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LES TRAVAUX DES JARDINS A PARTIR DE

Successivement, à partir de 1670, sous l'impulsion de Le Nôtre, bosquets et bassins s'élèvent et semblent émerger du

1 On eut pu inscrire ces vers-là, a dit justement un écrivain contemporain (André Hallays, Débats), sous un portrait de Le Nôtre.

2 Les sculptures de Girardon furent exécutées d'après ses dessins, ainsi que les bas-reliefs de la Cascade ou Bains de Diane.

3 Dussieux, Le Château de Versailles, t. II. 1 Voir Versailles immortalise', de Monicart.

sol. En même temps, Pierre Franchie et son adjoint Denis plaçaient les conduites d'eau pour le service des bassins1. De 1671 à 1074, le Grand Parterre, appelé désormais parterre d'Eau, se transforme une seconde fois; le sculpteur Sibrayquè pose les bordures de marbre. C'est un bassin central de forme ronde, cantonné de quatre autres bassins à bords irréguliers, qui communiquent avec lui; des deux côtés, sont deux pièces d'eau plus petites.

Sur cette vaste surface devait s'étendre une série de statues de marbre d'un symbolisme classique, que Le Brun avait dessinées (4 groupes et 24 statues)2.

De 1680 à 1682, le Parterre subit d'autres changements : les bassins sont enclavés dans un décor rectangulaire de gazon et de Heurs; mais c'est en 1683 que, sur l'ordre de Louvois, Mansart et Le Nôtre entreprirent la dernière transformation, et, en 1685, le Parterre se présente « avec ses deux bassins, dans la nouveauté de leurs margelles de marbre »; de chacun jaillissent sept jets d'eau. Puis vinrent les magnifiques bronzes, ligures couchées de fleuves, de rivières et de groupes d'enfants, tels que nous les admirons aujourd'hui, œuvres de cette pléiade de remarquables sculpteurs dont Coysevox fut pour ainsi dire le chef de chœur. « Les Keller », les grands fondeurs, entrent en scène dès 1683, sitôt que sont arrêtés les premiers modèles.

En 1670, on commença le bosquet du Marais sur l'emplacement de celui où sont aujourd'hui les Bains d'Apollon. Il fut dessiné par Mme de Montespan « pour amuser le Roi agréablement ». C'était un grand carré d'eau où un arbre de bronze jetait de l'eau par toutes ses feuilles de fer-blanc.

1 A ces œuvres collaborèrent un grand nombre de maîtres ouvriers, 3e Flamand Jean Bette, pour la pose des glaises ; Duez, pour l'application des ciments; les marbriers, avec toutes les variétés venues des Pyrénées, du Languedoc et aussi d'Italie et de Grèce; puis la pléiade des sculpteurs, tondeurs, doreurs; le rocailleur Berthier, le serrurier Delobel, <[ui exécutait les ouvrages de serrurerie décorative en fer ciselé et doré ; les ferblantiers Gascoin et Guillois, pour les roseaux et bouquets en feuilles de cuivre et autres ouvrages de laiton et de fer-blanc pour l'ornement des fontaines.

2 A. Pératé, Le Parterre d'Eau du Parc de Versailles [lie vue de l'Histoire de Versailles, 1899). — Voir le tableau n° 727 du Musée (salle 34) -rjui représente à peu près cet état du parterre d'Eau.

D'autres jets très nombreux jaillissaient des roseaux qui bordaient les cotés1.

En 1671. surgirentles bosquets de V Amphithéâtre ou Théâtreci' Eau (le Rond- Vert) et de la Salle-des-Festins (aujourd'hui Y Obélisque ou les Cent-Tuyaux). LeThéàtre-d'Eau occupaitle compartiment qui fait suite au bosquet des Trois-Fontaines. Il fut le témoin de fêtes admirables, entre autres de la fête de 1674 décrite par Félibien, avec ses allées bordées de jets d'eau et ses nombreuses statues2. Le milieu de la Salle-des- Festins était « comme une isle entourée d'un fossé d'eau et de huit bassins d'où partaient de nombreux jets et qui étaient ornés de groupes d'enfants 3 ».

