‹ Le chateau de VersaillesChapitre 33 sur 56 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

Le château, dont on ne peut plus voir l'aspect que sur les tableaux de P.-D. Martin*, était situé au milieu du parc, qui, comme à Versailles, était coupé en deux grands massifs par une suite de terrasses, de parterres et de bassins, composant une grande partie centrale, longue de 1 800 mètres, entre le haut de la Cascade et la Grosse-Gerbe, large d'environ 300 mètres, et formant le jardin. Cette partie centrale commençait à la CascadeoM Rivière, la plus belle pièce d'eau des jardins de Marly, et se prolongeait, sur un sol incliné, par le bassin appelé la Demi-Lune des Vents. Elle contenait le château, flanqué à droite €t à gauche des qud^irQ Salles- Vertes, au milieu desquelles étaient les quatre Bassins des Car])es, et où on l'on admirait l'Hippomène de Coustou et l'Atalante de Lepautre^; — un Grand-Par terre avec deux autres Salles- Vertes ^ et bassins ;

* Musée de Versailles, 741 et 762. — A ces peintures il faut ajouter les belles aquarelles et les dessins conservés au Cabinet des Estanipes et aux Archives nationales, dont la plus grande partie a été gravée par M. Guillaumot dans son livre sur Marly. Ces aquarelles nous donnent uq Marly encore vivant, avec sa couleur et sa magnificence. — Ajoutons le très-beau plan général de Marly conservé aux Archives nationales, et dont une excellente copie, faite par Loaisel de Trégoate, se trouve aux Archives de la Préfecture de Seine-et-Oise (A 106).

* Ces deux belles statues sont aujourd'hui dans le jardin des Tuilerie?.

' Les Salles-Vertes étaient aussi appelées les Appartements-Verts . L'été, les dames y travaillaient à l'ombre ; elles y faisaient medianoche ou s'y promenaient jusqu'à trois et quatre heures du matin (Dangeau, 1711, 14 juin).

— la pièce d'eau des Quatre-Gerhes ; — la principale pièce d'eau appelée le Grand-Jet, bordée à droite et à gauche de six pavillons destinés aux invités ; — une autre pièce d'eau appelée les Nappes ;— V Abreuvoir; — enfin, au-delà, une allée et un bassin circulaire nommé la Grosse-Gerbe. De distance en distance, des degrés pour racheter la pente du terrain.

Le jardin occupait le petit vallon, dans lequel Louis XIV avait fait construire son prétendu ermitage. Il était dominé de tous côtés par des collines boisées, où Ton avait établi le parc. La partie de ces hauteurs boisées située derrière le château, au midi, s'appelait spécialement le Parc ; au levant, elles portaient le nom de Bosquet de Lucienne; au couchant, celui de Bosquet de Marly. La colline, située au nord-ouest, devant l'Abreuvoir, avait été rasée afin d'ouvrir une vue au château, et on avait creusé le bassin de la Grosse-Gerbe sur son emplacement.

La Cascade était la plus belle qu'il y eût. « G'étoit exactement, dit Piganiol de la Force, une rivière qui, en tombant de fort haut sur 63 marches ou degrés de marbre, formoit des nappes d'eau d'une beauté que rien n'égaloit en ce genre. » Elle fut détruite en \ 728 par le cardinal Fleury, qui ne voulut pas consacrer à sa restauration l'argent nécessaire. On la remplaça par un tapis de verdure. La Demi-Lune ou Pièce des Vents était décorée du beau groupe de Coustou représentant la jonction des deux mers sous la figure de l'Océan et celle de la Méditerranée et de deux groupes de Coyzevox représentant le triomphe de Neptune et celui d'Amphitrite.

Le château était carré et avait 42 mètres de chaque côté ^ Ses façades étaient d'une belle architecture, qui augmenta justement la réputation de Mansart. Elles étaient, ainsi que les façades des pavillons, décorées de sculptures et de peintures à fresque, qu'il n'est pas toujours facile de distinguer les unes des autres sur les gravures. Ces peintures décora-

* Il est aujourd'hui au jardin des Tuileries.

^ Voir les gravures du château par Blondel, Aveline, Rigaud et Guillaumot. — Avec ces vues d'ensemble, voir au Cabinet des Estampes de belles aquarelles représentant des balcons d'un goût excellent, décorés de doubles L, de soleils, de fleurs de lys d'or, etc., et peints en vert avec quelques parties dorées çà et là. M. Guillaumot a gravé presque tous ces précieux dessins.

