‹ Le chateau de VersaillesChapitre 35 sur 56 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

VERSAILLES SOUS LOUIS XIV

Le sol sur lequel est bâti Versailles était la propriété du Roi ; il le donnait ou le vendait à ceux qui voulaient y bâtir hôtels ou maisons. Quand la ville fut construite, elle conserva ce caractère de ville royale, de domaine du Roi, et fut administrée par un gouverneur nommé par le Roi, lequel gouverneur, assisté d'un bailliage, rendait aussi la justice. Deux premiers valets de chambre de Sa Majesté, Bontemps et Blouin, furent les premiers gouverneurs de Versailles; puis les Noailles leur succédèrent et conservèrent cette charge jusqu'en 1787, époque à laquelle Versailles devint une ville communale ayant une administration municipale.

Quand Louis XIV commença à habiter Versailles, ou au moins à y résider fréquemment, vers 1672, le village disparut, et une ville nouvelle s'éleva assez rapidement. La place d'Armes, bordée d'hôtels, les trois avenues qui conduisent aux Ecuries et au château, et de larges rues tirées au cordeau donnèrent à la ville naissante tout ce que nous nous efforçons aujourd'hui de donner à nos villes anciennes, l'air

* Nous ne voulons pas faire ici l'histoire de Versailles; nous voulons seulement faire connaître la formation de la ville, ses accroissements,, l'époque de la construction de ses principaux monuments et indiquer les événements les plus importants de son histoire. Nous renvoyons pour les détails à l'ouvrage de M. Le Roi, Histoire de Versailles, 2 vol. in-S*^, auquel nous avons feit plus d'un emprunt.

et la salubrité, de vastes avenues plantées d'arbres, des rues larges, propres et saines. Versailles a été un modèle de ville moderne, et reste toujours au premier rang pour la grandeur, la beauté et la salubrité. Il est vrai que le fondateur était libre de tailler en plein drap, le drap étant à lui.

Sous Louis XIV, Versailles se divisait en huit parties : le Château avec ses dépendances, le parc, la Grande et la Petite- Écurie, le Grand-Commun, etc. ; — le Vieux- Versailles, quartier bâti sous Louis XIII sur l'emplacement du village et transformé par Mansart, qui détruisit le Potager de Louis XIII et l'église de Saint-Julien (1678), ouvrit la rue de la Surintendance et construisit le Grand-Commun; — le Potager de La Quintinie ; — la Ville-Neuve, fondée sous Louis XIV et comprenant la partie Sud de la rue des Réservoirs, la petite place de Bourgogne, la rue de la Pompe, la rue et la place Daupliine^ la rue de la Paroisse et la rue Duplessis, c'est-à-dire une grande partie du quartier Notre-Dame actuel ; — le Parcaux-Cerfs, nouveau quartier fondé par Louis XIV. On abattit les murs et les bois du parc de Louis XIIP ; on traça des rues et on fit 471 lots de terrain destinés à être donnés à divers officiers de la Maison du Roi, qui commencèrent à construire quelques maisons^; — le quartier du Bel-Air^ entre la butte Montbauron, la Grande-Écurie et le Chenil; — V hôtel de Limoges, sobriquet donné à l'espèce de faubourg et aux masures dans lesquelles s'entassaient les maçons limousins employés en grand nombre aux bâtiments du Roi ; — le château de Clagny, avec son parc et son étang, royale demeure de M™^ de Montespan^.

Les principaux édifices construits sous Louis XIV sont : la Grande-Écurie, la Petite -Écurie , le Grand-Commun, le

* Aujourd'hui rue et place Hoche.

' Comptes de 1685.

' Un plan manuscrit delà VilU du Parc-aux-Cerfs, par Matis et daté de 1696, représente en détail le tracé de ce nouveau quartier {Archives de Seineet-Oise, A 279).

^ Avec le plan de Alatis, dont nous venons de parler, deux autres plans nous permettent de nous rendie compte de l'état de Versailles à cette époque. L'un est de Pierre Lepautre, dessiné et gravé en 1717; l'autre est de Caron, arpenteur du Koi. Ce beau plan manuscrit est à grande échelle et représente la ville et ses environs {Archives de Seine-et-Oise, A 43).

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Chenil, dépendances du château que nous avons décrites précédemment, ~ la Surintendance, la Chancellerie, le couvent des Récollets, l'église de Sainte-Geneviève, la paroisse, l'hôpital et le Jeu-de-Paume, dont nous allons parler ici.

hd. Surintendance^ résidence du surintendant des Bâtiments, fut bâtie en 1670-71 * ; elle est située rue de la Bibliothèque^, n° 6. Colbert et Louvois en furent les premiers habitants. Louvois y mourut le 16 juillet 1691, frappé d'une apoplexie pulmonaire, comme nous l'apprend son chirurgien Dionis% et non pas empoisonné par Louis XIV, comme le croit Saint- Simon.

« Le Roi, ditDangeau*, travailla l'après-dinée avec M. de Louvois, et, sur les quatre heures, il s'aperçut que M. de Louvois se trouvoit mal. Il le renvoya chez lui. En y arrivant, il se sentit plus pressé ; il se fit saigner. Son oppression augmentant toujours, il se voulut faire saigner de l'autre bras ; il envoya chercher son fils, et mourut un instant après. M'"« de Louvois étoit allée ce jour-là à Armainvilliers. Une mort si prompte fait soupçonner qu'il pourroit y avoir du poison. Le Roi devoit aller ce jour-là à Saint-Cloud ; il n'y fut point, et sur les six heures, il alla se promener dans ses jardins. »

Continuons avec Saint-Simon. « On peut juger de la surprise de toute la Cour. Quoique je n'eusse guère que quinze ans, je voulus voir la contenance du Roi à un événement de cette qualité. J'allai l'attendre, et le suivis toute sa promenade. Il me parut avec sa majesté accoutumée mais avec je

ne sais quoi de leste et de délivré, qui me surprit Je

remarquai encore qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisoit toujours, dans ses jardins, il ne fit jamais qu'aller et venir le long de la balustrade de l'Orangerie, et d'où il voyoit, en revenant vers le château, le logement de la Surintendance où Louvois ve-

* Comptes des Bâtiments.

