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LES CÉRÉMONIES DL" SACRE — LES FÊTES

La tranquillité revenue, le Gouvernement put faire procéder à la cérémonie du sacre, qui eut lieu à Reims, le 11 juin, et qui coûta des sommes énormes. Durant ces fêtes, la route de Reims sembla aussi fréquentée que la rue Saint-Honoré. D'immenses préparatifs sont faits pour l'entrée du Roi, l'ornement de la basilique, l'aménagement des logements de la Cour.

Les fêtes commencent le 9 juin. Les gardes -françaises s'échelonnent de la cathédrale à la porte de la ville, où s'élève le premier arc de triomphe; les représentants de la cité, en manteau noir et rabat, vont au-devant du carrosse royal, à une demi-lieue des murs. Le Roi fait son entrée dans la ville toute pavoisée, au bruit des salves d'artillerie et du carillon des cloches, précédé d'un détachement de mousquetaires, des gendarmes de la garde, des pages de la Grande et de la Petite-Ecurie.

Après avoir été reçu pompeusement à la cathédrale par les évêques de la province, réunis autour du grand aumônier de France, et écouté le Te Deum, le Roi se retire au palais archiépiscopal, qui sera sa résidence pendant son séjour.

Le Roi et la Reine (celle-ci dans une salle voisine; écoutent les compliments et les harangues du Chapitre, du Corps de ville, de l'Université, du Présidial, des officiers de l'Election, et y répondent.

Le 11 juin, dimanche de la Trinité, est le grand jour du sacre et du couronnement. Dès six heures, l'église magnifiquement ornée est pleine : le public y est venu « dès quatre heures- ».

1 F. Rocquain, L'Esprit révolutionnaire avant la Révolution, 1. IX. - Duc de Croy, Mémoires.

La Cour prend place dans les tribunes. La Reine et les princesses sont assises en face des ambassadeurs. A sept heures, les trompettes annoncent l'arrivée du Roi et de son cortège. Dans sa longue robe de toile d'argent, il marche entre les deux évèques de Laon et de Beauvais, qui sont allés, suivant un très antique cérémonial, l'éveiller dans la chambre de parade de l'archevêché. Cette entrée est pleine de noblesse.

Mais voici « les douze pairs de Charlemagne » qui vont, •avec l'archevêque, au-devant du souverain, précédés du connétable de France, que représente le vieux maréchal de Clermont-Tonnerre, tenant, la pointe en haut, l'épée royale. Les six pairs ecclésiastiques ne portent que leur vêtement pontifical, mais les six pairs laïques ont un splendide costume : veste d'étoffe d'or et manteau ducal de drap violet, bordé et doublé d'hermine, et la couronne d'or sur la tête.

Les deux frères du Roi représentent les deux premiers ducs, celui de Bourgogne et celui de Normandie, et les quatre princes du sang (Orléans, Chartres, Condé et Bourbon) les quatre autres.

« La tribune de la Reine, celle des ambassadeurs, les entre-colonnements garnis de dames couvertes de diamants faisaient un effet prodigieux. L'archevêque donna ensuite l'eau bénite et entonna le Veni Creator, pendant quoi la Sainte-Ampoule arriva entre les mains du prieur de Saint- Remv, monté sur un cheval blanc, marchant sous un dais porté par MM. de la Rochefoucauld, de Talleyrand, de Rochechouart et de la Roche-Aymon, qui étaient les quatre barons de la Sainte-Ampoule. Le clergé va recevoir le précieux vase, et les porteurs restent en otage jusqu'à ce qu'on l'ait rendu1. »

En ce moment de la cérémonie, on put voir une nouvelle preuve des passions qui s'agitaient autour de la royauté. Sous prétexte d'éviter au Roi la fatigue de trop nombreuses formalités, le clergé prit sur lui de supprimer la partie du cérémonial où, selon l'usage, on semblait demander au peuple son consentement à l'élection du Roi. Mais on maintint l'antique serment par lequel le monarque s'engageait à

1 Duc de Ci'oy. Mémoires.

exterminer les hérétiques, serment que Turgot ne put faire supprimer par Louis XVI, à cause de l'opposition de Maurepas ' .

Ensuite, la cérémonie continue : après les diverses onctions et la remise du long sceptre d'argent et de la main de justice, le sacre est accompli et le couronnement commence; alors entrent en scène le garde des Sceaux, de France, faisant fonctions de chancelier2, et les douze pairs qui se rangent autour de leur égal de la veille, leur maître d'aujourd'hui. L'archevêque prend sur l'autel la grande couronne de Charlemagne, il la soutient seul à deux mains sur la tète du Roi, -ans le toucher, et, après quelques paroles et des prières, la met sur la tète du Roi. « Un moment avant, les pairs laïques et ecclésiastiques avaient porté tous la main sur la couronne pour la soutenir à un doigt de la tète du souverain. Ce moment causa la plus grande sensation 3. »

On passa ensuite à l'intronisation; l'archevêque prit le Roi par le hras droit et le mena sur le trône élevé sur la décoration du jubé, d"où il pouvait être vu de partout.

