CHAPITRE VIII
LES AILES
Les deux ailes du château servaient à loger les princes, quelques grands seigneurs et les courtisans.
Vaile du Nord se composait : 1» d'une suite d'appartements sur les jardins et d'une galerie ou long corridor*, parallèle aux appartements et destinée à leur servir de dégagement ; — 2° d'un bâtiment élevé le long de la rue des Réservoirs, et séparé du précédent par une cour coupée en deux par un troisième bâtiment.
Vaile du Midi se composait aussi d'une suite d'appartements sur les jardins, d'un bâtiment sur la rue de la Surintendance, séparé du précédent par une cour, au milieu de laquelle étaient deux corps de logis séparés l'un de l'autre par un grand degrés L'escalier des Princes servait à monter au premier étage de cette aile^
Les appartements des deux ailes ont été complètement
* Ces corridors, convertis aujourd'hui en galeries de sculptures, étaient éclairés avant 1747 par des lanternes avec des bougies jaunes. En 1747 on y plaça des lampes à huile, qui coûtaient 3 sols par jour et duraient beaucoup plus longtemps que les bougies (Luynes, VIII, 95).
^ Voir les plans de Blondel. — C'est par ce degré, situé en face du Grand-Commun, que se faisait le service de la Bouche du Roi.
^ La très-belle voûte de l'escalier des Princes était unie et sans ornements ; elle a été détruite par Louis-Philippe pour faire la salle des Rési dences (169) et donner accès de l'attique du midi à l'attique du principal corps (Ghimay, etc.). Le plafond actuel de l'escalier des Princes est laid, lourd, et date de Louis-Philippe.
détruits par Louis-Philippe et remplacés par des galeries ou de grandes salles. Il n'y a pas trop à regretter cette transformation, les appartements de cette partie du palais étant, sauf quelques belles pièces, composés d'entre-sols et de cabinets sans valeur artistique.
Je ne veux indiquer ici que deux appartements, ceux de Dangeau et de Saint-Simon, les deux historiens du château. Dangeau demeurait dans l'aile du Midi, du côté du jardin et au second étage, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par l'extrémité de la galerie des portraits (salle 167), par la salle 168 (portraits anglais) et par la voussure de la galerie des Batailles, du côté de l'escalier des Princes.
Saint-Simon était logé dans l'aile du Nord, au premier étage, sur l'emplacement des salles 100 et 101.
Je n'ai pu retrouver où était le logement de Racine. Louis XIV lui avait donné, le 20 juin 1695, celui du marquis de Gesvres ; quand Racine mourut, son logement passa à M"^ de Gharolais, princesse de la maison de Gondé (27 octobre 1699), ce qui prouve que l'appartement du poëte devait être assez beau.
La Dauphine de Bavière occupa, en 1682, à l'extrémité de l'aile du Midi, un appartement remplacé aujourd'hui par la salle 149^ et une partie de la galerie des Batailles. G'est là qu'elle mit au monde, le 6 août 1682, le duc de Bourgogne. Nous croyons devoir reproduire la relation qu'a donnée le Mercure de cette naissance et des manifestations de joie auxquelles elle donna lieu.
Le mardi, quatrième du mois d'août, après que M™® la Dauphine eut soupé, elle commença à sentir quelques douleurs dans les reins. Elle le dit à la Reine et la pria de n'en point parler. Cette princesse étant toujours du caractère que je vous ai dépeint dans la relation de son. mariage, avoit trop de fermeté pour vouloir, sur de légères douleurs, mettre tout le monde dans cette espèce de trouble qu'elle savoit bien que devoit causer la première connoissance que l'on auroit de son mal. Il étoit tard, et elle aimoit mieux souffrir un peu sans se plaindre, que d'exposer toute la Cour à passer la nuit sans aucun repos. Cependant ce mal ayant redoublé à une heure après minuit, le bruit en fut répandu quelque temps après. Monseignen'*
• Ou salle de 1830.
LES AILES
demeura toujours auprès de M"^^ la Dauphine, et ne voulut point sortir de sa chambre de toute la nuit. Tout Versailles apprit ce qui se passoit. Jugez de l'agitation qui parut alors dans une aussi grande Cour que celle de France. Tout y fut en mouvement. Les princes et les princesses du sang qui n'étoient point encore couchés se rendirent aussitôt chez M"^® la Dauphine. Les autres ayant été éveillés, y vinrent un peu après. Des courriers partirent en diligence pour avertir ceux qui étoient à Paris. On envoya des relais sur le chemin. Il fut éclairé comme si le jour eût déjà paru par la quantité de flambeaux que faisoient porter ceux qui alloient et venoient; et toute la Cour réveillée à ce grand bruit accourut dans les antichambres de l'appartement de M'"® la Dauphine, et dans la galerie par où l'on passe pour y aller.
