CHAPITRE IX
LA CHAPELLE
Nous avons déjà dit* que la première chapelle du château, celle de Louis XIII, occupait, au premier étage, l'emplacement du vestibule de l'escalier de la Reine, et qu'elle fut détruite en 1671, lors de la construction de cet escalier. En attendant l'achèvement de la chapelle qui devait la remplacer, et que l'on élevait sur l'emplacement actuel du vestibuble de la cour de la Chapelle et du salon d'Hercule, on établit une chapelle provisoire qui fut bénite en 1672.
Il était d'usage à la Cour d'avoir deux stations par an, au Carême et à l'Avent, et quelques sermons à la Pentecôte. Les prédicateurs les plus autorisés venaient prêcher au Louvre, au Palais-Royal, à Saint-Germain, quelquefois aux Tuileries ou à Fontainebleau 2. De 1662 à 1669, Bossuet se fit souvent entendre au Louvre et à Saint-Germain, mais il ne prêcha jamais à Versailles, quoi qu'en dise M. Vatout. Nous avons déjà dit que l'historiographe de Louis-Philippe attribuait à Bossuet le Dieu seul est grande mes frères, admirable début de l'oraison funèbre que Massillon prononça, à Paris, à la mort de Louis le Grand en 1715! Ajoutons que Bossuet ne prononça aucune de ses oraisons funèbres à Versailles.
* Torae page 203.
^ L'abbé Hurel, les Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV, 1872, 2 vol. in-8''. — Nous nous sommes beaucoup servi de cet excellent ouvrage, ainsi que de Dangeau, pour la rédaction de ce chapitre.
Les prédicateurs qui montèrent dans la chaire des anciennes chapelles de Versailles furent le P. Bourdaloue, qui prêcha, de 1669 à 1697, six Carêmes et sept Avents à Versailles. Tout le monde sait quel fut l'enthousiasme soulevé par les brillantes improvisations du célèbre Jésuite, dont les sermons forment un vivant tableau des désordres de la Cour. On se figure difficilement qu'un prédicateur ait osé tenir un langage aussi sévère devant le Roi et les courtisans. Il leur reproche, en effet, d'adorer l'idole de la Fortune ; il attaque vertement leur ambition, leur luxe, leur faste, leur manque de conscience, de charité et de religion, leurs débauches qu'ils cherchaient à déguiser en leur donnant le nom de galanteries, leur passion pour le jeu, leur oisiveté amollissante; il les accuse même de ne payer ni leurs créanciers ni leurs gens de service.
Bourdaloue a donc prêché dans l'ancienne chapelle de Louis XIIL
La chapelle provisoire entendit Dom Cosme, général des Feuillants (carême de 4671), le P. Bourdaloue (carême de 1672), l'abbé de Saint-Martin, aumônier du Roi (avent de 1677), M. de Grignan, coadjuteur d'Arles (1678), le P. Bourdaloue (carême de 1680), l'abbé des AUeurs, aumônier du Dauphin (avent de 1680), et, en 1682, l'abbé Fléchier.
La troisième chapelle, celle qui était sous le salon d'Hercule et au vestibule de la cour de la Chapelle, fut bénite devant Leurs Majestés, le 30 avril 1682, par l'archevêque de Paris ^ Elle occupait le salon d'Hercule et le vestibule situé au dessous. A la hauteur du premier étage, il y avait une grande tribune et deux lanternes dorées, en face de l'autel, et une rangée de tribunes à droite et à gauche. L'autel était sur le côté nord ; il était décoré de deux anges en bois peint et doré, qui sont placés aujourd'hui dans l'église de Marly. Cette chapelle est représentée sur deux tableaux du Musée ; le sujet du premier ^ est le mariage du duc de Bourgogne ; le second ^ peint par Antoine Pezey et gravé par Sébastien
* Gazette, 1682, p. 262.
* N° 2095, placé dans la chambre de la Reine. ' N° 164, placé dans la salle n° 9.
