‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 121 sur 166 · II. — LES ECURIES DE ROI · texte numérisé non relu

II. — LES ECURIES DE ROI

Les Ecuries du Roi1, Grande et Petite-Ecurie, commencées en 1679, furent achevées en 1682. Mansart en fut l'architecte. Ce sont aujourd'hui des casernes affectées à l'artillerie et au génie2.

Le Mercure de 1686 en a fait une longue description : « Ce sont deux grands corps de bàtimens séparés l'un de l'autre, regardant le Château en face. Ils sont situés entre les trois avenues qui forment une patte d'oie, par laquelle on arrive à Versailles. Ces écuries font partie de la clôture de la grande avant-cour ou place d'Armes. Elles consistent chacune en cinq cours, dont la grande, plus étroite à l'entrée que dans le fond, n'est fermée devant que par une grille de 32 toises de long; et les pavillons de 9 toises, qui flanquent les ailes de 37 toises de long, retournent vers le fond de la cour pour la terminer en demi, lune par deux portions de cercle d'ouverture, de 34 toises, qui se vont joindre à un grand avantcorps où est la principale porte. Après sont les deux moyennes cours, entourées de bàtimens de 20 toises sur 12. Aux côtés du dehors paroissent les deux petites cours pour les fumiers, de 20 toises de long sur 9 de large, fermées par devant d'un mur de clôture, de la hauteur du premier étage.

« Toute la décoration du dehors n'est que de bossage ou de pierres de refend. Les croisées des rez-de-chaussée sont bombées et prises dans des arcades, et celles du premier étage sont carrées-longues en hauteur. Il y a des tables de briques dans les trumeaux des ailes. Les combles sont d'une belle proportion, et les lucarnes qui éclairent l'étage en galetas sont

1 Primitivement, les chevaux et les carrosses du Roi étaient placés au pavillon La Vallière, rue delà Pompe (CarnotN, n° 7, qui fut atïecté ensuite aux écuries de la Reine, de la Dauphine et de la duchesse de Bourgogne.

2 La GraDde-Ecurie, construite sur l'emplacement de l'hôtel de Noailles, est entre l'avenue de Saint-Cloud et l'avenue de Paris. — La Petite-Ecurie, située sur l'emplacement des hôtels de Lauzun et de Guitry, est entre les avenues de Paris et de Sceaux.

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de plomb. Ces bàtimens sont assez bas pour ne point empêcher la vue du Château ; ainsi, le niveau des faîtes répond à peu près au pavé de marbre de la petite cour, outre qu'il n'y a point de souches de cheminées apparentes au dehors1. Le plan des grilles est aussi cintré, en sorte que, de quelque aspect qu'on regarde les Ecuries, on voit les quatre pavillons des ailes.

« La plus grande renferme les chevaux de main. De la grande arcade qui est au fond de la cour et dans le milieu de l'avant-corps, on entre dans un grand manège couvert, de 20 toises sur 8, aux côtés duquel sont deux écuries. Derrière l'écurie est un grand manège pour les joutes et tournois, audevant duquel est le chenil. La sculpture de l'avant-corps du milieu renferme de grands bas-reliefs, des trophées d'armes, des harnois et autres ouvrages de cette nature, et dans les pilastres de la grille de devant sont les épées du grand écuyer2.

« Quant à la Petite-Ecurie, les remises des carrosses sont dans les arcades de la demi-lune du fond de la cour, au nombre de huit à neuf de chaque côté. De la porte de l'avantcorps du milieu on entre dans la plus large écurie à deux rangs, chacun de 25 chevaux, entre lesquels on passe ; et au bout est une grande coupe ou voûte sphérique, de 12 toises de diamètre, qui sépare les deux autres écuries, où les chevaux de chacune sont sur deux rangs de 34 chevaux chacun. Les râteliers sont le long des piliers qui la séparent en deux berceaux et laissent encore assez d'espace derrière les chevaux pour y pouvoir aller en carrosse ; et en retour, au bout de celle-ci, sont deux écuries à un rang, chacun de 47 chevaux. Le dôme est porté sur quatre pendentifs; il est voûté de pierres et éclairé par un jour au milieu, dont le châssis de fer, un peu cintré, porte les vitres.

« Derrière cette écurie est encore une entrée principale au milieu d'un grand avant-corps environné d'un fronton trian-

1 On y voit malheureusement aujourd'hui deux grandes cheminées édifiées pour les ateliers de construction du matériel d'artillerie.

s Le manège de la Grande-Ecurie a été reconstruit sous la Restauration. Les grilles actuelles datent de la même époque. Le fronton, représentant des chevaux conduits par un cocher du cirque, est l'œuvre de Lecoiute.

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gulaire, dans lequel est un bas-relief qui représente Alexandre qui dompte Bucéphale. Ce bas-relief est de Girardon.

