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L'ELEVATION DE M"»« DU BARRY

Même quand Mme Du Barry, après cinq ans d'intervalle, vient prendre la succession de Mme de Pompadour, le Parcaux-Cerfs restera ouvert jusqu'en 1771.

Si la maison de la rue Saint-Médéric fut vendue à cette époque, dit un historien, c'est sans doute parce que Louis XV était arrivé à un état d'épuisement et d'hébétement tel, que ses continuelles absences d'esprit « faisaient croire qu'il se livrait à la boisson ».

En 1769, il touchait à la soixantaine, lorsque, parle duc de Richelieu4 et par Lebel, il fit connaissance de la comtesse Du Barry. Cette fort jolie créature, d'une perfection de corps

1 Le duc de Groy dit simplement que. dès qu'on l'administra, « cela fit du tort aux marchands, car on s'attendait à un long deuil, et le commerce de Paris en alla fort mal ».

2 De Croy, Mémoires.

3 Le 22 avril 1769.

4 Vie privée du maréchal de Richelieu, t. IL — « M. de Richelieu est le héros de la bassesse à qui la France doit l'élévation indécente et le pouvoir extraordinaire de faire le mal où est parvenue la dame Du Barry : Le

et de visage tout à fait hors de pair, était la fille naturelle d'une femme de rien, Anne Bécu.

Un ouvrage récent et des plus remarquables1 fait justice des légendes malveillantes qui la font traîner dans le ruisseau de Paris'2. Il n'en reste pas moins que, belle et pauvre, Jeanne Bécu était, par sa naissance, sa beauté et sa mauvaise éducation, vouée à la carrière du plaisir. Successivement femme de chambre, demoiselle de boutique, servante dans une maison de jeu; c'est là qu'elle rencontra un aventurier, un certain Jean Du Barry, petit gentilhomme toulousain, vicieux, ruiné, vivant du jeu et des femmes qu'il procure aux puissants, aux gens du grand monde, à beaux deniers. Elle s'appela chez lui Jeanne Vaubernier et fit les honneurs de son salon de jeu, rue de la Jussienne.

Un tel homme devait nécessairement connaître le roi des roués, Richelieu.

Celui-ci, qui rêvait de remplacer Choiseul par l'influence d'une femme auprès du monarque, lui ayant dit un jour, dans un souper, qu'il regrettait que le Roi n'eût pour maîtresses que des filles du Parc-aux-Cerfs, et qu'il serait désireux de lui voir une maîtresse déclarée, Du Barry prit le duc au mot, insista et obtint enfin cette réponse : « Eh bien, va voir Lebel ; peut-être, par ce moyen, ta favorite obtiendra-t-elle pour un jour les honneurs du Louvre. »

Du Barry, qui ne voulait que de l'argent, suivit aussitôt ce conseil. Présentée au Roi sous le nom de iM119 Lange, qu'elle portail depuis quelque temps, elle lui plut extrêmement et voulut l'envoyer au l'arc-aux-Cerfs, mais le rusé Du Barry fit comprendre à sa protégée que si elle y allait, elle serait vite oubliée dans la foule de celles qui habitaient ce séjour; il lui persuada d'épouser sur-le-champ son frère, qui devait aussitôt après se retirer en province3.

Cette jeune personne, dont tous les contemporains s'accordent à louer l'incomparable beauté4, n'est pas non plus

malheureux caractère du Roi n'aurait pas eu la force qui longtemps fera gémir le royaume, s'il n'avait été soutenu et ménagé par le vice lui-même, persounilié dans M. de Richelieu. (Choiseul, Mémoires, 1904.)

1 Madame Du Barri/, d'après les documents authentiques, par Claude Saint-André (Emile-Paul, éditeur).

2 Vatel, dans son consciencieux ouvrage, avait déjà fait justice de ces légendes calomnieuses.

3 Dutems, Mémoires d'un voyageur qui se repose, II.

'• « Elle est grande, dit le prince de Ligne, bien faite, blonde à ravir,

une sotte, « la caillette » sans manières et sans esprit que les femmes de la Cour, surtout le parti Choiseul, s'empressent à l'envi de ridiculiser, ne lui reconnaissant que de l'effronterie. Elle est intelligente et assez cultivée. « Elle s'était affinée à voir chaque jour, et pendant des années, ces gentilshommes, ces gens de lettres, ces académiciens de belle humeur qui fréquentaient chez Du Barry1. » Et elle était prête à jsuer le rôle auquel l'appelait un puissant protecteur comme Richelieu.