^ Alors appelée rue de la Surintendance.

^ Voir la Dissertation de Dionis sur la mort subite (Paris, 1710). M. Le Roi a cité, dans son Histoire de Versailles (II, 184), le passage essentiel de l'ouvrage de Dionis.

* T. III, p. 360.

noit de mourir, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenoit vers le château. »

Le 10 août '1723, le cardinal Dubois, premier ministre du Régent, mourait aussi à la Surintendance, mais d'une maladie de vessie, suite de ses débauches.

Pendant la Révolution, on établit à la Surintendance un institut militaire pour les enfants des Invalides logés au château.

En 4 683, l'hôtel de la Surintendance étant devenu trop petit, on construisit, au bas de la rue, une nouvelle Surintendance, qui ne fut achevée qu'en 1688 ^ C'est là que demeura Mansart, depuis qu'il fut nommé surintendant des Bâtiments. Ce second hôtel de la Surintendance renfermait une galerie qui servait de magasin aux tableaux du Roi, qui décoraient les appartements de Versailles pendant l'été ; en hiver on les remplaçait par des tapisseries, et on déposait les tableaux dans la galerie de la Surintendance. Aujourd'hui la nouvelle Surintendance est occupée par le Petit-Séminaire.

Vhôtel de la Chancellerie fut bâti de 1670 à 1673 par Dorbay 2, dans la rue de la Chancellerie, n'^ 24. C'était la résidence du Chancelier. M. et M^^^ de Pontchartrain y donnèrent de nombreuses fêtes auxquelles la Cour et les princes se plaisaient à assister. Le 8 février 1700, M™« la Chancelière donna un grand bal à la duchesse de Bourgogne, dont le Mercure fait le récit suivant :

y^me jg^ duchessc de Bourgogne ayant souhaité que M™® la Chancelière lui donnât un bal, elle reçut cette proposition avec beaucoup de joie, et quoiqu'elle n'eût que huit jours pour s'y préparer, elle résolut de donner à cette princesse, dans une même soirée, tous les divertissemens que l'on prend ordinairement pendant tout le cours du carnaval ; savoir, ceux de la comédie, do la foire et du bal ; ce dernier renfermant les plaisirs que donne, dans cette saison, la variété bizarre des masques galans, grotesques et magnifiques qui y abondent. Tout se trouva prêt pour le jour ma"qué ; cependant la fête fut différée de neuf jours à cause d'un m-cX de dents survenu à cette princesse.

Le jour destiné à la donner étant venu, on posta des détachemens de Suisses dans la rue et dans la cour, avec plusieurs do-

* Comptes des Bâtiments.

' Comptes des Bâtiments.

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mesliques de M"''*' la Chancelière, en sorte qu'il n'y eut aucun embarras, ni à la porte, ni même aux avenues de la Chancellerie. Il y eut outre cela de si bons ordres donnés que, malgré la coufusion qui se trouve ordinairement aux portes des lieux où se font de semblables fêtes, toutes les personnes de distinction, pour qui il y avoit des places marquées, entrèrent avec facilité et furent placées de même. La cour étoit éclairée, ainsi que le vestibule et l'escalier, où il y avoit des lustres et des girandoles sur des torchères.

On remarquoit d'abord, dans la salle préparée pour le bal, un grand portrait de M"^*^ la duchesse de Bourgogne, qui éloit sur la cheminée. 11 y avoit tout autour de cette salle des gradins de trois à quatre pieds de long, et entre chaque gradin étoient des torchères magnifiques, sur lesquelles il y avoit des girandoles, outre dix lustres suspendus. On avoit dressé un grand amphithéâtre dans la face du bas de la salle pour cinquante hautbois et violons du Roi, tous en habits de masque uniformes, avec des bonnets garnis de plumes, ce qui formoit un spectacle aussi magnifique que nouveau dans ces sortes de fêtes. 11 y avoit des formes* tout autour de la salle, au-dessous des gradins, et au-devant desquelles étoient trois fauteuils, l'un pour M"'® la duchesse de Bourgogne, et les deux autres pour Monsieur et Madame. Monsieur n'y vint point, à cause d'une légère indisposition, et Madame y vint sans être masquée. On avoit laissé un grand carré réservé pour la danse. A côté de la salle du bal, sur le même palier de l'escalier, étoit une autre salle fo^rt éclairée, dans laquelle il y avoit des violons et des hautbois, et cette salle étoit pour recevoir les masques, qui, à cause de leur grand nombre, ne pouvoient entrer dans la salle du bal.

M""*^ la duchesse de Bourgogne fut reçue, à la descente de son carrosse par M. le Chancelier, M'"® la Chancelière et M. le comte de Pontchartrain. Plusieurs de leurs parens et amis s'étoienl joints à eux, comme M. le duc de Lesdiguières, M. le duc de Saint- Simon ^ M. le duc delà Meilleraye, M. le duc d'Humières, M. le marquis de Béringhen, M. le comte de Quintin, M. de Dussou, M. le comte de Roucy, M. le comte de Blanzac, M. le chevalier de Roucy et M. le chevalier de Roye, avec plusieurs dames, savoir : M'^" la duchesse de Lesdiguières, M"^® la duchesse de Saint- Simon, M"^^ la duchesse de Foix, M"™*^ la duchesse d'Humières, ■j^ma maréchale de Lorges, M'^*^ de Béringhen, M"^'' de Saint- Géran, M"^® la comtesse de Roucy et M"^^ la comtesse de Blanzac.

* Banquettes.

' Saint-SimoQ parle de cette fête dans ses Mémoires (II, 382). « Rien de si bien ordonné et de si superbe, dit-il, de si parfaitement entendu ; et la Chancelière s'en démêla avec une politesse, une galanterie et une liberté, comme si elle n'eût eu rien à faire. On s'y divertit extrêmement, et oi» sortit après huit heures du matin. »

M"^*^ la duchesse de Bourgogne, ainsi reçue, fut conduite dans la grande salle du bal. Monseigneur et MS'"^ les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, et toutes les princesses et dames bien masquées vinrent presque en même temps, et après leur arrivée M. le Chancelier laissa faire le reste des honneurs à M'"® la Chancelière.

