grandes eaux. Le 25, l'Empereur lui offrit une grande fête de nuit dont l'organisateur fut M. Questel.

La grande cour du château resplendissait comme en plein jour. Le profil imposant et sévère de cette grande et belle architecture se dessinait en lignes de feu.

Leurs Majestés sont entrées par l'escalier de Marbre, tandis que les invités montaient par l'escalier des Princes. Des salons d'attente et de repos, des boudoirs tendus de damas bleu et remplis de jardinières élégantes avaient été disposés pour la reine d'Angle

* La Chronique.

îerre et le prince Albert dans les petits appartements de Marie- Antoinette.

La galerie des Glaces offrait le plus éblouissant coup-d'œil. Aux quatre angles s'élevaient quatre orcbestres. Des guirlandes pendaient de la voutc et se reliaient entre elles, formant la plus légère et la plus charmante décoration; des milliers de lustres, de girandoles, de torchères, réflétés à l'infini par les glaces versaient des torrents de lumière sur les brillants costumes des invités.

Le grand parterre d'eau élait encadré sur toutes les faces d'une éclatante série de portiques, style Renaissance, se découpant sur le fond du parc en feux de couleurs et reliés par des treillages émeraade. Au centre s'élevait un portique de deux tiers plus grand que les autres, en guise d'arc de triomphe, surmonté du double écusson de France et d'Angleterre. Aux deux coins de droite et de gauche s'arrondissaient deux autres portiques ornés des monogrammes étin celants de Leurs Majestés. Sous ces arches brillantes l'eau s'élançait en gerbes et retombait en cascades. Les deux bassins ne formaient qu'une vaste nappe embrasée sur laquelle nageaient des dauphins d'or montés par des amours portant des torchères à globes et des guirlandes vénitiennes.

A dix heures, les portes des grands appartements se sont ouvertes, et Leurs Majestés suivies de toute la Cour ont fait leur entrée dans la galerie des Glaces. La reine d'Angleterre donnait le bras à l'Empereur, l'Impératrice au prince Albert, la princesse Mathilde au prince de Bavière, la princesse Royale au prince Napoléon

Le feu d'artifice fut tiré au bout de la pièce d'eau des Suisses. Tout est si grand à Versailles, que malgré l'énorme dimension de la pièce principale, qui représentait le château de Windsor, elle parut trop petite. Après le feu, l'Empereur ouvrit le bal avec la reine d'Angleterre. A onze heures, la Cour se rendit pour le souper dans la salle de l'Opéra. La table de LL. MM. avait été dressée dans la loge d'honneur d'où l'on dominait l'orchestre et le parterre transformés en salle de festin. Les loges et les galeries étaient remplies de femmes aux élégantes et riches toilettes.

Je ne mentionnerai pas toutes les visites, si nombreuses,, faites par les souverains et les princes étrangers, visites qui attestent la célébrité méritée du palais et du musée dans le monde entier, je parlerai cependant de celles que fit, le 34 mai, le 3 et le 8 juin 1857, le roi de Bavière, dont l'enthou-

* Moniteur universel.

LE MUSÉE

siasme fut tel, qu'il s'est fait construire depuis, dans ses Eiats, un palais de Versailles absolument semblable au nôtre, dans l'ensemble et les détails *.

Le 21 août 1864, l'Empereur donna une nouvelle fête à Versailles, cette fois au roi d'Espagne don François d'Assise. Après les grandes eaux, il y eut spectacle à l'Opéra. On représenta Psyché de Molière et Corneille, un pas de Gisèle et le divertissement des Saisons des Vêpres siciliennes. Après le spectacle, on se rendit dans le parc, dont la décoration était fort originale. Un double cordon de feux dessinait la configuration des pièces d'eau, des gazons et des charmilles. Les arbres étaient chargés de globes transparents de couleur orange, qui transformaient le parc en un vaste jardin des Hespérides. Les eaux des pièces principales jouaient, teintées de toutes nuances par la lumière électrique ; des feux de résine brûlaient dans les vases sculptés, et des feux de Bengale teignaient tour à tour les bosquets en pourpre ou en vert clair. Le faîte de la façade du château était illuminé en entier.

Après le feu d'artifice, qui fut tiré derrière le bassin d'Apollon, un souper fut servi dans la galerie des Glaces*. L'organisateur de la fête fut M. Alphand.

