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CHAPITRE II

VERSAILLES SOUS LOUIS XV ET LOUIS XVI

Versailles prit d'assez grands développements pendant le règne de Louis XV. Le quartier du Parc-aux-Gerfs créé par Louis XIV, se bâtit, se peupla et forma avec le Vieux-Versailles la nouvelle paroisse de Saint-Louis. On y éleva, en 1727, une chapelle qui, bientôt trop petite, fut remplacée par Téglisede Saint-Louis, construite de 1742 à 1754, par Mansart de Sagone.

En 1735-36 on dessécha l'étang de Glagny ; le quai le bordant au midi devint la rue Neuve (1737). Le château de Glagny fut démoli en 1769, et on commença dès 1773 à construire sur l'emplacement de l'étang, et au delà, un nouveau quartier qu'on appela le quartier des Prés^ et qui ne se bâtit que lentement.

Plusieurs bâtiments furent construits sous Louis XV : la Geôle, l'hôtel des Gardes du corps, l'Ermitage, les bâtiments des Menus-Plaisirs, l'hôtel des Ghevau-légers, l'hôtel de la Poste, Phôtel de la Guerre, l'hôtel des Affaires Etrangères et l'église de Saint-Symphorien.

* Rues Satory, Saint-Honoré, Royale, Saint-Médéric, Saint-Martin, des Tournelles, d'Anjou, du Hasard, des Bourdonnois, Saint-Louis, Saint- Antoine, du Sud et des Rossignols.

- Boulevard du Roi, rues de Maurepas et de l'Ermitage, Sainte- Adélaïde, Sainte-Victoire, de Mouchy, d'Angoulême, de Mademoiselle, Sainte-Sophie, boulevard de la Reine, rues d'Augivilliers, Berthier, La Fayette, de Beauvau et des Missionnaires, et prolongement de la rue du Plessis.

La Geôle fut bâtie en 1724 par les ordres de Blouin ; elle était située rue de la Geôle, aujourd'hui rue Ducis, et comprenait le bailliage et une prison. Elle a été détruite en 1844 et remplacée par la Cité des Trois-Passages. En 1792, ce fut Tun des théâtres des massacres qui eurent lieu à Versailles.

L'hôtel des Gardes du corps fut construit en 1731 le long de l'avenue de Sceaux ; son entrée principale est rue Royale, n» 5. C'est aujourd'hui un quartier de cavalerie. Les Gardes du corps avaient fait élever auprès de leur caserne une petite salle de spectacle, où la Comédie française vint jouer plusieurs fois K

h' Ermitage a été bâti par M"™^ de Pompadour, en 1748, sur une partie du parc dont Louis XV lui avait fait cadeau. Le bâtiment, commencé dans les premiers jours d'octobre, était terminé et meublé dès le 25 novembre ; on avait fait sécher les plâtres à force de feu

L'Ermitage se composait d'une assez jolie maison d'habitation, d'un parc planté de beaux arbres, d'un jardin botanique, d'un jardin potager et d'une orangerie. Sous Louis XVI, quand l'Ermitage fut devenu la résidence de M. de Maurepas, on y ajouta un jardin anglais'. Louis XV allait assez souvent à l'Ermitage ; il y « mangeoit un morceau » après la chasse, et quelquefois il était accompagné de Mesdames ses filles *.

L'Ermitage était aussi l'une des maisons dans lesquelles M™e de Pompadour logeait une des « petites maîtresses » qu'elle donnait au Roi.

A la mort de Mf"« de Pompadour, la duchesse de Villars, dame d'atours de la Reine, obtint de Louis XV la jouissance de l'Ermitage. 11 eut ensuite pour habitants M. de Maurepas et Mesdames Adélaïde et Victoire, tantes de Louis XVL L'Ermitage fut vendu en 1793, comme propriété nationale, 262,000 livres^; c'est aujourd'hui une propriété particulière.