Il n'y avoit qu'une heure que le grand bal étoit commencé, quand M""" la Chancelière et le comte de Pontchartrain conduisirent M'"^ la duchesse de Bourgogne dans un lieu disposé pour lui donner le divertissement d'une petite comédie, et avant que d'y entrer on passa dans une salle ornée de miroirs et de quantité de lumières. Il n'entra dans la salle de comédie qu'environ cent cinquante personnes, les princés et les princesses du sang n'y prirent aucun rang étant tous masqués. Cependant M'"^ la duchesse de Bourgogne et Madame se trouvèrent placées au milieu de la salle, chacune dans un fauteuil. M™° la duchesse de Bourgogne fut surprise d'y voir un théâtre avec ses armes et ses chiffres. Il représentoit le laboratoire d'un fameux opérateur et ensemble le lieu où il

enferme ses drogues Des squelettes et des poissons avec d'autres

animaux paroissoient attachés au plafond.... Il y avoit sur tous les pilastres des demi-girandoles à cinq branches d'argent. Ces girandoles s'attachent, et ont été nouvellement inventées par M. Bérain, qui avoit imaginé ce théâtre et donné tous ses soins à l'embellissement de cette fête, à laquelle M. Lefèvre, intendant et contrôleur général des Menus-Plaisirs et Affaires de la Chambre du Roi, entendu en ces sortes de divertissemens, n'a pas peu contribué par ses avis. Comme le lieu où le théâtre étoit dressé ne permettoit pas que l'on y plaçât des lustres, on avoit trouvé l'art de l'éclairer par deux ou trois cents lumières cachées, et dont la réflexion y répandoit un éclat qui surprenoit tous les spectateurs.

Aussitôt que M™° la duchesse de Bourgogne fut assise, un opérateur, sous le nom du fameux Bari*, vint lui demander sa protection contre les médecins, et après avoir vanté Texcellence de ses remèdes et la bonté de ses secrets, il lui offrit le divertissement d'une petite pièce telle qu'autrefois on en faisoit représenter à Paris, et ensuite d'une très-belle symphonie qui se fit entendre d'une chambre voisine. On représenta une petite comédie que M"'^ la Chancelière avoit fait faire par M. Dancourt, exprès pour cette fête. Il y avoit mêlé quelques scènes italiennes, que l'on trouva fort ingénieuses et qui furent agréablement représentées par ses deux filles. Tous les acteurs, qu'on avoit choisis, pour ce divertissement, dans la troupe des comédiens du Roi, excellèrent dans les caractères qu'on leur avoit donnés et reçurent beaucoup de louanges.

La comédie finie, M"^^ la Chancelière mena M'"^ la duchesse de Bourgogne dans une autre salle où il y avoit une superbe collation

* Voir sur Antoine Bary, opérateur et charlatan, le dictionnaire de Jal.

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disposée d'une manière ingénieuse. On avoit construit, dans l'un des bouts de cette salle, cinq boutiques qui formoient un demicercle. Dans ces cinq boutiques étoient cinq marchands chantants, représentés, savoir : un pâtissier françois, parle sieur de Puvigné ; un Provençal, marchand d'oranges et de citrons, par le sieur Fouquet ; une limonadière italienne, par le sieur Favally ; un confiturier, par le sieur Courcier; et un Arménien, vendeur de café, de thé et de chocolat, chantant en langue franque, par le sieur Bastaron, tous de la musique du Roi. Ils avoient des habits qui convenoient aux nations qu'ils représentoient, et des garçons pour servir, vêtus aussi selon la nation dont ils tenoient le langage. Les boutiques se communiquoient au dedans les unes aux autres et n'étoient séparées qu'extérieurement. La menuiserie en étoit peinte et dorée, et l'on voyoit alternativement dans les panneaux du bas des boutiques les armes et les chifiFres de M'^^° la duchesse de Bourgogne.

Ces boutiques étoient cintrées, et des lustres pendoient du milieu de chaque cintre. Au-dessus de ces boutiques étoient écrits en grosses lettres d'or les noms de Procope, de Le Coq, de Benachi et quelques autres, et sur tout le haut on avoit peint toutes les choses convenables à ce que chaque boutique devoit représenter. La symphonie étoit placée dans les angles des boutiques et vêtue avec des habits assortissant à ceux des marchands que je viens de vous nommer. Le fond des boutiques étoit couvert de tablettes dorées, et le tout étoit rempli de choses que l'on y devoit vendre. On y voyoit quantité de corbeilles magnifiques, des vases de cristal, d'argent et de vermeil oré, des jattes avec des porcelaines, le tout rempli de liqueurs, de confitures sèches, de dragées, de pâtisseries, d'oranges, de citrons, de limes douces et de tout ce qu'on peut imaginer pour une galante collation. Toutes ces choses étoient entremêlées de fleurs et de girandoles, et le rang le plus élevé étoit tout orné de vases magnifiques remplis de fleurs, dont il y avoit plusieurs guirlandes sur les tablettes.

Quoique ces choses fussent brillantes d'elles-mêmes, elles ne laissoient pas de tirer un nouvel éclat des lustres qui éclairoient les boutiques, et comme ces boutiques étoient séparées par des pilastres, que le derrière de ces pilastres étoit tout couvert de lumières, et que ces lumières réfléchissoient encore sur tout ce qui étoit sur les tablettes des boutiques, on ne sauroit rien s'imaginer de plus brillant que paroissoit toute cette petite foire. Mais, ce qui est fort à remarquer, il y avoit un grand miroir au fond de chaque boutique qui, rappelant tous les objets qui composoient l'assemblée, les faisoit encore paroître dans toutes les boutiques, outre toutes les choses que j'ai déjà marquées, de manière que cet assemblage étoit tout à fait brillant, et que les yeux en pouvoient à peine supporter l'éclatante variété.