La Montagne-d'Eau fut établie dans le bosquet de l'Etoile, pour disparaître en 1704. Celui-ci faisait suite au quinconce du Nord, qui venait lui-même après le bosquet des Bains d'Apollon4.

En 1672, furent édifiés les bassins de Cércs et de Flore, la première exécutée par Regnaudin, la seconde par Tubi ; le Miroir date aussi de cette époque. Puis, successivement, vinrent le bassin de Bacchus (1673), des frères Marsy; Y Ile- Royale (Jardin du Roi), de 1674 à 1683; le bassin de Saturne, de Girardon, commencé en 1675. Le Brun avait fait les dessins de tous ees bassins. En 1675, ce fut le tour de l'Encelade, « le géant accablé sous les rochers qu'il a entassés les uns sur les autres pour escalader le ciel ». Il fut exécuté par les frères Marsy. En 1677, on commença le bosquet de l'Arcde-Triomphe et le bosquet des Trois-Fontaines. Celui-ci, par exception, ne renferma pas de sculptures. Il remplaça le Rerceau-d'Eau, sous lequel on pouvait, dit Félibien, « se promener sans être mouillé », malgré le grand nombre de ses jets d'eau. Il était aussi de goût italien et ne tarda pas à disparaître.

I En 1678. l'artisan de toutes ces belles œuvres, Le Nôtre,

1 Le Marais fut terminé en 1673. 11 fut souvent choisi dans les l'êtes comme rendez-vous pour le goûter et détruit en 1104.

2 11 disparut vers 1750.

3 11 fut remanié parMansart en 1706, et la fontaine de l'Obélisque lût placée au centre.

* Ce quinconce, avec la fontaine du Dauphin, n'existe plus.

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alla faire un voyage en Italie, et Mansart fut chargé de compléter ses travaux. Cette même année, il commença, d'après les plans un peu modifiés de son prédécesseur, le bassin de Neptune, qui fut achevé en 1684 ; toutefois, la décoration sculpturale date de Louis XV. De l'autre coté du Château, pour lui faire pendant, il creusait la vaste pièce d'eau des Suisses2 (1678-1682). En même temps, il inaugurait les travaux de la Nouvelle Orangerie. « galerie profonde comme une nef de cathédrale, ou comme les voûtes antiques du Palatin, dont il avait pu à Rome étudier et dessiner les ruines3 ». Non loin de là, s'édifiait la Salle-de-Bal, dessinée par Le Nôtre, et dont les rocailles étaient l'œuvre de Berthier. Enfin, enl 1688, Mansart terminait la fameuse Colonnade.

Saint-Simon rapporte à ce propos une boutade de Le Nôtre. Louis XIV lui montrait la nouvelle construction et lui demandait son avis : « Eh bien, Sire, que voulez-vous que je vous dise? D'un maçon vous avez fait un jardinier, il vous a donné un plat de son métier. » Le Roi se tut et chacun sourit. « Et il était vrai que ce morceau d'architecture, qui n'était rien moins qu'une fontaine et qui la voulait être, était fort déplacé dans un jardin. »

A cette époque, Louvois, qui avait pris la haute main sur les bâtiments à la mort de Colbert, avait remplacé Le Nôtre par Mansart, et il est douteux que l'art qui convenait y ait gagné. La Colonnade est plutôt une œuvre d'architecture qu'un ornement pour jardin, de même que les Dômes et la plupart des créations de Mansart dans les jardins.

En dehors des jardins, Mansart couronnait son œuvre en terminant la Ménagerie et en bâtissant Trianon; c'était leur véritable prolongement jusqu'à l'horizon illimité.

Les travaux de la pièce d'eau des Suisses, avec ses glacis de gazon et ses allées d'arbres, furent définitivement terminés

1 Le bassin de Neptune, qui était resté mal entretenu, fut refait entièremcnt de 1733 à 1736, sous la direction de l'architecte Gabriel, élève d« Mausart. (Barbet, Les Grandes Eaux de ]'ersailles.)

2 La pièce d'eau des Suisses mesure 618 mètres de longueur sur 213 mètres de largeur; elle a un périmètre de 1,620 mètres et une surface de 12 hectares 67 ares.