Comme il n'y avoit aucune apparence qu'elle dût accoucher sitôt, on ne voulut point aller éveiller le Roi. Enfin, sur les cinq heures du matin, on jugea à propos de lui apprendre l'état où étoit cette princesse. Il se leva aussitôt, et au lieu d'aller chez elle et de paroître alarmé, il usa de la prudence et de la modération qui lui sont ordinaires. Il crut que dans une journée où les prières étoient nécessaires pour attirer le secours du ciel, la première chose qu'il devoit faire étoit d'entendre la messe. Il la fit dire, et environ à six heures du matin il alla voir en quel état les choses étoient. La Cour grossissoit à tous momens. Les moins diligens se rendoient de toutes parts aux environs de l'appartement de M™® la Dauphine, et l'on voyoit sans cesse arriver ceux à qui des courriers avoient été dépêchés. On eût dit que toute la Cour, et toute la noblesse de France, environnoit l'appartement de la princesse malade. On n'en pouvoit approcher, tandis que le reste du château paroissoit désert. Il y eut, et le même empressement et la même foule jusqu'à neuf heures, que le Roi, voyant que les douleurs de M"^° la Dauphine étoient fort diminuées, sortit de chez cette princesse pour aller au Conseil.
La plupart des princes et des princesses qui avoient veillé toute la nuit allèrent prendre quelques heures de repos. Cependant il arrivoit toujours du monde nouveau, et quoiqu'un nombre infini de personnes de qualité se fussent retirées, l'affluence paroissoit toujours égale, et je crois même pouvoir assurer qu'elle étoit plus grande et qu'elle augmentoit toujours.
La Reine passa toute cette matinée, ou en prières, ou auprès de ^me 1^ Dauphine. Le Conseil ne fut pas plutôt fini, que le Roi revint chez cette princesse. Il la trouva dans un assez bon état et y demeura quelque temps. Il la fit manger, et sortit ensuite avec la Reine, chez laquelle il vint dîner, accompagné de toute la Maison royale. Ce prince ayant su, sur la fin de son dîner, que M"^° la Dauphine étoit en repos, jugea que sa présence ne lui étoit point encore nécessaire. Ainsi, après avoir remené la Reine jusqu'en son appartement, il alla travailler comme de coutume. Vous savez, Madame,
que tous les jours, au sortir de table, ce monarque se renferme dans son cabinet et qu'il s'y applique jusques au soir à ce qui regarde le bien de l'Etat, pendant que toute la Cour n'a point d'autre soin que de choisir les plaisirs qu'elle prendra les après-dînées.
Outre les courriers dépêchés aux princes, on avoit envoyé en divers endroits, à Paris et à Versailles, pour ordonner des prières. Des sommes considérables furent délivrées en même temps pour des aumônes. Le Roi en fait beaucoup d'inconnues. Quantité de malheureux s'aperçurent dans cette rencontre du redoublement de ses libéralités.
Sur la fin de l'après-dînée, M""® la Dauphine sentit des douleurs très-violentes. Le Roi n'en eût pas été plutôt averti, qu'il vint auprès de cette princesse. La plus grande partie des ambassadeurs, des envoyés et des résidens des princes étrangers, ayant appris ce qui se passoit, se rendirent à Versailles, afin de savoir la nouvelle de l'accouchement dans le même instant qu'on la publieroit, et d'en faire part sur l'heure à leurs Maîtres. Le chemin fut de plus en plus couvert de ceux qui alloient de Paris à Versailles, ou qui revenoient de Versailles à Paris. Ce n'étoient que courriers et carrosses en relais. La même chose s'est remarquée sur ce chemin plusieurs jours après la naissance de M^'" le duc de Bourgogne, tout ce qu'il y a de personnes d'une qualité distinguée dans le royaume en ayant été témoigner leur joie à Leurs Majestés.
