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LE SALON D'HERCULE

Le salon Neuf on salon d'Hercule ne fut pas, à la vérité, une œuvre nouvelle, mais la continuation et l'achèvement des desseins de Louis XIV.

Quand la Chapelle définitive fut inaugurée, Robert de Cotte édifia sur l'emplacement de l'ancienne tribune royale une vaste salle de fêtes dont le vieux Roi avait approuvé les plans et vu le gros œuvre de maçonnerie.

Le salon d'Hercule ne fut terminé qu'en 1736. C'est un des plus parfaits modèles de l'art décoratif. Le marbre est encore le principal élément de l'ornementation. Dans cette salle de forme carrée, où six fenêtres qui se font face donnent toujours une pleine lumière, des placages de marbre blanc et vert revêtent les murs, dans l'intervalle des grands pilastres

1 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

2 En 1738, G. Coustou avait été chargé de faire pour le salon de la Guerre le bas-relief de Louis XIV passant le Rhin, qui devait remplacer le bas-relief en stuc de Goysevox, représentant Louis XIV à cheval, que l'on voit sur la cheminée de ce salon. Il est placé aujourd'hui au vestibule de la Chapelle.

mauves avec bases et chapiteaux ioniques1, de bronze et d'étain doré. A la base de la voûte, une grande corniche dorée repose sur une infinité de fines consoles également dorées, égayées de petites tètes d'enfanls; « entre ces consoles, sur un fond de marbre vert, il y a des trophées d'or, tour à tour guerriers ou pacifiques. Un immense cadre de bois doré, surmonté des armes de France et soutenu par des appliques de bronze ornées de mufles de lion, occupe toute la paroi du fond2 ».

Le sculpteur Antoine Yassé est l'auteur de tous les ouvrages de sculpture décorative en bronze et en marbre qui s'y trouvent (chapiteaux, cadres de tableaux, etc., 1732-1734). Les sculptures en bois et en stuc sont de Yerberckt, qui apparaît ici pour la première fois, ainsi que celles des deux portes placées à droite et à gauche de la cheminée, et les sculptures de la corniche. Les dorures sont de Desauziers. La cheminée est en marbre d'Antin.

Mais la beauté magistrale de ce salon est le plafond, qui a 18m,o0 sur 17 mètres. Il est l'œuvre de François Lemoyne, qui le peignit de 1730 à 1736, et qui lui valut le titre de premier peintre du Roi. Le sujet est l'Apothéose d'Hercule, que Le Brun avait songé à réaliser pour le décor de la galerie des Glaces. L'auteur d' Hercule amoureux d'Omphale, que le Louvre conserve3, était bien préparé à cette œuvre allégorique, à la fois sentimentale et morale : la Vertu, comme il le dit, élevant « l'homme au-dessus de lui-même », lui faisant surmonter « les travaux les plus difficiles et les plus grands obstacles », et le conduisant enfin à l'immortalité.

La composition de Lemoyne marque une date dans l'histoire de l'art français. Il rompt avec la tradition académique que Le Brun avait incarnée et dédaigne pour sa décoration les ornements de stuc, les compartiments et les cadres chers à l'art du xviie siècle, formé à l'école de la Renaissance italienne. Loin d'en surcharger son plafond, il demande tout son décor à la toile peinte, marouflée sur l'immense voûte.

1 Robert de Cotte négligea de se servir de « l'ordre français » de Le Brun, qui disparut définitivement.

2 A. Pératé. Versailles.

3 Galerie La Gaze.

Un auteur contemporain a remarquablement mis en lumière l'intuition géniale de cet artiste : « Pour mieux équilibrer ses figures lointaines aux profondeurs de l'azur, il imagine une sorte de grande balustrade en marbre blanc, sur laquelle il assied de blanches statues; une rampe et des cartouches dorés la font luire sur le ciel. Cette base nécessaire pour l'œil ne l'est pas moins pour le symbolisme de la composition ; les figures y expriment les vertus et les travaux d'Hercule. Au delà, nous sommes en plein ciel, dans un outremer lumineux où glissent des nuages blancs et rosés, tout peuplés de torses robustes et de blanches épaules; dieux et déesses, amours et nymphes, tous assistent à la montée du char d'Hercule, par-dessus les monstres et les Vices culbutés en avalanche, vers le trône où le père des déesses lui désigne sa fiancée et sa récompense, Hébé, couronnée de roses1. » Dans cette composition, à la fois libre et pondérée d'une belle couleur aérienne, « le rayon rose, dont Boucher usera et abusera peut-être, jette ici son premier éclat ». Et ce fut en même temps une date dans l'histoire de la peinture française, marquant le triomphe de Venise, c'est-à-dire de la lumière, du coloris, sur la tyrannie romaine et florentine, représentée par des maîtres de second ordre.

Il y a dans ce salon deux tableaux : l'un représente le Passage du Rhin; c'est un ancien modèle de tapisserie des Gobelins repeint en 1834, par Franque. Cette peinture a remplacé le Paul Véronèse représentant le Repas chez Siméon le Pharisien, aujourd'hui au Louvre. Le second tableau, au-dessus de la cheminée de Vassé, est un Louis XIV par Mignard.

C'est entre la cour de Marbre et la cour des Cerfs que Louis XV fit construire, comme une sorte de belle maison bourgeoise, une série de petits appartements où, affranchi de l'étiquette, il pouvait vivre en particulier. Là furent cons-

1 A. Pératé, Versailles.

truits aussi, sur la cour de Marbre, une suite de cabinets, el sur la cour des Cerfs, quatre étages de cabinets et de cuisines. A partir de 1738', les appartements de Louis XIV furenl transformés, et c'est bientôt après que la galerie Mignard et l'escalier des Ambassadeurs furent détruits.

Les nouvelles constructions comprennent :

1° Les appartements particuliers de Louis XV, refaits sur l'emplacement de ceux de Louis XIV :

-2" L'appartement de Madame Adélaïde, qui les continue, construit sur l'emplacement de la galerie Mignard et de l'escalier des Ambassadeurs;

3° Les petits cabinets du second étage sur la cour de Marbre et ceux de la cour des Cerfs,'

4° L'appartement des maîtresses, au second étage, audessus de ceux de Louis XV.

Parmi les sculpteurs en bois et en stuc, auteurs des ornements des lambris, des portes, des corniches et des voussures des plafonds, les Comptes des Bâtiments mentionnent : l'Anversois Verberckt, le plus important; Jules Dugoulon, Berja. Gerçais, Haize, Herpin, Magnonais, les Maurisant, Monthéant, Poulet et les Rousseau.

Les sculpteurs-fondeurs, ciseleurs, auteurs de bronzes dorés, sont : C.affiéiV-, Gobert, Le Blanc et Picault. Ajoutons encore : les doreurs Desauziers, Le Blanc et Gobert, qui ont fait de ces dorures inaltérables et si vives aujourd'hui; Héron, qui faisait les ouvrages de fer doré d'or moulu; Voisin, ébéniste, l'un des successeurs de Boulle; Martin, dont les vernis étaient déjà renommés3.