LA CHAPELLE
Leclerc *, représente Louis XIV recevant le serment du marquis de Dangeau comme grand maître de l'ordre de Saint- Lazare On retrouve encore cette chapelle sur plusieurs gravures du temps : l'Almanach de 1698 (mariage du duc de Bourgogne), — l'almanach de 1707 (le cardinal Gualterio recevant la barrette), et sur deux petites vignettes de Vlmitation de Jésus-Christ traduite par l'abbé de Ghoisy
L'acte le plus important qui se soit accompli dans cette chapelle est le mariage de Louis XIV avec Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon. «Probablement dans la nuit du 12 juin 1684, sept personnes se réunissaient mystérieusement dans la chapelle de Versailles ; c'étaient, outre Louis le Grand et Françoise d'Aubigné, le Père de la Chaise qui dit la messe, l'archevêque de Paris * qui donna la bénédiction, les marquis de Louvois et de Montchevreuil qui furent les témoins, et le valet de chambre Bontemps qui prépara l'autel et servit la messe »
Cette troisième chapelle vit aussi le mariage du duc de Bourgogne le 7 décembre 1697.
Les prédicateurs qui s'y firent entendre furent : le P. Bour daloue (1684, 1686, 1689, 1691, 1693, 1697), qui prononça, le 46 décembre 1691, son fameux sermon sur l'hypocrisie, « le plus beau sermon du monde », dit Dangeau, dans lequel il prenait à partie Molière et blâmait le Tartufe avec une rigueur non justifiée; — le P. Soanen, de l'Oratoire (1686, 1688, 1695) orateur d'une rare éloquence et d'une sévérité telle, que Louis XIV appelait ses sermons «la trompette du ciel. » C'est lui qui dit un jour aux bâtards du Roi et de M"^^ de Montespan : « Avez-vous jamais pensé que cette origine dont vous vous glorifiez avec tant d'insolence et de hauteur ne fut peutêtre que le fruit de l'intrigue, de l'intérêt et, ce que je n'ose dire, du crime d'une mère infidèle à ses devoirs ; de sorte que les passions les plus honteuses purent contribuer à vous
* La planche est conservée aux Archives nationales.
* Dangeau, 1695, 18 décembre.
' Paris, 1692, in-12.
* Harlay.
^ Lavallée, M^^ de Maintenon et la maison royale de Saînt-Cyr, p. 33, d'après les mémoires des Dames de Saint-Cyr.
donner le jour. » Viennent ensuite : Tabbé Roquette, l'un des originaux du Tartufe, qui dut prêcher le jeudi saint de l'année 1688 et s'excusa ; — le P. Gaillard, jésuite (4688, 4690, 4698, 4699, 4702) ; — l'abbé Denise (4 690) ; — le P. de la Roche, oratorien (4690, 4 692) ; — l'abbé Boileau, qui prononça, le jour de la Cène, en 1694, un sermon sur l'humilité qui obtint les plus grands applaudissements * ; — l'abbé Riquetti (1694) ; — Mascaron (4694) ; — le P. Séraphin, capucin (4696), dont le Roi trouvait les sermons « le plus de son goût de tous ceux qu il avait entendus'; » — l'abbé Brigaut (4 696); — le P. Massillon, de l'Oratoire, le grand orateur de la fin du règne, qui fit son début à la Cour le 4^'" novembre 4 699, avec son sermon sur le Bonheur des Justes, et auquel le Roi dit, à la fin de la station : « Mon Père, quand j'ai entendu les autres prédicateurs, j'en ai été fort content. Pour vous, lorsque je vous entends, je suis très-mécontent de moi-même. » Massillon prêcha aussi en 4701 et en 4704. Le sermon du jour de Pâques de 4704 avait pour sujet les causes ordinaires de nos rechutes, et offrait un sévère tableau des mœurs et des vices de la Cour.