Mme de Pompadour avait encore un hôtel à Versailles, rue

» Le Roi, II, 243.

* LuYNES, 1748. IX, 255.

' Voir au Cabinet des Estampes {Topographie., Versailles, t. XI), un plan de l'Ermitage par Fichu).

^ LuîNES, 1750. X, 413.

» Le Roi, I, 85.

CERSAILLES SOUS LOUIS XV ET LOUIS IVI

des Réservoirs, n^' 9 ; on l'avait bâti en 1152 sur l'emplacement de l'ancienne Pompe ou Tour- d'eau de Francine. Un corridor élevé contre le mur du réservoir de l'Opéra, du côié du parc, permettait d'aller à couvert du château dans l'hôtel *. En 1765, l'hôtel de M"'° de Pompadour devint l'hôtel du gouverneur de Versailles. Aujourd'hui c'est Vhôtel des Réservoirs, siège d'un restaurant en renom. L'hôtel de M"^^ de Pompadour lui avait coûté 210,844 livres ; l'Ermitage, 285,01 3 ^

Les iâtiments des Menus-Plaisirs furent construits en 1750 pour y placer les ateliers et magasins des menus plaisirs du Roi, c'est-à-dire des jeux (paume, raquette, etc. des concerts et des spectacles. En 1759, l'abbé Nollet y établit un trèsbeau cabinet de physique pour l'instruction des Enfants de France ^ Bachaumont* nous apprend qu'il y avait aussi un théâtre aux Menus-Plaisirs.

En 1787, l'architecte Paris, dessinateur du Cabinet du Roi, éleva, entre le bâtiment des Menus-Plaisirs et la rue des Chantiers, une grande et belle salle' pour les séances de l'assemblée des Notables; elle servit aussi aux Notables de 1788 et aux Etats-Généraux, qui y tinrent leur première séance le 5 mai 1789.

Grimm, rendant compte de l'ouverture des Etats-Généraux, décrit ainsi la salle où se tint cette séance mémorable :

C'est une grande et belle salle de 120 pieds ^ de longueur sur 57 de largeur', en dedans des colonnes : ces colonnes sont cannelées, d'ordre ionique, sans piédestaux, à la manière grecque; l'entablement est enrichi d'oves, et au dessus s'élève un plafond percé en ovale dans le milieu. Le jour principal qui vient par cet ovale était adouci par une espèce de tente en taflfetas blanc. Dans les deux extrémités delà salle, on a ménagé deux jours pareils, qui suivent

* Le Roi, I, 18.

Le Roi, Dépenses de M"^^ de Pompadour.

^ Voir LuYNES, juin et juillet 1744, juin 1745 et mars 174'ô. ^ T. V, p. 69-70 (1770).

^ Voir la gravure de Moreau le jeune, dessinateur et graveur du Cabinet du Roi, représentant l'ouverture des Etats-Généraux. — Voir aussi aux Archives de Seine-et-Oise l'inventaire des meubles, tapisseries, etc., fournis par les palais de Versailles et de Marly et par le Garde-Meuble pour garnis la salle des Etats-Généraux (A 14, A 15).

® 39 mètres.

' 18 mètres et demi.