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tives furent exécutées sur les dessins de Lebrun, par Rousseau, et, aprè« la révocation de Tédil de Nantes*, par son élève Measnier ^ Le Louvre possède les dessins que Lebrun avait faits pour les pavillons de Vénus, de Mercure, de Diane et Se l'Abondance^. En 1738, les peintures des façades de Marly furent réparées par Perrot*.

Les sculptures des façades du château étaient l'œuvre de Coustou, Jouvenet, Lespingola et Mazeline.

A l'intérieur, on trouvait, outre les appartements royaux, un grand salon octogone richement décoré de sculptures de Hurlrelle, Van Glève, Coustou, et de tableaux de Delafosse, Jouvenet, Noël Goypel, Boulogne le jeune. Un splendide buffet en bois sculpté ® décorait un des côtés. Le salon occupait toute la hauteur du château, avec un balcon intérieur au premier étage, d'où le Roi assistait ordinairement aux fêtes qu'il donnait. Autour du salon, se trouvaient, au rezde-chaussée et au premier étage, quatre petits appartements.

Les quatre appartements principaux, à l'origine, étaient meublés de velours rouge pour le Roi, de velours vert pour Monseigneur, de velours bleu pour Monsieur, de velours aurore pour Madame ^ Un dessin du Cabinet des Estampes* nous montre le lit du Roi avec son dais aux draperies rouges et ses panaches de plumes blanches. Le cabinet du Roi renfermait une armoire pleine de bijoux d'or, d'argenterie et de beaucoup de choses curieuses, qu'il faisait jouer aux dames de temps en temps, sans qu'il leur en coûtât rien, et qu'il faisait remplir à chaque voyage*. Les vestibules étaient

* Rousseau était protestant et quitta la France.

^ D'Argenville, III, Vies de Éousseau et de Meusnier.

^ N^^ 1865-18G8 du Catalogue supplémentaire des dessins par M. de Tauzia. — Les pavillons tenaient leur nom des peintures à fresque qui couvraient les murs (Gampan, I, 223).

*■ Comptes des Bâtiments, 1738.

* M. Guillaumot en a donné la vue et la coupe d'après les dessins des Archives nationales.

^ Gravé dans Guillaumot, page 19. — Ce buffet, vieux et cassé, existait encore au salon, en 1797 {Archives de Seine-et-Oise). ' Dangeau, 1688, 18 février.

^ Gravé dans Guillaumot.

" Dangeau, 1704, 6 janvier.

ornés de tableaux représentant les villes prises sous le règne de Louis XIV et peints par Van der Meulen et les deux Martin *.

A gauche du château, en le regardant, se trouvaient la grille royale et la chapelle ^ ; à droite, le pavillon des Seigneurs, en avant duquel était la célèbre Perspective de Rousseau ^.

Les douze pavillons étaient carrés comme le château, mais beaucoup plus petits et moins richement décorés*. Ils étaient reliés les uns aux autres par des berceaux de treillage qui se prolongeaient jusqu'au pied de la Cascade, derrière le château. Les pavillons bordaient le Grand-Parterre, les Quatre- Gerbes QilQ Gra7id- Jet ; ils en étaient séparés, à droite et à gauche, par trois allées parallèles : Vallée des Ifs, du côté du Grand-Jet ; Vallée des Boules^ au milieu ; Vallée des Portiques^ du côté des pavillons".

Les Quatre-Geries, le Grand-Jet et les Nappes étaient du plus bel effet. C'est à l'extrémité des Nappes qu'on plaça, en 4702, les chevaux de Coyzevox, et ce fut à VAlreuvoir qu'on posa sous Louis XV ceux de Coustou. L'Abreuvoir, fort délabré, est la seule chose qui reste du Marly de Louis XIV.

Le jardin de Marly avait 422 arpents (144 hectares) ; le parc, 2708 arpents (925 hectares); la forêt*', 4440 arpents (1518 hectares^). On y trouvait 40 lieues (160 kilomètres) d'allées et de routes ; aussi Dangeau dit-il* que « c'est présentement le plus beau lieu du monde pour courre le cerf. » Le Roi y avait fait placer en différents endroits de belles tables de marbre « pour y manger à l'ombre ^ ». La Palatine donne du parc de

* Une partie de ces tableaux se trouve aujourd'hui au Louvre et au musée de Versailles.

^ Voir GaiLLAUMOT, planche 5.