Par son mariage avec Guillaume Du Barry, le frère de Jean, Jeanne Bécu devenait une femme de qualité, autour de laquelle un parti pouvait à la Cour se constituer et gouverner. Pour en arriver là, on ne recula pas devant une série de faux en écritures publiques : on changea l'état civil de Jeanne Bécu, fille naturelle; l'aumônier du Roi, Gomard de Vaubernier, y prêta la main. On produisit un faux acte de baptême, duquel il résultait que la future comtesse était née le 17 août 17 46 (ce qui la rajeunissait de trois ans); qu'elle était ii lie de J.-J. Gomard de Vaubernier, le frère de l'aumônier, mort depuis longtemps. Dans cette transformation, Anne Bécu, l'ancienne cuisinière, devenait marquise. Le mariage eut lieu le 1er septembre 1768, et Du Barry repartit immédiatement pour Toulouse, conformément à un contrat stipulant à chaque article la nullité du mari, qui devait rester absolument séparé de sa femme2.

En attendant la présentation3, qui était une formalité nécessaire pour que la favorite pût monter dans les carrosses du Roi, manger avec lui en public, le voir chez le Dauphin et chez Madame, avoir place aux cérémonies,

front dégagé, beaux yeux, sourcils à l'avenant, visage ovale avec de petits signes sur les joues pour le rendre piquant comme pas d'autres, nez aquilin, bouche au rire leste, peau fine, poitrine à contrarier la mode. en conseillant à beaucoup de gorges de se mettre à l'abri d'une comparaison. »

1 De Nolhac, Marie-Antoinette Dauphine.

2 Le scandaleux procès que se firent, de 182a à 1833, les Bécu et les Gomard, pour savoir à qui appartiendraient les épaves de la succession de la comtesse, a dévoilé tous les faits de cette histoire.

3 Par une décision du 17 avril 1760, Louis XV avait réglé les conditions dans lesquelles la faveur de la présentation pouvait être demandée. (Voir De Nûlhac, Marie-Antoinette Dauphine.)

Mme Du Barry fut logée à Versailles, dans l'appartement de Lebel, et y fut la maîtresse très secrète de Louis XV, qui évitait, portant le grand deuil de la Reine, d'afficher ses plaisirs.

Cette question de la future présentation passionna la Cour, où deux partis s'étaient formés. Le parti Choiseul, ayant à sa tête Mme de Gramont, sa sœur, qui s'était mise sur les rangs sans succès pour la succession de Mme de Pompadour, se montra tout à fait hostile. Mme de Gramont « mita braver le Roi et sa maîtresse une arrogance impérieuse et bruyante que ne semblait pas autoriser sa vertu depuis longtemps compromise ». Mmft de Beauvau se montra aussi acharnée. Au fond, on en voulait beaucoup moins à la personne qu'à la place qu'elle allait occuper.

Ce fut avant tout une question politique. Aux. yeux de l'opinion, Choiseul n'avait en vue que la dignité de la Couronne. Dans le parti dévot, ami des jésuites que le ministre venait de chasser, la nouvelle favorite était, par une étrange complaisance, regardée comme un sauveur, comme une nouvelle Esther qui allait à son tour chasser Aman et tirer le peuple de l'oppression1.

Celui-ci triompha. Toutefois, on eut beaucoup de peine à trouver une femme de qualité pour présenter Mme Du Barry. La baronne de Montmorency s'étant montrée trop exigeante, on la remplaça par une comtesse de Béarn-, joueuse acharnée et déchue de son rang, comme Mme de Montmorency du sien. Elle se fit payer cher. On lui donna 100,000 livres comptant, on lui fit gagner un procès de 100,000 écus, qui durait depuis plus d'un siècle, et son fils fut admis dans les carrosses du Roi et aux soupers des petits Cabinets.

Le 2-2 avril 1769, la présentation3 eut lieu, comme d'habitude, dans le cabinet du Roi, le soir, après l'office.