Nous allons examiner ces transformations en nous aidant des recherches si minutieuses et si méthodiques faites par M. de jN'olhac4.

1 D'après Piganiol de la Force {Descri(>tio?i de Versailles, 176 .

2 Les Caffiéri constituèrent une famille d'artistes qui se succédèrent sans interruption. Il s'agit ici de Jacques Caffiéri, né en 1678.

3 Registres des Bâtiments.

* De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

La Chambre à coucher de Louis XV (126).

Pendant la première partie de son règne, Louis XV se servit de la chambre à coucher de Louis XIV, mais la trouvant très froide, il la quitta en 1738 pour aller coucher clans le cabinet des Glaces ou du Conseil; toutefois, il continua de remplir dans l'ancienne chambre toutes les occupations qu'exigeait l'étiquette, et elle garda le nom de chambre du Roi, celle de Louis XV s'appelant nouvelle ou petite chambre. En réalité, la chambre que Louis XV occupa définitivement fut l'ancien cabinet du Billard, qui communiquait avec le cabinet du Conseil et faisait partie de cette série d'appartements de l'époque de Louis XIV connue sous le nom de cabinets du Roi. Ils aboutissaient, comme nous l'avons vu, à la Petite-Galerie et à l'escalier des Ambassadeurs.

La décoration est de même style que la salle du Conseil ; c'est le style Louis XV commençant et se dégageant avec grâce du goût plus sévère du style Louis XIV. Les bronzes dorés, les serrures, les espagnolettes, les verrous, les boutons de portes, les ornements de la cheminée sont ici, comme partout, d'une rare perfection de travail.

La décoration des boiseries est de Jacques Verberckt1. Certains détails en furent modifiés, le plafond a subi des retouches, mais les parties essentielles (trumeaux de glaces et principaux panneaux sculptés) sont restées. La frise du plafond fut refaite avec maintien de la menuiserie primitive, et l'ensemble de l'œuvre fut conservé.

Les balcons des fenêtres en fer forgé, jadis doré, sont encore ceux du temps de Louis XIV, avec son chiffre et la couronne. On remarque dans cette pièce, ainsi que dans beaucoup d'autres, un certain mélange de choses anciennes et nouvelles. Ici, les volets sont Louis XIV; le verrou de la porte qui va au salon des Pendules est Louis XVI; les panneaux de cette porte sont Louis XV, mais on les a entourés de cadres Louis XIV.

Sur les murs, sont trois belles tapisseries des Gobelins re-

1 Comptes des Bâtiments pour l'année 1738-1739, donnés par M. de- Nolhac [Le Château de Versailles sous Louis XV).

présentant des scènes de Don Quichotte. Au fond de l'alcôve, une porte ouvrait sur un petit cabinet aux fines boiseries. La cheminée, en griotte rouge, était ornée de cuivres dorés d'une fine ciselure. Une porte-fenêtre, fermée par une grille de fer cachée par la tapisserie de gauche, ouvre sur le balcon de la cour des Cerfs; elle permettait au Roi d'arriver librement à l'escalier des petits appartements et de monter aux étages supérieurs du Palais. C'est par là que passait Louis XV pour se rendre à l'appartement des petites maîtresses, dans les combles, à sa bibliothèque, ou pour aller faire sa promenade sur les toits. C'est par là que Louis XVI passera plus tard pour aller chez la Reine, par le passage du Roi.

Sous Louis XVI, la décoration ne fut pas changée (on ne refit en 1788 que le cabinet de la garde-robe ouvrant sur l'alcôve, qui est un fort bel ouvrage); la chambre de Louis XV fut respectée. Comme il était mort de la petite vérole, « on se borna à remettre un parquet neuf, à refaire le plafond lézardé, à lessiver et à gratter au vif les corniches et lambris, pour être blanchis, réparés et dorés ' ».

C'est dans cette pièce que se passa la dernière matinée de la famille royale à Versailles.

Le Cabinet du Conseil ou Cabinet du Roi 125) .

Cette pièce demeura ce qu'elle était sous Louis XIV, la pièce principale où presque tout se passait et aboutissait, et le spécimen le plus accompli du style de transition, représenté par Robert de Cotte. Les consoles de la corniche sont du Louis XIV pur, tandis que les lambris annoncent un goût nouveau.

Le Roi y travaillait avec ses ministres et y recevait, mais les audiences publiques étaient tenues dans la chambre du Lit2. Là avait lieu, dans les occasions solennelles, le défilé des gens de Cour, qui continuait chez la Reine et les divers

1 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

■ Pour les cérémonies demandant un nombreux concours de personnes, le salon de l'OEil-de-Bœuf, qui faisait généralement Toffice d'antichambre, devenait cabinet du Roi; d'autres pièces, comme le cabinet Ovale, pouvaient être transformées temporairement eu cabinet du Roi.

membres de la famille royale; on y faisait aussi les révérences à propos d'un grand deuil ou de la prise d'un tabouret.

« Ce cabinet, opposé à l'OEil-de-Bœuf, prenait jour par deux fenêtres sur la cour de Marbre; on l'appelait aussi cabinet des Glaces et chambre du Conseil. 11 communiquait, d'une part, avec la chambre du Roi ou cabinet du Billard, et de l'autre, avec le cabinet des Perruques ou des Termes, qui s'éclairait sur la cour des Cerfs et communiquait directement avec le cabinet du Billard1. »

Le cabinet des Perruques restait inaccessible à tous. Le gouverneur du Château, seul, était admis par tolérance à le traverser. En 1755, le cabinet du Conseil fut joint au cabinet des Perruques, où le Roi avait coutume de se poudrer (Luynes) ; « pendant qu'on exécutait les travaux, Louis XV coucha dans le cabinet de la Pendule ». Nous avons là, d'après M. de Nolhac, l'explication de la légende « cabinet du Conseil » que porte ce cabinet dans le plus ancien des plans de Blondel, désignation qui n'eut pas de durée.

Les Comptes des Bâtiments éclairent sur la construction et l'ornementation de la frise. En 1756, les travaux (dorures, glaces, bronzes) étaient terminés. Les artistes en furent : Verberckt, et surtout Antoine Rousseau-, pour la sculpture ; Pollevert, pour la peinture et la dorure; Le Blanc et Gobert, comme fondeurs et doreurs; Gamain l'aîné, pour la serrurerie.

Le Cabinet de la Pendule. — Grand Cabinet, Cabinet ovale (127).

Dès 1755, il fut tout décoré de glaces et de boiseries sculptées; c'est l'une des plus belles pièces des petits appartements. La cheminée est en brèche violette. Il prit le nom de

1 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV. — Il avait deux dégagements intérieurs qui permettaient au Roi d'aller directement au salon d'Apollon, où se trouvait le trône, et de là à la Chapelle. (Voir le plan de Blondel.)

