‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 15 sur 166 · LE VERSAILLES DE L01IS XIII · texte numérisé non relu

LE VERSAILLES DE L01IS XIII

vers 1655, qui présente la façade principale du cùté des jardins.

Dans l'estampe de Gomboust, on voit que cet édifice était formé d'un corps de logis à cinq ou six fenêtres, au fond d'une petite cour carrée dont deux cubes de bâtiments faisaient les côtés, et que fermait, du cùté de l'arrivée, un portique à sept arcades. Aux quatre angles se trouvaient quatre petits pavillons. La construction en était toute de pierre et de brique, assez semblable à celles du temps de Henri IV. Tout autour, un large fossé i fond de cuve, apparemment peu pourvu d'eau. Sur trois côtés du jardin, il était fortifié par une fausse braye ou basse enceinte, bordée d'une balustrade et servant de terrasse de promenade. A l'est, un pont-levis jeté sur le fossé communiquait avec une cour d'entrée à peu près carrée, fermée par une grille et, sur les eûtes, par deux bâtiments de communs, à l'endroit même où devait être la cour Royale de Louis XIV. grandement élargie plus tard; l'harmonie des trois couleurs, le rouge de la brique, le blanc de la pierre et le noir bleuté de l'ardoise, était très goûtée à celte époque.

Pendant longtemps, on avait attribué la construction du château de Louis XIII à Jacques Lemercier, que Richelieu devait désigner pour les travaux du Louvre. M. de Nolhac avait aussi partagé cette opinion, mais des travaux postérieurs la lui avaient fait rejeter comme ne s'étayant sur aucune preuve. Dans son important ouvrage La Création de Versailles, il arrivait à établir par induction que l'architecte véritable devait être Salomon de Brosse, l'auteur du palais du Luxembourg. Simple hypothèse d'ailleurs, aucun fait précis n'étant encore venu fonder une certitude.

Enfin, tout récemment, une étude qui semble être puisée à des sources sûres nous a fait connaître déGnitivement l'auteur de la « petite maison » de Louis XIII'. Son nom figure en toutes lettres dans les Comptes des bâtiments du Château, de 1631 a 1636. « C'est un architecte peu connu ou un maître maçon de la première moitié du xvne siècle, nommé Le Roy, dont on sait d'ailleurs peu de chose. »

'• Reçue de Paris 15 avril L909). L. Battifol, L'Origine du Château de

Versailtes.

La même étude nous révèle également l'auteur du parc de Louis XIII. Ce n'est pas, comme on le croyait. Jacques Boyceau, sieur de la Barauderie, qui était en 1624 « contrôleur général des jardins de toutes les maisons de Sa Majesté », mais bien son neveu, Jacques de Menours, qui lui succéda en qualité d' « intendant général des jardins du Roi », comme le prouvent un état de vingt articles et dix quittances pour « ouvrages par lui faicts au parc de Versailles ».

Si nous sommes bien renseignés sur ce qu'était extérieurement le château de Louis XIII, nous savons peu de chose de ses dispositions intérieures. Cependant, un document tout récent, d'une authenticité indiscutable1, a établi, d'une part, que l'appartement du Roi, au premier étage, était constitué par quatre pièces : le cabinet, la chambre, la salle et la garderobe; d'autre part, que tout à côté de cet appartement, dont ils n'étaient séparés que par la garde-robe, se trouvaient la chambre et le cabinet de son premier gentilhomme, Claude de Saint-Simon, le père de l'historien. Venaient, plus loin, différentes pièces affectées aux seigneurs qui approchaient le Roi. Il est probable que la chambre actuelle de Louis XIV correspondait à la salle de Louis XIII, et que la chambre et le cabinet de ce dernier durent être entre cette salle et l'escalier à vis. Lors de la célèbre Journée des Dupes, où les ennemis de Richelieu, la Reine mère en tête, avaient comploté sa disgrâce, le cardinal, mandé par le Roi, le 11 novembre 1630, fut logé au rez-de-chaussée, sous sa chambre, tout près d'un escalier dérobé. Est-ce l'escalier à vis qui existe encore et débouche près de la salle de l'OEil-de-Bœuf? Quoi qu'il en soit, cet escalier, dont parle Vittorio Siri-, donnait une communication secrète avec l'étage supérieur, non loin de la chambre du Roi. Cette pièce était occupée habituellement par le comte de Soissons ;.

Cet escalier est peut-être un témoin qui a survécu du temps

1 Ce document est un cahier l'inventaire Je l'iii teneur -et du mobilier du château royal de Versailles au moment de la Journée des Dupes. 11 a été découvert et interprété avec beaucoup de sagacité par le savant archiviste de Seine-et-Oise, M. Couard (1907).

8 Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, t. Ier.

3 Lu comte de Soissons, prince de la branche cadetle de Bourbon, était grand-mai tic de France ou chef de la Maison du Roi.

Page 1