la direction de l'entablement et la courbe du plafond. Cette manière d'éclairer la salle y répandait partout une lumière douce et parfaitement égale, qui faisait distinguer jusqu'aux moindres objets, en donnant aux yeux le moins de fatigue possible. Dans les bas-côtés on avait disposé pour les spectateurs des gradins, et, à une certaine hauteur, des travées ornées de balustrades. L'extrémité de la salle, destinée à former l'estrade pour le Roi et la Cour, était surmontée d'un dais magnifique, dont les retroussis étaient attachés aux colonnes. Cette enceinte, élevée de quelques pieds en forme de demi-cercle, était tapissée tout entière de velours violet, semé de fleurs de lys d'or. Au fond, sous un superbe baldaquin, garni de longues franges d'or, était placé le trône. Au côté gauche du trône, un grand fauteuil pour la Reine et des tabourets pour les princesses ; aii côté droit, des pliants pour les princes ; au pied du trône, à gauche, une chaise à bras pour le garde des sceaux; à droite, un pliant pour le grand chambellan. Au bas de l'estrade était adossé un banc pour les secrétaires d'Etat, et devant eux, une grande table couverte d'un tapis de velours violet. A droite et à gauche de cette table, il y avait des banquettes recouvertes de velours violet semé de fleurs de lys d'or. Celles de la droite étaient destinées aux quinze conseillers d'Etat et aux vingt maîtres des requêtes invités à la séance ; celles de la gauche aux gouverneurs et lieutenants généraux des provinces. Dans la longueur de la salle, à droite, étaient d'autres banquettes pour les députés du clergé ; à gauche, pour ceux de la noblesse, et dans le fond, en face du trône pour ceux des communes. Tous les planchers étaient couverts des plus beaux tapis de la Savonnerie.

L'entrée était par la rue des Chantiers.

La salle de l'Assemblée nationale fut vendue en 1799 comme propriété nationale et abattu ^ l'année suivante par l'acquéreur. Pour conserver le souvenir des événements qui se sont accomplis dans cette salle, où a été fondée la société moderne, le gouvernement de la République a décidé * qu'un monument serait élevé sur l'emplacement où elle avait été bâtie. Il se composera d'une colonne surmontée de la statue de la République ; la base sera décorée des statues de Bailly, de Mirabeau, de Siéyès et de Lafayette, et de deux bas-reliefs représentant les deux grandes journées du 23 juin et du 4 aoùt^

* Loi du 19 avril 1879, rendue sur la proposition de M. Charton, sénateur.

' Rapport de M. Turquet, sous-secrétaire d'Etat au ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts, dans le Journal officiel du 27 novembre 1879. — Le monument sera exécuté par MM. Formigé, arc hitecte, et ■Coutan, sculpteur.

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Quant aux bâtiments des Menus-Plaisirs, situés avenue de Paris, no 14, ils servent actuellement de caserne.

Vhôtel des Chevau-légers de la garde du Roi avait été bâti, «n 1751, à l'avenue de Sceaux, n^^ 2, 2 Ms^ 4, 6 et 8, sur l'emplacement de divers hôtels achetés par l'état-major de la compagnie. On y établit une école ou académie militaire, que le duc de Ghaulnes, capitaine des chevau-légers, avait fondée en 1747 avec le concours de M. de Lubersac, l'un des écuyers de la Grande-Écurie, qui avait acheté la charge de cornette dans la compagnie ^ Dès 1753, l'école avait acquis une notoriété méritée. Stanislas Leczinski la visita le 2 octobre^; il assista à des courses de têtes, aux exercices du manège, au maniement des armes, à la voltige, et n'eut que des éloges à donner aux jeunes gens de l'école et à leurs maîtres. « L'école des chevau-légers, dit le duc de Luynes en 1755 ^ se continue toujours avec le même succès, et, quoiqu'il en coûte environ 5 ou 600 livres pour y entretenir son fils pendant deux ans, qui est le temps à peu près nécessaire pour apprendre les exercices différons, M. de Ghaulnes est plus embarrassé à refuser des sujets qu'à en trouver. » Sous l'habile direction de M. de Lubersac et de M. de Vézanne, major de la compagnie, on donnait aux élèves une excellente instruction militaire; la natation, le service de l'artillerie et des ponts n'étaient pas oubliés dans cette école de cavalerie, •où l'on croyait avec raison qu'un officier doit connaître la pratique de toutes les armes. Les modèles destinés à l'étude •de l'artillerie et des ponts avaient été exécutés sous la direction de l'habile ingénieur J.-B. Berthier, l'auteur de la belle carte des chasses*.