'- Verberckl ne lit ici que des travaux secondaires (sans doute les écussons qui surmontent les deux grandes places, ou encore les portes à double vantail, qui sont d'un caractère sensiblement différent du reste de l'ornementation, étant identique aux portes de la chambre de Louis XI V . (De Nolhac.)

•cabinet de la Pendule, à cause de la pendule de Passemant, placée dans une boite de bronze doré (bronze de Caffiéri . Pendant les travaux de IT00-IT06, cette pièce « remplit, suivant les heures, l'office de chambre à coucher du Roi, celui •de cabinet du Conseil et celui de cabinet des Perruques ». La décoration est tout entière de Verberckt. Sur une console est un buste de Louis XV enfant, par Coysevox.

L'Antichambre des Chiens. — Le Petit Escalier du Roi 1 128 .

Cette pièce, qui s'ouvre sur le cabinet de la Pendule, constituée en 1738, succéda comme destination à la pièce du Billard, devenue la petite chambre à coucher de Louis XV. On l'a appelée aussi cabinet des Chasses, sans doute à cause de la magnifique frise de stuc représentant des scènes de chasse, mais le nom qui convient est V antichambre des Chiens. La chambre des Chiens fut repoussée dans les cabinets intérieurs du Roi. Ud escalier qui a occupé trois emplacements différents conduisait au vestibule de la cour de Marbre, escalier très important dans la vie du Roi, par où il descendait ordinairement pour monter en carrosse dans la grande cour, sans traverser tout l'appartement pour venir au degré de la Reine. Au bas, était une petite salle des Gardes1, près du vestibule. Cet escalier débouchait sur la cour de Marbre par un passage (salle n° 28) continuant au delà du premier étage; il donnait accès à l'appartement Du Barry2.

L'accès ordinaire aux appartements privés du Roi avait lieu par cet escalier à rampe de fer forgé qui nous est conservé; il a porté jusqu'à la fin, indépendamment du nom d'escalier intérieur ou d'escalier du Roi, le nom plus familier d'escalier des Chiens.

La Salle à manger (129> .

Dans cette pièce avaient lieu les soupers, notamment ceux qui suivaient le retour de la chasse. « On regardait l'honneur

1 C'est la salle portant le n° 27. C'est là que Louis XV fut frappé par Damiens.

2 Auparavant, l'accès ordinaire à l'appartement des maîtresses avait lieu par l'escalier de la Forge.

de souper clans ces cabinets comme égal à celui de monter dans les carrosses1. » (Luynes.) Les soupers plus intimesavaient lieu en haut, dans les « petits cabinets ». Ils commencèrent en 1738r pour Mme de Mailly.

La première salle à manger de Louis XV ne fut pas cependant cette salle L29 qui date de la fin du règne et paraît avoir été la pièce définitive. Etablie d'abord dans le cabinet d'angle2, elle fut transportée en 1751 dans la pièce des Bains, qui devait être transformée en salle à manger. Changée de nouveau en 1755, par une fantaisie de Louis XV, elle s'établit définitivement dans cette partie des cabinets où nous la voyons aujourd'hui. Le Roi dînait là, chez lui, avec ses filles et donnait à souper à Mme de Pompadour.

Plus tard, au moment de l'installation de MmeDu Barry à la Cour, une autre salle à manger, située à l'étage des cabinets, fut constituée dans une partie de l'appartement qui avait été retiré à Madame Adélaïde. Ce furent de a nouvelles salles à manger du Roi », mais la salle 129 conserva sa destination.

Le Cabinet d'angle (cabinet à pans) (130).

C'est aujourd'hui la salle 130, donnant à la fois sur la cour de Marbre et sur la cour Royale.

Jadis, ce cabinet communiquait avec celui de la Pendule par une porte ouverte au milieu de l'ovale de ce dernier, à l'endroit même où deux glaces sont aujourd'hui adossées3. Son ouverture sur le cabinet particulier du Roi (salle 131) était également au centre du panneau, où est aujourd'hui la cheminée.

Louis XV se tenait presque toujours dans cette pièce, à laquelle « une double exposition procurait une jolie vue ». Ce fut une sorte de cabinet intime. Il était d'abord tendu de tapisseries de damas cramoisi bordées de galon d'or, sur lesquelles étaient placés des tableaux des plus grands maîtres;

' Cité par M. de Nolhae. — Le même auteur fait connaître comment se réglaient les invitations.

2 De Nolhae, Le Château de Versailles sous Louis XV. — La salle à manger est dans le cabinet d'angle, dans le premier plan de Blondel.

3 Voir le plan de Blondel.

mais cette décoration changea en 1753 et fit place aux riches boiseries de Verberckt et de Pollevert (pour les dorures). Il fut alors un cabinet de jeu. Les remaniements qui mirent cette pièce en l'état actuel datent de 17oo.

La décoration est du plus beau style Louis XV, mais il se présente sous deux aspects qui ne semblent pas de la même époque; ainsi, les trophées musicaux, placés au-dessus de battants fort simples, sont sans doute d'Antoine Rousseau1,

L'Arrière-Cabinet (131).

Ce fut le passage commode qui permit à Louis XV de communiquer avec sa fille. 11 lui était non moins aisé de rejoindre de là ses petits appartements par un passage situé derrière les portes de glaces où aboutissaient d'étroits escaliers de service.

Cette pièce occupe l'emplacement du salon de ïOoale de Louis XIV, existant dans le premier plan de Blondel, qui disparut en même temps que la petite galerie de Mignard, en 17.j->. Cette date correspond aussi à la destruction de l'escalier des Ambassadeurs. Tout vestige de l'époque de Louis XIV disparut alors de ce côté.

Nulle pièce n'a subi plus de remaniements, et sous Louis XV, « dont l'inconstance est inouïe », et au commencement du règne de Louis XVI. Elle fut d'abord cabinet particulier du Roi, où se trouvait son grand et son petit bureau2. A gauche de la fenêtre est un réduit contenant la chaise percée et prenant sortie de l'autre côté sur l'escalier intérieur.

Le rayonnage pour des cartons, dans un encadrement de boiserie, existe encore.

Appartement de Madame Adélaïde.

L'appartement de Madame Adélaïde fut un des plus impor-

1 A la date de 1~60, Ant. Rousseau est porté cotutue ayant touché 1,600 livres. (De Nolhac.)

- « Louis XV y tenait ses papiers, y écrivait, ordonnait, recevait les dépêches. » (Blondel. Cité par M. de Nolhac.

tants du Château. Il était situé sur l'emplacement de l'escalier des Ambassadeurs et de la Petite-Galerie l.

Avant de s'y établir définitivement, la fille préférée de Louis XV avait occupé trois logements successifs : d'abord au rez-de-chaussée, dans la partie du corps du Château donnant sur le parterre du Nord et en retour sur le parterre d'Eau. Cet appartement faisait suite à celui de Mme de Pompadour et fut occupé plus tard par le duc et la duchesse de Penthièvre2. Elle fut transférée ensuite au premier étage, tout près des cabinets du Roi (salles 132-138), pour revenir ensuite au rez-de-chaussée, dès 1769, dans un emplacement à peu près identique à celui qu'avait occupé Mme de Pompadour3.