Après Massillon nous avons encore à citer : le P. Maure, de rOratoire,le rival de Massillon (4700 et 4704); — leP.Bonneau, jésuite (4704) ; — Dom Jérôme, feuillant (4702); — le P. Lombard, jésuite (4 703) ; — l'évêque d'Angers, Poncet de la Rivière (4707); - le P. Quinquet, théatin (1708) ; — le P. Pallu, jésuite.
Dès 4698, il est question de la construction d'une nouvelle chapelle. Dangeau nous apprend^ que le Roi veut achever de bâtir la grande chapelle. « On va mettre, dit-il, les ouvriers en besogne ; on change quelque chose au premier dessin qu'on avait fait, et on abattra une partie de ce qu'il y a de bâti. » On lit à ce sujet dans La Martinière :
« Ce monument de la piété de Louis XIV fut d'abord élevé avec des massifs de pierre, pour être entièrement revêtu de marbre jusqu'à la voûte ; on en avoit fait une forte provision ; les colonnes dévoient être pareillement en marbre. Le Roi, au
^ Mercure Galant, 1C94, avril, p. 255.
* Dangeau, 1696, 2 février, 11 mars, 22 avril.
* 1698, 22 décembre.
LA CHAPELLE
mois de mars 1 699, fit réflexion qu'un bâtiment en marbre causeroit une trop grande fraîcheur et une trop grande humidité ; il fit démolir ce qu'on avoit commencé, pour la construire dans l'état où on la voit aujourd'hui. On choisit pour cet effet la pierre de taille la plus blanche et la plus pleine, afin d'en bien traiter toute l'architecture et les ornemens de sculpture dont elle est si magnifiquement ornée. Tout cet ouvrage est du dessin du grand Mansart, alors surintendant des Bâtimens et premier architecte. »
En 1710, elle était achevée. Le Roi, le 25 avril, y faisait chanter un motet pour voir l'effet qu'y ferait la musique * ; le 22 mai, il l'examinait en détail et faisait chanter un nouveau motet. Enfin, le 5 juin, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, bénissait «la chapelle neuve», et le 7 juin, Louis XIV et la duchesse de Bourgogne y faisaient leurs dévotions 2. Le 6 juillet, on y célébrait le mariage du duc de Berry \
Dès le 8 juin, Dangeau écrivait : « La vieille chapelle est présentement renversée ; on n'y a laissé que la tribune, qui sert de passage pour aller à la nouvelle.
La chapelle neuve, commencée par Mansart, qui s'était inspiré certainement de la Sainte-Chapelle de Paris, fut achevée par Robert de Cotte Les connaisseurs admirent l'art et le soin avec lesquels est fait l'appareil des pierres. La longueur de l'édifice est de 39 mètres ; sa largeur, de 20 mètres ; sa hauteur, de 26 mètres. L'extérieur est décoré de statues et de bas-reliefs. Le comble était orné de plombs dorés et surmonté d'une lanterne, détruite en 1765.
A l'intérieur, la décoration est très-riche et d'un goût excellent ; les marbres, les bronzes, les cuivres dorés, encore d'une étonnante fraîcheur, les bas-reliefs et les peintures s'y mêlent sans profusion. Les grandes peintures du plafond sont l'œuvre de Jouvenet, de Noël Coypel et de Delafosse. Le premier a peint, au-dessus de la tribune du Roi, la Descente
' Dangeau.
* Dangeau.
' Gazette.
'* Voir au Cabinet des Estampes [Topographie, Versailles, t. IX), de très-beaux dessins de Robert de Cotte.
du Saint-Esprit ; le second a représenté, au centre, le Père Eternel dans sa gloire, au milieu d'un fond d'architecture peint par Meusnier; le troisième a représenté, au cul-defour, la Résurrection du Christ. Les huit petits plafonds des tribunes à droite ont été peints par Boulogne l'aîné. Les cinq plafonds des tribunes de gauche et les peintures de la chapelle de la Vierge sont l'œuvre de Boulogne le jeune.
