LA VENERIE. Ô
« Déjà fort nombreuses pendant le temps que M. de la Rochefoucauld était grand-veneur, les meutes augmentèrent encore quand le comte de Toulouse le remplaça. Vers la fin du xvne siècle, les plus belles meutes étaient celles du Roi. de Monseigneur, du duc de Vendôme, de son frère le grandprieur, du chevalier de Lorraine, de M. de Bouillon, du duc du Maine et du comte de Toulouse. Ce dernier avait, en 1698, une meute célèbre ; on appelait ses chiens les « sans-quartier » , parce qu'ils couraient tout ce qu'ils lançaient. Réunies, ces meutes formaient un total de plus de mille chiens. » (Dussieux, t. II.)
Quelques-uns de ces chiens avaient le privilège d'être commandés par un capitaine. On cite en effet le capitaine des chiens écossais « chassant le lièvre pour les plaisirs du Roi », le capitaine des levrettes de la Chambre. D'autres étaient plus heureux encore : c'étaient les « petits chiens de la Chambre et les chiennes couchantes du Cabinet du Roi ». Aux premiers, le pâtissier-bouche donnait des biscuits, et à ces dernières le Roi lui-même distribuait force biscotins; il avait plaisir à chasser avec quatre ou cinq d'entre elles bien dressées, qui allaient toutes ensemble au même arrêt. (Dangeau.) Quelquesunes ont été peintes par Desportes, arrêtant des faisans ou des perdrix; elles sont aujourd'hui au Louvre. Il peignit encore plusieurs chiens de Louis XV, notamment Pompée et Florissant, que nous voyons aussi au Louvre.
Toute une série de peintres célèbres ont représenté sur la toile les belles chasses de Louis XIV et de Louis XV, avec les costumes, les meutes et les chevaux de l'époque. Ainsi, au Louvre, sont les tableaux de Desportes, de Van der Meulen d'Oudry, de Carie Vanloo (Une Chasse du prince de Condé); — à Versailles, un tableau de Martin; — à Compiègne, un tableau d'Oudry; — à Fontainebleau, plusieurs toiles de Parrocel, de Carie Vanloo, d'Oudry et de Desportes : peintures charmantes et d'un grand intérêt documentaire.
Louis XIV aima la chasse comme il avait aimé tous les plaisirs du corps. Saint-Simon dit qu'il « aimait fort l'air et les exercices, tant qu'il en put faire. Il avait excellé à la danse, au mail, à la paume ».
Le Journal de Dangeau nous donne des renseignements
copieux sur la manière de chasser du Roi; c'était ordinairement au sortir de la messe.
Il était accompagné de pages et de porte-arquebuses qui lui mettaient le fusil entre les mains. Quelquefois, il permettait de tirera quelques personnes de sa suite, à Monsieur le Grand, au grand veneur, au grand maître, au chevalier de Lorraine, etc. Le temps le plus mauvais, le froid, la chaleur, rien n'empêchait Louis XIV de chasser ou de sortir. « Rien ne l'incommode. » Cependant, le Roi testa tout un mois (janvier 1691) sans chasser, à cause du froid et du mauvais temps. Lors du terrible hiver de 1709, pendant lequel le thermomètre descendit jusqu'à 23°, il cessa de se promener, d'aller à Trianon ou à Marly, quand il vit que ses gardes et les officiers qui le suivaient souffraient trop du froid. Monseigneur, que rien n'incommodait aussi, renonça à chasser pendant cet hiver; son troisième fils, le duc de Berry, continua. Mgr le duc de Berry alla tirer malgré le froid excessif, et un de ses pages qui lui porte ses fusils a eu la main si gelée qu'on croit que l'on sera obligé de lui couper les doigts.
Ce prince avait une passion extraordinaire pour la chasse. Le 30 juillet 1706, il tira sept cents coups de fusil dans la plaine Saint-Denis, et Dangeau observe que c'était chose sans exemple. Le 6 août de la même année, le duc de Berry retourna dans cette plaine et tua deux cent quatre-vingt-huit pièces sur seize cents qui furent abattues.
Louis XIV avait fait faire beaucoup de routes aux environs de Versailles, afin de pouvoir courre le cerf.
C'était sa chasse de prédilection, surtout à Marly et à Saint- Germain. Quelques dames qui montaient à cheval, la princesse Palatine, la duchesse de Bourgogne, la duchesse de Bourbon, y prenaient part; d'autres dames suivaient en calèches découvertes.
La curée, qui se faisait après la chasse, était un spectacle très couru; sous Louis XIV, elle avait lieu le plus souvent à Versailles, dans la cour des Cerfs, parfois à Rambouillet, à Fontainebleau, à Marly, etc..
Sous Louis XV, elle se fit au Chenil. Ce prince, dans sa jeunesse, aimait à voir ce spectacle. « A l'arrivée du Boi, qui avoit aussi son habit d'équipage, le grand veneur, qui avoit reçu deux gaules du commandant, en donnoit une à Sa Majesté et garcloit l'autre. Les chiens alors commençoientpar manger l.i mouée (la soupe); après quoi on les tenoit sous le fouet au-