LE CHATEAU DE 1848 A
Le Château et le Musée de Versailles furent visités par le prince Louis-Napoléon, Président de la République, le 1er septembre 1849. Devenu empereur sous le nom de Napoléon III, il revint le 1er février 1853, accompagné de l'impératrice Eugénie, qui se fit montrer tous les portraits de Marie-Antoinette, à laquelle elle témoignait un intérêt tout particulier.
Après la chute de Louis-Philippe, Napoléon III reçut solennellement à Versailles la reine Victoria, le 21 août 1855. Accompagnée du prince Albert, elle visita le Château et assista au jeu des grandes eaux. Le 25, l'Empereur lui offrit une grande fête de nuit dont l'organisateur fut l'architecte Questel.
La grande cour du Château resplendissait comme en plein jour. Le profil imposant et sévère de cette grande et belle architecture se dessinait en lignes de feu.
« Leurs Majestés sont entrées par l'escalier de Marbre, tandis que les invités montaient par l'escalier des Princes. Des salons d'attente et de repos, des boudoirs tendus de damas bleu et remplis de jardinières élégantes avaient été disposés pour la reine d'Angleterre et le prince Albert dans les petits appartements de Marie-Antoinette.
« La galerie des Glaces offrait le plus éblouissant coup d'œil. Aux quatre angles s'élevaient quatre orchestres. Des guirlandes pendaient de la voûte et se reliaient entre elles, formant la plus légère et la plus charmante décoration ; des milliers de lustres, de girandoles, de torchères, reflétés à
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DE 1848 a 1870. 171
l'infini par les glaces, versaient des torrents de lumière sur les brillants costumes des invités.
« Le grand Parterre d'Eau était encadré sur tontes les faces d'une éclatante série de portiques, style Renaissance, se découpant sur le fond du Parc en feux de couleurs et reliés par des treillages émeraude. Au centre s'élevait un portique de deux tiers plus grand que les autres, en guise d'arc de triomphe, surmonté du double écusson de France et d'Angleterre. Aux deux coins de droite et de gauche s'arrondissaient deux autres portiques ornés des monogrammes étincelants de Leurs Majestés. Sous ces arches brillantes, l'eau s'élançait en gerbes et retombait en cascades. Les deux bassins ne formaient qu'une vaste nappe embrasée sur laquelle nageaient des dauphins d'or, montés par des amours portant des torchères à globes et des guirlandes vénitiennes. A dix heures, les portes des grands appartements se sont ouvertes, .et Leurs Majestés, suivies de toute la Cour, ont fait leur entrée dans la galerie des Glaces, la reine d'Angleterre donnant le bras à l'Empereur et l'Impératrice au prince Albert, la princesse Mathilde au prince de Bavière, la princesse royale au prince Napoléon1. »
Le feu d'artifice fut tiré au bout de la pièce d'eau des Suisses. La pièce principale représentait le château de Windsor. Après le feu, l'Empereur ouvrit le bal avec la reine d'Angleterre. A onze heures, la Cour se rendit pour le souper dans la salle de l'Opéra. La table impériale avait été dressée dans la loge d'honneur et le parterre transformé en salle de festin.
Cette visite célèbre dans les fastes du Château ne doit pas faire oublier les deux qui suivirent : celles du roi de Bavière et du roi d'Espagne. — Le roi de Bavière, Louis II, vint à trois reprises à Versailles (31 mai, 3 et 8 juin 1837), et son enthousiasme fut tel, qu'il se fit construire depuis, dans ses Etats, un palais sur le modèle du nôtre.
Le 21 août 1864, l'Empereur donna une nouvelle fête à Versailles, cette fois au roi d'Espagne, Don François d'Assise. Après les grandes eaux, il y eut spectacle à l'Opéra. On représenta Psyché, de Molière et Corneille, un pas de Gisèle et le
1 Moniteur universel.
divertissement des Saisons des Vêpres siciliennes. Après le spectacle, on se rendit dans le Parc, dont la décoration était fort originale. Un double cordon de feux dessinait la configuration des pièces d'eau, des gazons et des charmilles. Les arbres étaient chargés de globes transparents de couleur orange, qui transformaient le Parc en un vaste jardin des Hespérides. Les eaux des pièces principales jouaient, teintées de toutes nuances par la lumière électrique; des feux de résine brûlaient dans les vases sculptés et des feux de Bengale teignaient tour à tour les bosquets en pourpre ou en vert clair. Le faîte de la façade du Château était illuminé en entier.
Après le feu d'artifice, qui fut tiré derrière le bassin d'Apollon, un souper fut servi dans la galerie des Glaces. L'ingénieur Alphand fut l'organisateur de cette fête.
Au mois de septembre 1870, le Château devint un hôpital pour les blessés. Une ambulance internationale hollandaise de quinze lits fut établie dans la galerie de l'Empire, au rezde-chaussée. Arrivés à Versailles, les Allemands organisèrent à leur tour une grande ambulance de quatre cents lits, qui occupa la plus grande partie du Château1. L'ambulance hollandaise fut alors transportée dans la galerie basse et les salles <les Maréchaux. Pendant les belles journées, les blessés, couchés dans leur lit, étaient portés sur la terrasse. La transformation du Musée en hôpital militaire n'occasionna heureusement aucun dégât grave, et il suffit, après l'évacuation, d'un nettoyage complet pour remettre les salles en état.
L'événement le plus cruel pour notre patriotisme, qui se rattache à l'histoire du Château, fut la proclamation de l'Empire d'Allemagne, qui constituait son unité dans le palais même de Louis XIV. Cette cérémonie eut lieu dans la galerie des Glaces, le 18 janvier 1871.
1 Le» attiques. les salles de Constantine. de la Smala et du Maroc, l'GEil-de-Bœuf, la chambre de Louis XIV, la salle du Conseil, les petits appartements de Louis XV et ceux de 'Marie-Antoinette ne furent pas occupés par l'ambulance.