Madame Adélaïde s'installa dans les seconds appartements qui ont gardé son nom, le 23 novembre 1 753 4. Les recherches de M. de Nolhac ont établi qu'aucune de ces pièces n'est conservée telle qu'elle fût alors, sur aucun point de l'appartement présent, même le cabinet 132, dont la décoration était l'une des plus belles; il a ainsi relevé quelques erreurs, clans l'attribution de ces pièces, commises par Dussieux dans son ouvrage d'ailleurs si consciencieux.

Ce délicieux cabinet, dit aujourd'hui vulgairement cabinet de Musique, était le point de jonction avec l'appartement du Roi, qui pénétrait par là « chez sa fille, dont c'était visiblement la pièce de réception ». Il fut décoré par Yerberckt en 1753, et plus tard, en 1767, quand fut refaite toute la partie touchant à l'arrière-cabinet du Roi. C'est là que sont ces magnifiques trophées d'ustensiles de pèche et de jardin qui caractérisent la pièce.

Quand Madame Adélaïde passa définitivement au rez-dechaussée (1769), les appartements abandonnés du premier

- L'année 1752, où commença la démolition de cet escalier, est aussi celle de la mort de Madame Henriette. À partir de ce moment, Madame Adélaïde fut appelée Madame tout court.

- Il communiquait par un escalier dérobé avec le cabinet du Roi.

3 « On peut penser que le désir d'éloigner Madame Adélaïde de Mme nu Barry, logée au second étage, y entra pour quelque chose. » (De Nolhac.)

* Blondel en fait une description (avec plan en 1755). [Yoir le second plau de Blondel.)

étage servirent à augmenter les cabinets du Roi. L'ancienne chambre à coucher s'agrandissait et devenait un cabinet de jeu. La pièce qui servait de salle à manger devenait carrée et doublait presque d'étendue; ce fut la salle à manger principale de Louis XV. L'antichambre rétrécie formait un accès nouveau aux cabinets du Roi par les grands appartements, puisqu'elle s'ouvrait sur le salon de Vénus. Enfin, une deuxième salle à manger était installée clans la salle 137 (ancien cabinet des Médailles). Ce fut, dès 1765, l'extrémité de l'appartement du Roi1.

Le Cabinet des Médailles (137).

Dans ce cabinet, en 1684, Louvois fit transférer les médailles et les pierres gravées du Roi; elles y restèrent jusqu'en 1741, époque, à laquelle elles furent transportées à Paris. Cette pièce fut, non le cabinet; mais la première antichambre de l'appartement de Madame Adélaïde. Il servait aussi de buffet pour sa table; on l'avait utilisé comme loge d'acteurs aux représentations des cabinets, alors que le théâtre dirigé par Mme de Pompadour était dans la Petite- Galerie, et aussi, au témoignage de Luynes, quand un théâtre mobile fut construit sur le grand escalier des Ambassadeurs. Plus tard, il fut compris dans les « salles neuves du Roi ».

La salle 1 36 était aussi comprise dans cette pièce; c'était la salle de billard s'ouvrant à l'ouest sur l'escalier de Mesdames et servant aussi de salle des buffets k la salle à manger (salon des Porcelaines), pour les soupers des cabinets. Cette pièce fut aussi la salle de billard de Louis XVI.

La pièce 137 devient, à partir de l'installation des salles neuves, le salon des jeux. Elle a aujourd'hui trois entrées; elle est ornée de gouaches et d'aquarelles très curieuses de

1 Quant aux obscena qu'on prétend avoir existé au Château de Versailles et que Louis XV aurait fait mettre dans l'appartement de Madame Adélaïde. M. de Nolhac a fait justice (p. 86-87) de cette légende qui s'est établie, à une date relativement récente, au sujet de la salle 134, faussement désignée comme « salle à manger de Madame Adélaïde » et qui servait, sous Louis XVI, à l'exposition des produits de la manufacture de Sèvres, d'où lui vint le nom de salon des Porcelaines qui devait lui rester.

Van Blarenberghe. Elle avait été réduite à une seule issue. La communication a été rétablie avec le salon de Vénus et une porte se trouve ouverte sur la salle 138 qui contient la suite des Van Blarenberghe. La porte sur le salon de l'Abondance fut ouverte sous Louis-Philippe, ainsi que celle donnant sur la salle 138. Ainsi donc, la porte actuelle de la pièce occupant l'ancien cabinet des Médailles n'est point, comme on le croit, du temps de Louis XIV; ce n'est qu'un pastiche très habile de Nepveu, l'architecte de Louis-Philippe.

La Chambre de parade chambre de Louis XIV) (124).

La chambre de Louis XIV demeura la chambre officielle du Boi. L'étiquette y maintint toujours le lever, le coucher et les grandes audiences. Luynes donne un grand nombre de récits d'audiences se rattachant à la « chambre de parade ».

Son mobilier a été entièrement restitué sous Louis-Philippe, d'après les souvenirs personnels du Boi, qui se rappelait avoir assisté, notamment comme premier prince du sang, à la réception des Etats généraux sous Louis XVI. Toutefois, à défaut du mobilier, la décoration de la chambre est encore celle de l'époque Louis XIV. Mais Louis XV y a fait une retouche. Les deux cheminées actuelles remontent à lui. Sous Louis XIV, il n'y avait qu'une cheminée à droite, dans le mur du cabinet du Boi, en marbre ancien. Louis XV, souffrant du froid, fît faire une cheminée dans le mur du côté de l'OEil-de-Bœuf, en 4758. « Comme il fut impossible d'en assortir le marbre à celui qui existe déjà dans la chambre, on prit le parti de retirer celui-ci et de faire les deux cheminées semblables1. » (1761.)

En 1769, deux tableaux, le Saint Jean de Baphaël et le David du Dominiquin, se trouvaient encore de chaque côté du lit du Boi. Ce dernier est placé aujourd'hui au salon de Diane2.

A défaut d'authenticité, les meubles ne sont pas encore

' De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

2 La bordure de style Louis XVI, dont il est aujourd'hui entouré, n'a pas permis de le remettre dans la chambre de Louis XIV.

en trop grand désaccord avec la décoration, « où triomphe la France de Coustou ».

La Chambre de la Reine (115).

Cette pièce est restée, malgré de grands bouleversements, une des plus belles pièces du Château.

Sa décoration se compose de deux parties d'époque différente correspondant aux noms des deux grands sculpteurs décoratifs de Versailles : Verberckt et Rousseau.

En 1733, Marie Leczinska fit changer celle qui accompagnait le plafond peint par Gilbert de Sève, sous Louis XIV. pour la reine Marie-Thérèse. Les peintres Natoire et de Troy furent, l'année précédente, chargés des tableaux et dessus de portes qu'ils exécutèrent avec un talent supérieur. Ces deux œuvres sont encore en place1.