^ Elle fut achevée par Meusnier, lorsque Rousseau émigra après la révocation de l'édit de Nantes. La perspective, alors détériorée, fut détruite en 1706. Voir (Guillaumot, p. 21).

* Guillaumot, planches 6 et 7.

^ Voir le plan de Marly, dans l'ouvrage de M. Guillaumot.

* « Le Roi décida que la forêt de Crouy s'appelerait la forêt de Marly. » (Dangeau, 1C87, 29 décembre.)

' Note du Cabinet des Estampes {Marly).

^ 1688, 19 mars.

^ Dangeau, 1699, 19 juillet.

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Marly une trop jolie esquisse pour ne pas la mettre sous les yeux de nos lecteurs : « L'on chasse ici dans le plus bel endroit du monde, car le parc est un véritable jardin. Toutes les haies sont en fleur et parfument l'air; avec cela les rossignols et les autres oiseaux chantent si bien qu'on se console parfaitement en ce lieu*. » Une autre fois elle dit: « Je ne crois pas que dans le monde entier il soit possible de trouver un plus beau jardin que celui d'ici »

Nous avons décrit le jardin ; il nous reste à parler du parc. Il se divisait en trois parties : les jardins hauts, ou parc proprement dit, le bosquet de Lucienne et le bosquet de Marly.

Les jardins hauts étaient percés de plusieurs belles allées; on y trouvait : un belvédère décoré de bronzes fondus par les Keller, de l'Hercule qui tue l'hydre^ et d'une Diane d'après l'antique; — la Cascade, — \dL Ramasse'* et le grand réservoir de la Ramasse. Au-delà du parc, il y avait encore le grand réservoir du Trou-d'Enfer ^, bordé d'une allée et d'un canal, sur lequel d'élégantes gondoles servaient aux promenades en été ; en hiver, les gondoles étaient remplacées par des traîneaux''*.

Le bosquet de Lucienne contenait la Cascade-Rustique, IomVq en marbre blanc % — ï Amphithéâtre, bosquet formé de gradins de gazon et renfermant une rotonde décorée de guirlandes de fleurs peintes par Blain de Fontenay, — les Bains d'Agrippine, ainsi nommés à cause d'une statue antique de cette impératrice, — la Salle des Muses, ornée des statues des Muses et d'Apollon.

Le bosquet de Marly renfermait : la Salle des Collations, — le 3Iail tournant, achevé en 1701, — la Fontaine de Diane, — le bosquet des Sénateurs, décoré d'un grand bassin et de quatre

* Lettre de 1707, 22 mai, édit. Rolland. — Voir aussi une lettre de Diderot à M"e Voland de 1762.

^ Lettres traduites par Jaeglé, I, 301 ; 1702.

^ Voir à l'Orangerie de Versailles, p, 245. Traîneau sur lequel on se fait ramasser, c'est-à-dire à l'aide duquel on descend sur la neige le long des montagnes. On voit qu'il s'agit ici d'une sorte de montagnes russes.

^ Le Trou-d'Enfer était un lieu-dit auquel se tiouvait une ferme royale qui existe encore. Le Roi y passait la revue des compagnies de cavalerie de sa Maison.

® Dangeau, 1697, 20 mai; 1691, 7,8 et 14 février.

' Voir la planche 15 de Guillaumot.

figures antiques représentant des sénateurs, — la Glacière et le Dôme.

Tous ces beaux jardins avaient été dessinés par Duruzé, que nous trouvons en 1701 contrôleur des Bâtiments du Roi à Saint-Germain et à Marly*.

Les aquarelles du Cabinet des Estampes et les gravures de M. Guillaumot faites d'après elles nous donnent encore une certaine idée de ces jardins. Avec elles nous pouvons refaire çà et là un coin du Marly d'autrefois ; on y retrouve quelques cascades avec leurs eaux; les cabinets aux grandes charmilles sont toujours en feuilles et forment encore de fraîches salles de verdure; les bancs peints en vert semblent toujours attendre les promeneurs ; les arbres sont toujours taillés en forme de vases ou de boules, comme on les aimait alors. Ce n'est qu'après avoir vu les peintures, les dessins et les gravures qui nous représentent les merveilles de ces jardins, qu'il faut aller à Marly visiter ses ruines, où l'on retrouve la trace de ses bosquets, de ses bassins, de ses pavillons et du château; c'est alors seulement que l'on peut apprécier Timmensité de la perte qu'a faite l'art français.