Louis XV alla visiter l'école des Ghevau-légers le 11 juin 1756. Il faut laisser la parole au duc de Luynes.

11 y avoit longtemps que M. de Ghaulnes désiroit que le Roi honorât de sa présence les exercices des Ghevau-légers de la garde ;

* Luynes, VIII, 157. ' Luynes, IX, 83.

' T. XIV, p. 184.

* Gravée par Tardieu. — J.-B. Berthier avait été aidé par son fils Alexandre Berthier, qui devint sous l'empire prince de Wagram et de Neufchâtel, et major général de l'armée.

le Roi voulut bien y aller le 11 après dîner. On a déjà parlé de cet établissement, dont l'utilité est peut-être encore plus grande pour la jeune noblesse du royaume que pour la compagnie même. On y apprend tous les exercices et presque toutes les sciences convenables à un homme de condition : monter à cheval, faire des armes, voltiger, l'histoire, les fortifications, le dessin, les mathématiques^ la danse, même à nager et à nager à cheval. Tout ce qui peut contribuer à la perfection et à l'instruction n'y est point épargné, et l'on y est occupé sans cesse d'une police la plus exacte pour prévenir tout ce qui pourroit intéresser la conduite et les mœurs des jeunes gens. Ils ont une messe et une prière tous les jours, et on leur fait des instructions ; ils sont honnêtement logés et bien nourris à des tables de 12 couverts ; ils ont des domestiques pour les servir, un médecin, un chirurgien attachés au corps, et l'on a le& plus grandes attentions pour eux dans leurs maladies. Il a fallu acquérir une grande quantité de maisons pour contenir toute cette jeunesse et donner la facilité pour tous ces exercices ; un grand nombre de chevaux de distinction appartiennent aujourd'hui à cette compagnie, dont quelques-uns coûtent fort cher. La perfection où l'on est déjà parvenu, et qui augmentera encore, prouve la justesse des vues, l'assiduité du travail et la capacité de ceux qui sont à la tête de cet établissement. M. de Vézanne est le premier qui, sous les ordres de M. le duc de Chaulnes, a formé, continué et exécuté ce projet. C'est un gentilhomme de Bourgogne qui a été élevé avec soin et qui joint à la véritable et à la plus solide piété une application qui ne se rebute jamais, une patience sans bornes, une douceur inaltérable malgré la vivacité de son caractère, et des talens supérieurs pour tout ce qui s'appelle détail. M. de Lubersac, homme de condition, que M. le duc de Chaulnes a engagé d'entrer dans cette compagnie en qualité d'officier supérieur, et qui s'est livré avec intelligence, zèle et capacité à tout ce qui pouvoit servir à perfectionner cet établissement, en a la direction et le commandement sous les ordres de M. le duc de Chaulnes ; et l'on peut dire avec vérité que par des talens supérieurs pour l'ordre et la discipline, des connoissances rares sur tout ce qui regarde la cavalerie, et une application incapable de se rebuter jamais, il a déjà mis cet établissement au point de mériter les plus justes éloges de tous ceux qui le voient. La dépense nécessaire pour un jeune homme va environ à 3000 livres par an ; mais lorsque l'on fait réflexion que les mœurs y sont en sûreté et qu'on y apprend en même temps tout ce qu'il convient de savoir, peut-être ne trouvera-t-on pas cette dépense effrayante, surtout en la comparant à ce qui est nécessaire pour les exercices d'un homme à Paris.

