II. — L'EMPIRE ET LA RESTAURATION
Une fois l'Empire proclamé, le Château de Versailles et toutes ses dépendances, les Trianons, etc., rentrèrent dans le
1 Pièce in-4°, à la Bibliothèque de Versailles. Document cité par Dussieux.
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domaine de la Couronne, et des travaux de réparation commencèrent aussitôt '.
Le Canal, qui était devenu une prairie marécageuse, fut restauré et rempli d'eau (1808); on fit disparaître les plantations de Richard et les baraques qui encombraient lés abords du Palais. Le Parc fut remis dans son ancien état.
Malheureusement, les restaurations entreprises par Dufour, l'architecte du Palais, de 1810 à 1814, furent peu intelligentes et peu respectueuses du passé. La balustrade du comble du Château, du côté des jardins, fut remise à neuf, mais tout à tait altérée; les trophées et les vases ne furent pas remplacés.
Cet architecte refit les soubassements et le socle des avantcorps des façades qui étaient en mauvais état ; la façade méridionale fut refaite dans toute sa hauteur. Les combles furent restaurés partout. Les parements et les façades furent remis à neuf et les parties neuves furent badigeonnées pour les mettre au ton des parties anciennes2.
Dufour répara aussi les façades du côté de la cour. Il détruisit en 1814 les colonnes accouplées des quatre avantcorps de la cour de Marbre, que l'on voit indiquées sur le plan de Silvestre, de 1674, et qui étaient en mauvais état. Le vestibule central de l'aile du Midi fut remis dans son état primitif. De même, la petite salle de spectacle située au fond de la cour des Princes disparut et fit place au vestibule actuel, conduisant de cette cour aux jardins.
Napoléon eut un instant l'idée de reconstruire le Palais de Versailles, à l'instigation du célèbre architecte Fontaine, qui était en grand crédit auprès de lui et comparait le Château à « un nain difforme, dont les membres gigantesques, plus difformes encore, augmentent la laideur ». On se souvient que, sous Louis XV, son architecture, sa décoration, la disposition de ses bâtiments avaient trouvé de nombreux adversaires, et que ce roi, adoptant le plan de Gabriel, avait ordonné une restauration générale, dont l'exécution commença en 1772 par la construction de Yaile neuve du côté de la Chapelle (aile
1 La salle de spectacle de l'aile Gabriel fut mise à la disposition des « comédiens français de Sa Majesté l'Empereur », qui vinrent y donner des représentations.
2 Journal de Seine-?t-Oise, 1811.
Gabriel). Le style des nouveaux bâtiments, à colonnes et frontons, était celui que les novateurs, partisans de l'antique, avaient mis à la mode. Toujours l'école de David. A la mort de Louis XV, le projet de refaire le Château et de replanter son parc dans le goût anglais fut repris par Louis XVI. En 1780, le Roi avait demandé aux plus célèbres architectes du temps, Peyre aîné, Peyre jeune, Boullé, Heurtier, Paris, Leroy, Huvé, Potain, Micque, des projets pour restaurer, c'està-dire pour refaire entièrement du côté de la ville le Château, dont les parties datant de Louis XIV étaient en ruines et celles de Louis XV abandonnées sans avoir été achevées. Ces projets ne purent être exécutés faute d'argent, et restèrent dans les bureaux du comte d'Angiviller, directeur général des Bâtiments.
Napoléon avait un tout autre plan. Il voulait détruire le Château et le reconstituer tout autrement.
L'architecte Gondouin fit un projet qui nécessitait 50 millions de dépense. Napoléon recula et se contenta de faire faire de simples travaux de réparation et de conservation à la couverture, aux façades et aux grands appartements. C'est alors que fut détruite l'ornementation de la balustrade du comble du côté du jardin, comme nous l'avons dit.
Ceci se passait en 1807. En 1811, Napoléon veut adopter avec l'architecte Fontaine le projet de Peyre le Jeune, mais la dépense lui fit encore tout ajourner1. Fontaine nous dit que l'Empereur ne voulait pas dépenser plus de 6 millions, et avec cela avoir un appartement pour lui et un pour l'Impératrice, six appartements de princes et cinquante autres. « Alors, disait-il, on pourra habiter Versailles et y passer un été. » Les désastres de 1812 et la chute de l'Empire sauvèrent le Château de ce nouveau danger.
