HISTOIRE
En janvier 1688, Louis XIV fît son premier dîner au nouveau Trianon. pour la première fois en nombreuse compagnie. Fuis, les dîners se succédèrent, auxquels s'ajoutèrent les grandes collations, les soupers, les ballets, la comédie, l'opéra1 et les bals; mais, pour plus d'aise, le nombre deinvités fut toujours fort restreint. Le 7 février 1689, le roi et la reine d'Angleterre vinrent à Trianon.
En 1694 avril i, le Roi couchait à Trianon pour la première fois. Des appartements y furent préparés pour les membres de la famille royale. « Le premier gentilhomme de la chambre, dit Dangeau, le capitaine des gardes et le grand maître de la garde-robe en ont aussi. Les autres courtisans viendront faire leur cour aux heures qu'ils voudront, comme à Versailles. Toutes les dames y pourront venir faire leur cour depuis trois heures jusqu'au souper. Mme la Duchesse et Mme la princesse de Conti en nommeront chacune deux, qui y dîneront, y souperont et retourneront coucher le soir a Versailles. »
Quand Marly fut achevé, Louis XIV délaissa quelque peu Trianon, où il ne trouvait pas assez d'air, mais il y eut dealternatives de faveur. Toutefois, en 1707, Marly redevint la maison préférée; aussi son histoire est plus importante. Le plus souvent. Louis XIV venait se promener a Trianon et retournait aussitôt à Versailles, sauf quand avaient lieu les parties de gondole sur le Canal.
La princesse de Savoie vint, à Trianon pour la première fois le 12 décembre 1696, et, l'année suivante (17 décembre), il y eut, en Fhonneur de son mariage, une grande fête : le roi et la reine d'Angleterre y assistèrent, ainsi que Madame et toutes les princesses ; on servit dans la salle de comédie « une magnifique collation en corbeilles; ensuite, l'opéra
1 Thélis et Pelée, de Cotasse; Atys. de Quinault et Lulli; Enée et Lavinie, de Cotasse, dont Bérain lit les décors et les costumes. En 1695 ce tut le tour de la Galatée.
commença, qui était l'opéra d'Issé, dont le Roi fut fort content. Le spectacle fut fort beau ». (Dangeau.)
Un des grands plaisirs de ce séjour était les parties en gondole. On descendait l'escalier à double rampe près duquel aboutit un bras du Canal du Petit-Parc, et qui forme en quelque sorte, pour le palais de Trianon, comme la porte d'eau de ces palais qui bordent le Grand-Canal à Venise. Sur la terrasse du jardin, Louis XIV, dans la soirée du 16 juillet 1699, regardait embarquer Monseigneur, la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses.
Dangeau en fait le récit agréable :
Monseigneur étoit dans une gondole avec Mgr le duc de Bourgogne et Mme la princesse de Conty; Mme la ducbesse de Bourgogne étoit dans une autre avec des dames qu'elle avoit nommées ; Mme la duchesse de Chartres et Mme la Duchesse séparément dans d'autres gondoles. Tous les musiciens du Roi étoient sur un yacht. Le Roi fit apporter des sièges au haut de la balustrade, où il demeura jusqu'à huit heures à entendre la musique, que l'on faisoit approcher le plus que l'on pouvoit. Quand le Roi fut rentré au château, on alla jusqu'au bout du Canal, et on ne rentra au château que pour le souper. Le Roi avoit d'abord résolu de s'embarquer; mais comme il a quelque disposition a un rhumatisme, M. Fagon ne lui conseilla pas, quoique le temps fût fort beau. Après le souper, Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne se promenèrent jusqu'à deux heures après minuit dans les jardins et sur la terrasse qui est au haut de la maison; après quoi Monseigneur alla se coucher. Mme la duchesse de Bourgogne monta en gondole avec quelques-unes de ses dames, et Mme Ja Duchesse dans une autre gondole, et demeurèrent sur le Canal jusqu'au lever du soleil. Puis Mm0 la Duchesse s'alla coucher, mais Mme la duchesse de Bourgogne attendit que Mme de Mainlenon partît pour Saint-Cyr; elle la vit monter en carrosse à sept heures et puis elle s'alla mettre au lit sans paroître fatiguée d'avoir tant veillé. Mgr le duc de Bourgogne, qui étoit retourné à Versailles, veilla de son côté, se promena dans les jardins jusqu'au jour et puis alla jouer au mail jusqu'à six heures.
Dans les dernières années de son règne, Louis XIV ne lit plus à Trianon que de rares promenades ; la dernière eut lieu le il août 1715.
Pendant la Régence, Trianon fut abandonné. Louis XV enfant se plaignait au maréchal de- Villeroi de ne pas aller à Trianon. « Mon oncle, lui disait-il, me fait aller à Saint-