Si ce spectacle étoit nouveau, la musique, qui étoit de M. Ce-

îasse, l'un des maîtres de musique du Roi, n'avoit pas moins les charmes de la nouveauté, puisqu'on entendit un chœur composé de personnes qui parloient diverses langues et qui ne laissoient pas de s'accorder admirablement bien. Ce chœur fut suivi de trio et de duo ; et chacun chanta aussi seul en sa langue. Tout ce qu'on chanta fut à l'honneur de M""® la duchesse de Bourgogne, et pour inviter cette princesse à venir goûter de tout ce qui étoit dans les boutiques. A côté, il y avoit un grand cabinet (meuble) entouré de gradins remplis de fruits, de confitures sèches et d'une infinité de paquets de confitures, noués avec des rubans pour distribuer à l'assemblée, dont le sieur Philbert s'acquittoit avec des manières divertissantes. Les liqueurs y étoient en abondance. W^^ la duchesse de Bourgogne sortit très-satisfaite de la salle de la collation, et donna force louanges à tout ce qu'elle y avoit vu et entendu.

Alors tous les masques entrèrent dans cette même salle, où l'on distribua toutes sortes de rafraîchissemens à ceux qui se présentèrent, avec une profusion sans pareille, tandis que les domestiques de M"^^ la Chancelière en portèrent à toutes les dames qui étoient sur les gradins et en offrirent même à ceux qui n'en demandoient point.

]y^me la duchesse de Bourgogne, en sortant de la salle de la collation, ne retourna point dans celle du bal, parce qu'il y avoit un nombre infini de masques et que le bal se trouva un peu dérangé. Après que cette princesse en fut sortie, elle retourna dans celle de la Comédie, où il se fît un bal particulier à toute la Cour. Il dura jusqu'à deux heures après minuit, ensuite de quoi elle revint dans le grand bal pour voir le nombre presque infini de divers masques qui s'y rencontrèrent. Elle les vit danser et dansa jusqu'à quatre heures, après quoi M"^° la Chancelière et M. le comte de Pontchartrain l'ayant reconduite jusqu'au bas de l'escalier, cette princesse leur marqua, en termes fort obligeants, qu'elle avoit pris beaucoup de plaisir au divertissement qu'on venoit de lui donner et qu'elle en étoit extrêmement satisfaite. Ainsi finit cette fête, qui attira beaucoup de louanges à W^^ la Chancelière.

En 1792, on établit un grand atelier de sellerie dans les bâtiments de la Chancellerie, qui est aujourd'hui une propriété particulière.

Les Récollets ^ s'établirent à Versailles dès Tannée 1666, au nombre de douze Leur premier couvent fut bâti sur le terrain qu'occupa ensuite la Petite-Place de Bourgogne ; la

* Religieux réformés de l'ordre de Saint-François. — Récollets, Becollecti^ les recueillis, ceux qui ont du recueillement.

* LUYNES, I, 154

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première pierre en fut posée, le 29 décembre 1671, par Louis XIV, accompagné de toute la Cour et assisté de l'archevêque de Paris K En 1684, Louis XIV fit construire, dans le Vieux-Versailles, un nouveau couvent pour les Récollets, dont il posa la première pierre le 10 mars. Mansart le bâtit en six mois, et les Religieux s'y installèrent à la fin de janvier 1685

Après le départ des Récollets de leur première maison, le terrain qu'ils occupaient fut donné à l'intendant de la Dauphine de Bavière, à la condition d'y faire une place régulière bordée de maisons. La nouvelle place prit le nom de Petite- Place de Bourgogne. Plus tard Fénelon y demeura et y composa son Télémaque de 1693 à 1695.

La chapelle du second couvent des Récollets devint la paroisse du Vieux-Versailles et remplaça l'église de Saint- Julien qui venait d'être détruite (1678) lorsqu'on avait bâti le Grand-Commun. La duchesse de Bourgogne et la reine Marie Leczinska allèrent souvent faire leurs dévotions aux Récollets.

La loi du 13 février 1790 ayant supprimé les ordres monastiques, les Récollets abandonnèrent leur maison, qui devint, en 1793, une prison pour les détenus politiques. En 1796, Téglise fut abattue; en 1799, le couvent devint l'infirmerie des Invalides. Aujourd'hui il sert de caserne, et son jardin est affecté au service de l'hôpital militaire.

Les Prêtres de la Mission ou Missioîinaires Lazaristes ^ avaient été appelés à Versailles en 1676 par Louis XIV pour le service de la paroisse de la nouvelle ville et de sa chapelle. Leur supérieur était en même temps curé de la paroisse. A l'imitation de saint Vincent de Paul ils portaient un bouquet de barbe au menton, d'où les épithètes de baràes sales de Saint- Sulpice, et de barbichets des missions, que leur prodigue Saint-Simon.

Louis XIV fit construire pour les prêtres de la Mission une église qui remplaça la vieille église de Saint-Julien et qui en

* Gazette.

* LUYNES

' Ordre fondé par saint Vincent de Paul.

prit le nom. Elle était située rue Sainte-Geneviève * ; et, après l'achèvement de la nouvelle paroisse, en 1686, le second Saint- Julien s'appela la Vieille-Eglise. On y fit, en 1683, le service de la reine Marie-Thérèse. La Bruyère, La Quintinie, Pellisson, Quesnay, le comte de Vergennes y ont été enterrés.

A la Révolution, la Société des Amis de la Constitution, devenue plus tard la Société des Jacobins, tint ses séances dans la Vieille-Eglise, et quelques années après elle fut démolie.

La Paroisse ou église de Notre-Dame a été bâtie de 1684 à 4686 par Mansart, qui n'en fit pas un chef-d'œuvre d'architecture. Elle fut consacrée et livrée au culte le 30 octobre 1686. Elle était alors desservie par douze missionnaires Lazaristes réunis à vingt et un autres chargés du service de la chapelle du château".

La Charité des pauvres^ ou bureau de charité, fut fondée en 1684 par M""^ de Maintenon et M.Hébert, premier curé de Notre-Dame. Elle était située rue de la Paroisse, n" 14, et desservie par des sœurs de la Charité, qui y tenaient aussi une école pour les filles. Aujourd'hui le bureau de Charité est rue de la Pompe.

li' Hôpital royal ou la Charité avait été bâti par Louis XIII rue de la Paroisse, n^^ 81 et 83. Vers 1685 Louis XIV le transporta sur un terrain situé entre l'étang de Clagny et la rue de Bourbon, et appartenant à François TEpée, père de l'abbé de l'Epée. En 1779, l'hôpital fut reconstruit, mais il n'a été achevé que pendant le second Empire (1853-60) par les soins de M. Remilly, maire de Versailles.