1 Journal de Hardy. — Correspondance du comte de Mercy-Argenteau, t. I (mai 1773), rapportant une conversation de Madame Adélaïde.

- G. Maugras, Le Duc de Lauzun et la Cour intime de Louis XV, t. I.

3 a Le cérémonial des présentations était ainsi réglé : La veille, la présentée allait à Versailles, avec sa marraine, faire visite aux honneur*. c'est-à-dire à la dame d'honneur et à la dame d'atours de la Reine et de Mesdames. Le jour de la présentation, on était eu grand habit de Cour; on portait un énorme panier, une queue qu'on appelait bas de robe, et

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Richelieu, remplissant sa charge de premier gentilhomme, était auprès du Roi. Choiseul était de l'autre côté. Tous deux attendaient, comptaient les minutes, s'observaient, guettaient le bruit, épiaient In Roi. Le Roi, mal à Taise, inquiet, ngité. regardait à tout moment sa montre et s'étonnait d'attendre. Il allait et venait, marmottait des paroles qu'il ne finissait pas, s'impatientait du bruit qu'il entendait aux grilles et aux avenues, et dont il demandait la cause à Choiseul. « Sire, répondait Choiseul avec sa finesse sarcastique, le peuple, informé que c'est aujourd'hui que Mma Du Barry doit avoir l'honneur d'être présentée à Votre Majesté, est accouru de toutes parts pour être témoin de son entrée, ne pouvaut l'être de l'accueil que Votre Majesté lui fera. »

L'heure est depuis longtemps passée. Mmo Du Barry ne paraît pas. Choiseul et ses amis rayonnent de joie. Richelieu, dans un coin de fenêtre, sent l'assurance lui manquer. Le Roi va vers la fenêtre, regarde dans la nuit : rien. Enfin, il se décide, et il ouvre la bouche pour contremander la présentation. « Sire, voilà Mme Du Barry, s'écrie Richelieu, qui vient de reconnaître la voiture et la livrée de la favorite; elle entrera si vous en donnez l'ordre. » Et, sur ces mots, Mme Du Barry paraît derrière la comtesse de Béarn. Elle entre, parée des cent mille'francs de diamants que le Roi lui a envoyés la veille, parée de cette coiffure superbe dont le long échafaudage lui a fait manquer l'heure de la présentation, parée d'un de ces habits triomphants que les femmes du xvin" siècle appelaient « un habit de combat », armée de cette toilette où les yeux d'une aveugle, l'intuition de Mmedu Défiant, voit le destin de l'Europe et le sort des ministres. Et c'est une apparition si rayonnante, si éblouissante, qu'au premier moment de surprise les plus grands ennemis de la favorite ne peuvent échapper au charme de ia femme et renoncent à calomnier sa beauté.

Dès 1769, Mm- Du Barry fut installée à l'appartement des maîtresses, situé au-dessus des appartements particuliers du Roi1. Cet appartement se composait de quatre pièces

pouvait se détacher, afin qu'on pût l'ôter quand on rentrait chez soi. Elle était assez étroite et d'une longueur démesurée. La présentée faisait une révérence à la porte, une secoude un peu plus loin, et la troisième près de la Reine, dont elle prenait le bas de la jupe pour le baiser; la Reine l'en empêchait, disait quelques mots obligeants et faisait une révérence, ce qui signifiait qu'il fallait se retirer; on s'en allait à reculons, en faisant encore trois révérences et en poussant sa queue comme on pouvait. Le soir, on assistait au jeu de ia Reine. » (j. Maugras.t. I.

1 En 1770, pendant un séjour de la Cour à Compiègne, Gabriel le restaura. L'appropriation ne se termiua qu'en 1772. La partie de la bibliothèque de Madame Adélaïde située au-dessus de son salon v132/ fut réunie à l'appartement de Mme Du Barry.

éclairées sur la cour de Marbre : la chambre à coucher, ungrand cabinet, un salon et une bibliothèque1, et de quatreaulres pièces éclairées sur les cours intérieures : une grandepièce servant de lingerie et de garde-robe, la salle à manger, une antichambre et un cabinet de bains.

