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LES DERNIÈRES ANNÉES DU SÉJOUR DE LA COUR

.\ bout de ressources et d'expédients, Calonne en fut réduit à proposer au Roi des réformes qui lui firent dire : « Mais

ruban de même couleur (on les appela Cardinal sur paille). On vendait des tabatières au Cardinal blanchi (d'ivoire avec un tout petit point noir au milieu).

1 Mmc Campan.

- Mais le triomphe fut court. Le Roi lui enleva la grande aumônerie, le dépouilla de ses charges et pensions, et l'exila à la Chaise-Dieu.

l'histoire. — LOUIS XVI. oOT

c'est du Necker tout pur que vous nous donnez là. — Sire, répondit-il, dans l'état des choses, on ne peut rien vous donner de mieux;. » Il s'agissait de faire ratifier, non par le Parlement hostile, mais par une assemblée de cent quarantequatre personnes des plus considérables du clergé, de la noblesse et de la magistrature, la création d'assemblées provinciales chargées de répartir l'impôt, d'étendre l'impôt foncier à toutes les terres du royaume, de diminuer les taille- ri les gabelles, de supprimer la corvée et les douanes intérieures, etc.. C'était presque du Turgot!

Les notables furent divisés en bureaux, présidés par des princes de la famille royale ou des princes du sang. Celui que présidait le comte d'Artois décida à la presque unanimité de demander au Roi que le nombre des députés du tiers étal égalât celui des autres ordres réunis. En réalité, cette assemblée n'inspirait de confiance à personne. Ouverte le 22 février 17S7, à Versailles, à l'hôtel des Menus1, Calonne se heurta presque aussitôt au mauvais vouloir de ses membres, qui ne voulaient pas abdiquer leurs privilèges.

11 fut exilé et remplacé le 1er mai par l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne. Le choix n'était pas heureux. Comme il fallait à tout prix de l'argent, le Roi vint à Paris. pour faire enregistrer par le Parlement deux édits relatifs à un emprunt. On promettait en même temps la convocation des Etats généraux en 1792 et l'état civil aux protestant-. Le duc d'Orléans, qui avait protesté contre l'illégalité de la mesure, fut exilé à. Villers-Cotterets. Le peuple, assemblé autour du Palais, lui fit une ovation à la sortie. Dès que son exil fut connu, une manifestation eut lieu au Palais-Royal et dans les rues de Paris. On criait partout : « Vive Monsieur le duc d'Orléans! »

Les parlements suivirent le mouvement et demandèrent, comme l'opinion presque tout entière, la convocation des

1 Construit en 1750, l'hôtel des Menus-Plaisirs comprenait des ateliers et des magasins destinés à renfermer le matériel nécessaire aux grandet menus plaisirs du Roi (cors et armes de chasse, paumes, raquettes, échelles de gymnastique, etc.). On y avait établi, en 1754, un cabinet de physique pour les Enfants de France. Une vaste salle avait été construite, entre le bâtiment et la rue des Chantiers, pour la réunion des notables. Elle devait servir à l'ouverture des Etats Généraux vo mai 1789).

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Etats généraux. Le Gouvernement dut céder devant la pression publique et annoncer cette convocation pour mai 1789. En même temps, comme la situation financière devenait de plus en plus mauvaise, Brienne imposa des réformes et des économies dans la Maison royale, dans le service, dans les charges et les pensions, qui furent considérablement réduites.

Cela ne faisait pas l'affaire des courtisans, qui se fâchèrent ' . «. Il est affreux, disait Besenval. de vivre dans un pays où l'on n'est pas sûr de posséder le lendemain ce qu'on avait la veille. Cela ne se voit qu'en Turquie. »

La malheureuse Reine fut rendue responsable de ces changements. C'est à ses prodigalités despotiques qu'on devait cette situation nouvelle, et les cabales s'agitèrent. D immondes pamphlets furent distribués et affichés partout. « Tout est honteusement travesti. •> Marie-Antoinette protège quelques étrangers; aussitôt on lui donne pour amants lord Strathavon2, lord Fitz-Gérard, le duc de Dorset, Fersen3, Stedingk, Esterhazy, Arthur Dillon, etc..

Et ces calomnies partaient de l'entourage immédiat de la Reine et étaient lancées par sa propre famille : le comte de Provence, irrité de voir le trône lui échapper; le comte d'Artois, brouillé depuis quelque temps avec Marie-Antoinette qu'il a compromise; Madame Adélaïde, dont la méchanceté accueille avec plaisir pamphlets, sottises, récits équivoques sur sa nièce qu'elle déteste !

Puis vient la tourbe des courtisans qu'elle a comblés et qui ne peuvent lui pardonner d'être réduits à la portion congrue.

1 Ainsi les Noaiiles. qui touchaient 1,SOÛ,000 livres de pension, les voyaient réduites à un million.

2 « Dans ces salons hostiles, on parle avec malignité des écossaises que la Reine aime à danser chez la comtesse avec le jeune lord Strathavon. Un compose à ce sujet des couplets odieux qui, après avoir l'ait sourire a la Cour, vont faire crier dans Paris. >- ^Voir De Xolhac, Lu Renie Marie-Antoinette, ch. III.)