Au mois de septembre 1870, le château devint un hôpital pour les blessés. Une ambulance internationale hollandaise de 15 lits fut établie, dans la galerie de TEmpire, au rez-dechaussée. Arrivés à Versailles, les Allemands organisèrent à leur tour une grande ambulance de 400 lits, qui occupa la plus grande partie du château ^ L'ambulance hollandaise fut alors transportée dans la galerie de Louis XIII et les salles des Maréchaux. Pendant les belles journées, les blessés, couchés dans leur lit, étaient portés sur la terrasse.

La transformation du musée en hôpital militaire n'occasionna heureusement aucun dégât grave, et il suffit après

* Ce Versailles bavarois ne comprend que le corps principal du château.

^ Moniteur universel, 22 août 1864.

' Les aitiques, les salles de Constanline, de la Smala et du Maroc, l'Œil-de-Boeuf, la chambre de Louis XIV, la salle du Conseil, les petits appartements de Louis XV et ceux de Marie-Antoinette ne furent pas occupés par l'ambulance.

l'évacuation, d'un nettoyage complet pour remettre les salles en état.

L'événement grave qui a signalé la présence des Allemands à Versailles, a été la proclamation de l'empire d'Allemagne, qui eut lieu dans la galerie des Glaces le 18 janvier 1871.

Nous avions à Versailles la douleur de voir, après la défaite de la France, s'organiser sous nos yeux, dans le palais même de Louis XIV, un empire militaire destiné à peser sur nos frontières mutilées; nous assistions à la proclamation de l'unité allemande, qui n'avait pu se faire que grâce à l'unité italienne, créée par nous-mêmes, et qui était le résultat d'un ensemble de fautes sans précédents dans notre histoire.

On lit, dans le Moniteur officiel du gouvernement général du nord de la France et de la préfecture de Seine-et-Oise, îoutbbI prussien publié à Versailles, ce qui suit :

Versailles a été aujourd'hui le théâtre historique d'un des événements les plus considérables des temps modernes. Dans une cérémonie qui a eu lieu dans la galerie des Glaces du château, S. M. le roi de Prusse a solennellement accepté la couronne de l'empire d'Allemagne.

Le 18 janvier est l'anniversaire du couronnement du premier roi de Prusse, et pour perpétuer le souvenir du jour mémorable oii, il y a cent soixante-dix ans, Frédéric P'" a ceint la couronne royale, la fêie des Ordres est célébrée chaque année au château royal de Berlin.

Dès dix heures du matin les députations des différents corps de troupes, ainsi que les illustrations militaires et civiles à Versailles et des environs se sont assemblées dans les grands appartements de Louis XIV. Au centre de la galerie et adossé aux fenêlres qui donnent sur le parc, un autel ^ avait été dressé. Le fond de la galerie des Glaces, du côté du salon de la Guerre, était orné d'une estrade sur laquelle se trouvèrent les porte-drapeaux avec les drapeaux et les étendards de tous les régiments de la troisième armée.

Sa Majesté le roi, précédé de S. Exc. M, le comte de Piickler, grand-maréchal de la Maison et de la Cour, et de M. le comte de Perponcher, maréchal de la Cour, et suivi des princes de la Maison royale, des princes souverains et non souverains de l'Allemà-

* L'autel était recouvert d'un drap rouge sur lequel se détachait la crcix •de fer de Prusse.

LE MUSÉE

gne, ainsi que des princes héréditaires, est entré à midi et a pris place en face de l'autel. Aussitôt le service divin a commencé, et M. le prédicateur de division Rogge a fait une allocution dans laquelle il a, avec une éloquence remarquable, relevé le caractère à la fois religieux et historique de la cérémonie. Après le service divin, S. M. le roi s'est avancé jusqu'au fond de la galerie et a pris place sur l'estrade.

On remarque alors à côté du Roi S. A. R. le prince Royal, S. A. R. le prince Charles de Prusse, frère du roi, grand-maître de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, Feldzeugmester général en chef de l'artillerie, S. A. R. le prince Adalbert, amiral, S. A. R. le grand-duc de Saxe-Weimar, S. A. R. le grand-duc d'Oldenbourg, S. A. R. le grand-duc de Bade, S. A. le duc de Koburg, S. A. le duc de Saxe-Meiningen, S. A. le grand-duc de Saxe-Altenburg, LL. AA. RR. les princes Luitpold et Olhon de Bavière, LL. AA. RR. le prince Guillaume de Wurtemberg et le duc Eugène de Wurtemberg, LL. AA. RR. les grands-ducs héréditaires, S. A. le prince héréditaire Léopold de Hohenzollern, S. A. le duc de Holstein, etc., etc.