Celles qui arrivèrent le mercredi au soir n'avoient pas encore sujet d'en faire paroître. L'abattement et la consternation avoient commencé à prendre la place de la joie que l'on avoit ressentie à la première nouvelle que M'"^ la Dauphine étoit en travail. On l'avoit d'abord laissée échapper, parce qu'il y avoit longtemps que l'on attendoit l'heureux moment où cette princesse uccoucheroit, et qu'on le croyoit tout proche; mais les choses changèrent bien, lorsque la longueur du travail eût fait envisager le péril. Les soins et les prières de la Reine redoublèrent. La piété de cette vertueuse princesse est connue, et il n'y a personne qui ne sache combien elle a toujours fait paroître d'amour aux princes et aux princesses ses enfants. Le Roi tachoit cependant à donner de la consolation à M™° la Dauphine. Il se servoit pour cela de cet air tout engageant et de ces manières qui enchantent, lorsqu'il descend de la majesté à laquelle les rois sont assujettis, et qu'ils ne peuvent presque jamais se dispenser de garder.
La Reine et les princesses du sang agissoient sans cesse pour rendre à M™^ la Dauphine toutes les sortes de services que les femmes peuvent rendre dans une occasion de cette nature. Le Roi et M8^ le Dauphin n'oublièrent rien de leur côté et soutinrent M"^*' la Dauphine, qui eut besoin de se promener dans la chambre. Comme ses douleurs ne cessèrent point, ils y passèrent la nuit, sans que l'un ni l'autre voulût se déshabiller. Pendant cette soirée du mercredi, la nuit du mercredi au jeudi, et la journée du jeudi jusques à
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rhcurc de raccouchemont do M'"° la Ûa'jpliinc, il n'y a rien de si tendre que ce qui se passa entre le Bii)! et cette princesse. La douleur donne de la grâce aux choses qu/on dit, et fournit des expressions vives et naturelles. Jugez de ce, que se peuvent dire des personnes qui ont de l'esprit injfiniment e'fi qui se parlent en ces temps-là.
Pendant que M"^° la DauphiTie soufTroit le plus, elle dit au Roi qu'il lui étoit fâclieux d'avoir conmj un si bon prince et d'avoir eu un si bon père et un si bon mari, pou^ les quitter sitôt. Le Roi, qui de son côté rencliérissoit sur ces marques de tendresse, lui dit qu'il seroit content qu'elle eût une fille, pourvu qu'elle soufïrît moins et qu'elle fîit plus tôt délivrée. Cotte princesse dit à Sa Majesté dans un autre icmps, que son embarras ne venoit ni de ses douleurs ni de la crainte de la mort ; qu'elle oublicroit volontiers ses peines et qu'elle étoit prête de mourir, pourvu qu'en mourant elle laissât un prince qui obligeât le Roi et MS'' le Dauphin à se souvenir d'elle. Elle dit encore dans ses douleurs les plus violentes, que ce qui causoit sa plus grande peine, c'étoit d'en donner au Roi et de voir que la bonté qu'il avoit pour elle le faisoit souffrir lui-même en le faisant compatir trop fortement à son mal. Quoiqu'elle ait souffert longtemps, elle a conservé le même caractère de grandeur, et son esprit a paru toujours égal.
Le jeudi matin, le Roi alla à la messe, et quoiqu'il eiit veillé, il ne laissa pas de tenir conseil à son ordinaire. Ainsi ce prince a partagé deux jours et presque deux nuits, entre ses prières, les soins de l'Etat et sa tendresse pour M'"® la Dauphine...
Quoique la chambre fût remplie des princes et des princesses du sang, et d'un assez grand nombre d'autres personnes dont la présence y étoit nécessaire pour le service, le Roi jugeant que le moment de l'accouchement étoit proche, et se servant de cette présence d'esprit qui ne l'abandonne jamais, reconnut d'un coup d'œil, malgré le nombre de tant de personnes pressées dans la chambre, que M. le prince de Conty n'y étoit pas. Il ordonna aussitôt qu'on l'allât chercher... La chambre étoit alors remplie de LL. MM., de M»'' le Dauphin, de Monsieur, de Madame, de M"° d'Orléans et des princes et princesses du sang qu'on avoit mandés à cet accouchement, suivant le droit que leur naissance leur donne d'y être présens. Il y avoit encore plusieurs dames de la première qualité, à qui leurs charges acquièrent le privilège d'y demeurer, et dont le service étoit nécessaire à la princesse. Quoiqu'on fiit sans mouvement, chacun faisoit voir une impatiente attente de ce qui arriveroit. Un murmure bas et inquiet étoit entendu dans toute la chambre. Une tristesse mêlée de joie y régnoit. Une attention curieuse s'y faisoit distinguer.
