CHAPITRE Y
LES TRANSFORMATIONS INTÉRIEURES DU CHATEAU SOUS LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE 1770-1789)
Nous voici sous Louis XVI. D'autres aménagements vont avoir lieu, aussi bien dans les appartements' particuliers accordés par le Roi que dans les appartements royaux.
Les temps ont bien changé depuis Louis XIV. La noblesse ne met pas le même zèle à venir loger à la Cour; peu à peu, elle s'en est éloignée et il ne reste plus guère au Château que les personnes qui touchent par quelque cùté aux charges de la Cour et à !a maison des princes1.
Mais ces charges restaient très recherchées, et, tant que durait le service, les seigneurs titulaires, quittant leurs hôtels particuliers, venaient habiter « les combles du Château ». L'animation était toujours considérable à travers cette multiplicité inextricable de galeries, de corridors, de petits escaliers et d'appartements, vrai labyrinthe où il fallait «une grande habitude pour s'y reconnaître, et bien des petites villes n'avaient pas la population du château de Versailles2 ».
L'appartement de JJme Du Barry, dans l'attique au-dessus des appartements du Roi, fut occupé sous Louis XVI par le duc de A'illequier (partie ouest, sur la cour des Cerfs) et
1 En 1756. il y avait 226 appartements de maîtres dans le Château, d'après les évaluations de Blondel, non compris ceux du Roi, de la famille royale. Vers 1781, ce chiffre est tombé à ISS. (Voir De Nolhac, Le Château de Versailles au temps de Marie-Antoinette.)
2 D'Hézecques, Souvenirs d'un page de la Cour de Louis XV.
M. et Mme de Maurepas (partie est), qui furent remplacés en 1789 par le duc de Brissac, capitaine des Cent-Suisses1.
Madame Adélaïde occupa jusqu'en 1789 l'appartement que son père lui avait destiné au rez-de-chaussée2; mais elle habitait, avec Madame Victoire, souvent la petite maison de l'Ermitage que Louis XVI leur avait donnée.
Les petits appartements de la Reine, situés au rez-dechaussée, entre la cour de Marbre et le parterre d'Eau, furent conservés par Marie-Antoinette jusqu'en 1789. Madame Sophie, qui les avait occupés, y mourut le 3 mars 1782. Il y avait douze pièces avec quatre entresols. C'était l'emplacement de la galerie Louis XIII et de la galerie basse actuelles3. Ils étaient prolongés, du côté nord, par l'appartement de Madame Victoire, et au midi par celui de Monsieur. La salle 52 était une antichambre commune à Madame Victoire et à Madame Sophie, et s'ouvrait, d'un côté, sur la seconde antichambre de Madame Victoire 'salle 53), de l'autre, sur celle de Madame Sophie: appelée aussi « salle des Nobles » et placée dans la partie nord de la galerie Louis XIII. Sur l'emplacement de la même galerie (galerie basse), on trouvait successivement le grand cabinet de Madame Sophie, sa chambre à coucher avec sa garde-robe, puis son cabinet particulier.
Toutes ces pièces donnaient sur la terrasse ; un long couloir les séparait de la Bibliothèque, d'une petite « salle de tour » et d'une salle de bains, qui donnaient sur la cour de Marbre. De ce côté, un escalier montait à la chambre du Roi. Restait un logement pour la première femme de chambre, qui avait vue sur la cour des Cerfs.
Il y avait enfin des entresols pour le service, à la hauteur du passage du Roi (salle 30j pris en 1775 et qui faisait communiquer secrètement les appartements du Roi et de la
1 II devait être égorgé à Versailles, dans la journée du 9 ?eptembre 1792.
2 II ne faut pas le confondre avec les pièces ehai-tuantes si visitées aujourd'hui et qui entourent, au premier étage, la petite cour du Dauphin; « ce sont là, pour employer le langage exact, les cabinets des grands appartements de la Reine ». (De iNolhac.)
s Salles ol-o2, 30-32.