3 A. Pératé, Versailles. — Elle fut achevée en 1637.

en 1687. Un grand étang couvrait le centre de l'emplacement de la Pièce d'eau et le Potager actuel ; on combla la partie de l'étang où devait être le Potager avec les terres enlevées à la Pièce d'eau ; les grands travaux furent exécutés à prix d'argent par le régiment des gardes suisses.

En 1688, on plaça au bout de la Pièce d'eau la statue de Curtius se jetant dans les flammes, œuvre du Bernin, retouchée par Girardon. Cette statue équestre, dernière œuvre du fameux sculpteur romain, représentait d'abord Louis XIV gravissant la montagne de la Gloire; Dangeau nous apprend que lorsque le Roi la vit, dans l'Orangerie, en 1685, il la trouva si mal faite qu'il voulut la faire briser; mais il revint sur cette résolution, et Girardon fut chargé de modifier l'œuvre. Il changea les traits du visage et sculpta des flammes dans la masse du rocher, de façon que Louis XIV devint un Curtius se précipitant dans un gouffre pour apaiser les dieux irrités. La statue ainsi transformée avait été placée d'abord au pourtour du bassin de Neptune1.

La date de 1688 marque à peu près l'époque de l'achèvement du Jardin. L'œuvre était terminée après vingt-six ans d'efforts et de dépenses ; elle fit l'émerveillement des étrangers, avec ses fontaines, ses 1,400 jets d'eau, ses marbres, ses bronzes, ses plombs dorés, ses vases, ses gondoles dorées dans tout l'éclat de leur nouveauté, ses allées sablées ou vertes, bordées de charmilles et de palissades de lo à 20 mètres de hauteur, où l'on pratiquait des niches d'eau dans lesquelles on plaçait des vases, des statues et des bancs : elles étaient quelquefois percées en arcades et en portiques. De tous les côtés, il y avait des décorations de verdure ; partout les arbres étaient taillés en formes diverses, en pyramides allongées, en caisses avec l'arbre en boule. Les bosquets étaient de petits bois percés d'allées disposées suivant diverses combinaisons, en étoile par exemple, avec une salle au milieu, bordée de charmilles, tapissée de gazon, décorée d'une fontaine, de jets d'eau, de statues et de mille ornements de marbre, de bronze, de cuivre, de fer doré, etc.

Les gravures du temps illustrant les descriptions du Mer-

1 Elle céda la place à la Renommée de l'Italien Guidi qui arrivait de Rome.

cure galant, de Félibien et de Piganiol de la Force permettent d'apprécier ce que fut « cette incomparable merveille ». Mais, dans leur ensemble, les jardins (le Parc, comme nous disons aujourd'hui) sont demeurés ce qu'ils étaient. Notons en passant que les plantations ne furent pas seulement faites de jeunes arbres. Louis XIY voulut, en certains points, des résultats immédiats; plus d'une fois, une masse considérable de gros arbres furent transplantés, ormes, tilleuls, ifs, épicéas venus de Compiègne, de Flandre, du Dauphiné, de Normandie; en 1688, 25,000 arbres furent amenés de l'Artois, en voiture, malgré les difficultés du transport; la même année, on planta des marronniers d'Inde.

Nous avons vu que toute une armée de sculpteurs, français pour la plupart, avaient été employés, sous la direction de Le Brun (et de Mignard vers la fin), à la décoration du Jardin, qui devint un nouvel Olympe; partout leurs œuvres représentaient des. personnages mythologiques. Dangeau nous donne, dans ses Mémoires, d'intéressants détails sur la vie de Louis XIV dans ses jardins. Il se plaisait à s'y promener et à les montrer aux étrangers. A ses promenades, il faisait toujours couvrir les courtisans. Le 26 novembre 1700, parcourant les jardins de Marlv avec le marquis de Bedmar, ambassadeur du roi d'Espagne, il « commanda à ceux qui l'accompagnaient de mettre leurs chapeaux, honnêteté qu'il a toujours accoutumé d'avoir ». Les Espagnols en furent un peu étonnés, et le Roi leur dit : « Messieurs, jamais on ne se couvre devant moi, mais aux promenades je veux que ceux qui me suivent ne s'enrhument point et n'aient aucune incommodité; aussi je leur fais mettre le chapeau. »