Les bosquets, les fontaines, les allées, les parterres étaient couverts de vases, de statues modernes ou antiques, de bronzes des Keller, de tables de marbre. Ce monde de statues avait été créé par un monde de sculpteurs, en tête desquels sont les deux Goustou, Coyzevox et Girardon.

Que sont devenues toutes ces sculptures ? je n'ai pu le savoir que pour quelq^ues-unes ; le reste a été brisé ou dispersé. Nous retrouvons aujourd'hui :

Au jardin des Tuileries : Les chevaux de Coyzevox, « ce miracle pour le travail dû marbre», dit Mariette, Hippomène, Atalanle, copie d'après l'antique exécutée par Lepautre, l'Océan et la Méditerranée ou la Seine et la Marne, un Laocoon de bronze, une Flore et une Hamadriade de Coyzevox ; — à Ventrée des Champs-Mijaées : les chevaux de Coustou ; — au musée du Louvre : Hercule terrassant l'Hydre, Diane d'après l'antique, statues de bronze placées à la salle des bronzes ; — Adonis se reposant de la chasse par Nicolas Coustou, un berger et un petit satyre, par Coyzevox, un Faune jouant

* D'Argenville, Voyage pittoresque des environs de Paris, éd. 17C8, p. 178. — Lange, Dictionnaire des architectes français.

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de la flûte, par Coyzevox, enlevés de Marly et placés au jardin des Tuileries pendant la Régence, sont aujourd'hui dans les salles de la sculpture moderne ; Atalante, statue antique, placée d'abord à Trianon, aujourd'hui au Louvre ; — dans les magasins du Louvre : l'Air par Bertrand, Pomone par Barrois, Flore par Frémin, Diane par Flamen ; ces statues avaient été apportées de Marly à la Malmaison, d'où elles sont revenues au Louvre ; — au jardin des Plantes : deux enfants jouant avec un bouc, une des plus charmantes œuvres de Sarrazin.

Pour en finir avec les sculptures de Marly, il faut ajouter qu'en 1700, Zéphirin Adam, sculpteur, fit des bouquets de feuilles de marbre pour cacher les nudités des statues des jardins et bosquets de Marly ; il toucha 52 livres pour son travail

Il y avait pour s'amuser dans le parc : une ramasse, une escarpolette, un mail et une roulette. J'ai déjà parlé du premier de ces jeux; je ne dirai rien du second, destiné à occuper de jeunes princesses oisives. Le mail était très à la mode en 1698 ; Monseigneur, la duchesse de Bourgogne et les dames y jouaient volontiers. Le Roi faisait venir à Marly de grands joueurs pour divertir Monsieur, autre ennuyé personnage dont toutes les distractions n'étaient pas, au dire de sa femme, aussi honnêtes que celle de voir jouer les grands joueurs. Le Roi se plaisait aussi beaucoup à les voir. La roulette était un beau traîneau roulant sur des rails, comme nous dirions aujourd'hui, à l'aide de petites roues ou galets. La roulette était dans le haut du parc, peut-être sur l'emplacement de la ramasse à laquelle elle avait succédé ^ Dès l'année 1691 Dangeau parle de la roulette; Monseigneur y va, le 11 septembre et le 4 novembre, avec la princesse de Conty et Mademoiselle. Le Roi y mène la duchesse de Bourgogne le 11 mai 1697; il l'y conduit souvent en 1699. En 1713 c'était le tour de l'électeur de Bavière et du prince de Transylvanie, Ragoczy, qui, après avoir soulevé son pays contre l'Empereur, s'était allié avec Louis XIV, avait été battu et s'était réfugié à la Cour de Versailles.

Mais celui qui s'amusait le plus dans le parc de Marly,

* Notice historique sur la manufacture des Crobelins, 1861, p. 67. ^ Voir la gravure de la roulette dans Guillaumot, page 27.

c'était le Roi, qui plantait sans cesse de nouveaux arbres, et les taillait ou faisait tailler sans trêve ni merci. Dangeau va nous donner le commentaire de Saint-Simon, sur cette passion de faire du nouveau qu'avait Louis XIV.