La chambre à coucher, le grand cabinet et le salon sont les plus jolies pièces; leurs élégantes boiseries sculptées et dorées sont intactes. La décoration est surtout riche dans les arrière-voussures et les ébrasements des fenêtres, qui forment en quelque sorte de charmants petits cabinets. Les deux L composant le chiffre du Roi s'y rencontrent avec les torches de l'Amour; c'est bien l'ornementation qui convient à l'appartement d'une maîtresse, et la date certaine de toute la décoration de cet appartement remonte à Mme de Pompadour.

Partout, les cheminées sont en très beau marbre et élégamment sculptées. La bibliothèque est intacte et conserve encore ses armoiries2.

C'est dans ce somptueux appartement que Mme Du Barry recevait les courtisans et les ambassadeurs qui venaient à sa toilette. C'est là qu'elle donnait à souper au Roi, aux grands de sa Cour, aux ministres, aux ambassadeurs, même au nonce. Elle mettait au bas de l'invitation : « Le Roi m'honorera de sa présence. »

Si le Roi soupait quelquefois chez Mme Du Barry, la comtesse soupait encore plus souvent chez Louis XV. Elle était toujours des soupers qui suivaient les chasses, les soupers des cabinets. A ces repas, en présence d'une trentaine de courtisans et d'une vingtaine de personnes choisies parmi celles qui

1 Ces pièces, dans l'ordre de leur énumération, étaieut situées audessus de la chambre à coucher de Louis XV 126 , du cabinet des Pendules (127), du cabinet du Roi (130). La bibliothèque était la partie de celle que Madame Adélaïde avait au-dessus de son salon et qu'elle céda.

2 Ce témoignage, porté par Dussieux, est encore exact aujourd'hui. — Mmc Du Barry avait aussi un hôtel à Versailles, avenue de Paris, 5, construit par Ledoux. en 1772, avec jardin (7, Ibis). Elle avait encore un hôtel à Paris, rue de la Jussienne, démoli en 1880. En plus, Louis XV dut entretenir sa famille, une belle-sœur, un beau-frère, un neveu, et supporter jusqu'en 1773 le Jean Du Barry, le roué, l'ancien amant.

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fréquentaient la Cour et les chasses, le Roi jouait au piquetr toujours avec Mme Du Barry, le plus souvent contre la maréchale de Mirepoix et le prince de Soubise, et quelquefois contre le marquis de Chauvelin.

Louis XV se plaisait aussi à souper joyeusement et sans gêne au pavillon de Louveciennes, qu'il avait donné en 1769 à sa favorite. Il y avait au-dessus de la salle une tribune pour lesmusiciens et pour les chanteurs qui se faisaient entendre pendant les repas1. « Tout était dans ce salon de l'art le plus raffiné et du travail le plus précieux, jusqu'aux serrures qui pouvaient être admirées comme des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie., et les meubles étaient d'une richesse, d'une élégance au-dessus de toute description2. »

Après cette digression, reprenons le fil des événements. L'élévation de Mme Du Barry eut pour effet d'isoler le Roi dans sa Cour. Mmes de Beauvau, de Choiseul et de Gramont déclinèrent l'invitation des petits soupers, se bornant à paraître en public. Ce ne fut pas sans peine qu'il put former une société à la favorite : ainsi, au début, il lui fallut acheter, moyennant 100,000 livres par an, la maréchale duchesse de Mirepoix, pour servir de soupeuse à sa maîtresse. Mais la bouderie ne devait pas tenir contre les honneurs et les profits. Peu après, Mmcs de Valentinois, de l'Hôpital, de Montmorency, de Flavacourt et d'Aiguillon suivirent l'exemple de Mme de Mirepoix; les ducs de Richelieu et d'Aiguillon, le prince de la Marche et le prince de Conti entraînèrent plusieurs seigneurs de leur suite. Néanmoins, beaucoup de gens de la Cour pensaient ce qu'écrivait plus tard la comtesse de Boufflers au roi de Suède, Gustave III, que ce fut l'injure la plus insigne et la moins excusable faite par Louis XV à « une nation délicate sur l'honneur » et à « une noblesse naturellement fière », non content du scandale qu'il avait donné par ses maîtresses et par

1 Voir au Louvre, musée des dessins, n° 1196, un charmant dessin de Moreau le jeune, représentant un diuer offert par MmeDu Barry a Louis XV à Louveciennes (Fêle donnée à Louveciennes, le 27 décembre 1771).