Cependant les pressantes douleurs de l'accouchement redoublèrent à M"^'^ la Dauphine. On craint, on a l'esprit eu désordre. Le sieur Clément, qui devoit accoucher cette princesse, avoit beaucoup plus lieu de se troubler que les autres. Il devoit craindre
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pour elle et pour lui. La préséance de Sa Majesté le devoit intimider, et la crainte de mal faire pouvoi *> l'empêcher de réussir. Aucune de ces choses ne lui fit impression. îl oublia, et le lieu où il étoit, et le rang de la personne qui attendoii* son secours ; et en s'acquittant de ce qui le regardoit, il se posséda si bien, que le Roi a dit depuis qu'il avoit remarqué qu'il étoit sage. Chacun étant attentif, comme je viens de le marquer, M'"^ la DauphïOô accoucha à dix heures et un quart, cinq à six minutes.
Le Roi, qui est prévoyant et judicieux en toutes choses, avoit craint que M""^ la Dauphine accouchant d'un i;>rince, l'excès de sa joie ne fût dangereux pour elle, si elle l'apprecoit dans le même instant. Ainsi Sa Majesté étoit convenue avec le sieur Clément de quelques paroles par lesquelles il lui fero'it entendre d'abord de quel enfant cette princesse seroit accouchée. Le sieur Clément les prononça; mais le ton de sa voix et ses yeux en dirent trop. Monsieur comprit le mystère. Il dit à demi ce qu'il avoit découvert, et n'acheva point. Sa Majesté annonça aussitôt cette nouvelle et nomma le prince duc de Bourgogne...
Tout ce qui se passa alors dans la chambre où ce prince venoit de naître ne saurait être décrit, et il seroit impossible d'en exprimer tous les mouvemens. Ceux mêmes qui y étoient ignorent ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont dit, et l'on peut connoître par là qu'ils ne peuvent rapporter fidèlement ce qu'ont fait les autres. Ce qui suivit est encore plus surprenant. Il passe tout ce qu'on s'en peut imaginer. On entr'ouvrit deux portes dans le même temps pour annoncer la grande nouvelle, qui n'étoit encore sue que de ceux qui étoient dans la chambre de M"^^ la Dauphine. Le Roi en ouvrit une et dit aux princesses, aux duchesses et aux autres dames du premier rang : « C'est un prince. » La dame d'honneur apprit la même chose aux hommes qui étoient dans une autre antichambre. L'éclat qui se fit alors est inouï, et le mouvement presque incroyable... Les uns tâchoient de percer la fouie pour aller publier partout l'heureuse nouvelle qu'ils venoient d'apprendre ; et les autres, sans bien savoir où ils alloient, ni ce qu'ils faisoient, tant ils étoient transportés, forcèrent la porte de la chambre de M™^ la Dauphine... Chacun emb rassoit ceux qui étoient les plus proches, sans distinction de qualité. On ne voyoit que larmes de joie, et ceux qui se haïssoient oublioient leurs démêlés pour se réjouir ensemble de la naissance du prince. Plusieurs valets se trouvèrent, sans savoir où ils étoient, ni comment ils y avoient été portés, dans l'antichambre avec les princes et les dames de la première qualité. Le Roi défendit qu'on chassât personne et dit qu'ils n'avoient pas été maîtres de leur joie... Rien n'égala le zèle et l'activité de M. d'Ormoy. Il traversa plusieurs fois les antichambres, descendit les escaliers et les remonta, publiant toujours qu'on avoit un prince; et il s'enroua tellement, qu'il demeura longtemps après cela sans qu'on pût l'entendre parler...
LES AILES
Je reviens à la chambre de M"'° la Dauphiue. AIS'" le duc de Bourgogne y fut ondoyé par M. le cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, qui étoit avec l'étole, en camail et en rocliet. La cérémonie se fît en présence de M. le curé de la paroisse de Versailles ; et sitôt qu'elle fut faite, on alla remuer le prince dans le cabinet de M™® la Dauphine, d'où on le rapporta un peu après pour le faire voir à cette princesse. Ensuite, M"^*^ la maréchale de la Motte étant entrée dans une chaise à porteurs, on le mit sur ses genoux, et il fut ainsi porté jusque dans l'appartement qu'on lui avoit préparé. M. le marquis de Seignelay, secrétaire d'Etat et trésorier de l'Ordre, y vint aussitôt de la part du Roi et lui apporta la croix du Saint-Esprit, parce que les fils de France naissent avec l'Ordre*...