Le Roi arriva à quatre heures un quart avec MS'" le Dauphin. Les Gardes du corps et les Cent-Suisses garnissoient partout dans les dehors, les Chevau-légers dans les dedans. M. d'Argenson, M. de Paulmy, M. le garde des sceaux, M. de Saint-Florentin y accom-

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pagnèrent le Roi. S. M. entra d'abord au balcon du manège, d'où elle vit pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure difTérens chevaux de distinction bien dressés et menés avec grande justesse par les Chevau-légcrs les plus habiles. Le dernier qui parut étoit monté par celui qui donne les leçons au manège ; il est impossible de voir un cheval dressé plus parfaitement et des lalens plus dignes d'admiration que ceux de cet écuyer. Après le manège, le Roi monta à la salle des exercices. On avoit formé un bataillon de jeunes gens coiffés avec des bonnets surmontés de plumes. Toutes les évolutions se firent avec la précision la plus grande, au son du tambour, et au commandement. Ensuite on fit voir au Roi l'exercice des armes qui fut suivi du voltiger ; dans l'un et dans l'autre, et surtout dans ce dernier, on admira la science, la légèreté et l'adresse de presque tous ceux qui y parurent. Il y a dans la salle un cheval de bois que l'on élève successivement; on l'éleva jusqu'à sept pieds, et il y eut des jeunes gens qui sautèrent dessus en grosses bottes. M. de Rochegude se distingua dans le voltiger, et M. de Beuzeville dans les armes. Dans les intervalles d'un exercice à l'autre, il y avoit une musique composée de timbales, de violons et de hautbois. De la salle des armes le Roi descendit à celle des plans ; il y vit un parc d'artillerie en petit et en cuivre, fait exprès pour l'instruction de la jeunesse, et où l'on a rassemblé tout ce qui peut servir à faire connoître les détails les plus curieux et les plus intéressants. Il y vit aussi une batterie formée comme elle l'est dans un siège, et une grande quantité de plans tant en relief qu'en dessins. Dans la salle des exercices on fit remarquer au Roi une armoire remplie d'instrumens de mathématiques en grand, et de toute espèce de livres servant à l'instruction des jeunes gens. De la salle des plans le Roi fut conduit par des corridors et à couvert à l'autre bout de la maison ; il arriva au logement de M. de Lubersac, auprès duquel on avoit établi un balcon qui donne sur la carrière. Les jeunes gens coururent les têtes avec beaucoup d'adresse ; on y fît différentes manœuvres de guerre au bruit du canon et de la mousqueterie pour faire voir le soin qu'on a eu d'accoutumer les chevaux au feu. Il étoit près de sept heures quand le Roi en sortit, et il parut satisfait de ce qu'il avoit vu. Il y a actuellement cent jeunes gens dans cette maison et outre cela dix inspecteurs et dix sousinspecteurs ^

Les Chevau-légers donnèrent plusieurs fêtes dans leur hôtel. Le 21 octobre 1757, à l'occasion de la naissance du comte d'Artois, ils tirèrent un feu d'artifice sur l'avenue de Sceaux, illuminèrent leur hôtel et donnèrent un bal magni-

* La Gai^ette de 1756, p. 300, donne une relation de cette visite dans un aupplément.

fique L'école et la compagnie des Ghevau-légers subsistèrent jusqu'en 1787, époque à laquelle Louis XVI crut devoir supprimer sa Maison militaire; les Ghevau-légers vendirent alors leur hôtel, dont les bâtiments ont été transformés ou démolis depuis cette époque.

L'hôtel de la Poste, qui existe encore rue Saint-Julien, fut bâti en 1752 par les ordres du Roi. oc Sà situation, aujourd'hui peu centrale, dit M. Le Roi, était alors fort commode, parce que cet hôtel se trouvait à la portée de tous les services de la Cour »

Uhôtel de la Guerre ' et Yhôtel des Affaires Etrangères * furent construits, le premier en 1759, le second en 1761, par l'ingénieur J.-B. Berthier, sur une partie de l'emplacement de l'ancien potager de Louis Xin. Le maréchal de Belle-Isle et le duc de Ghoiseul avaient fait élever ces deux hôtels pour y réunir les bureaux et les archives de leurs ministères.