2 Mmc Vigée-Lebrun, de qui nous rapportons ces paroles, fit le portrait de Mme Du Barry à Louveciennes, en 1786.

Au sujet du luxe des appartements de Mme Du Barry à Versailles, mentionnons l'intéressante brochure de M. Le Roi.

son sérail à l'âge de soixante ans, d'avoir tiré « de la classe la plus vile, de l'état le plus infâme, une créature, la pire de son espèce, pour l'établir à la Cour, l'admettre à table avec sa famille, la rendre la maîtresse absolue des grâces, des honneurs, des récompenses, de la politique et des lois1 ».

En cette année 1770, la plus jeune fille de Louis XV. Madame Louise, se décida à entrer au Carmel. Quand on regarde, à Versailles, l'admirable portrait que Nattier fit d'elle, lorsqu'elle était encore à Fontevrault, on est frappé de cet air sérieux et pensif qui avait tant plu à la bonne Marie Leczinska. Des quatre filles qui restaient au Roi, elle était la plus intelligente et la plus mondaine. Elle aimait le luxe et le plaisir, et tout à coup, à la stupéfaction générale, «lie quittait le monde pour le couvent !

M. de Beaumont, archevêque do Paris, était depuis longtemps le seul dépositaire du secret de la vocation de Madame Louise ; elle le chargea, le 30 juin 1770, de l'annoncer au Roi, son père, aDu d'obtenir son consentement pour son entrée en religion. Quelle fut la surprise du plus sensible des pères, à la nouvelle de cette résolution d'une tille qui lui était si chère ! Il recula de quelques pas, et dit au vertueux prélat, de ce ton qui déchire l'âme : « Et c'est vous, Monsieur l'Archevêque, qui m'apportez une pareille nouvelle?» M. de Beaumont, interdit, demeura sans réponse ; et on assure qu'il a avoué depuis que, s'il avait pu prévoir toute la peine que cette nouvelle causa au Roi, jamais il ne se serait chargé d'une telle commission. Le Roi était appuyé sur le dos de son fauteuil, la tête dans ses deux mains, et il ne lui échappait que ces deux mots, dictés par le sentiment : « C'est cruel... c'est cruel! » Enfin, ce religieux monarque sacrifie toute sa tendresse à sa religion. « Si Dieu la demande, dit-il, je ne puis pas la lui refuser »; puis, se tournant vers M. de Beaumont : « Je répondrai dans quinze jours2. »

1 Lettre publiée par M. Getfroy. — Il y eut trois femmes du nom de Boufllers, très en vogue toutes les trois, dans le même temps : la duchesse, qui fut la maréchale duchesse de Luxembourg : la marquise, mère du spirituel chevalier de Boufflers, la vieille amie du bon roi Stanislas à la petite Cour de Lunéville, et la comtesse, femme « supérieure en figure, en agréments, en esprit et en raison », qui fut l'amie du prince de Conti, de Hume, de Jean-Jacques et du roi de Suède, Gustave III. — Mme du Deffand, dans sa Correspondance, la désigne sous le nom de l'Idole, c'est-à-dire l'idole du Temple, le prince de Conti ayant dans sa juridiction le Temple, en qualité de grand prieur.

2 Histoire de la vie édifiante de Madame Louise-Marie de France, tante du Roi, etc., 1788. — Extrait cité par Dussicux, t. I.

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Louis XV accorda la permission, et. le 11 août, Madame Louise entrait aux Carmélites de Saint-Denis : après le postulat, sous le nom de sœur Thérèse de Saint-Augustin, elle prit le voile le 1er octobre de Tannée suivante. Le Roi la visita quelque temps après. Saisi à l'aspect du vêtement de sa fille, il lui dit avec tendresse et douleur : « Vous avez donc renoncé à tous vos titres, à tous vos droits? — Non. mon père, puisque je conserve encore le titre de votre fille et tous mes droits sur votre âme. »

Ces derniers mots étaient l'explication de son acte. C'était. comme l'a bien dit un historien contemporain « la réponse de la conscience chrétienne aux complaisances et aux espérances lâches du parti dévot, qui venait, à force d'intrigues, d'imposer à la Cour et à la France la Du Barry1 ».

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