Enfin, après tant de soins, d'inquiétudes, de fatigues et d'alarmes pendant deux jours et deux nuits, il étoit temps de laisser M"*® la Dauphine en repos, et que le Roi en allât prendre. Il falloit pour cela sortir de la chambre de cette princesse et essuyer des transports de joie dont un prince moins affable que le Roi n'auroit pu s'accommoder. Il falloit passer au milieu de tout ce qui compose la Cour de France, grands seigneurs et autres. Ces tendres transports dont tout le monde étoit possédé firent oublier à plusieurs ce qu'ils étoient. Chacun se jeta à ses pieds et embrassa ses genoux; et tel qui dans un autre temps n'auroit osé en approcher de bien loin, animé par l'excès de sa joie, se mêloit parmi les autres, sans faire réflexion sur sa témérité. L'exemple l'autorisoit, et chacun servoit d'exemple à l'autre. La foule empêchoit que l'on distinguât personne. Quelques incommodités qu'en reçût le Roi, il les souffroit d'un air si engageant, que la hardiesse de ceux qui auroient du être les plus timides en prenoit de nouvelles forces.
Imaginez-vous que depuis l'appartement où M""^ la Dauphine est accouchée jusques chez la Reine, où LL. MM. allèrent souper, il y a une antichambre, la salle des Gardes de M'"'^ la Dauphine, une très longue galerie ^ le pallier d'un grand escalier^, avec des retours, diverses salles^, la salle des Gardes de la Reine ^ à traverser, et que tous ces lieux étoient tellement remplis de monde, qu'on peut dire que ce prince fut porté à table depuis la chambre de M'"'^ la Dauphine jusqu'au lieu où il soupa®.
Pour MS'' le Dauphin, ce qu'il avoit vu souffrir à M"^*^ la Dauphine et les choses tendres qu'elle lui avoit dites l'avoient pénétré d'une douleur qui le tint longtemps tout abattu. Joignez à cela l'accabie-
' Voir le tableau de Dieu (n° 2094), dans la salle 115, et le catalogue de xM. Soulié.
^ Galerie n'^ 150, dans l'aile du Midi. ' L'escalier des Princes (l47).
La salle des Marchands (n° 145), les salons n°^ 144 et 140. ^ N« 118.
Dans l'antichambre de la Reine, salle 117.
ment où ses veilles l'avoient mis. Aussi quand d'un excès de tristesse il fallut passer à la grande joie, il eut de la peine à la soutenir. Ce fut pour lui un si vif saisissement, qu'il ne put d'abord bien roconnoître l'état où il se trouvoit. Il baisa toutes les femmes qui étoient dans la ebambre de M'^°la Daupbine...
Il faut maintenant vous dire ce qui se passa dans les cours et dans la place du cbâteau, ainsi que dans tout Versailles. Un garde du Roi dormoit sur une paillasse*, dans le moment que M"^° la Daupbine accoucba. Il entendit l'extraordinaire éclat que l'épanouissement de la joie fit faire et que je n'ai décrit qu'imparfaitement. Il se réveilla en sursaut à ce grand bruit, et ayant compris, quoique dormant encore à demi, qu'il venoit de naître un prince, il mit sa paillasse sur son dos, et, sans rien dire à personne, courut le plus vite qu'il lui fut possible jusqu'à la première cour. Là il mit le feu à cette paillasse, et presque au même moment un nombre infini d'autres feux furent allumés, sans qu'on en eût préparé aucun. On voyait cbacun voler. Les uns s'empressoient à cbercber du bois; et les autres, dans l'ardente passion d'être des premiers à marquer leur zèle, prirent tout ce qu'ils trouvèrent, brûlèrent des bancs et des tables et mirent au feu plusieurs autres meubles.
Ceux qui étoient coucbés se relevèrent, et il y eut plusieurs danses où des personnes de qualité se mêlèrent avec les bas officiers et le peuple. Ces réjouissances eurent à peine commencé, qu'on vit couler des fontaines de vin aux deux côtés de la première grille du cbâteau. Toutes celles des cours jetèrent aussi du vin au lieu d'eau. On en envoya plusieurs muids à la geôle et aux ateliers, afin que le grand nombre d'ouvriers qui sont àr Versailles ne fît point de confusion en se mêlant avec les soldats de la Garde françoise et de la Garde suisse, qui célébrèrent cette naissance avec des emportemens de joie qui passent tout ce qu'on s'en peut imaginer. Ils firent du feu do tout, et brûlèrent môme quantité de cboses dont on ne leur auroit pas permis de disposer dans un autre temps-.