La Restauration arriva, et Fontaine, qui avait conservé tout son crédit sous Louis XVIII, présenta au Roi, qui voulait remettre le Château de Versailles en état d'être de suite habité,
1 Une sorte de concours fut ouvert à cette époque. Il y eut quatorze projets différents, mais unanimes pour détruire tous les appartemeuts de Louis XV, la salle du Conseil, la chambre de Louis XIV. l'OEil-de- Bœuf, etc. Tout était sacrifié, à l'exception des graDds appartements du Roi et de la Reine, de la Galerie et de ses deux salons, de la Chapellr et de l'Opéra.
un projet qui fut adopté, interrompu un moment par les Cent-Jours, et terminé en 1820, après une dépense de 6 millions. On restaura la Galerie, les grands appartements et tout ce qu'avait fait Louis XIV; on acheva, du côté de Paris, la façade commencée par Gabriel sous Louis XV; on fit, dans les intérieurs, diverses modifications et l'on rendit commodes tous les abords. Les peintures et les dorures des plafonds des grands appartements furent restaurées; le pavillon correspondant à celui bâti par Gabriel fut élevé par Dufour, et toutes les dépendances furent remises en état. La plupart de ces travaux étaient d'une urgente nécessité, si l'on en juge par une lettre plaisante de Ducis, parlant des peintres restaurateurs : « Quand ils sont sur leurs échafauds, s'il leur arrive d'éternuer, de se moucher ou de tousser un peu fort, il leur tombe des Vénus, des Mars, des Renommées avec leurs trompettes, et toute la gloire de ce grand siècle de Louis XIV, obscurcie de poussière et enveloppée de toiles d'araignée1. » De même, la cour dégradée fut restaurée en 1816, ainsi que la Chapelle.
Quant à l'histoire intérieure du Palais pendant la période napoléonienne et la Restauration, elle est sans intérêt. Les établissements que la Révolution y avait fondés disparaissent un à un, même le musée. Le Château, resté vide, devient inutile tout en demeurant dispendieux, et cette situation ne devait pas manquer de faire la partie belle à ses détracteurs. Il y eut cependant quelques visiteurs illustres. Le pape Pie VII, qui avait sacré Napoléon à Xotre-Dame, vint à Versailles le 3 janvier 1805 et visita le Château et l'Orangerie. Puis, revêtu de ses ornements pontificaux, il se plaça au milieu de la Grande-Galerie et donna sa bénédiction solennelle à la foule qui couvrait les terrasses du jardin. Deux jours après, il y eut grand bal dans le salon d'Hercule, donné par les officiers de la garnison de Versailles en l'honneur du gouvernement de l'Empereur.
Mentionnons aussi la visite de la reine de Westphalie en 1807 et du roi de Saxe en 1809.
1 Lettre citée par M. Delerot dans son opuscule : Ce <jue les poêla ont dit de Versailles.
Napoléon, qui résidait au Grand-Trianon; fit aussi quelques visites au Château, avec promenades dans le Parc et l'Orangerie, en 1808 et 1810.
Puis, Versailles reçut la visite des alliés qui avaient envahi la France en 1814 : le czar Alexandre et ses deux frères, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III. et ses deux fils, dont l'un devait être proclamé empereur dans ce même Versailles en 1870.
Louis XVIII. qui avait fini par renoncer de loger au Château, y donna asile à un certain nombre d'émigrés et de serviteurs.
En 1818. le visiteur de marque du Château fut le vainqueur de Waterloo, Wellington.
En décembre 1821, à la suite d'une épidémie de fièvre typhoïde qui avait éclaté parmi les trois cents élèves de l'Ecole militaire de Saint-Cyr, cette école fut provisoirement transférée au Château. Elle occupa l'aile méridionale des Ministres 1822). Elle fut réintégrée à Saint-Cyr trois mois après.
Charles X visita Versailles le 6 août 1826. « Ce fut la dernière fois que les princes de la branche aînée de la maison de Bourbon visitèrent l'ancienne résidence de Louis XIV. »