En 1 689, Marly semblait achevé. Mais le 6 août 1 689 S « le Roi fait changer quelque chose à ses allées nouvelles. » Le 17 août «le Roi fait changer beaucoup de choses aux plans. » Les 20 et 23 du même mois : « S. M. s'amuse à faire planter de nouvelles allées. » Le 1 6 septembre , le Roi et Monseigneur plantent de nouvelles allées et font placer des statues. Le 31 septembre et le 1^^ octobre, ils s'amusent à tailler des arbres verts. En novembre et décembre, Dangeau mentionne neuf fois de nouvelles plantations 2. En janvier 1690, on fait un nouveau parterre de gazon. Tous les hivers, Dangeau répète que le Roi fait de « nouvelles plantations, » et trop souvent pour le citer chaque fois, le Roi faisant sans cesse accommoder quelque chose dans ses jardins.

X.es promenades sont continuelles, et les collations fréquentes. En 1695, Louis XIV trouvait Marly « plus aimable que jamais»; il faisait faire les Appartements- Verts pour y être à l'ombre tout le jour; la fontaine de Diane, où « les dames travailloient à leurs ouvrages », la Cascade^, qu'il montrait à Monsieur, sans doute pour lui prouver que sa cascade de Marly était plus belle que celle de Saint-Cloud. Ce sont sans cesse de nouvelles fontaines, « toujours d'un goût nouveau », telle que la Cascade- Rustique qu'il montre à llmQ de Maintenon le. 16 mai 1696.

Sans le paraître, et en vivant très-retirée comme partout ^ M"ie de Maintenon était bien la reine de Marly ; on n'y venait que de son consentement. Elle s'y promenait quelquefois avec Louis XIV.

* Cette date et toutes les autres sont celles de Dangeau.

^ En 1697 Louis XIV fait planter des arbres qui ont plus de vingt ans (Dangeau, 24 janvier).

^ Dangeau, 1695, 29 octobre et 2 décembre.

* Dangeau, 1695, 2 décembre.

" « A Marly, dit Saint-Simon (XIII, 3l), elle s'étoit fait accommoder

un petit appartement qui avoit une fenêtre dans la chapelle Cela s'ap-

peloit le Eepos, et ce Repos était inaccessible, sans exception que de M"^^*^ la duchesse de Bourgogne. »

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Ce qui étonnoit toujours, dit Saint-Simon, c'étoient les promenades qu'elle faisoit avec le Roi, par excès de complaisance, dans les jardins de Marly. Il auroit été cent fois plus librement avec la Reine, et avec moins de galanterie. C'étoit un respect le plus marqué, quoique au milieu de la Cour et en présence de tout ce qui s'y vouloit trouver des habitants de Marly. Le Roi s'y croyoit en particulier, parce qu'il étoit à Marly... Souvent le Roi marchoit à pied à côté de la chaise à porteurs de M'"'^ de MainLenon. A tous momens il ôtoit son chapeau et se baissoit pour lui parler, ou pour lui répondre si elle lui parloit, ce qu'elle faisoit bien moins souvent que lui, qui avoit toujours quelque chose à lui dire ou à lui faire remarquer. Comme elle craignoit l'air dans les temps même les plus beaux et les plus calmes, elle poussoit à chaque fois la glace de côté de trois doigts, et la refermoit incontinent. Posée à terre à considérer la fontaine nouvelle, c'étoit le même manège. Souvent alors la Dauphine se venoit percher sur un des bâtons de devant, et se mettoit de la conversation, mais la glace de devant demeurant toujours fermée. A la fin de la promenade, le Roi conduisoit M™® de Maintenon jusqu'auprès du château, prenoit congé d'elle et continuoit sa promenade.

En 1 696 on fit une nouvelle fontaine qu'on appela les Bains d' A ffrippine, d'une statue antique qui y fut placée*. En même temps on construisait de nouveaux bâtiments, afin de pouvoir recevoir plus de monde, et encore une nouvelle cascade qui prit le nom des Grandes-Napjjes en 1699 ^

En 1698 les séjours de Louis XIV à Marly deviennent plus longs; les travaux ne cessent pas; on construit toujours des fontaines et le mail : « Le Roi veut que rien ne manque ici de tout ce qui peut divertir les courtisans. »

A la fin de l'année* on commença VAbreuwir^ qui fat richement décoré. On voit, d'après les dates, comment se développent les travaux, toujours en avant et en descendant : après les Grandes-Nappes, l'Abreuvoir. Mais, arrivé ici, Louis XIV se trouve en présence d'une colline; il la rase. « Le Roi va faire aplanir les hauteurs qui sont par de là l'Abreuvoir ^ «

* Dangeau, 1696, 4 août. — La statue d'Agrippine, placée depuis sur le palier du grand escalier des Tuileries, a été détruite dans rincendie du palais en 1871.