\3n jeu de paume pour le Roi fut établi dès 1668 '; mais le jeu de paume actuel ne fut bâti qu'en 1686 par Nicolas Cretté, paumier du Roi. On lit dans le journal de Dangeau, à la date du 3 décembre 1686 : « Monseigneur joua à la paume. Il y a ici un jeu de paume que des particuliers ont fait bâtir à leurs dépens et qui n'est achevé que depuis trois jours. » Rien n'est

* Entre cette rue et la rue des Bons-Enfants (aujourd'hui rue du Peintre Lebrun).

* La Paroisse possède une statue de la Vierge qui vient de l'ancienne église de Saint-Julien.

^ Comptes des Bâtiments»

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à mentionner dans l'histoire de ce bâtiment avant 1789. « Le 20 juin de cette année, dit l'inscription de bronze placée le 20 juin 1790 par une société patriotique de Paris *, les représentants des communes de France constitués le 17 juin 1789 en Assemblée nationale ont prêté ici, le 20 du même mois, le serment qui suit : Nous jurons de ne jamais nous séparer et de nous rassembler partout où les circonstances l'exigeront jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides. » Cette table de bronze, encadrée de marbre vert antique, existe encore.

En 1803, le Jeu-de-Paume devenu propriété nationale fut mis par le premier Consul à la disposition de Gros; c'est là qu'il peignit les Pestiférés de Jaffa et la bataille d'Aboukir. Un grand nombre de visiteurs vinrent admirer ces deux tableaux *.

En 1816, le Jeu-de-Paume devenait un magasin de décors, et la plaque commémorative était retournée contre le mur.

— En 1830, ladite plaque fut encore retournée, mais cette fois l'inscription était en évidence, et on enleva les décors. Quelques années après, en 1838, le Jeu-de-Paume devenait l'atelier d'Horace Vernet, qui y fit la Smala, la bataille d'Isly et les trois belles toiles de la prise de Constantine achevées en 1841.

— En 1848, le Jeu-de-Paume était classé parmi les monuments historiques 3. — En 1855, on y rétablit un jeu de paume qui, faute de joueurs en nombre suffisant, fut bientôt fermé. — En 1875, quand on installa la Chambre des Députés dans l'aile du midi du château, le Jeu-de-Paume devint un magasin de tableaux, de tombeaux, de statues et de bustes enlevés du Musée. — Enfin, en 1879, il fut décidé qu'on transformerait le Jeu-de-Paume en un musée de la Révolution, et M. Guillaume, architecte du palais de Versailles, fut chargé de la restauration et de la décoration du nouveau musée. Son projet conserve au bâtiment son caractère historique de jeu de paume. L'inscription de 1790 est encadrée dans un motif d'architecture, à la fois élégant et sévère, en avant

* La Société du serment du Jeu-de-Paume.

* Journal de Seine-et-Oise, 1803, p. 416.

' Arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 24 mars.

duquel est placée la statue de Bailly, président du Tiers- Etats, lisant la formule du serment ^ A droite et à gauche (lu motif d'architecture s'étend autour de la salle une frise peinte, où des couronnes civiques se mêlent aux noms des 577 signataires du serment. Sur le soubassement se détachent les bustes des principaux membres du Tiers-Etat. Sur le mur du nord on doit placer un tableau fait d'après le dessin de David exposé en 1790', l'ébauche de David qui est au Louvre ^ et la gravure de Jazet. Sur le mur du sud on lira diverses inscriptions, par exemple, celle qui, sur la proposition de Chénier, fut décrétée par la Convention : « Versailles a bien mérité de la Patrie^ », — et celle qui fut rédigée par l'Institut, en 1799, sur la demande de François de Neufchâteau, ministre de l'Intérieur : « Dans ce jeu de paume, le 20 juin 1789, les députés du peuple, repoussés du lieu ordinaire de leurs séances, jurèrent de ne point se séparer qu'ils n'eussent donné une constitution à la France. Ils ont tenu parole »

En même temps que Louis XIV faisait construire les divers bâtiments dont nous venons de parler, la noblesse logée au château se bâtissait des « hôtels de campagne » dans la ville. On voit tous ces hôtels marqués sur un plan de la ville et château de Versailles gravé au temps de Louis XIV mais nous ne citerons que les plus importants. On remarque : Rue de la Surintendance, aujourd'hui rue de la Bibliothèque : l'hôtel de Chevreuse (nos g et 10), — Thôtel de Beauvilliers (12 et U), acheté par Louis XV en 1724 et devenu alors la résidence du contrôleur général, et de nos jours le cercle des officiers de la garnison de Versailles, — l'hôtel de M"« de Montpensier, surnommée la Grande-Mademoiselle [uP 7), qui, à sa mort passa au duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

* Cette statue est de M. René de Saint-Marceaux.

* Ce dessin appartient au petit-fils de David.

^ Cette ébauche semble avoii* été faite pour être placée sur le mur du Nord du Jeu-de-Paume ; car les dimensions de l'ébauche et de cette partie du mur sont identiques.

* En même temps, la Convention décrétait que le Jeu-de-Paume était un monument national.

' Les travaux du Jeu-de-Paume seront terminés en juin 1881. ® Chalcographie, 2969.

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Bue du Vieux- Versailles : l'hôtel de Lorges [n^^ 19, 21, 23 et 25).

Hue de V Orangerie: Thôtel Flamarens (n» 1), qui fait partie aujourd'hui du Petit-Séminaire, — l'hôtel du cardinal Furstemberg (15), -— l'hôtel de Nangis (21), — l'hôtel de Seignelay (10 et 12), — l'hôtel d'Humières (26).

Rue de la Chancellerie : Thôtel Coislin (4 et 6), — l'hôtel de Dangeau* (8), — l'hôtel de Luxembourg (10), — l'hôtel de la Vallière (12), — l'hôtel de Roquelaure (14), — l'hôtel de Duras (16).