Reine. Marie-Antoinette occupa cet appartement dès la mort de Madame Sophie (1782), principalement la partie donnant sur la cour de Marbre. « Se trouvant à l'étroit dans les cabinets de la cour du Dauphin, sans air et sans lumière, elle saisit l'occasion de se créer un véritable petit appartement dans une partie plus gaie et mieux située du Château », et commença par y installer sa fille, Madame Royale. C'était en 1783. Plus tard, elle eut auprès d'elle le Dauphin, qui vint occuper l'appartement du rez-de-chaussée que Monsieur quittait pour le pavillon de Provence1.
Les petits appartements ont disparu sous Louis-Philippe, au moment de l'aménagement du Musée, et c'est grand dommage que la décoration en ait été détruite. « Il y avait des morceaux d'art décoratif de premier ordre, si l'on en juge par ce qui nous reste des pièces faites pour Marie-Antoinette, à Versailles, à Trianon ou à Fontainebleau-. »
Les cabinets de la Reine furent occupés par Marie-Antoinette dauphine en septembre 1770. Ils occupaient l'emplacement des petits cabinets de Marie-Thérèse, du duc et de la duchesse de Bourgogne et de Marie Leczinska. La destination et la décoration des pièces furent entièrement nouvelles. L'ornementation, merveille de goût et d'élégance, est l'une des plus belles œuvres de l'art décoratif français. Le cabinet ou salon de la Reine est un admirable spécimen de l'art de l'époque. « Le vantail de la porte ouvrant sur la Bibliothèque verte est particulièrement remarquable. Toutes les boiseries sont décorées de sculptures dorées, d'un dessin et d'un goût excellents... La cheminée en griotte rouge est ornée de cuivres ciselés et dorés; au fond de la pièce est une petite alcôve, toute revêtue de glaces, destinée à l'emplacement du canapé. Les cadres des glaces ont des bordures en bois sculpté et doré représentant des fleurs. Seuls, les cuivres dorés des fenêtres sont du temps de Marie Leczinska3. »
1 C'est à ce moment que la Reine put établir, dans la partie de la salle 33 qui touchait au vestibule Louis XIII, une nouvelle salle de bains, beaucoup plus grande que celle qu'elle avait dans les cabinets.
2 De Nolhac, Le Château de Versailles au temps de Marie-Antoinette, 1770-1789 (1889).
3 Dussieux, Le Château de Versailles, t. II. — « Le cabinet de la
La Bibliothèque verte, dont les armoires vitrées sont actuellement recouvertes de rideaux de soie bleue, avait été la chambre de bains de Marie Leczinska ; elle était attenante à la chambre de la Reine. C'était l'ancienne pièce des femmes de chambre1. Elle n'offre rien de remarquable aujourd'hui; Marie-Antoinette lisait fort peu. « Hors quelques romans, dit Besenval. elle n'a jamais ouvert un livre. »
La salle des Bains est pavée de carreaux noirs et blancs ; on y remarque encore l'emplacement de la baignoire et des robinets. La porte en trompe-l'œil est tendue de soie jaune récente. Mme de Lamballe, surintendante de la Maison de la Reine, coucha dans la chambre de bains pendant les neuf jours de la couche de Marie-Antoinette, lors de la naissance de Madame Royale, en janvier 1779.
La Bibliothèque (ou Bibliothèque blanche), probablement ancien atelier de peinture de Marie Leczinska, est toute revêtue d'armoires vitrées, peintes en blanc et dorées, couvertes de rideaux en florence rouge. Une partie des livres qui s'y trouvaient est aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville de Versailles.