Les princes de la Maison royale, les grands-ducs, les ducs et les autres princes se sont tenus à droite et à gauche de Sa Majesté.

M. le comte de Bismarck, chancelier, a pris place k droite de l'estrade, le chef d'état-major général, comte de Moltke, le chef de l'état-major de la 3® armée, général de BlumenLhal, ainsi que les généraux commandants, les membres de l'état-major, les officiers de tous grades, les conseillers du ministère des affaires étrangères et une foule de personnages illustres se sont trouvés du même côté de l'estrade, sur toute la longueur delà galerie. S. Exc. M. le baron de Schleinitz, ministre de la Maison du roi, S. Exc. M. Delbriick, président de la chancellerie fédérale, S. Exc. M. de Fabrice, gouverneur-général des départements du nord de la France, M. le général de Voigts-Rhetz, commandant de Versailles, M. de Nostiz-Walwitz, commissaire civil, M. de Brauchitch, préfet de Seine-et-Oise, étaient également au nombre des assistants.

S. M. le roi, entouré, par ses ordres, des drapeaux du l^'' régiment de la garde, s'est adressé aux princes eu prononçant l'allocution suivante :

« Illustres Princes et Alliés !

» D'accord avec tous les Princes allemands et les Villes libres, vous vous êtes associés à la demande qui M'a été adressée par S. M. le roi de Bavière de rattacher à la couronne de Prusse, en rétablissant l'empire d'Allemagne, la dignité impériale allemande pour Moi et Mes successeurs. Je vous ai déjà. Illustres Princes, ainsi qu'à Mes hauts Alliés, exprimé par écrit, Mes remerciements pour la confiance que vous M'avez manifestée, et Je vous ai fait

part de Ma résolution de donner suite à votre demande. J'ai pris cette résolution dans l'espoir qu'avec l'aide de Dieu Je réussirai à remplir, pour le bonheur de l'Allemagne, les devoirs attachés à la dignilé impériale. Je fais part de Ma résolution au peuple allemand, par une proclamation, en date d'aujourd'hui, que j'ordonne à Mon Chancelier de lire. »

S. Exc. le comte de Bismarck, chancelier, a ensuite lu la proclamation adressée par Sa Majesté au peuple allemand :

« Au Peuple allemand,

» Nous, Guillaume, par la grâce de Dieu, Roi de Prusse, savoir faisons :

» Après que les Princes allemands et les Villes libres Nous ont adressé l'appel unanime de renouveler, en rétablissant l'empire d'Allemagne, la dignité impériale allemande qui n'a pas été exercée depuis soixante ans, et après que dans la constitution de la Confédération allemande des dispositions y relatives ont été prévues. Nous avons considéré comme un devoir envers la patrie de donner suite à cet appel des Princes et des Villes alliées, et d'accepter la dignité impériale allemande.

» Conformément à ces dispositions, Nous et Nos successeurs, porterons désormais, rattaché à la couronne de Prusse, le titre impérial dans toutes Nos relations et affaires de l'Empire allemand, et Nous espérons en Dieu qu'il sera donné à la nation allemande de mener la patrie, sous l'enseigne de son antique puissance, vers un avenir heureux.

» Nous acceptons la dignité impériale dans la conscience de Notre devoir de protéger, avec la fidélité allemande, les droits de l'Empire et de ses membres, de sauvegarder la paix, de défendre l'indépendance de l'Allemagne appuyée sur la force réunie de son peuple. Nous l'acceptons dans l'espoir qu'il sera permis au peuple allemand de jouir de la récompense de ses luttes ardentes et héroïques dans une paix durable et protégée par des frontières capables d'assurer à la patrie des garanties contre de nouvelles attaques de la France et dont elle a été privée depuis des siècles.

» Quant à Nous et à" Nos successeurs de la couronne impériale, puisse la divine Providence Nous accorder d'être le « toujours Auguste » de l'Empire, non pas en conquérant, mais en prodiguant les dons et les richesses de la paix sur le terrain du bien-être, de la liberté et de la morale !