Rue des Réservoirs : l'hôtel de Louvois, devenu sous Louis XV l'hôtel du Gouvernement, c'est-à-dire du gouverneur de Versailles, et aujourd'hui siège des bureaux de l'Intendance militaire, — l'hôtel de Richelieu (4), — l'hôtel du Lude (6), — l'hôtel de Gréqui (12), — l'hôtel de Gondé (14), où mourut La Bruyère le 11 mai 1696, -— l'hôtel de Soissons, devenu hôtel d'Antin (16 et 18).

Rue des Hôtels, aujourd'hui rue Colbert : l'hôtel de Monsieur frère du Roi (1), — l'hôtel de Turenne (1 bis), aujourd'hui demeure du directeur du service des eaux, — l'hôtel de Gramont (3), — l'hôtel de Villacerf (5) (aujourd'hui l'hôtel de France), — Fhôtel de Ghoiseul, devenu hôtel de Villeroy (7), — l'hôtel de la Motte-Houdancourt (11), — l'hôtel d'Aumont (13), — l'hôtel de la Vieuville (15), — l'hôtel de la Rochefoucauld (17).

Rue de la Pompe : l'hôtel de Noailles (1), — l'hôtel de Montausier, devenu hôtel de Toulouse (25 et 27), — l'hôtel de Livry (45), — l'hôtel du Plessis (47), — l'hôtel de Duras (12).

Avenue de Saint-Cloud : l'hôtel de Gesvres (1), — l'hôtel d'Estrées (5), — l'hôtel de Guise (13, 15 et 17), — l'hôtel de Sourches, — l'hôtel de Saint-Simon (38) ;

Derrière la Petite-Ecurie : l'hôtel de Gonty, aujourd'hui la Mairie.

L'hôtel de Gonty fut bâti en 1 670 pour le maréchal de Bellefonds, qui le vendit au chevalier de Lorraine. Louis XIV l'acheta en 1680, au prix de 100,000 livres et le donna au duc de Vermandois, fils de M"*^ de la Vallière, à la mort duquel,

* Ces deux hôtels forment aujourd'hui l'hôtel de la Chasse.

en 1683, la princesse de Conty, sa sœur, hérita de cette jolie « maison de ville », qui possédait de grands et beaux jardins.

La princesse de Conty donna plusieurs fêtes dans son hôtel au duc et à la duchesse de Bourgogne. Au mois de janvier 1700 elle fit élever, dans la galerie, un petit théâtre sur lequel on devait représenter, pour divertir le duc de Bourgogne, l'opéra ^'Alceste, dans lequel jouèrent le duc de Bourgogne et la princesse de Conty, devant un seul spectateur, le duc de Noailles ; il y eut deux représentations, le 9 et le 16 janvier Le Mercure nous apprend que le 14 février 1700, il y eut bal à l'hôtel de Conty et que l'affluence des masques y fut grande. Le 22 janvier 1702, on joua, toujours dans la galerie, Electre^ tragédie de Longepierre, regardée « comme le plus bel ouvrage de théâtre qu'on ait vu depuis la mort de Corneille et de Racine »

M. de LoDgepierre, si connu par ses ouvrages, ayant fait depuis plusieurs années la tragédie d'Electre pour sa propre satisfaction et sans aucun dessein de la donner au public, Monseigneur et M'"^ la princesse de Conty, après lui avoir demandé, et ordonné aux comédiens de l'apprendre et de la répéter, l'ont fait représenter trois fois sur le théâtre de l'hôtel de Conty à Versailles, où elle a reçu des applaudissemens conformes à son mérite. Elle en avoit eu déjà d'extraordinaires dans les répétitions qui en avoient été faites à Paris, où tout le beau monde et les beaux esprits avoient couru en foule. Le sujet de cette tragédie, qui est admirable et qui a été traité par Sophocle et par Euripide, a reçu de nouvelles beautés de M. de Longepierre. Le sieur Baron le père, qui a quitté le théâtre depuis plusieurs années, le sieur Rosols, qui s'en est retiré depuis peu de temps, y ont joué. Le premier a fait Oreste, et le second Egiste. Le sieur Baron a fait voir que, bien loin qu'il eut perdu quelque chose de ses talens par le manque d'exercice, il étoit encore au dessus de ce qu'il étoit il y a vingt ans. M"^ Duclos, dans le personnage d'Electre, a fait dire généralement qu'aucune comédienne n'avoit jamais été plus loin qu'elle, ni joué avec tant de force et de grâce ^.

Le 5 février, on joua pour la seconde fois la tragédie d'^lectre. « Toute la Cour hormis le Roi étoit à ce spectacle ; il

^ Dangeau. — L'opéra d'Alceste est de Quinault et LuUi.

* Dangeau, VIII, 298.

* Mercure Galant, 1702, février, p. 379.

VERSAILLES SOUS LOUIS XIV

n'y put guère tenir plus de cent personnes, et toutes les places y étoient marquées tant pour les dames que pour les courtisans »

La Cour ayant quitté Versailles après la mort de Louis XIV, la princesse de Gonty vendit son hôtel 100,000 livres à un spéculateur nommé Bosc, qui revendit aussitôt plusieurs dépendances, des bois, des plombs et divers objets d'art pour une somme de 250,000 livres, et, en 1723, vendit au Roi l'hôtel lui-même au prix de 100,000 livres. L'hôtel fut affecté alors au Grand-Maître de la Maison du Roi, charge dont était pourvu à cette époque le duc de Bourbon, premier ministre. En 1724, Louis XV lui fit cadeau de l'hôtel, qui avait pris le nom d'hôtel du Grand-Maître.

Le duc de Bourbon y donna de nombreuses fêtes en l'honneur de sa maîtresse, la marquise de Prie, et fit en 1724 de nombreux embellissements à la galerie et aux salons de l'hôtel, où l'on admire encore aujourd'hui de fort belles boiseries sculptées

Dès l'année 1770, on avait ouvert les jardins du Grand- Maître au public, et un passage fut ainsi établi entre les deux quartiers de Versailles, qui n'avaient eu jusqu'alors de communication que par la place d'Armes. En 1775, ces beaux jardins servirent de promenade et remplacèrent celle du parc dont on venait d'abattre les arbres.