La pièce capitale, la plus achevée comme art décoratif, est le cabinet dit vulgairement la Méridienne de la Reine1. La fenêtre, qui ouvre sur la cour Verte, a une espagnolette de Gouthière, en cuivre doré, vrai morceau de bijouterie. C'est à cette espagnolette qu'on trouve le chiffre de Marie-Antoinette surmonté de la couronne royale. Les deux portes situées à droite et à gauche de l'alcôve ont pour vantail une glace sans tain dont la bordure est en cuivre ciselé et doré, travail admirable attribué à Forestier; ce sont des branches de rosier, interrompues au centre par des cœurs traversés de flèches; à la partie supérieure est un dauphin entouré de branches de lys; à la partie inférieure, l'aigle autrichienne tient dans ses serres une massue et un miroir. Même motif
Reine, qui est aussi vraisemblablement le « cabinet doré », parait avoir été la salle de bains de Marie-Antoinette, après avoir été le cabinet du duc de Bourgogne. »
1 Mme Canipan se trouvait dans cette pièce lors de l'expulsion de Lauzun par Marie-Antoinette. (Voir G. Maugras, Le Duc de Lauzun et ta Cour de Marie-Antoinette.)
s Appelé aussi quelquefois le nouveau cabinet de la Reine.
aux sculptures des boiseries qu'aux cuivres des portes; toutefois, un paon accosté d'un glaive et d'un fuseau remplace l'aigle autrichienne de la partie inférieure1.
Les serrures au chiffre de Marie-Antoinette et les verrous ont été ciselés par Gouthière. La cheminée de campan rouge, aux feuillages dorés refouillés dans la masse même du marbre, est de toute beauté.
Cette pièce admirable, la plus belle des cabinets, au moins pour les cuivres, est sans doute l'œuvre de Mique, vers 1781 2. La Reine y donnait ses audiences et y recevait ses marchandes de modes et de frivolités. « C'est là que Garât lui chantait les romances d'Armide; c'est là que Mme Vigée- Lebrun peignait ses portraits; c'est là que le duc de Coigny. le duc de Guines, le comte d'Adhémar, le baron de Besenval, M. de Vaudreuil venaient lui apporter les nouvelles de la ville et s'entretenir avec elle et ses femmes du théâtre et de la musique. C'est là qu'elle oubliait, capricieuse, inconstante, railleuse et charmante, les cruautés de l'étiquette3. »
La prétendue antichambre d n'est autre chose que la chaise de la Reine. La pièce g était son cabinet de toilette. A l'antichambre h aboutit un des escaliers du passage du Roi. La porte est sans serrure. Les visites de Louis XVI avaient lieu par l'escalier /"qui y débouche. A propos de ce dernier, disons que la légende est fausse qui en fait l'escalier par où Marie-Antoinette a fui dans la nuit du 6 octobre 1789. « La Reine n'a pris aucun escalier et a simplement gagné la chambre du Roi par l'OEil-de-Bœuf ; c'est Louis XVI qui est venu pour la chercher, pendant ce temps, par le passage secret : il n'y a aucun doute à ce sujet*. »
En voici le commentaire, d'après Dussieux :
Le Roi sortant de sa chambre (126), traversait la salle du Conseil (125), la petite salie de bains située à côté, et arrivait à l'escalier de
1 Dussieux, Le Château de Versailles, t. II.
2 C'est la date donnée par M. de Nolhac. — Quant à savoir si c'est la pièce qui fut appelée « cabinet chinois de la Reine », on ne peut le dire, « les dénominations de ce genre ayant été assez arbitraires ».