Au plafond, les compositions de Boucher, en camaïeux entourés de bordures chantournées ovales, représentant la Charité, Y Abondance, la Fidélité et la Prudence, sont de 1735. Elles occupèrent la place des anciennes peintures de Gilbert de Sève représentant des reines illustres de l'antiquité. De plus, une coupole s'élevant en perspective dans le haut du plafond, rempli par une mosaïque tournante garnie de roses fleuronnées, avait remplacé le Soleil accompagné des Heures, de De Sève.

La dorure de cet appartement ne fut refaite qu'en 17G4.

Marie Leczinska occupa toujours cette chambre. Elle y mit au monde dix enfants; elle y posa devant Nattier. Elle y mourut en 1768.

L'appartement de Marie Leczinska fut réparé par Gabriel pour Marie-Antoinette dauphine. 11 maintint les grandes lignes du plafond, c'est-à-dire l'encadrement des quatre Boucher. Quant aux sculptures, elles furent refaites entièrement

1 Le premier : tableau allégorique représentant la Jeunesse et la Vertu, qui présentent à la France les deux princesses, filles de Louis XV, Elisabeth et Henriette, nées jumelles en 1727.

Le deuxième : tableau allégorique représentant la Gloire qui s'empare des Enfants de France (il y a trois enfants, dont le Dauphin, né en 1729), « coloration chaude, vénitienne, peut-être la meilleure de l'artiste ».

par Antoine Rousseau, et l'aigle à deux tètes introduit dans les angles se rattache à la fille de Marie-Thérèse, dont la présence à la Cour de Versailles devint le gage vivant de l'alliance autrichienne.

Les deux sphinx qui sont à deux angles de la pièce tiennent la patte chacun sur une houle, portant, l'une, les armes de France, l'autre, celles de Navarre. On y voit un aigle à deux têtes, aux ailes éployées; au-dessus, deux Amours volent et soutiennent une couronne. Aux angles opposés, sont des lions couchés auprès d'un trépied supportant un double écusson aux armes de France et de Navarre, au-dessus duquel deux Amours soutiennent la couronne.. « Un enveloppement de draperies sculptées dissimule assez, bien l'arête de la voûte et donne leur parfait équilibre à cesgroupes d'œuvres et d'animaux. »

Les Cabinets de Marie Leczinska.

C'étaient primitivement les appartements du duc et de la duchesse de Bourgogne. Ils furent aménagés entre 4728 et 1730.

On les appela parfois « l'appartement du Bain de la Reine », complété par des entresols. Marie Leczinska s'y retira pour lire, peindre, méditer; elle y avait reçu les visites les plus intimes.

Par l'escalier tournant (l'escalier des Dupes), elle pouvait descendre chez le Dauphin.

Ces cabinets eurent leur forme définitive après les remaniements des années 1746 et 1747, par Gabriel, en même temps qu'on travaillait aux appartements du rez-de-chaussée, pour l'installation du Dauphin et de la Dauphine; Verberckt et Rousseau en furent les sculpteurs, ce dernier plus particulièrement dans la chambre des Bains.

Ce bel ensemble ornemental dont jouit Marie-Antoinette, pendant les premières années de son règne, fut transformé complètement sous Louis XVI, sauf la petite pièce étroite,, qui était le Boudoir, du cùté de l'antichambre du Roi.

Le Roi pouvait aller chez la Reine par des petites chambres. A côté de la première débouchait l'escalier tournant descen-

dant chez le Dauphin; la seconde était celle où se tenaient les femmes de la Reine.

Les petites pièces adossées au grand cabinet (oratoire, garde-robe, etc.), dont l'ornementation était remarquable, subirent aussi de nombreux remaniements l. L'une d'elles, le Laboratoire, ou cabinet des Chinois, servait à l'étude de la peinture de Marie Leczinska, qui peignait surtout des tableaux de dévotion pour des communautés religieuses.

L'Appartement du Dauphin.

Cet appartement fut successivement habité par le Grand Dauphin fils de Louis XIV, par le duc de Bourgogne, la duchesse de Berry, le Régent, le duc de Bourbon, enfin par le Dauphin fils de Louis XV, une première fois en 1736, et définitivement, lors de son second mariage avec Josèphe de Saxe, en 17 47 - . A partir de 1736, le Dauphin eut à Versailles trois appartements successifs.

La décoration, dont quelques détails ont échappé au vandalisme de l'époque de Louis-Philippe, fut l'œuvre de A'erberckt, Rousseau, Maurisant et Poullet. Le cabinet particulier de la Dauphine fut peint par le maître ornemaniste Peyrotte.

Les dessus de portes furent peints par Pierre, Aubert, Oudry, Naltier et Natoire. Boucher travailla pour la bibliothèque.

Dans la petite cour intérieure qui débouchait sous l'escalier de la Reine, on forma un petit jardin de terre rapportée orné de rocailles et clos de treillages; un escalier fut fait pour établir la communication avec l'appartement du Roi (1747). Il se trouve souvent mentionné.

1 Des restes de la gracieuse décoration du Boudoir ont été découverts en 1894, malheureusement en partie détruits par le badigeon dont ils avaient été couverts sous Louis-Philippe. Le procédé de peinture est des plus curieux". « C'est évidemment le seul exemple qui demeure a Versailles de ces cabinets décorés en vernis Martiu, dont il est si souvent question dans les dossiers des Bâtiments. » De N'olhac.)

2 Lors de leur premier mariage 23 février 1743), le Dauphin et la Dauphine, Marie-Thérèse, infante d'Espagne, avaient été installés au premier étage de l'aile des Princes. Le rez-de-chaussée passa à Mesdames Henriette et Adélaïde en 1744.

12i LE CHATEAU DE VERSAILLES.

A la mort du Dauphin, en 1765 (20 décembre), à Fontainebleau, le Roi décida que l'appartement serait réservé au duc de Berry; sa veuve, Marie-Josèphe, en reçut un plus près du Roi.

L'accès dans l'appartement du Dauphin avait lieu par la cour de Marbre, presque en face l'entrée particulière du Roi.

La porte donnait clans la salle des Gardes (salle 34), à l'intérieur de laquelle il fallait descendre quelques marches1.

Là aboutissait une petite antichambre correspondant aujourd'hui k la partie méridionale de la salle 33 (dite des nouvelles acquisitions du Musée2).

La deuxième antichambre (salle 50) donnait sur la terrasse du parterre d'Eau. Les chambranles des portes et fenêtres sont de l'époque et du style Louis XIV; on y voit aussi une corniche de pierre sculptée (enfants montés sur des lions), belle œuvre de Rousseau.