Les vitraux, sur lesquels étaient le chiffre de Louis XIV et les armes de France, furent peints par Michu.
Le maître-autel, du plus beau style, est de marbre et de bronze doré ; il est surmonté d'une Gloire céleste, sculptée par Van Glève. Le bas-relief de l'autel, œuvre de G-. Coustou, représente le Christ mort sur les genoux de la Vierge'.
La tribune du Roi est en face du maître-autel, et s'étend dans toute la largeur de la nef. Les parties circulaires des angles supportaient autrefois deux lanternes en bois doré, garnies de glaces, qui servaient d'oratoires au Roi et à M"^« de Maintenon. Le Roi se plaçait dans celle de gauche, et M'"'' de Maintenon dans celle de droite. Le Roi assistait aux offices dans sa tribune, et ne descendait dans le bas de la chapelle que lorsqu'un évêque officiait.
Les portes de la chapelle, chargées de sculptures dorées, sont d'une perfection de travail qu'on ne se lasse pas d'admirer ; les serrures, en cuivre ciselé et doré, sont aussi fort belles ; on remarque surtout celle qui est décorée des armes de France et de la Couronne supportée par deux Amours.
Les prédicateurs qui se firent entendre dans la nouvelle chapelle furent : le P. Quinquet (1711), le P. Canappeville et le P. de la Rue, jésuites (1712), le P. Eon, jésuite (1713), Fabbé Le Prévost (1714), et Févêque d'Angers Poucet de la Rivière, qui prêcha le carême de 1715 et fut le dernier orateur sacré entendu par Louis XIV.
' Trente-sept sculpteurs ont été employés, sous Louis XIV et Louis XV, à exécuter les sculptures décoratives, les bas-reliefs et les statues qui se voient à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice : Adam l'aîné, Adam le cadet. Armand, Barrois, Bertrand, Bouchardon, Bourdict, Cornu, G. Coustou, Dedieu, Defer, Dumont, Flamen, François, Frémin, Garnier, Grettepin, Hurtrel, Ladatte, Lapierre, Le Lorrain, Lemoine, Lepautre, Manière, Olîement, Poirier, Poultier, Raon, Rousseau de Corbeil, M. -A. Slodtz, Théodon, Thierry, Tuby, Van Clève, Vigier, Vinache, Voiriot.
LA CHAPELLE
Parmi les prédicateurs du règne de Louis XV, on cite le P. Boyer, théatin (carême de 1726), le P. Julien (carême de 1737), le P. La Neuville, jésuite (avent de 1737 et carême de 1740), le P. Beauvais, jésuite (avent de 1744), Tabbé Josset, qui le premier avait donné le nom de Bien-Aimé à Louis XV * (1748), l'abbé Poulie (avent de 1750), le P. Grifîet, savant jésuite (carême de 1751) et le P. Dumas (carême de 1752, qui se montrèrent sévères sur les amours du Roi, le P. Laugier (carême de 1754), qui parla surtout de la soumission que les rois devaient aux lois ^ le P. Elisée (1766), qui blâma sévèrement la conduite de Louis XV
Sous Louis XVI, l'abbé Maury prêcha en 1775, en 1781 et en 1785.
Les principaux mariages célébrés à la chapelle depuis la mort de Louis XIV, sont : le premier mariage du Dauphin fils de Louis XV avec la Dauphine d'Espagne, le 23 février 1745* ; le second mariage da Dauphin avec la Dauphine de Saxe, le 9 février 1747; le mariage du Dauphin (Louis XVI) avec Marie-Antoinette, le 16 mai 1770 ; le mariage du comte de Provence, le 14 mai 1771, et le mariage du comte d'Artois, le 13 novembre 1773.