3 André Hallavs (Débats, 1906).
* De Nolhac. — Voir le plan du passage du Roi (n° 14) établi, en grande partie, sous la galerie des Glaces et TÛEil-de-Bœuf.
la Forge. Après avoir descendu 17 marches, il trouvait une porte (A) qui donnait dans un petit cabinet (B situé à l'entresol du rez-decbaussée. Après avoir traversé un autre petit cabinet noir (C), le Roi trouvait quelques marches (D) pratiquées dans l'épaisseur du mur à arcades qui, au premier étage, forme le fond de la galerie des Glaces; il arrivait dans le corridor (E) qui existe au fond de la galerie basse, entre le gros mur à arcades et la cioison en avant et qui forme le fond de la Galerie. Dans ce corridor, le passage du Roi, pratiqué à hauteur d'entresol, n'a pas la largeur du corridor lui-même; il est plus étroit. Au bout du corridor, à l'extrémité méridionale de la galerie basse, le passage faisait un coude et débouchait dans un autre corridor (F), pratiqué aussi à hauteur d'entresol, dont l'extrémité méridionale passait devant l'escalier de la Journée des Dupes (G). Le Roi entrait alors dans un petit cabinet (H), où se trouve encore un escalier qui conduit à l'antichambre (14) des petits appartements de la Reine, au premier étage, et il arrivait enfin chez la Reine. Le Roi pouvait encore sortir du cabinet (H), entrer dans le cabinet (1), où il trouvait un autre escalier qui le conduisait à la porte de la chambre de la Reine.
La série des petits étages et d'entresols destinés au service, entre autres la lingerie, le logement de la dame d'honneur de la Reine, dans les cas de couche et de maladie, et la chambre de billard, a été entièrement détruite par l'installation du calorifère du Musée.
Les cabinets du Roi fou petits appartements), agrandis sous Louis XV des appartements de Madame Adélaïde, gardèrent le même nom sous son successeur. En voici les dénominations officielles, telles qu'on les trouve dans « un plan excellent » de 1781 : Chambre parée (124); c'était la chambre de Louis XIV. Cabinet du Conseil (125) ; la petite pièce a servant de passage à l'escalier de la Forge est appelée Bains ; au-dessus, en entresol, est une chaise. Chambre du Roi 1 126). Cabinet de la Pendule (127) ; Louis XVI y recevait le plus souvent et d'Hézecques le décrit sous le nom de grand cabinet. Antichambre (128 l); salle à manger (129); cabinet (130); cabinet il3i); garde-robe à chaise du Roi; cabinet (132) ou cabinet des Bijoux du Roi. Ici commence l'ancien appartement de Madame Adélaïde : cabinet (132 bis); ce très joli cabinet avait été décoré pour servir de bains à Madame Adélaïde, mais il avait
1 Cette pièce contenait un billard.
TRANSFORMATIONS SOUS LOUIS XVI. l'il
bientôt changé de destination pour devenir cabinet de la Cassette jusqu'au milieu du règne, époque à laquelle elle fut transportée dans les petits appartements; bibliothèque (133); salle à manger 134); pièce des Buffets1 (136); salon du jeu (137). D'Hézecques nous apprend que dans ces trois dernières pièces Louis XVI donnait à souper à quelques personnes les jours de chasse. Elles servaient aussi à l'exposition publique des produits de la manufacture de Sèvres, qui avait lieu vers la Noël.
On sortait des cabinets par le salon de l'Abondance, et il n'y avait aucune communication avec les salles 138 et 139 ! salle des Etats-Généraux) qui font partie de l'aile Gabriel2.
L'appartement des Enfants de France occupait, dès 1770 jusqu'en 1789, une importante partie du rez-de-chaussée de la terrasse de l'Orangerie (salles de 70 à 80 du Musée actuel), aile du Midi.
Voici d'ailleurs comment les princes et princesses de la famille royale étaient répartis dans le Château : Monsieur, comte de Provence, occupa d'abord tout l'appartement du Dauphin (salles 42-50 et salles 33-34), en tout douze pièces. Mais, en 1788, il alla demeurer au pavillon de Provence, à l'extrémité de l'aile du Midi, et les Enfants de France vinrent le remplacer dans l'appartement du Dauphin.
Mesdames, tantes du Roi, habitèrent toute la partie nord du rez-de-chaussée3.