Louis XIV se promenait à pied, visitant ses fontaines, ordonnant des changements. Dans la belle saison, il y avait promenade pendant la soirée, quelquefois jusqu'à minuit, en compagnie de Monseigneur et de la princesse de Conti. Plus tard, le Roi eut un chariot, comme on le voit sur les tableaux de Cotelle et de Martin. En 1699, le grand-duc de Toscane fit présentai! Grand Dauphin d'un attelage de petits chevaux noirs pour mener les petites calèches dont on se servait quelquefois dans les jardins.

Dangeau nous instruit encore sur la manière dont le public

fréquentait les jardins. L'entrée fut libre tout d'abord, « mais le Roi, ne pouvant plus se promener dans ses jardins sans être accablé par la multitude du peuple qui venait de tous les cotés et surtout de Paris, ordonna aux gardes de n'y plus laisser entrer que les gens de la Cour et ceux qu'ils mèneraient avec eux. La canaille qui s'y promenait avait gâté beaucoup de statues et de vases ».

Les promenades avaient quelquefois lieu en roulettes, fauteuils suspendus et conduits par des Suisses ; c'est pourquoi il y avait, sur plusieurs degrés des jardins, des plans inclinés en marbre, comme les marches elles-mêmes.

Sous Louis XV, les jardins avec leurs fontaines furent pendant une assez longue suite d'années entretenus avec soin. On acheva la décoration du bassin de Neptune et de nombreuses fêtes y furent données : en 1739 (mariage de Madame Elisabeth avec l'infant d'Espagne Don Philippe) ; en 1751, à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne; de 1770 à 1773, pour le mariage des trois petits-fils du Roi, le Dauphin, le comte de Provence et le comte d'Artois. Toutefois, soit par le peu de goût de Louis XV pour Versailles et ses jardins, soit à cause de la mode qui, sous l'influence de J.-J. Rousseau, allait aux jardins anglais, l'œuvre de Le Nôtre tomba en défaveur, et « les eaux des fontaines étaient sales et puantes, les bassins étaient à demi secs1 ».

Les épigrammes abondaient contre les jardins réguliers, et l'on ne voulait plus voir que le Petit-Trianon. Puis les actes vinrent. En 1775, le comte d'Angiviller, directeur et ordonnateur général des Bâtiments, fit abattre, pour les vendre, tous les bois de futaie, de ligne et de décoration, et des taillis en massif des jardins de Versailles et de Trianon. De cette dévastation, nous avons deux témoins précieux : ce sont deux tableaux d'Hubert Robert, représentant le Parc ainsi rasé2.

Il faut dire que la plupart des arbres étaient vieux et malades; mais, comme Dussieux le fait justement remarquer en rapprochant cette destruction complète des critiques laneées contre les jardins et des projets de reconstruction du

' Marmontel, Mémoires.

- Us sont dans la salle nui fait suite aux appartements du Dauphin.

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Château, exécutés en partie sous Louis XV (de 177:2 à 177 4). un ne peut s'empêcher de soupçonner que l'abatage des arbres faisait partie d'un grand plan de remaniement général du Versailles de Louis XIV, pour le mettre à la mode du jour.

En 1776, on commença la replantation, dirigée par Lemoine, le jardinier du Parc, qui conserva la disposition générale de Le Nôtre, en modifiant cependant quatre bosquets : les Bains d'Apollon, qui furent transformés par Hubert Robert; le Labyrinthe, qui devint le bosquet de la Reine; les bosquets du Dauphin et de la Girandole, changés en quinconces et plantés de marronniers. Les deux premiers bosquets furent dessinés comme Trianon, dans le nouveau goût, ornés de beaux arbres étrangers et disposés avec beaucoup d'art.