« Derrière cette écurie sont deux autres grandes écuries de 34 chevaux chacune ; et dans la cour qui est interposée entre cette augmentation et le corps de la Petite-Ecurie, est un petit manège.

« Outre ces écuries, il y a une cour derrière, où est l'infirmerie des chevaux; ce sont de petites écuries de 2, de 4 et de 6 chevaux. »

En 1686, les Petites-Ecuries renfermaient cinq attelages à 10 chevaux (de poil noir, bai, gris-perle, tigres et feuillesmortes . un fort grand nombre de très beaux chevaux de selle et d'attelages.

L'attelage du carrosse qui servait uniquement aux entrées des ambassadeurs était de 12 chevaux.

Là se trouvaient aussi les selleries, dans une série d'armoires renfermant toutes les lances, les dards, toutes les brides d'argent et de vermeil doré, et tout ce qu'il y a de plus riche dans ces sortes de harnais : les housses, croupes et chaperons de pistolets très riches... « nombreuses selles enrichies de toutes sortes de broderies1, selles à l'anglaise avec leurs petites housses, housses en souliers d'une très grande richesse, et servant pour les cavalcades et les promenades avec les dames2... ».

Dans l'écurie du Roi seulement, étaient 48 chevaux français et anglais; sa sellerie particulière était toute lambrissée de menuiserie.

« On compte plus de 600 chevaux dans tous les lieux qui forment la Petite-Ecurie. Le nombre des carrosses, calèches, soufflets et calèches nommées diligentes, à cause de leur vitesse, est grand à proportion, et tout cela est fort riche. Il y en a pour le Roi, pour Monseigneur, pour Mgr le duc de Bourgogne, et pour leur suite. Entre les calèches, on en voit une pour le Roi, à trois bancs, dans laquelle il y a place pour seize personnes. Il y a aussi un carrosse de parade pour Sa Majesté, d'une magnificence extraordinaire, tout brodé

1 Voir le Musée des Voitures, à Trianon, qui possède un tableau de Vau der Meulen représentant quatre selles à la française.

2 Mercure de 1686.

dedans et dehors, dont le train est très beau et les harnois extrêmement riches. Elle a encore beaucoup d'autres carrosses en divers endroits, et particulièrement dans les remises de Paris et de Vincennes. »

Le Mercure, qui donne une description minutieuse des Ecuries du Roi, à l'occasion de la visite des ambassadeurs de Siam, en 1686, ajoute ces détails au sujet de la Grande- Ecurie :

Les ambassadeurs allèrent le même jour à la Grande-Ecurie. M. le comte de Brionne, reçu en survivance de la charge de grandécuyerque possède M. le comte d'Armagnac, son père, les y reçut. 11 étoit accompagné de ses écuyers, sous-écuyers, gouverneurs des pages, de plusieurs autres officiers, de 50 à 60 pages et valets de pied, d'un très grand nombre d'autres gens de livrée servant aux carrosses et aux chevaux, et d'autres qui ont diverses fonctions dans les écuries. Ils furent d'autant plus surpris de voir tant de personnes vêtues de livrée, qu'ils en venoient de voir à la Petite- Ecurie un nombre qui leur avoit paru intiui. Cependant, ils auroient été moins étonnés s'ils avoient su que plusieurs voyageurs ont remarqué, et même fait imprimer dans les livres de voyage qu'ils ont donnés au public, qu'il y a peu de souverains en Europe, même parmi les plus puissants, dont la Maison soit composée d'autant d'officiers que le roi de France a seulement de personnes de livrée à son service. Les ambassadeurs remarquèrent d'abord la beauté du bâtiment, dont ils s'entretinrent avec M. le comte de Brionne. Us firent le tour des écuries et virent plus de 200 chevaux de manège, attachés aux râteliers avec des bridons à l'angloise. Ces chevaux avoient des rubans comme ceux de la Petite-Ecurie. Parmi ce nombre, il y en avoit beaucoup des haras du roi d'Espagne, d'autres d'Italie et des barbes de différent poil, des plus beaux qu'il y ait au monde, que Sa Majesté entretient, tant pour sa personne dans le temps de guerre, que pour faire apprendre à ses pages à monter à cheval. Ils virent ensuite 100 très beaux coureurs anglois que le

Boi entretient pour la chasse On leur montra aussi la sellerie.

Je ne vous en dis rien, parce que je viens de vous en décrire deux. Vous pouvez par là vous représenter cette dernière; elle est au Boi, et toutes les choses qui appartiennent à ce monarque sont également belles.

Les Ecuries du Roi ' étaient sous les ordres du grand-écuyer de France, successeur des anciens connétables (cornes stabuli), et qu'on appelait tout court Monsieur le Grand. Il avait sous ses ordres un personnel nombreux, réglait toutes les

1 Ainsi que le haras royal de Saint-Léger, près de Montfort-l'Aiïiaury.

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