Le comte d'Artois avait, au premier étage, les deux tiers
1 C'était la salle à manger particulière du Roi, qu'il ne faut pas confondre avec la salle neuve à manger du Roi (salle 134 .
2 Les deux cabinets du tour, l'un à l'angle sud-est du vestibule de l'ancien escalier des Ambassadeurs, l'autre au vestibule Louis XIII (32), alors partagé eu plusieurs pièces, sont, d'après Dussieux, ceux de Louis XVI; mais il est certain qu'ils appartenaient à deux des filles de Louis XV: l'un, vraisemblablement, à Madame Adélaïde, l'autre, certainement, à Madame Sophie. « Elles avaient hérité, dit M. de Xolhac, du goût de leur père pour ce genre de travaux. Aucun texte n'attribue au compagnon du serrurier Gamain le goût qu'avait Louis XV pour les, ouvrages du tourneur. ... Louis XVI possédait d'ailleurs, dans le haut du Château, toute l'installation de ses travaux et amusements personnels. »
3 Madame Adélaïde occupait une partie de la salle 56 et les salles 57, 58 et 59, c'est-à-dire l'ancien appartement de Mme de Pompadour; Madame Victoire, les salles 52, 55 et une partie de la salle 56. L'apparte-
de l'aile du Midi (galerie des Batailles), à partir de l'escalier des Princes.
Le duc d'Orléans avait le reste de l'aile ; son fils, le duc de Chartres (depuis Louis-Philippe Ier), hahita d'abord également au premier étage, à l'extrémité de l'aile, et la partie en retour jusqu'au pavillon de Monsieur; mais cet appartement ayant été donné à la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth, il vint occuper le pavillon d'Orléans, dans l'ancien appartement du duc et de la duchesse de Luynes, donnant sur la cour des Princes.
Les Condé et les Conti habitèrent l'aile du Nord, et le duc de Penthièvre le premier étage de ce qui est aujourd'hui le pavillon Dufour1.
Les Enfants de France occupaient donc, avec leur gouvernante, Mme de Guéménée, cette partie du Château, bien placée pour la tranquillité et l'hygiène, qu'agrémentait un petit jardin pris sur les parties hautes de la terrasse de l'Orangerie. « Le public pouvait voir tous les matins, en 1785, le jeune Dauphin se livrer au jardinage sous la direction du Roi2. »
Appartements de Mmc de Polignac.
Diverses erreurs ont circulé au sujet des appartements de Mme de Polignac. D'abord, les- Polignac n'ont pas toujours habité au même endroit du Château. Plusieurs écrivains ont dit qu'ils avaient eu d'abord leur logement « au haut du grand escalier » ou escalier de la Reine. Mais, à cet endroit, il n'y a qu'un seul appartement privé qui est celui de Mme de Main tenon. Les Polignac ne l'ont jamais occupé, car il appartint au comte de Clermont, premier gentilhomme de la chambre jusqu'en 1789, et ensuite à son successeur, le maréchal de Duras. Ils furent d'abord installés dans une partie de la vieille aile terminée par le pavillon de Mansart3 (logement de quatre pièces).
ment de Madame Sophie commençait à la galerie basse (51) et son service était établi dans les, bâtiments de gauche de la cour des Cerfs. (Dussieux, t. II.)