^ Dangeau, 1696, 13 et 14 décembre.

^ Dangeau, 1699, 16 mai.

* Dangeau, 1698, 21 et 26 novembre.

* Dangeau, 1699, 9 janvier.

Son régiment eut Tordre de venir à Marly pour exécuter ces travaux.

Pendant que le régiment du Roi abat la colline, « le Roi change toutes les fontaines * », et ordonne de faire encore de nouvelles routes dans le parc. » Le 11 septembre 1701, Louis XIV y courre le daim, a Son parc est présentement si beau, et il y a tant de routes commodes, dit Dangeau, qu'il est presque toujours à la queue des chiens dans sa calèche. » Mais les commencements de la guerre de la succession d'Espagne amenèrent un moment de relâche dans les travaux de Marly, qui furent suspendus ou très-ralentis en 1701.

En 1702, ce sont les carpes qui occupent le grand Roi. « Le 27 mai 1702, le Roi, M'^^ Maintenon et la duchesse de Bourgogne s'amusèrent longtemps à voir les belles carpes que M. le Premier et M. Ghamillart ont données au Roi. » Le 8 juin, Monseigneur envoie à Marly de fort belles carpes prises dans un étang de Meudon ^.

Dès cette année les travaux et les transformations recommencent. La Palatine est absolument d'accord avec Saint- Simon :

Ce matin, écrit-elle de Marly le 6 juillet, je suis allée me promener avec le Roi. On dirait que ce sont des fées qui travaillent ici, car là où j'avais laissé un grand étang, j'ai trouvé un bois ou un bosquet; là ou j'avais laissé une grande place et une escarpolette, j'ai trouvé un réservoir plein d'eau, dans lequel on jettera ce soir cent et quelques poissons de diverses espèces et trente grandes carpes admirablement belles. Il y en a qui sont comme de l'or, d'autres comme de l'argent, d'autres d'un beau bleu incarnat, d'autres tachetées de jaune, blanc et noir, bleu et blanc, jaune d'or et blanc, blanc et jaune d'or avec des taches rouges ou des taches noires ; bref, il y en a de tant d'espèces que c'est vraiment merveilleux^.

* Dangeau, 1700, 12 avril.

' Chamfort (Caractères et anecdotes, p. 173) raconte une anecdote bien peu vraisemblable, mais trop connue pour ne pas la reproduire ici. « M'"® de Maintenon et M"^^ de Caylus se promenaient autour de la pièce d'eau de Marly. L'eau était très-transparente, et on y voyait les carpes dont les mouvements étaient lents, et qui paraissaient aussi tristes qu'elles étaient maigres. M'"^ de Caylus le fit remarquer à M'"^ de Maintenon qui répondit : « Elles sont comme moi, elles regrettent leur bourbe. »

' Lettres nouvelles et inédites, p. 243.

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Le 2 août 1702, on pose devant le Roi le cheval ailé qui porte la Renommée, et le 8 août, le Mercure monté sur un cheval ailé En janvier 1703, les plantations recommencent. Le 25 de ce mois, Mansart reçoit l'ordre de changer la Demi- Lune des Ve7its, parce que cet ouvrage était trop magnifique pour un petit lieu comme Marly La collection des belles carpes s'augmente toujours, grâce aux dons de M. le Premier, du Chancelier et de M. le Prince'.

Blain de Fontenay avait peint les fleurs en plomb qui formaient les bordures des bassins des cvjrpes, et il était chargé de réparer ces peintures tous les ans ^.

Mais le Roi vint bientôt troubler le calme dont jouissaient ses carpes dans ce beau séjour ; il fit pêcher la grande pièce d'eau le 5 janvier 1706, et d'autres pièces d'eau les 12 et 13 octobre 1708. Cette dernière fois, « il ne fut pas content. »

Le 15 septembre 1705, Louis XIV, après une promenade, déclara encore une fois qu'il trouvait ses jardins si beaux et en si bon état, qu'il n'y avait plus rien à y faire. Cependant, dès le 21 mai 1706, il recommence les plantations et les continue en novembre 1706, en octobre 1708, en 1709 et en 1710. En 1711, « il fait toujours quelques petits changements pour s'amuser*^. » En novembre 1712, il fait encore beaucoup planter. Le 5 avril 1714, il double le parc en prenant 10,000 toises sur la forêt, et le 3 novembre il célèbre, pour la dernière fois, la Saint-Hubert; dans son parc agrandi.

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