Mais la faveur est tout entière au Trianon de Marie-Antoinette, où, loin de l'étiquette de la Cour, la jeune Reine, élève de Berquin et de Florian, s'amuse à jouer avec des houlettes, des agneaux enrubannés, des bergeries, des laiteries et des chaumières. Louis XVI y assistait quelquefois, mais il préférait le jardin agricole que, sous l'influence des économistes, il avait fait établir le long de l'appartement du Dauphin. Là, la bêche à la main, il donnait à son fils des leçons d'agriculture.

En 1793, les jardins furent un moment menacés de destruction, comme le Château. La Convention avait envoyé à Versailles un de ses membres, Delacroix, en qualité de commissaire du Gouvernement. Un jour, il dit en se promenant sur la terrasse : « Il faut que la charrue passe ici. » Aussitôt, un de ses compagnons proposa de donner à la Convention les bronzes des jardins pour en faire des canons. Mais l'opposition de Charbonnier et de Délavai, membres de l'une des sections de Versailles, secondés par Antoine Richard, directeur des jardins de Trianon, empêcha ce vandalisme. Richard usa d'un stratagème qui réussit. Il proposa, dans un mémoire à la Convention, tout en conservant le Parc comme il était, de le transformer en un jardin de rapport, et il « planta des pommes de terre et des arbres fruitiers dans les deux parterres de Latone, les plus exposés aux regards ».

La tempête passée, les jardins, ou, comme on commençait alors à les appeler, le Parc, étaient devenus une sorte de

désert. Vers cette époque, A. Chénier, qui s'était retiré à Versailles, écrivit son hymne célèbre débutant par ces deux vers :

0 Versailles, ô hois, ù portiques, Marbres vivants, berceaux antiques...

Pour la première fois depuis 1788, les eaux de Versailles jouèrent en l'honneur du cardinal Consalvi, venu en France pour négocier le Concordat, et en présence d'une affluence immense. Alexandre Berthier, futur ministre de la Guerre. était parmi les spectateurs. Le -3 juin 1804, les eaux jouèrent devant les autorités du département, qui visitèrent les bosquets. Sous l'Empire, le Parc restauré était redevenu le théâtre des promenades de la Cour. Le 17 juillet 1811, l'Empereur, l'Impératrice et le Roi de Rome, porté sur les bras de sa nourrice, le visitaient en grand apparat. Napoléon décida alors qu'à partir du 5 mai les petites eaux joueraient le premier dimanche de chaque mois, de quatre à sept heures.

En 1850, Questel, architecte du Château, refit les deux grands réservoirs souterrains du parterre d'Eau, dont les voûtes s'effondraient, et en même temps il restaura les deux bassins de ce parterre et le bassin de Latone. Les réservoirs, dégradés et mal entretenus depuis longtemps, ne retenaient plus l'eau qui, en s'échappant, creusait le sol, le minait en tous sens, traversait les murs des terrasses et menaçait d'une destruction complète et prochaine toute la partie haute du Jardin, et avec elle tout le système hydraulique de Francine. On se rendra compte de l'intensité du mal en sachant que ces réservoirs contiennent 3,436 mètres cubes d'eau, et que, depuis vingt ans, ils se vidaient en six jours, tant leur maçonnerie était en mauvais état. C'était une rivière souterraine qui détruisait lentement, mais sûrement, le jardin de Versailles.

L'empereur Napoléon III donna à la reine d'Angleterre, le 25 août 1855, une grande fête de nuit au Château et dans le Jardin. Le feu d'artifice, qui représentait le château de Windsor, fut tiré au bout de la pièce d'eau des Suisses. Le 21 août 1864, une nouvelle fête de nuit fut donnée au roi d'Espagne. Le feu d'artifice fut tiré entre le bassin d'Apollon et la tête du Canal. Dans les intervalles, des feux de Bengale teignaient tour à tour en pourpre ou en vert clair les bosquets les plus

éloignés: la décoration était complétée par l'illumination de la façade entière du Château. Alphand en fut l'ordonnateur. ,__, En raison du mauvais état des arbres plantes en 1774, Questel, résolu à refaire la plantation en entier, procéda méthodiquement, bosquet par bosquet. Cette opération, commencée en 1860, fut terminée en 1881. Elle fut contrariée par le rude hiver de 1879-1880, qui vit périr beaucoup de beaux arbres.

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