» Guillaume. »

S. A. R. le grand-duc de Bade, après avoir salué le Roi, a alors acclamé Sa Majesté comme Empereur d'Allemagne. L'assemblée entière a répété trois fois l'acclamation. A ce moment l'émotion

LE MUSÉE

était à son comble. Tout près du Roi se trouvait le drapeau du bataillon des fusiliers du régiment des grenadiers du Roi. traversé par les balles à la bataille de Wissembourg. L'Empereur d'Allemagne a embrassé le Prince Royal et les autres membres de la famille rojalc et a donné cordialement la main aux princes. Sa Majesté impériale, du haut de l'eslrade, a ensuite reçu les hommages de toute l'assemblée. Précédé des grandes charges de sa Cour et suivi de tous les Princes, Elle a passé devant le front des différentes députations en adressant les paroles les plus gracieuses et les plus encourageantes aux personnes de mérite et jusqu'au simple soldat. La musique militaire a exécuté l'hymne national et des marches triomphales pendant que l'assemblée s'est séparée sous l'impression d'avoir assisté au plus grand événement du siècle.

L'Allemagne, qui allait nous enlever le Rhin, l'Alsace, la Lorraine allemande, Strasbourg et Metz, et détruire Tœuvre de notre vieille monarchie, constituait son unité dans le palais même de Louis XIV! Tels étaient les résultats de l'inepte politique des nationalités adoptée par le second Empire, et substituée à la politique traditionnelle de Henri II, de Henri IV, de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIV, qu'il appelait dédaigneusement une politique arriérée!

Après le départ des Prussiens (12 mars 1871], arriva de -Bordeaux l'Assemblée nationale. Les Députés ne purent pas tous se loger dans la ville ; les logements manquaient, ou ceux qui étaient vacants ne pouvaient être loués qu'à des prix honteusement excessifs. Beaucoup de députés vinrent donc s'installer dans la galerie des Glaces, qui fut, pendant une quinzaine de jours, un grand dortoir, où l'un couchait sur ime banquette, l'autre sur un canapé, les plus heureux sur un lit; quelques-uns se firent des espèces de réduits avec des paravents ou des rideaux.

L'insurrection de la Commune de Paris au 18 mars, força les ministères à venir se réfugier à Versailles, et, le palais devint à la fois le siège du gouvernement et le centre de toutes les administrations. Nous donnons leur emplacement, dans le tableau suivant, au mois de mars :

La Guerre, au rez-de-chaussée de l'aile sud des Ministres.

La Marine, au premier étage de l'aile sud des Ministres. Après le départ du ministère de la Guerre, qui alla s'installer à l'hôtel de la subdivision militaire, la Marine occupa le rez-de-chaussée de l'aile sud des Minisires.

L'Instruction publique, au vestibule de l'escalier de la Reine (38) et dans les salles des Amiraux (41-47); plus tard ce ministère s'installa à la Surintendance.

Les Affaires étrangères, dans les grands appartements de la Reine (115-118). Après le retour des Finances à Paris, les Affaires- Etrangères s'établirent dans les salles des Guerriers célèbres (54-59).

Le Commerce et l'Agriculture, dans les salles du Sacre, de 1792 et de 1793 (140, 143, 144).

La Justice, dans la salle des Gardes, l'antichambre du Roi, l'Œil-de-Bœuf et les petits appartements de Marie-Antoinette (120- 123). Plus tard, ce ministère alla occuper le premier étage de l'aile nord des Ministres.

L'Intérieur, au rez-de-cbaussée, dans la galerie Louis XIII et les salles 32, 48, 49, 50, 51, 52, 53. Plus tard il occupa toute l'aile sud des Ministres.

La Préfecture de police prit toute la vieille aile ; au rez-decliaussée les sergents de ville; au premier étage, dans les salles des aquarelles (146), et à l'étage au-dessus, les bureaux.

La Préfecture du département de la Seine, quelques salles du troisième étage du pavillon de Monsieur.

Les Travaux publics, au rez-de-cbaussée, dans les salles des Tableaux-plans (26-31); — la direction générale des chemins de fer, dans les salles des anciennes résidences (34-37) ; — Le secrétairegénéral^ chez M'"*^ Dubarry.