On jeta des médailles au peuple, les troupes firent trois salves autour de l'église; les cris, les trompettes, les claquements de mains remplissaient l'air, et les pairs vinrent se placer sur les marches du trùne. Ils répétèrent le cri de l'archevêque, qui. après avoir baisé le Roi, dit trois fois : Vivat R<>x in œlernum ! Les applaudissements des assistants couvrirent leurs voix.

Les portes avaient été ouvertes et la foule enthousiaste avait rempli la nef de ses cris d'allégresse. Alors l'archevêque commença la messe et, malgré son extrême vieillesse, put aller jusqu'au bout de cette éclatante cérémonie. Après l'office, le Roi descendit en grand appareil et, débarrassé de ses ornements, reçut la communion.

Louis XVI avait fait preuve tout le temps de a beaucoup

1 II parait qu'au moment de prononcer son serment, Louis XVI, pensant à Turgot, se troubla et murmura des mots inintelligibles. Cepen- (liint, le duc de Croy. qui assistait à la cérémouie, et dont la connce et l'exactitude sont bien counues, dit que le Roi lut m haut et ferme » le serment en latin.

- M. de Miromesnil.

3 Duc de Croy, Mémoires.

l'histoire. — LOUIS XVI. 483

de résignation et d'attention respectueuse. Monsieur fut très décent; ainsi que le duc d'Orléans », mais il n'en fut pas de même du comte d'Artois et des autres princes du sang, jeunes libertins » qui choquèrent la décence du duc de Croy, qui put se rendre compte combien le jeune frère du Roi « avait déjà secoué les principes et voulait copier le dur de Chartres » (le Régent).

Cette même année se célébrèrent les fêtes du mariage de Madame Clotilde, qui eut lieu par procuration, le comte de Viry, ambassadeur du roi de Sardaigne, étant venu demander solennellement sa main pour le jeune prince de Piémont, Charles-Emmanuel1. A l'escalier de Marbre l'attendait le marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies. A travers la haie des Cent-Suisses, il se rendit an cabinet du Roi et fut conduit de là à l'audience publique de la Reine, puis à celle de Monsieur, de Madame et de Mgr le comte d'Artois. Après s'être rendu chez Madame Clotilde pour remettre à la princesse les cadeaux du prince de Piémont, il alla saluer Madame Elisabeth et Mesdames.

Huit jours après 1G août), eut lieu la cérémonie des fiançailles. Monsieur était chargé de représenter le fiancé, déjà son beau-frère. Pendant qu'ils étaient réunis chez le Roi, la Reine arriva par la galerie des Glaces, précédée par le comte de Tavannes, son chevalier d'honneur, et le comte de Tessé, son premier écuyer. « Madame Clotilde suivait, donnant la main au comte d'Artois, et la jeune Madame Elisabeth portait la queue de sa mante de gaze d'or; la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et la princesse de Guéménée, gouvernante en survivance, accompagnaient les deux sœurs. Venaient ensuite Madame, comtesse de Provence, et Mesdames tantes, avec leurs dames, leurs chevaliers d'honneur et leurs écuyers, la maréchale de Mouchy, dame d'honneur de la Reine, et la princesse de Ghimay, dame d'atours. Tout ce cortège entra dans le cabinet et prit place2. » Puis les formalités s'accomplirent; après les signa-

1 II devait être roi de Sardaiyne en 1796, sous le nom de Charles- Emmanuel II.

2 De >Tolhac, La Reine Marie-Antoinette, t. II.

tures, le cardinal de la Roche-Aymon, grand aumônier, célébra les fiançailles.

Le 21, le mariage fut célébré à la chapelle du Château. Le soir même, à la Grande-Galerie, où il y avait appartement et où Leurs Majestés tenaient jeu, Marie- Antoinette perdit 500 louis au lansquenet.

Le lendemain, un bal paré fut donné dans la salle de l'Opéra, où la beauté de la Reine excita l'admiration générale1.

Le 23, l'ambassadeur offrit à Paris des fêtes magnifiques. Au bal masqué, « aux salles du nouveau boulevard, près de la barrière de Vaugirard », il y eut 2G,000 personnes, et la Reine, en domino, y eut une conversation avec l'ambassadeur de Naples, qui « ne se douta pas que c'était la Reine qui lui faisait l'honneur de lui parler». Cette aventure bien innocente alimenta un moment la chronique malveillante, à l'affût des moindres écarts de Marie-Antoinette.

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