LE GRAND-COMMUN. SI
était plus libre: il y avait grand couvert matin et soir, et de forts festins. Aussi le Roi aime les Marlys, mais il en revient toujours
malade.
«Constipations, indigestions, vapeurs, étourdissements continuels exigent une médication constante; et il a fallu un grand talent à Fagon pour mener Louis XIV à ses soixante-dixsept ans. Mais aussi, que de saignées pour prévenir l'apoplexie sans cesse menaçante, et surtout que de purgations pour remettre en état un estomac et des intestins sans cesse surmenés! Et quel puissant sentiment du devoir chez Fagon pour lui faire étudier avec tant de soins ce que contenaient les bassins de la chaise de Sa Majesté après les purgations, qui avaient lieu à peu près régulièrement toutes les six semaines. Le Journal donne les analyses les plus consciencieuses du résultat des médecines1. »
Le Grand-Commun était le centre des sept offices- chargés de la préparation des mets et des boissons destinés à la table du Roi et des princes de sa Maison : les officiers de la Paneterie-Bouche préparaient tout ce qui regarde le couvert du Roi, le pain, le linge de table et le fruit ; ceux à'Echansonnerie-Bouche ou du Gobelet étaient pour le vin et l'eau; ceux de Cuisine- Bouche préparaient le manger du Roi; ceux de la Fruiterie fournissaient les fruits, les bougies, flambeaux et girandoles; ceux de la Fourrière fournissaient le bois de chauffage et le charbon qui se brûlaient dans toute la maison du Roi. Cette administration compliquée était surveillée par le Bureau du Roi, composé du premier maître d'hôtel, du maître d'hôtel ordinaire, des maîtres d'hôtel de quartier, des maîtres de la chambre aux deniers (ayant dans ses attributions la dépense de la Maison du Roi et des princes), du contrôleur général et du contrôleur ordinaire de la Bouche, etc. Le contrôleur général recevait les viandes et le poisson, en surveillait l'emploi, avait l'œil sur toutes les dépenses du Gobelet et de la Bouche, etc.
1 Dussieux, t. II.
- L'Etat de la France de 1712 porte que les sept offices occupaient 324 personnes. Ils étaient chargés du Gobelet du Roi, de la Bouche du Roi ou Cuisine-Bouche, de la Paneterie-Commun , de Y Echansonnene- Commun, de la Cuisine-Commun, de la Fruiterie et de la Fourrière.
Le même service existait au Grand-Commun pour la Reine, le Dauphin et la Dauphine.
Le Petit-Commun, qui datait de 1664, était une cuisine destinée à servir la table du grand-maître et celle du grandchambellan, et établie dans le sous-sol occidental de l'aile sud des Ministres, à côté du Grand-Commun. Elle se composait de deux maîtres d'hôtel, de quatre écuyers du Petit-Commun et de deux aides ordinaires.
Cette organisation devait durer jusqu'à la fin de la monarchie.
Sous la Révolution, le Grand-Commun devint une manufacture d'armes, dont le chef fut Boutet, arquebusier versaillais fort habile. Il s'agissait de répondre au décret de la Convention (23 août 1793) sur la levée en masse. Douze cents ouvriers, dont beaucoup de Liégeois, y furent occupés, et, grâce à l'habileté de son directeur, la manufacture de Versailles devint, pour les armes de guerre et de luxe, un établissement célèbre dans toute l'Europe. Ses fusils, carabines et pistolets ciselés, sculptés, damasquinés ou gravés, étaient donnés par le Gouvernement en récompense de services militaires éclatants et, plus tard, en cadeaux aux puissances alliées.
Au retour des Bourbons (1814) Boutet1, renvoyé du Grand- Commun, vint s'établir rue de la Pompe, n° 1 (rue Carnot actuellement), à l'hôtel de Noailles. En 1815, les Prussiens dévastèrent ses ateliers.
Sous la Restauration, on établit au Grand-Commun une école modèle d'enseignement mutuel, des écoles de dessin et de musique, une institution pour les enfants pauvres. Un petit étage fut construit alors au-dessus de la corniche principale, ce qui dénatura l'architecture du bâtiment en l'alourdissant.
Enfin, en 1832, le Grand-Commun devint ce qu'il est encore actuellement, un hôpital militaire.
1 Voir Capitaine Bottet, La Manufacture d'armes de Versailles (Leroy, éditeur, 1903).
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