1 Dussieux, t. II.
2 De >"olliac. Le Château de Versailles au temps de Marie-Antoinette. '■ Aujourd'hui pavillon Dufour.
Nommée plus tard gouvernante des Enfants de France, après Mme de Guéménée, Mme de Polignac s'installa dans l'aile du Midi (1782). Elle y hérita de toutes les dépendances, offices, etc., des gouvernantes, dans cette partie du Château. Une espèce de serre chaude ou de galerie fut élevée au-dessus de la Petite-Orangerie (là où est aujourd'hui une statue de Napoléon Ier), construction provisoire qui servait aux réceptions de la gouvernante; on l'appelait aussi officiellement « billard de Monseigneur le Dauphin ». Ce fut le coin des réunions intimes de la duchesse. « On y jouait ou on faisait de la musique, on causait; jamais il n'était question d'intrigues ou de tracasseries, pas plus que si l'on eut été à cent lieues de la capitale et de la Cour1. »
Peu à peu, la Reine s'était désaffectionnée, n'aimant plus les réunions de cette société « où beaucoup de gens lui déplaisaient >■>. En 1789. les Polignac reçurent au Château un nouvel appartement, après la mort du premier Dauphin au château de Meudon (4 juin). La gouvernante se transporta avec le duc de Normandie, devenu Dauphin, au rez-de-chaussée du corps du Château, précédemment occupé par le Dauphin et son gouverneur. Les Polignac reçurent le logement du duc et de la duchesse d'Harcourt.
Quand, à la suite de la manifestation populaire du 15 juillet 1789, les Polignac quittèrent le Château, la place laissée vide fut occupée par Mme de Tourzel, la nouvelle gouvernante, et sa fille Pauline, plus tard comtesse de Béarn.
Quand Mme de Polignac avait quitté la vieille aile, elle y fut remplacée par Mme d'Ossun, sœur du duc de Guiche, dame d'atours de la Reine, femme modeste et de grand cœur chez qui Marie-Antoinette trouva de grandes satisfactions-.
Appartements de Mm* de Lamballe.
Surintendante de la Maison de la Reine dès 1775, la princesse de Lamballe occupa d'abord un logement vaste au premier étage (deuxième surlarue) de l'aile du Midi, donnant sur
' Duc de Lévis, Souvenirs et Portraits.
2 Comte de la Marck, Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck, publiée par M. de Bacourt.
la cour de Monsieur et sur la rue de la Surintendance. Cet appartement avait été occupé par le duc de Penthièvre. Elle était peu éloignée de Mme de Guéménée, qui habitait, au bout de l'aile du Midi, sur le parterre, l'appartement des Enfants de France.
Cette partie du Château était très fréquentée par la Reine à cette époque ; Mercy ne cesse de se plaindre des soirées qu'elle passait dans le salon de la gouvernante ou dans celui de la surintendante, et où l'on jouait toujours gros jeu.
La princesse de Lamballe quitte son premier appartement en 1778, qui est pris par le petit duc d'Angoulême, fds du comte d'Artois. Madame Elisabeth et sa dame d'honneur, Diane de Polignac, s'installèrent dans l'appartement voisin, qui était celui du duc d'Orléans, et la princesse descend dans celui qui se trouve immédiatement au-dessous et qui est composé du même nombre de pièces.
Plus tard, quand le comte de Provence et Madame viennent s'établir dans l'aile du Midi, Mme de Lamballe cède la place. Elle reçoit (29 décembre 178G) un appartement à côté de celui de la duchesse de Bourbon, donnant sur la galerie basse des Princes, qui paraît être celui qu'avait occupé le prince du Nord.
C'est la troisième installation de la princesse de Lamballe. Elle était là tout près de Mme de Polignac et des Enfants de France. Ce logement n'était d'ailleurs, pour elle, qu'un piedà-terre au Château, lorsque l'y appelaient les rares obligations de sa charge. Dans les dernières années du règne, l'amitié de Marie-Antoinette ne l'y attirait plus ; elle vivait d'ordinaire à la campagne, auprès de son beau-père, le vénérable duc de Penthièvre, et, quand elle venait à Versailles, elle avait, rue des Bons-Enfants, son habitation particulière.
Appartements de Monsieur et de Madame.
On sait que le pavillon de Provence, à l'extrémité de l'aile du Midi, a pris son nom du séjour de Monsieur, comte de Provence (depuis Louis XVIII), qui y a habité à la fin du règne de Louis XVI. Le nom de la cour de Monsieur a la même origine.
TRANSFORMATIONS SOUS LOUIS XVI. lio
11 y fui instillé au commencement de 1788.