En janvier 1790, la municipalité de Versailles, établie d'abord au Garde-Meuble', s'installa dans l'hôtel du Grand-Maître avec la permission de Louis XVI. En 1823,1a Ville passa avec le ministre de la Maison du Roi uq bail de quatre-vingt-dixneuf ans, en vertu duquel la Mairie restait établie dans l'hôtel

* Dangeau, VIII, 312.

' Les boiseries de la galerie municipale sont d'un charmant style Louis XV ; elles sont cependant moins belles que ks panneaux sculptés, les cadres des glaces et des dessus de portes de la salle des mariages, un des plus jolis salons Louis XV qui se puisse voir. Le style de cette décoration légère et élégante est d'un goût excellent. Ces boiseries sont également importantes comme échantillon du style Louis XV à ses commencements ; on y trouve çà et là des traces bien visibles du style Louis XIV. Nous citerons encore, parmi les objets d'art de la Mairie, de belles serrures en cuivre ciselé et doré, et une table Louis XV avec de riches ornements eu cuivre ciselé.

* Rue des Réservoirs ; c'est l'ancienne préfecture (Le Roi, I, 396).

(lu Grand-Maître moyennant un loyer de 800 francs. Ce fut à cette époque que la Ville fit faire, sur l'emplacement des jardins, l'avenue de Berry*, qui ouvrit une véritable communication entre les deux grands quartiers de Versailles; ce fut alors que l'on construisit les murs de soutènement de la terrasse et l'escalier qui conduit de l'avenue à la Mairie.

L'hôtel de la Mairie a été reconstruit en presque totalité, en 1873, par M. Albert Petit, architecte de la Ville.

Le bureau de l'état civil de la Mairie de Versailles renferme une précieuse collection, celle des registres des baptêmes, des mariages et des décès des anciennes paroisses de Versailles. Les registres de la paroisse Notre-Dame contiennent un grand nombre d'actes relatifs à la famille royale, et sont accompagnés de signatures qui en font de bien précieux autographes, pour la conservation desquels on ne saurait avoir trop de surveillance.

Il existe encore, avenue de Sceaux, n^ 1, un débris de l'hôtel de Conty : c'est le pavillon des Bains^ que la princesse de Conty avait fait élever dans ses jardins en 1690. « On le meuble magnifiquement », écrit Dangeau le 26 décembre de cette année. Ce pavillon servait de maison de plaisance à la princesse et à Monseigneur, son frère. « Le Dauphin, dit Nar-

bonne^, aimoit avec passion la chasse au loup G'étoit le

plus ordinairement dans ce petit pavillon des Bains de la princesse de Conty qu'il venoit se reposer à ses retours de

chasse C'est dans ce pavillon que se faisoient les parties

secrètes \ Il a depuis appartenu au comte de Charolais, » Il reste encore, au salon du rez-de-chaussée, un plafond du temps de la princesse de Conty. Ce plafond, assez bien conservé, est peint à fresque ; on y voit, au milieu, un motif formant rosace et aux quatre angles autant de médaillons en camaïeux sur fond or représentant des enfants en train de jouer, le tout relié par des arabesques, des guirlandes et des enroulements. Le pavillon des Bains, après avoir été occupé,

* Aujourd'hui avenue Thiers.

' Mémoires de Narhonne, cités par M. Le Roi, II, 393.

* Dangeau nous apprend que Monseigneur y allait dîner volontiers (22 août 1691).

^TERSAILLES SOUS LOUIS XIV

dans ces dernières années, par un marchand de vin et un café chantant, est aujourd'hui le siège d'un pensionnat.

Les eaux.

L'œuvre de Francine était devenu insuffisant pour fournir l'eau nécessaire au château, aux fontaines du parc et aux besoins de la ville; Louis XIV et Golbert cherchèrent les moyens d'obtenir le volume d'eau nécessaire. Riquet proposa de faire venir à Versailles les eaux de la Loire ; il fit avec l'abbé Picard, membre de l'Académie des sciences, un nivellement qui leur prouva l'impossibilité d'exécuter ce projet. Plus tard Vauban et le savant mathématicien Lahire voulurent amener à Versailles les eaux de l'Eure. Nous lisons dans Dangeau, à la date du 19 octobre 1684 : « Au lever du Roi on parla beaucoup de la rivière d'Eure que le Roi vouloit faire venir à Versailles. On la fait niveler, et elle est de 80 pieds * plus haute que les plus hauts réservoirs de Versailles. » Trente mille soldats furent employés aux travaux de l'Eure; le 14 juillet 1686, le Roi passait la revue de 22 bataillons qui y étaient occupés*; un canal de 40 kilomètres fut creusé; on éleva un aqueduc de 6000 mètres et de 152 arcades, dont quelques-unes ont 68 mètres de hauteur, et dont on voit les restes près de Maintenon.

La guerre de 1688 et l'épuisement des finances arrêtèrent l'entreprise; des milliers de soldats avaient péri et 8,612,995 livres, c'est-à-dire 40 millions de francs, avaient été dépensés pour ce travail inutile, auquel Louvois s'était obstiné avec son opiniâtreté habituelle. « Qui pourra dire, s'écrie Saint- Simon, l'or et les hommes que la tentative obstinée en coûta pendant plusieurs années, jusque-là qu'il fut défendu, sous les plus grandes peines, dans le camp qu'on y avoit établi et qu'on y tint très longtemps, d'y parler des malades, surtout des morts, que le rude travail et plus encore l'exhalaison de tant de terres remuées tuoient? Combien d'autres furent des années à se rétablir de cette contagion I Combien n'en ont pu

* 26 mètres.

* Dangeau et Gazette.

reprendre leur santé pendant le reste de leur vie 1 Et toutefois non-seulement les officiers particuliers, mais les colonels, les brigadiers et ce qu'on y employa d'officiers généraux, n'avoient pas, quels qu'ils fussent, la liberté de s'en absenter un quart d'heure, ni de manquer eux-mêmes un quart d'heure de service sur les travaux. La guerre enfin les interrompit en 1688, sans qu'ils aient été repris depuis; il n'en est resté que d'informes monumens qui éterniseront cette cruelle folie. »

Pendant ce temps (1681-87) on avait établi la machine de Marly, et on avait aussi cherché et trouvé d'autres moyens pour avoir de l'eau.