Le 30 novembre 1736, Marie Leczinska recevait dans la chapelle la Rose d'Or, que le Pape Clément XII lui avait donnée. Nous empruntons à la Gazette le récit de cette cérémonie :
Le 30 novembre, jour destiné pour la présentation de la Rose d'Or que le Pape a envoyée à la Reine, S. M. accompagnée de M'^® de Clcrmont, princesse du sang, et des dames de sa Cour, se rendit à midi dans la chapelle du château. L'abbé Lercari, nommé par Sa Sainteté son commissaire apostolique pour apporter à la Reine la Rose d'Or, fut conduit dans la chapelle par le chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs, et il fut placé près de la Reine à la gauche du prie-Dieu. La messe fut dite par le cardinal de Fleury, grand aumônier de la Reine, lequel après la communion descendit de l'autel pour prendre sa chape et sa mitre. Lorsqu'il fut remonté à l'autel, l'abbé Lercari présenta à la Reine
^ LUYNES, IX, 147
^ D'Argenson, VIII, 2GG, 269, 275.
' Baghaumont, 1766, 30 mai.
* Voir la gravure de Gochin (Chalcographie, n** 2978}.
le bref du pape, et S. M. le remit au sieur de Balagny, secrétaire de ses commandemens, qui en fit la lecture à haute voix. La Reine monta ensuite à l'autel, où s'étant mise à genoux, le cardinal de Fleury, debout, récita l'oraison Accipe Rosam, à la fin de laquelle l'abbé Lercari donna au cardinal de Fleury la Rose d'Or, qui pendant la messe avoit été posée sur l'autel du côté de l'Evangile. La Reine reçut la Rose d'Or des mains du cardinal de Fleury, la baisa et la remit à l'abbé de Chevrier, son aumônier en quartier, qui la porta devant S. M. depuis la chapelle jusque dans l'oratoire de la Reine, où elle fut mise. Le cardinal de Fleury et l'abbé Lercari accompagnèrent la Reine au retour de la chapelle. Le Roi, M^^ le Dauphin et Mesdames de France entendirent la même messe dans la tribune et virent la cérémonie.
Le premier évêque qui fut sacré dans cette chapelle est l'évêque de Limoges, Met" d'Argentré (14 janvier 1739) ; le dernier est l'abbé Ardin, aumônier du château nommé évêque d'Oran {\^^ mai 1880). Plusieurs cardinaux y reçurent la barrette, entre autres le cardinal de Bernis (30 novembre 1758).
Le Dauphin, fils de Louis XV, fit construire par Gabriel, dans la chapelle du château, la première chapelle qui ait été consacrée au nouveau culte du sacré cœur de Jésus. Elle ne fut terminée qu'en 1772. On plaça sur le tabernacle un Christ en ivoire de 1™,10, que l'électeur de Saxe avait donné au Dauphin, son gendre. Les beaux bronzes dorés de cette chapelle ont été faits par Dessouches', peut-être sur les modèles des frères Adam.
Le service religieux à la Cour avait pour officiers, en 1712, un grand aumônier de France, un premier aumônier, un maître de l'Oratoire, le confesseur du Roi, huit aumôniers servant par quariier, un chapelain ordinaire, huit chapelains servant par quartier, qui étaient pour dire tous les jours une messe basse devant le Roi, huit clercs de chapelle pour servir la messe du Roi, deux sommiers de chapelle et un sacristain de la chapelle
La musique de la chapelle comprenait : un maître de la chapelle-musique, quatre maîtres de musique servant par quartier, quatre organistes servant aussi par quartier, six
* Comptes des Bâtiments, 1772, 1773.
* Le service de la chapelle se trouve décrit dans tous ses détails, dans un manuscrit le la Bibliothèque de Versailles.
LA CHAPELLE
pages pour la musique, quatre-vingt-dix chantres ecclésiastiques et laïques, dix-neuf musiciens ou symphonistes, deux fourriers pour les voyages, un imprimeur, un noteur, et deux maîtres pour montrer à jouer du luth aux pages.