3 Sans doute, la Reine eut du penchant pour le beau Suédois, le comte Axel de Fersen, mais celui qu'elle avait distingué ne s'écarta jamais de la réserve et du respect qu'il devait à une reine. En 1180, il partait pour l'Amérique avec les gentilshommes français qui allaient au secours des insurgent-;.

Enfin, les ennemis déclarés, le duc d*Oiiéans en tète, les Rohan, les d'Aiguillon, les Marsan, les Guéménée, continuent à soulever l'opinion contre cette malheureuse femme, dont le tort a été d'être imprudente, légère, capricieuse.

« Ce n'est donc pas le peuple, et la constatation vaut la peine d'être faite, qui le premier a attaqué la Reine. Ensuite, il est vrai, il a ramassé dans la boue toutes ces perfidies, toutes ces ordures; mais il n'en était pas l'auteur, et il était presque en droit de croire à leur authenticité, puisqu'elles venaient de la Cour même.

« C'est dans les méchancetés et les mensonges répandus, de 1785 à 1788, par la Cour contre la Reine, dit le comte de La Marck, qu'il fautaller chercher le prétexte des accusations du Tribunal révolutionnaire contre Marie-Antoinette1. »

En 1787. à une représentation d'Athalie à laquelle elle •assistait, elle est sifflée en entrant, et un public délirant applaudit rette phrase de Joad :

Confonds dans ses desseins cette Reine cruelle! Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avant-coureur.

Les Polignac, pour lesquels Marie-Antoinette avait eu tant de complaisances, suivirent le mouvement et, voyant leurs pensions diminuer, étalèrent leur noire ingratitude.

La Reine avait présenté une observation sur le déplaisir qu'elle avait à rencontrer certaines personnes chez Mme de Polignac. Celle-ci, soumise à ceux qui la dominaient, et malgré sa douceur habituelle, n'eut plus honte de répondre à Marie-Antoinette :

« Je pense que, parce que Votre Majesté veut bien venir dans mon salon, ce n'est pas une raison pour qu'elle prétende «n exclure mes amis. »

La Reine s'éloigna insensiblement et prit l'habitude d'aller souvent et familièrement chez Mme la comtesse d'Ossun2, sa

1 G. Maugras, ch. XXII. — Tous ces pamphlets passaient la frontière et circulaient dans les Cours étrangères.

- Geneviève de Gramont, comtesse d'Ossun, était parente de Choiseul •et sœur du duc de Guiche.

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dame d'atours, peu brillante, mais bonne et sans ambition, dévouée de cœur et d'âme, et dont le logement était tout près de son appartement. « Elle y venait dîner avec quatre ou cinq personnes; elle y arrangeait de petits concerts, dans lesquels elle chantait; enfin, elle montrait là plus d'aisance et de gaieté qu'elle n'en avait jamais laissé apercevoir chez Mme de Polignac. » Instruite par l'expérience, elle plaçait sûrement son amitié; elle trouva chez Mme d'Ossun de bons conseils, une affection sincère et un complet désintéressement. Mais c'était la fin.

Les élections pour les Etats généraux eurent lieu dans les premiers mois de l'année 1789 et la séance royale d'ouverture fut fixée au 5 mai.

Le renvoi de Necker, qu'on avait dû rappeler en 1788, après la chute de Brienne, avait troublé au plus haut point les esprits. Dans les rues, le peuple se pressait et, dès les premiers jours de juillet, il se soulevait. Nous sommes à la prise de la Bastille (14 juillet).

Les événements se pressent alors avec une rapidité prodigieuse. Dans la nuit du 4 août, la noblesse faisait l'abandon de ses privilèges dans un enthousiasme irréfléchi qui ne devait pas avoir de lendemain. « Ce fut, dit Rivarol, une huit des dupes, où les députés de la noblesse frappèrent à l'envi sur eux-mêmes, et du même coup sur leurs commettants. »

Ils frappaient aussi indirectement sur l'autorité du Roi et préparaient les journées révolutionnaires, en s'avouant vaincus sans combattre. Mais la noblesse n'avait jamais eu d'esprit politique, et, depuis Richelieu et Louis XIV, le pouvoir royal n'escomptait que sa soumission, moyennant des charges et des pensions. Elle était ainsi arrivée à un état de corruption qui la rendait incapable de quelque effort coordonné.

« A quoi donc pensent ces gens-là? Ne voient-ils pas les abîmes qui se creusent sous leurs pas? » Ces paroles de Mirabeau au comte de La Marck étaient une prophétie. Il était déjà trop tard pour faire connaître à Louis XVI et à Marie-Antoinette les dangers de la situation. Un autre jour, il lui dit avec véhémence : « Tout est perdu; le Roi et la Reine y périront, et, vous le verrez, la populace battra leurs cadavres. »

L HISTOIRE. — LOUIS XVI. oil

Nous n'insisterons pas sur les journées si connues des 5 et 6 octobre, dont le prétexte fut le repas des gardes du corps dans la salle de l'Opéra du Château1. Elles provoquèrent le départ pour Paris du Roi et de la Reine, qui ne devaient jamais plus revoir Versailles, et qu'aucun souverain ne devait plus habiter.

1 Nous en avons parlé à propos de la description des appartements.

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