La chambre à coucher (salle 49) est une des trois pièces qui, sous Louis XIV, avaient servi de cabinets au Grand Dauphin. (Il occupa aussi les salles 48 et 50.) De cette pièce, qui avait servi de cabinet de travail au Régent3, le fils de Louis XV fit un cabinet d'études. La salle 50 resta le cabinet des Glaces (La Martinière). Ce n'est qu'à la seconde installation du Dauphin que la salle 49 devint chambre à coucher (1747). Jusqu'à cette époque, la chambre à coucher restait sur l'emplacement des deux cabinets 46 et 47, comme au temps du Grand Dauphin.

On y a placé depuis quelques années plusieurs portraits du xvme siècle, entre autres celui de Louis de France par Natoire. Elle fut agrandie et entièrement refaite. Elle conserve de beaux détails décoratifs. Les portes dorées, les fenêtres, plusieurs étroits panneaux d'angle, la large frise en partie dorée, « où des divinités mêlées à de petits amours s'ébattent dans les rocailles », tout cela est intact. Huit cartouches

1 Nous avons dit que le niveau intérieur était alors sensiblement audessous de la cour de Marbre. Elle tut malencontreusement baissée sous Louis-Philippe.

s Le valet de chambre Binet occupa le reste de la salle et une partie de la galerie Louis XIII.

3 Le Régent y mourut subitement, le 2 décembre J 723.

avec bas-relief mythologique s'ébattent sur cette frise, ceux des angles étant soutenus par des coqs dorés aux ailes éployées. Trois grandes glaces étaient dans la pièce, le quatrième cùt'; ayant son grand lit derrière son balustre. Une de ces glaces, sculptée par Yerberckt, est en place derrière la fenêtre; c'est une des plus belles de Versailles.

Les bordures au-dessus des portes semblent celles qui encadrent les mythologies peintes par Pierre. Le morceau capital est une œuvre de ciselure.

La cheminée (rouge-campan), d'après un modèle de Yerberckt, est décorée de merveilleux bronzes dorés de Jacques Caffiéri. Au centre est une coquille accostée de rocailles. Aux montants sont fixés deux termes; la gaine fleurie enserre à mi-corps deux élégantes et jeunes figures (Flore et Zéphire) tenant des fleurs.

Le grand cabinet du Dauphin (salle 48 était à l'angle du Château, sous le salon de la Paix, éclairé par six fenêtres. Cette pièce servit plus tard de cabinet à Louis XVI et au comte de Provence. Somptueusement décoré par Yerberckt. dont l'œuvre est aujourd'hui réduite à peu de chose, il fut entièrement dénaturé sous Louis-Philippe. « Les panneaux de l'ébrasement des fenêtres, les volets, les chambranles, quelques beaux cuivres surtout, dont ceux de modèle Louis XV doivent être attribués au ciseleur Le Blanc, voilà les débris qui représentent l'état d'autrefois1. »

Des restaurations récentes y ont été entreprises sous la direction de M. de Nolhac, qui ont permis d'utiliser des panneaux anciens, de beaux cadres de dessus de portes et un marbre de cheminée conservés en magasin. On y a aussi rétabli une frise de plâtre d'un bon style, qui est le moulage de celle d'une salle qui faisait pendant à l'autre angle du Château (cabinet de Madame Victoire), œuvre de Yerberckt.

A côté du grand cabinet, sur le parterre du Midi, était le cabinet particulier ou bibliothèque du Dauphin \ salle 47 . A la frise sont des enfants musiciens et, en médaillon, des figures d'anges jouant de l'orgue et du violon. Le Dauphin, qui aimait beaucoup la musique, eut un moment l'idée de faire

1 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

transporter chez lui un cabinet d'orgue; le projet fut abandonné et l'orgue offert à l'Eglise, à Saint-Louis. Cette salle est aujourd'hui en voie de restauration.

Les Appartements de Madame Josèphe de Saxe.

Mariée au Dauphin le 9 février 1747, Marie-Josèphe a occupé jusqu'à quatre appartements successifs : d'abord, une partie du premier étage de l'aile du Midi, auprès de l'appartement du Dauphin; quelques mois plus tard, un appartement fait pour elle au rez-de-chaussée, au-dessous de celui de la Reine. Hors des morceaux importants du petit cabinet 46, il ne reste dans les boiseries presque rien qu'on puisse rattacher à l'époque de cette princesse (quelques volets et les cuivres fort beaux des fenêtres).

Les pièces, actuellement transformées, ont reçu, lors de la création du Musée, des portraits d'amiraux, connétables et maréchaux, « représentations presque toutes apocryphes et destinées, dans le remaniement général commencé, à céder la place à des œuvres du xviue siècle1 ».

La salle 42 du Musée était la première antichambre de la Dauphine; elle servait de passage entre le péristyle de l'escalier de la Reine et les jardins, grâce au perron descendant au parterre de l'Orangerie.

La salle 43 était la seconde antichambre, ouvrant au bas de l'escalier de la Reine.

Le grand cabinet (salle 44) n'a pas changé de forme, ni la chambre à coucher (salle 45), qui est celle où sont nés Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Ce fut la chambre de Marie-Antoinette, à son arrivée, jusqu'au moment où elle alla occuper, les réparations finies, l'appartement royal du premier étage.

Le petit cabinet (salle 46) qui suit la chambre a conservé sa corniche et quelques panneaux sculptés de chaque côté des portes et dans l'ébrasement de la fenêtre. Le mobilier avait été verni par Martin. Quatre paysages d'Oudry étaient placés dans les boiseries.

' De Nolhac. — Ces remaniements sont sur le point d'être terminés.

A la mort du Dauphin, sur le désir de Marie-Josèphe de quitter ses appartements, le Roi lui donna l'appartement du rez-de-chaussée qui avait servi à Mme de Pompadour (1766). Provisoirement, elle fut logée dans la partie des appartements du Roi qui avait servi à Mme Du Barry (les petits cabinets).

Les Appartements de Mesdames.

Ceux-ci, variables au gré des événements de la Cour, sont assez difficiles à suivre.

En 1738, quatre filles de France avaient été envoyées à Fontevrault. Les trois aînées, Mesdames Henriette, Elisabeth et Adélaïde, restèrent à la Cour.

Après le mariage de Madame Elisabeth avec l'infant d'Espagne en 1739, les deux autres occupèrent seules le vaste appartement du premier étage de l'aile des Princes (galerie des Batailles).

En 1744, elles abandonnèrent l'aile au Dauphin, à l'occasion de son prochain mariage, et lui succédèrent au rez-dechaussée.

En mai 1746, en prévision des couches de la Dauphine, elles sont transportées provisoirement au rez-de-chaussée de l'aile des Princes.

A la fin de 1747, après la mort de la première Dauphine et le second mariage de leur frère, elles ont un appartement d'apparence définitive, celui qu'elles avaient déjà occupé au premier étage de l'aile des Princes. Elles y furent rejointes par leurs plus jeunes sœurs, sorties de Fontevrault, Madame Victoire en 1748, Mesdames Sophie et Louise en 1750.