Avant d'entrer dans quelques détails sur le service religieux à la Cour de Louis XIV, il est curieux de lire le jugement que porte la Palatine sur la religion du Roi : « C'est quelque chose d'inconcevable, dit-elle, comme le grand homme est simple en fait de religion, car, pour le reste, il ne l'est pas. Cela vient de ce qu'il n'a jamais rien appris des choses de la religion, n'a jamais lu la Bible, et croit tout bonnement ce qu'on lui débite à ce sujet. D'ailleurs, quand il avait une maîtresse qui n'était pas dévote, il ne l'était pas non plus. Maintenant qu'il est devenu amoureux d'une femme qui ne parle que de pénitence, il croit tout ce qu'elle lui dit, à tel point que le confesseur et la dame sont souvent en désaccord, car il croit plutôt la dame que le confesseur. Mais il ne veut pas se donner la peine de rechercher par luimême ce que c'est, à proprement parler, que la religion. »
Tous les jours le Roi entendait la messe à la chapelle. « Le Roi nous a dit, écrit Dangeau dans son journal, le 24 novembre 1685, que le Pape lui avoit accordé la permission d'entendre la messe jusqu'à deux heures, et le permet aussi à Monseigneur et à M"^° la Dauphine ; c'est une ancienne tradition que les rois en France ont ce droit-là; cependant S. M. nous a dit qu'elle en avoit voulu avoir la confirmation du Pape, ne sachant pas sur quoi cette tradition-là étoit fondée*. » Quand le Roi prenait médecine, il faisait dire la messe dans sa chambre, et l'entendait de son lit. Lorsque le Roi faisait « son bonjour », c'est-à-dire communiait à l'une des quatre « bonnes fêtes », Pâques, Pentecôte, Toussaint et Noël, il touchait les malades. Le 16 mai 1698, veille de la Pentecôte, il en toucha 3000. Le 28 mai 1689, il fut malade des suites de la cérémonie, et cependant il n'en avait touché que 900 2. ^ Noël, le Roi entendait les trois messes de minuit. Aux quatre bonnes fêtes, on lui chantait une grande messe.
* Dangeau, II, 216 et VIII, 179.
* Dangeau.
Pendant la Semaine sainte, il y avait, le jeudi, la Cène * et Ténèbres ; le Vendredi, sermon de la Passion et Ténèbres ; le samedi, il faisait son bonjour.
Les cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit * avaient lieu régulièrement le jour de l'an, à la Chandeleur et à la Pentecôte. Elles commençaient par une procession des chevaliers en grand costume, dans la cour, puis on tenait le chapitre, et enfin on assistait à une grande messe.
Les processions de la Fête-Dieu et de la petite Fête-Dieu étaient d'une grande magnificence. En 1677^ Bontemps donna l'ordre à Bérain, dessinateur du cabinet du Roi, de préparer tout ce qui regardait la pompe de ces deux grandes journées. Toutes les richesses du cabinet du Roi, les pièces les plus rares et les plus curieuses, entre autres une couronne de 2 pieds de diamètre, ornaient le plus riche reposoir qu'on ait jamais vu. La cour du château, dans laquelle on avait dressé ce reposoir, était décorée des plus belles tapisseries du Roi, que le sieur Goquino, garde des meubles de la Couronne, avait envoyées à Versailles Huit jours après, la cour du château fut ornée de riches tapis de Perse à fond d'or, et de caisses d'orangers.
En 1688 ^, la procession partit de la Paroisse, traversa l'avant-cour et la cour du château, en sortit pour passer devant les Ecuries et revint à la Paroisse. Le Roi suivait la procession tête nue ; il était accompagné de plus de mille pages de la Chambre, de la Grande et de la Petite-Ecurie, des Cent-Suisses, des Gardes du corps, tous portant un flambeau de cire blanche, de toute la Cour, de tous les aumôniers de la Maison, royale, enfin des Pères de la Mission et des
* Voir t. l^^, p. 205.