Aujourd'hui l'hôtel delà Guerre est une caserne d'infanterie, et la bibliothèque de la Ville est placée dans l'hôtel des Affaires Etrangères.

Get hôtel renfermait les archives du ministère dans dix belles salles décorées de sculptures dorées et bordées de grandes armoires également dorées. En 1770, Van Blarenberghe peignit au dessus des portes les vues de treize grandes villes de l'Europe. G'est dans la salle du milieu, appelée la salle des traités, que l'on signa, sur une table de marbre ^, le traité de 1768 par lequel la république de Gênes vendait la Gorse à la France, le traité d'alliance entre la France et les Etats-Unis (1778), et le traité de Versailles (1783) entre la France et l'Angleterre, par lequel l'indépendance des Etats-Unis était reconnue.

En 1776 les archives des colonies furent placées dans l'hôtel des Affaires Etrangères ; elles y furent fort mal gardées et en partie vendues au vieux papier', jusqu'à l'époque de leur

' Gazette.

^ Le Roi, II, 273.

3 Rue de la Bibliothèque, 3.

Rue de la Bibliothèque, n° 5.

' Dont on voit encore l'emplacement sur le carrelage. * Un professeur de Saint-Cyr s'était formé une très-curieusô collection

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translation à Paris, où elles furent réunies aux archives de la Marine.

En 1793 l'hôtel des Affaires Etrangères devint le siège de l'administration du district de Versailles, et en 1799, on y installa la bibliothèque de la Ville *.

Cette bibliothèque, aujourd'hui l'une des plus belles de France, compte environ 80,000 volumes, parmi lesquels nous signalerons : une partie des bibliothèques de Marie-Antoinette à Trianon, de M'^e Dubarry, de Madame Elisabeth à Montreuil, de l'abbé Goujet% — une partie des livres de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, du comte de Provence, de Mesdames Victoire et Adélaïde, tous reliés en maroquin, avec les armes, et dans un état parfait de conservation, — deux Grolier et quelques livres de Saint-Cyr avec la croix de la maison royale de Saint-Louis, — de magnifiques exemplaires de relations de fêtes avec gravures, exemplaires ayant appartenu à Louis XIV et à Louis XV, — de splendides reliures des xvii° et xviii® siècles, admirablement conservées, — une collection musicale renfermant les ballets dansés par Louis XIV ^ et la musique sacrée et dramatique de Saint- Cyr*, etc.

Véçlise de Saint-Symphorien a été construite par l'architecte Trouard, de 1764 à 1770, pour remplacer l'ancienne petite église de Montreuil.

Versailles est la première ville de France qui, suivant les prescriptions de l'hygiène et du bon sens, ait placé ses cimetières au delà de l'enceinte habitée. liQ cimetière de Saint- Louis était situé d'abord rue Satory, n^s 47 et 49, à l'angle de la rue des Bourdonnois ; il fut, non sans difficulté, transféré hors de la ville en 1769. Le cimetière de Notre-Dame, placé d'abord rue Sainte-Geneviève, fut transféré en 1777, rue des Mis-

de signatures autographes en achetant chez la beurière des papiers provenant des archives des colonies.

* Le mont-de-piété et la caisse d'épargne sont aussi placés dans une partie de ce bâtiment.

^ Ces livres sont placés au premier étage dans d'élégantes armoires en bois sculpté doré, du temps de Louis XVI et provenant du château. ^ Manuscrits copiés par Philidor, garde de la musique du Roi.

* Egalement manuscrite.

sionnaires. En 1879 on a établi un nouveau cimetière dans le bois des Gonards *.