La mort de Madame Henriette (10 février 1752) provoqua le projet d'installation de Madame Adélaïde à coté des cabinets du Roi. En 1753, après avoir quitté l'installation provisoire qui lui avait été faite l'année précédente au rez-dechaussée, tout près de Mme de Pompadour, elle s'installait au premier étage, dans le bel appartement qu'elle devait garder jusqu'en 1769 et dont Verberckt fut le principal décorateur.

Ce rez-de-chaussée fut alors aménagé pour Mesdames cadettes. La pièce d'angle (salle 54), qui avait été le salon de la comtesse de Toulouse, « si important dans l'histoire anecdo-

tique de Versailles ». a conservé une partie notable de sa décoration1, œuvre de Verberckt, qui en sculpta les boiseries vers 1763, et qui fut remise à neuf vingt ans plus tard. En 1767, dans l'appartement de Madame Sophie et des petites Dames (Clotilde et Elisabeth), sœurs du Dauphin qui fut Louis XVI. la décoration sculpturale fut dirigée par Rousseau et menée vite à terme, malgré la pénurie du Trésor2.

L'année suivante, ce fut le tour de l'appartement de Madame Louise, la plus jeune des filles du Roi, qui devait se faire carmélite deux ans plus tard 1 11 avril 1770) et dont le départ amena une distribution nouvelle des appartements de Mesdames. A ce moment commence une nouvelle phase dans l'histoire intime de la Cour. C'est l'époque où les filles de Louis XV accaparent Marie- Antoinette dauphine, comme elles combattront ensuite Marie-Antoinette reine.

Sur l'emplacement du grand péristyle fut pris l'appartement de Madame Sophie. Il comprenait quatre pièces, dont la dernière i pièce des Nobles), à l'extrémité nord, remplaça la chambre à coucher de Madame Louise3.

Les Petits Cabinets.

On appelait ainsi, comme nous l'avons vu, les parties intérieures de l'appartement du Roi situées au-dessus de ses ■cabinets du deuxième étage. Remaniés plusieurs fois, ils ont eu deux et jusqu'à trois étages superposés; vrai dédale de passages, de dégagements, d'escaliers de toutes formes.

Il ne reste plus aujourd'hui que l'étage à la hauteur des ■combles de la cour de Marbre et le cùté ouest de la cour des Cerfs, le seul des quatre côtés de cette cour qui soit demeuré -à peu près intact.

1 Ce n'est pas cependant celle qui existait en 1753 et dont BloDdel vante la « magnificence ». Jacques Caffiéri travailla aussi pour ce beau ■salon.

5 Le manque de fonds faisait trop souvent attendre, pour ces grands artistes, un argent bien nécessaire, comme il résulte de la correspondance de Luynus à M. de Marigny. (Voir De Nolhac]

3 Le vestibule à colonnes sur la cour de Marbre est en partie une bibliothèque de Madame Sophie, à cùté de laquelle est un cabinet du ■tour. Il ne reste aucun vestige de ces ameublements.

La cour des Cerfs, définitivement défigurée par les démolitions de Questel, en 1855, était le centre des cabinets du Roi (premier étage) et des petits cabinets (étages supérieurs). Elle devait son nom au grand nombre de tètes de ces animaux, sculptées et coloriées avec soin, et « dont les bois seulement étaient naturels ». Cette décoration datait de 1723, époque où commencèrent les travaux de modification du Versailles de Louis XIV.

Les petits cabinets se développaient aussi sur la seconde cour, plus étroite que la cour des Cerfs, et, plus tard encore, sur celle qui occupe une partie de l'emplacement de l'escalier des Ambassadeurs.

Ils communiquaient avec les appartements du Roi par l'escalier de la Forge, un escalier à tourelle à l'angle nordest de la cour des Cerfs après 1732, V escalier du Roi (des Chiens) après 1755.

Les petits cabinets jouèrent un rùle important dans la vie de Louis XV. Il y avait sa bibliothèque,- son tour, ses cuisines, ses distilleries, ses offices, ses confitureries, une salle de bains et... des volières. A partir de 1722, il fit travailler à ces « réduits délicieux », et cela dura jusqu'à la fin de son règne. Les dépenses y furent énormes. « Ces nids à rats » coûtaient plus cher que les grands bâtiments de Louis XIV1.

Les principales pièces, la Bibliothèque et la petite galerie, étaient situées au deuxième étage. La Bibliothèque donnait sur la cour des Cerfs; l'ornement des boiseries fut encore l'œuvre de Verberckt, et pour les sculptures en bronze, celle de Caffiéri. Elle était contenue dans plusieurs cabinets2.

La petite galerie d'en haut doit être distinguée de la petite galerie du premier étage qui a duré jusqu'en 1732 et de la petite galerie de la Bibliothèque. Elle se trouve sur tous les plans de la seconde moitié du xvme siècle, sans indication de

1 Réflexion de l'architecte Robert de Cotte rapportée par d'Argenson.

2 La première pièce de la bibliothèque du Roi date de 1727... Uue autre est mentionuée connue faite en 1761, « qui s'éclairait par trois lucarnes dans les combles de la cour de Marbre »... Cette seconde bibliothèque est sur l'emplacement de celle qui existe encore; elle n'a, en somme, été que peu modifiée sous Louis XVI et sous Louis-Philippe, et jusqu'à la fia du second Empire, on y a vu la Bibliothèque du Château. (De Nolhac.)

la date de sa création. Elle existe encore à peu près intacte. Une partie fut comprise plus tard dans les appartements de Mme Du Barry.

Rousseau l'avait décorée de dorures ; les lambris avaient été peints de différentes couleurs tendres appliquées avec un vernis particulier. De nombreux tableaux y représentaient des chasses d'animaux1. Sur la petite galerie s'ouvrait un cabinet vert qui servait de salon de jeu. Cette pièce fit. en 1742, un salon pour le petit appartement de Mme de Mailly qui était très voisin.

Les soupers des petits cabinets avaient lieu, tout près de ces pièces, dans une salle à manger assez grande, ornée d'un De Troy et d'un Lancret. Un cuisinier spécial faisait la dépense. Ils avaient lieu les jours de chasse, et le petit nombre des convives en faisait une faveur très recherchée auprès de Mme de Pompadour.

Plus tard, ces soupers eurent lieu dans une salle à manger du premier étage, « de niveau à l'appartement du Roi », achevée en 1755 2.

Dans les petits cabinets du deuxième étage, Louis XV était absolument chez lui. « C'était le coin de Versailles qu'il s'était réservé de préférence, qu'il disposait à son goût et où il aimait à vivre, sur de n'y être jamais dérangé. Néanmoins, l'accès en était facile des cours intérieures qui, desservant les appartements du rez-de-chaussée, étaient à peu près publiques; on pouvait s'introduire aussi par l'escalier qui montait à l'attique des grands appartements. Le fait se produisit plusieurs fois3. »

Sous Louis XVI, ce terme de petit cabinet s'applique, sans distinction d'étages, aux pièces réservées de l'appartement du Roi. Les soupers d'hiver, où ce roi réunissait toutes les dames de la Cour et tous les grands du royaume, avaient lieu dans le salon des Porcelaines (salle 134) et dans la salle de l'ancien cabinet des Médailles.