Dès l'année 1675, sous l'impulsion de Colbert, l'abbé Picard et Romer commençaient leurs grands travaux de nivellement destiné à recueillir les eaux pluviales, et celles résultant de la fonte des neiges, tombant sur le plateau argileux qui s'étend de Saint-Hubert à Satory, eaux qui jusqu'alors se perdaient dans la Bièvre, l'Yvette et la Vesgre *. Le nivellement terminé et complété en 1683, par Gobert, intendant des Bâtiments, on construisit, sur une étendue de 15,000 hectares, un vaste réseau de rigoles et d'aqueducs ^, d'une longueur totale de 170 kilomètres, qui drainent à ciel ouvert le sol argileux du plateau, l'assainissent, le fertilisent et amènent enfin les eaux dans divers étangs' d'une superficie de 1233 hectares, où l'on peut emmagasiner 8 millions de mètres cubes d'eau.

De ces étangs, et à l'aide d'autres rigoles et aqueducs, l'eau arrive dans les réservoirs ou bassins de distribution deMontbauron* et deGoberf*; delà, enfin, l'eau est distribuée, à

* Les nivellements se sont continués en 1679 et 1680, car les Comptes des Bâtiments de ces années mentionnent plusieurs fois les sommes payées à Messieurs de l'Académie des sciences et de l'Observatoire pour les indemniser de leurs frais de voiture.

' L'aqueduc de Bue a été construit en 1684 [Comptes des Bâtiments).

* Etangs de Saint-Hubert, du Mesnil-Saint-Denis, du Trou-Salé^ de la Martinière, de Saclay, de Saint-Queutin.

* Ces réservoirs furent établis en 1685 [Comptes des Bâtiments).

' Ou du Parc-aux-Cerfs. — Le premier réservoir du Parc-aux-Cerfs est de 1686; le second, de 1688 [Comptes des Bâtiments). — Louis XIV avait aussi fait établir de grandes glacières dans l'ancien Parc-aux-Cerfs.

VERSAILLES SOUS LOUIS XIV

l'aide de conduites, dans la ville, pour les besoins des habilanls, et dans le parc, pour le jeu des eaux.

Ces grands travaux, terminés en 1688, coûtèrent très cber. Chaque année on employait de grosses sommes aux fouilles, rigoles, étangs, réservoirs, tuyaux et aqueducs nécessaires à l'établissement du système. Dans quelques cas, les troupes y furent employées; en 4 679, le régiment suisse de Stoup creusa l'étang de Bois-d'Arcy et reçut 27,126 livres ; en 1680, le régiment du Roi remplaça le régiment de Stoup et reçut 49,950 livres K

Les eaux des étangs, dites eaux blanches, sont saines et bien meilleures que celles données par la machine de Marly, qui n'amène à Versailles qu'une eau infectée par les déjections de Paris. Il est vrai qu'en été la végétation aquatique les rend peu saines, et que, dans les années de sécheresse, l'insuffisance de leur produit nécessite l'emploi des eaux de Marly. Malgré ces inconvénients, le drainage du plateau donne d'excellents résultats ; nulle part on ne voit un pareil ensemble de travaux fournissant à une ville de l'eau pluviale en pareille quantité. Il faut regretter les critiques adressées à ce système, le plus souvent sans une connaissance suffisante de ce qui existe. Terminons en disant que tous les travaux du XVII® siècle existent encore aujourd'hui, et sont en trèsbon état de conservation et d'entretien, par les soins du service de la Direction des eaux ^.

Les routes.

Les anciennes routes de Versailles à Paris étant devenues insuffisantes, Louis XIV chargea Louvois d'en construire une nouvelle, par Sèvres. Louvois la fit établir par les Gardes suisses, qui reçurent double paye^. En même temps, on paya 23,596 livres à divers particuliers auxquels on avait pris leurs

* Comptes des Bâtiments de 1679 et 1680.

' Voir au Service des eaux les cartes et plans qui y sont conservés, et à la Bibliothèque de la Ville un curieux manuscrit de 1680.

' Mùnoii'es pour servir à l'histoire du marquis de Louvois, par M. de Chamlay.

terres ou leurs prés pour le nouveau chemin ^ La route terminée, les communications devinrent assez faciles; et les Curiosités de Paris et de Versailles nous apprennent comment elles se faisaient :

Vous pouvez aller de Paris à Versailles par le coche, que vous prendrez rue Saint-Nicaise, qui part deux fois par jour, moyennant 25 sols. Il y a aussi des chevaux et des chaises de poste pour Versailles.

Ceux qui veulent épargner vont par eau jusqu'à Sève, qui est à moitié chemin, pour 4 sols, soit dans la galiote de Sève ou de Saint-Cloud, qu'on trouve à huit heures du matin au Pont-Poyal, ou par de petits bateaux qui partent à toute heure pour le même prix.

En 4678, Louis XIV avait déjà fait faire une bonne route pour aller de Versailles à Saint-Germain, et avait alloué 40,000 livres à ce travail*. Cette route, qui passait par la rue Maurepas, alors simple chaussée bordant l'étang de Glagny, fut modifiée en 1773 quand on eut percé le boulevard du Roi; elle ne passa plus par la rue Maurepas, mais suivit le nouveau boulevard. Ge fut aussi à cette époque (4779-81) que l'on améliora la route de Saint-Gloud en perçant l'avenue de Picardie ^

Les principaux travaux de routes exécutés sous Louis XIV à Versailles eurent surtout pour but « la commodité de la chasse du Roi* » dans les bois des environs de Versailles et dans la forêt de Marly. On entretenait avec soin ces routes de chasse, et le préposé à ces travaux était un sieur Brégy^ qui avait 4 000 livres de gages par an.

* Comptes des Bâtiments de 1687.

' Comptes des Bâtiments.

^ Ce fut le régiment de Picardie qui exécuta ces travaux.

* Comptes des Bâtiments de 1678, 1687.

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