Les Finances, au rez-de-cbaussée dans les salles des Guerriers célèbres (54-59) ; — le Trésor, au premier étage de l'aile du Midi, dans la galerie de pierre contiguë à la galerie des Batailles ; — la direction générale des Postes, dans la galerie des Batailles et les salles de l'Empire, au rez-de-cbaussée de l'aile du Midi (67-79). — Le ministère des Finances retourna de bonne heure à Paris, et son départ fut le signal de nombreux cbangemenis dans les locaux affectés aux divers services. Après le départ des bureaux du ministère, le cabinet du ministre fut installé dans les petits appartements de Marie-Antoinette.

La Banque de France, à l'attique Chimay.

La Caisse des Dépôts- et Consignations, dans la salle de Marengo (80), au rez-de-cbaussée de l'aile du Midi.

Le Conseil d'Etat, dans l'attique du Midi, salles 164-168.

L'Ftat-major des gardes nationales de la Seine, à l'attique du Midi, dans les salles des Résidences et des grands dignitaires de l'Empire (169-172).

La Légion d'Honneur, au premier étage, dans la salle de 1830 (149).

L'Imprimerie du Journal officiel, à la cour du Maroc, dans les cuisines du palais.

LE MUSÉE

L' a tat-maj or- général du maréchal de Mac-MaJion, dans quelques salles du troisième étage du pavillon de Monsieur.

La caserne des marms de la division Bruat, à la galerie basse de l'aile du Midi.

Le restaurant Chevet, établi plus tard pour les députés, dans les galeries de l'Empire, au rez-de-chaussée de l'aile du Midi.

Les bureaux de la Justice militaire, chargés de juger les communards, ne trouvant plus de place à la Grande-Ecurie, furent installés à la galerie de pierre du rez-de-chaussée de l'aile du Midi.

M. Thiers avait fixé sa résidence à l'hôtel de la Préfecture, eL quelques administrations parisiennes s'étaient établies dans la ville : l'Assistance publique, par exemple, rue de l'Orangerie.

Il faut terminer cette longue nomenclature en se félicitant que le palais n'ait pas souffert d'un pareil encombrement et des nombreux déplacements des ministères, dont je n'ai cru devoir signaler que les plus importants.

Pendant ce temps, M. de Joly et M. Questel transformaient rapidement la salle de l'Opéra en salle de séance pour l'Assemblée nationale, qui siégeait la première fois le 20 mars. Ils appropriaient aussi toute l'aile du Nord aux nombreux services de l'Assemblée. L'attique fut affecté aux commissions ^ Quant au président de l'Assemblée, il prit pour logement les petits appartements de Louis XV.

En 1875, M. de Joly construisit la salle des séances de la Chambre des députés, et appropria toute l'aile du Midi aux divers services de l'Assemblée et à la demeure de son président. La salle de l'Opéra, Taile du Nord, et les petits appartements de Louis XV restaient affectés au Sénat, aux divers services de cette Assemblée et au logement de son président. Enfin, le 2 août 1879, les Chambres tinrent leur dernière séance au château. Le musée redevint dès lors à peu près ce qu'il était avant les événements de 1870.

Le 22 octobre 1878, le président de la Républi^iue, maréchal de Mac-Mahon, offrait aux princes et aux industriels étrangers qui avaient pris part à l'exposition universelle une fête au château. Cette fête fut forthelle; les grandes eaux du parterre du Nord éclairées à la lumière électrique, le par-

* La célèbre commission des marchés tenait ses séances dans la salle des Académiciens (152).

terre lui-même illuminé en verres de couleur, le tapis vert éclairé par vingt appareils Jablochkof, un feu d'artifice dont le bouquet fut splendide, la galerie des Glaces ruisselant de lumière, un bal qui, pour n'être pas exclusivement aristocratique, n'en fut pas moins très-brillant et très-animé, un buffet plantureux, charmèrent les 12,000 invités. Malheureusement, de mauvaises mesures avaient été prises pour la sortie et la disposition du vestiaire; elles amenèrent un désordre prodigieux à la fin de la fête. Le lendemain on trouvait rassemblés en un tas gigantesque : 1532 pardessus ou paletots, 544 pelisses, sorties de bal, pèlerines et cache-nez, 315 chapeaux d'hommes, un grand nombre de parapluies. 17 chignons, 9 perruques et 1 paire de bottes.

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