1 Ils étaient signés De Troy, Boucher, Vanloo, Parrocel et Lancret.

2 Elle est mentionnée sur le plan de Blonde!.

3 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

Les Appartements des Maîtresses.

M. de Nolhac a relevé les erreurs nombreuses circulant sur cette partie du Château. Nous n'avons qu'à suivre fidèlement un tel guide.

L'appartement de la première maîtresse, Mme de Mailly, fut établi sur la cour Royale, au-dessus de la petite galerie du premier étage et des deux salons qui la terminaient. On y accédait par un des escaliers intérieurs des cabinets du Roi1. « L'ensemble du logement est tout à fait distinct de celui de Mrae Du Barry, sauf la première pièce qui lui avait été adjointe pour servir de bibliothèque. »

L'appartement de la seconde maîtresse, la duchesse de Châteauroux, plus important, fut accommodé dans une partie différente du Château. Presque tout l'attique sur les grands appartements du Roi (appelé quelquefois plus tard attique de Richelieu2) fut en grande partie occupé par elle, par sa sœur et le mari de sa sœur, M. et Mrae de Lauraguais3. Ensuite, Mme de Pompadour, maîtresse déclarée, prit la succession de ce grand appartement.

Quant à l'appartement des « petites maîtresses », ce fut l'ancien logement de Mme de Mailly, dans l'aile de la Chapelle (aile neuve de Gabriel). Le valet de chambre de Louis XV, Lebel, habitait cette aile comme concierge du Château. 11 avait succédé à Bachelier en 175-4*.

Les deux Appartements de Mm" de Pompadour.

Mme de Pompadour avait séjourné un instant, n'étant pas encore maîtresse déclarée, dans le petit appartement de Mme de Mailly.

Revenue à la Cour comme maîtresse déclarée et avec le titre de marquise, présentée au Roi parla princesse deConti,

1 A peu près l'ancien appartement de M. et de Mme de Mau repas. - Parce que le maréchal de Richelieu y habita (aujourd'hui l'attique du Nord).

3 Mme d'Antin, délogée, fut transférée à la galerie des Princes (1743). ' Six petites pièces avec entresol. (Voir plan de Blondel.)

elle alla occuper à l'attique le bel appartement de Mme de Châteauroux.

En 17-49, elle descendit au rez-de-chaussée1. « Par un hasard singulier, cet appartement de l'attique est presque entièrement conservé. C'est celui-là même qu'une fausse tradition du Château faisait désigner jusqu'à ce jour comme l'appartement des « petites maîtresses » ... Composé d'un cabinet, d'une salle à manger où est un petit réchauffoir dallé de marbre, d'une chambre à coucher « remarquablement intacte2 », décorée par Verberckt, comme la salle à manger. » Bien qu'elle eût à sa disposition un « fauteuil volant », sorte d'ascenseur dont les plans sont conservés, Mme de Pompadour préféra venir au rez-de-chaussée, dans la partie du Château jusque-là réservée aux princes du sang. Sa faveur était telle que ce désir fut exaucé. Elle vint habiter l'ancien appartement des Bains, alors occupé par la comtesse de Toulouse et M. de Penthièvre, et que son oncle Lenormand de Tournehem, directeur général des Bâtiments, avait fait remettre à neuf. Luynes donne à ce sujet les renseignements les plus détaillés. Il décrit dans ses Mémoires la lutte qui avait éclaté entre elle et les filles de Louis XV pour sa possession. La favorite s'y installa, en 1750, jusqu'à sa mort (14 avril 1764).

L'Appartement de Mmo Du Barry.

jyjme j)u Barry fut la première maîtresse de Louis XV qui habita l'appartement du premier étage au-dessus des cabinets du Roi. C'était, nous l'avons vu, la partie des petits cabinets où se donnaient les soupers des jours de chasse et dont la pièce principale était la petite galerie. La seconde Dauphine, Josèphe de Saxe, y habita les derniers mois de sa vie jusqu'à sa mort (13 mars 1767).

1 L'appartement de l'attique fut habité successivement parles d'Aven, le maréchal de Richelieu et Mme de Talmont, le prince de Montmorency, premier écuyer, le duc de Noailles. Sous Louis XVI, par la princesse d'Hénin, le comte de Maillé, le maréchal de Noailles, capitaine dos ■ gardes.

2 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV.

Jusqu'à sa présentation officielle1, et même quelque temps après, Mme Du Barry avait habité chez Lebel, au rez-dechaussée de la cour Royale; elle fut installée, en 1770, dans l'attique au-dessus du Roi, c'est-à-dire dans les petits cabinets, où elle commença à recevoir la Cour; mais une partie fut reprise par Louis XV pour ses bains et ses soupers de cabinet2; alors disparut la petite galerie d'en haut « qui fut divisée en deux pièces ». Les pièces destinées aux soupers et au jeu furent reportées au premier étage, dans les pièces que dut abandonner Madame Adélaïde.

• Ainsi, l'appartement de Mme Du Barry était au-dessus de celui du Roi et au cœur de ses propres petits appartements3. » Comme les ressources manquaient, elle ne put faire dorer que la bibliothèque et le grand cabinet. Mais la pénurie d'argent était grande, les travaux restaient en souffrance, les sculpteurs n'étaient plus payés; cependant, la ténacité de la favorite' triompha des obstacles, et, en 1770, l'année de l'exil de Choiseul, elle obtint de la dorure partout. Des bains luxueux furent ajoutés, « un mobilier d'une élégance incomparable ornait ces pièces aujourd'hui vides et abandonnées4 ».

Quand Mme Du Barry dut quitter Versailles, le A mai 1774, on partagea son appartement entre le comte de Maurepas et Thierry, premier valet de chambre du Roi.

Les Bains de Louis XV.

C'est un morceau encore intact de la décoration intime de Versailles, conservé au premier étage.

Ce cabinet, fort remarquable et peu connu, décoré par Antoine Rousseau, est désigné par erreur sous le nom de salle des Bains de Madame Adélaïde.

Il date de 1770. Louis XV a eu ses bains successivement en

1 22 avril 1769.

2 La première donnant sur la cour des Cerfs, la seconde sur la cour Royale.

3 De Nolhac, Le Château de Versailles sous Louis XV. * lbid.

des parties différentes de ses cabinets : d'abord au premier étage (1732-1742), plus tard au deuxième étage, dans l'appartement où vient de mourir la seconde Daupbine et que devait occuper Mme Du Barry.

Justement au moment de cette installation, Louis XV fit disposer ses bains dans l'appartement que Madame Adélaïde abandonnait au premier étage. Ils en occupèrent l'arrièrecabinet1.

1 M. de Nolhac a publié quatre panneaux de cette pièce dans la Gazette des Beaux- Arts, février 1898.

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