L'appartement le plus longtemps occupé par Monsieur et .Madame est celui que le Roi avait lui-même habité comme dauphin, et qui comprenait tout le rez-de-chaussée du corps du Château au midi, avec un retour assez important sur le parterre d'Eau.
Ils le quittèrent à regret. Ce magnifique appartement fut destiné au premier Dauphin, dès que celui-ci eut cinq ans et qu'il sortit des mains de Mme de Polignac pour être confié aux gouverneurs et sous-gouverneurs (le premier Dauphin avec les d'Harcourt; le deuxième Dauphin avec les Polignac, puis avec Mme de ïourzel, chargée aussi de Madame Royale).
Le nouvel appartement de Monsieur et celui de Madame furent, l'un, celui des ducs d'Angoulème et de Rerry. l'autre, celui de la princesse de Lamballe (mais la princesse ne quitta pas l'aile du Midi ; les petits ducs furent envoyés dans l'aile du Nord, très loin dé leurs parents).
L'appartement de Madame, au pavillon de Provence, avait vue sur la rue et sur la petite cour de Monsieur.
Il était à un niveau plus bas que les appartements du parterre et communiquait, comme ces derniers, avec le corps du Château par la galerie basse des Princes. (Klle sert aujourd'hui de galerie des pas-perdus, les jours de congrès.)
Le comte et la comtesse de Provence sont aujourd'hui remplacés par le président de la Chambre des Députés, à qui est réservé le deuxième étage. « On n'a guère conservé que le bel escalier de Monsieur, qui desservait les divers étages du pavillon de Provence, et qui rendrait, de plus, service aux visiteurs de l'aile du Midi, s'il était rendu au service du Musée1. »
Appartement du duc d'Orléans.
Un duc d'Orléans et un duc de Chartres furent installés, au début du règne, dans la galerie des Princes (troisième tiers de la galerie des Batailles et de la salle de 1830). Mais ce duc d'Orléans est le père de Philippe-Egalité, qui s'appelle alors
1 De Nolhac, Le Château de Veisaitles au temps de Mnrie-Antoinelte.
duc de Chartres et qui garde ce titre jusqu'en 1785. En 1777, le père et le fils habitent encore ces appartements; ils les cédèrent, l'année suivante, à Madame Elisabeth et à sa dame d'honneur, Diane de Polignac.
Le duc d'Orléans ne parait pas avoir gardé d'appartement au Château. (Il avait d'ailleurs hôtel à Versailles et habitait d'ordinaire sa maison de Bagnolet.) Le duc de Chartres, au contraire, se transporta dans l'appartement du duc de Créqui (il ne conserva de son ancien appartement de la galerie des Princes que trois pièces) et la duchesse de Chartres dans l'appartement de Mme de Marsan, qui se trouvait à l'autre extrémité de l'aile du Midi, au premier étage donnant sur la cour des Princes. Depuis 1785, ces logements furent marqués au nom du duc et de la duchesse d'Orléans (à la mort du père de Philippe-Egalité). Telle est évidemment l'origine de la dénomination de pavillon d'Orléans donnée à celui qui fait l'angle de la rue de la Surintendance (rue Gambetta) et où se trouvait l'appartement du duc. Cet appartement était desservi par l'escalier intérieur du pavillon.
Le roi Louis-Philippe n'a pas eu, comme duc de Chartres, un appartement à Versailles. 11 avait cinq ans lors de l'installation de la Maison de Madame Elisabeth, n'était point duc de Chartres et habitait avec ses parents. Louis-Philippe était né au Palais-Royal; aussi doit-on combattre la légende qui fait regarder la troisième fenêtre du pavillon d'Orléans comme celle de la chambre où il est né, tandis que cette chambre est probablement celle où il habitait enfant1.
1 De >Tolhac, Le Château de Versailles au temps de Marie-Antoinette.