' Cet ordre avait été créé par Henri III en 1578.
^ Mercure Galant, 1677, V, 66.
Ces tapisseries se composaient : des Actes des Apôtres, de la Psyché et des Grotesques, de Raphaël, — du Grand Scipion, de Jules Romain, — le Fructus lelli, qui était au roi d'Espagne, — le Grand Constantin, de Rubens, — les Douze mois de l'année, qui étaient au duc de Guise, — la Chasse, attribuée à Holbein, en réalité œuvre de Bernard Van Orley, — l'Histoire du Roi, les batailles d'Alexandre, les vues des maisons royales, les Muses, les Saisons et les cinq sens, de Lebrun.
^ Mercure Galant, mai, p. 5.
LA CHAPELLE
Récollets. La procession revenue à la Paroisse, le Roi y entendit une grande messe et revint au château en carrosse.
Après le départ du Roi pour Paris, au 6 octobre 1789, le comte d'Angivilliers, directeur général des Bâtiments, profita de ce que l'on croyait être une absence de la Cour, pour faire regratter l'intérieur de la chapelle et restaurer ses peintures K
Pendant la Révolution, la chapelle, appelée le Temple du palais national^ servit, dans quelques cas, de théâtre aux fêtes nationales, notamment à la fête de l'Agriculture, en l'an IV.
En 1802, on lava les marbres, on fit revivre les dorures, on reposa les grilles du chœur et on recommença à y célébrer le service divin ^. En 1803, les autorités civiles assistèrent à la procession, qui vint à la chapelle ^ En 1815, l'architecte du palais, M. Dufour, restaura la chapelle ; on en fit une nouvelle bénédiction, et on y dit la première messe le 6 septembre Les travaux n'étaient pas complètement achevés cependant. En 1816-1817, les peintures furent restaurées, et, en 1817, Monsieur comte d'Artois félicitait M. Dufour de la restauration de la chapelle et des grands appartements, dont on admirait avec raison la perfection des dorures ^ En 1819, M. Dufour réparait les marbres du pavage ^ et, en 1820, il travaillait encore à la chapelle ^.
Malgré la restauration de M. Dufour, il fallut, en 1874, entreprendre de grands travaux pour assurer la conservation de l'édifice. Lors de la construction de la chapelle, la couverture des bas-côtés avait été faite à l'italienne, c'est-à-dire avec des dalles de pierre. Les gelées et les pluies avaient disjoint ces dalles ; on les avait recouvertes de plomb, mais le mal était fait. L'entablement et les chapiteaux extérieurs, pourris par l'humidité, tombaient en ruine ; les peintures du pla-
* Cicérone.
^ Journal officiel de VEmpire cité dans le Journal de Seine-et-Oise, 1811, p- 1319. — Almanach de Versailles, an X, pages 12 et 28. ^ Journal de Seine-et-Oise, 1803, p. 304.
Journal de Seine-et-Oise.
"* Journal de Seine-et-Oise^ 1817, p. 267. ® Cicérone.
^ Moniteur universel., 1815, p. 1009; 1817, p. 982 ; 1820, p. 530.
foud étaient détériorées par les infiltrations. L'Assemblée nationale vota, en 1874, une somme de 600,000 francs, et la restauration dirigée par M. Questel fut terminée en 4878. M. Glaudius Lavergne a refait les vitraux * ; M. Bocquet, la sculpture d'ornements ; M. Croisy, la statuaire. MM. Maillot frères ont nettoyé et reverni les peintures du plafond; M. Camille Berson a restauré avec beaucoup de goût les plombs du comble, et a mérité, pour ce beau travail artistique, une récompense spéciale que lui a décernée le Congrès des architectes.
* Exécutés par Michu, les vitraux avaient déjà été restaurés par Huvet ou Huvé, eu 1746 {Comptes des Bâtiments), et par les artistes de Sèvres, en 1852.