Le couvent des Ursulines, aujourd'hui le Lycée, fut construit par l'architecte Mique, de 1767 à 1772, sur une partie de l'emplacement du domaine de Glagny, et avec des matériaux provenant du château. La reine Marie-Leczinska avait désiré avoir auprès d'elle un couvent d'Ursulines, dont le fondateur, l'abbé Glément, était le confesseur de Mesdames de France. Marie-Leczinska obtint du Roi la fondation du couvent, et, après la mort de la Reine, Mesdames achevèrent l'édifice. A la Révolution, le couvent servit d'hôpital militaire (1794), puis d'hôpital pour les Invalides logés au château de Versailles (1800) ; enfin, en 1806, le lycée y fut établi.

Uhôtel de M^^ Dularry était situé avenue de Paris, n» 5. Il avait été bâti en 1751 par Binet, premier valet de chambre du Dauphin, chevalier de Saint-Louis et mestre de camp de cavalerie. Un charmant jardin faisait partie de cet hôtel. En 1772, M'^e Dubarry acheta la maison de Binet et fit construire par l'architecte Ledoux le grand corps de logis ; mais la mort de Louis XV et l'exil de la favorite arrivèrent avant l'achevèment de l'hôtel, que M"^^ Dubarry vendit en 1775 au comte de Provence, qui y plaça ses écuries, lesquelles forment aujourd'hui une caserne de cavalerie. L'ancienne maison de Binet est l'hôtel du général commandant la subdivision militaire.

Sous Louis XVI Versailles obtint, en 1787, d'avoir un corps municipal élu pour administrer la ville. C'est le principal fait de l'histoire de Versailles pendant le règne de Louis XVI avant la Révolution. A cette même époque, le Grand et le Petit-Montreuil, qui jusqu'alors n'avaient formé qu'une sorte de faubourg de la ville, y furent réunis.

Le Garde-meiCble de la Couronne fut construit, en 1780, rue des Réservoirs, n^ 11, sur l'emplacement des anciennes pompes qui, au temps de Louis XIV, fournissaient de l'eau aux fontaines du parc. En 1800, la Préfecture y fut installée".

* Il y a un quatrième cimetière, celui de Montreuil ou de Saint-Symphorien.

^ Le Roi, I, 19.

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A l'époque de Louis XVI, il était de mode pour les habitants du palais de ne plus y résider. Reine et princesses y trouvaient la vie si incommode, si gênée par Tétiquette, que toutes avaient leur maison de ville ou de campagne, dans lesquelles elles demeuraient ordinairement, n'allant au château que le soir, pour les réceptions officielles, et aux cérémonies obligées. Marie-Antoinette avait le Petit-Trianon ; Mesdames tantes du Roi, l'Ermitage et Bellevue ; la comtesse de Provence, une maison à l'avenue de Paris ; Madame Elisabeth, une maison à Montreuil.

La maison de la comtesse de Provence, construite en 1780, était située avenue de Paris, n«s 59 et 61 ; on y entrait par la rue de Montreuil. Les jardins, « dessinés dans le genre paysagiste », étaient fort beaux. Il existe encore de cette jolie résidence un pavillon qui a conservé sa décoration primitive *.

C'est aussi à l'avenue de Paris, mais au n» 2, qu'était située la maison de Madame Elisabeth. Elle avait été bâtie en 1776 pour la princesse de Guéménée, gouvernante des Enfants de France. Louis XVI l'acheta en 1781 et la donna à sa sœur, qui s'y installa avec ses deux amies, ;^mes de Bombelles et de Soucy, et U""^ de Mackau, son ancienne gouvernante. Huvé, inspecteur des Bâtiments du Roi, agrandit les jardins, dessinés dans le goût du Petit-Trianon. Il y eut, comme à Trianon, une ferme, une laiterie et des vaches suisses, dont le lait était distribué chaque jour, ainsi que les fruits et les légumes du potager, aux pauvres gens de Montreuil.

En 1794, on établit un hôpital dans l'ancienne maison de Madame Elisabeth ; depuis, elle a été vendue comme propriété nationale et est restée l'une des plus charmantes habitations de Versailles *.

* Le Roi, I, 383.

' Le Roi, 1, 377.

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