Le Roi vit en passant tout cet agréable désordre et dit : « Il les faut laisser faire, pourvu qu'ils ne nous brûlent pas. »
Un des domestiques de M. Bontemps^ voyant éclater la joie de tout le monde, et principalement celle de son maître, en fut pénétré si vivement, que^ s'étant désbabillé, il jeta tous ses babits dans le feu. Il ne s'en repentit point, et loin d'avoir du chagrin de les voir brûler, sa joie fut toujours également forte. Sa Majesté sut ce qu'il a voit fait et lui fît donner un très-bel habit avec 50 louis.
On fit aussi des feux et l'on défonça quantité de tonneaux devant les hôtels de MM. les ministres; et M. de Montausier fit connoître
* Les Gardes couchaient dans les salles sur des paillasses j de là ^'expression : être de paillasse, pour être de garde. ' Par exemple, des parquets.
^ L'un des premiers valets de chambre du Roi,
LES AILES
sa joie par les plus éclatantes marques qu'il lui fut possible d'en donner en si peu de temps.
Ces réjouissances ont duré plusieurs jours et ont toujours augmenté. Il y a eu des illuminations de toutes sortes de manières, et l'on n'a point épargné l'artifice... et tous les feux de Versailles donnant un nouvel éclat à l'or dont le château est couvert, il ne s'est peut-être jamais rien vu de si brillant.
C'est dans l'aile du Midi, au milieu de la cour de la Surintendance, que M. Edmond de Joly, architecte de l'Assemblée nationale, a construit, en 1875, la salle des séances delà Chambre des Députés, en même temps qu'il appropriait aux divers services de la Chambre toute l'aile du Midi.
Les travaux commencés le 31 mai 1875 furent menés avec la plus grande activité et terminés le 1^^ décembre ; on avait travaillé nuit et jour. En septembre, on paya 16,000 journées d'ouvriers et 20,914 en octobre. Les dépenses se sont élevées à 2,652,000 francs pour la construction de la salle, l'appropriation de l'aile entière aux divers services, et la restauration de toutes les façades de l'aile, qui étaient presque partout en assez mauvais état.
La salle est éclairée par un plafond en verre, qui est suspendu à quatre fermes en fer, pesant ensemble près de 100,000 kilogrammes et reposant sur quatre grosses piles de briques.
Les peintures décoratives du plafond et de la salle sont de MM. Rubé et Ghapron ; celles du plafond représentent la Guerre, l'Agriculture, le Commerce et l'Industrie, et la Paix. Le tableau placé au-dessus du Président est de Couder et a pour sujet l'Ouverture des Etats-Généraux de 1789. Les deux tapisseries qui se trouvent à droite et à gauche du tableau de Couder ont été exécutées aux Gobelins sur les dessins de Lebrun et représentent des Maisons royales.
La salle contient 565 places numérotées, et au fond, sur le pourtour, il y a encore 300 places.
Le logement de la Présidence est établi au pavillon de Provence ou de Monsieur, dont il occupe le second et le troisième étage (du côté de la cour) ; il comprend aussi la salle de Marengo (salle 80), qui forme le grand salon de réception.
Le cabinet où l'on devait mettre aux arrêts les députés ré-
voltés contre l'autorité du Président, est situé au premier étage, sur la cour des Princes, et occupe une partie de l'ancien appartement de la duchesse de Luynes, dame d'honneur de Marie Leczinska. On y entre par la porte qui est à gauche de la statue de Louis XIV par Warin, sur le palier de l'escalier des Princes.
La Chambre des Députés a tenu sa première séance dans cette salle le 8 mars 1876 ; le Congrès s'y est réuni pour la nomination de M. Grévy à la présidence de la République le 30 janvier 4 879.
La loi du 22 juillet 1879, qui ordonnait que les Chambres cesseraient de siéger à Versailles à partir du 3 novembre 1879, décida en même temps que les locaux du palais de Versailles alors occupés par le Sénat et la Chambre des Députés conserveraient leur affectation, et que les séances du Congrès se tiendraient dans la salle de la Chambre des Députés. Ainsi le château reste le Palais du Parlement à Versailles.
La dernière séance de la Chambre des Députés a eu lieu le 2 août 1879.