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LA CHAPELLE LES SALLES DE SPECTACLE — L'OPÉRA — LES AILES

Avant la chapelle définitive, il y eut une chapelle provisoire qui avait remplacé l'ancienne, détruite en 1671, lors de la construction de l'escalier de la Reine1.

L'emplacement choisi pour la chapelle actuelle « était tout contre la dernière chapelle inaugurée en 1682 et s'étendait dans Taxe d'une des ailes des Ministres, perpendiculairement aux deux longs corps de logis de l'aile du Nord, qui venaient s'appuyer à la construction nouvelle2 ».

Ce monument devait être tout d'abord revêtu de marbre jusqu'à la voûte, mais la crainte du froid et d'une trop grande humidité poussa Louis XIV à faire démolir ce qui

1 La première chapelle occupait l'emplacement du vestibule de l'escalier de la Reine; mais comme elle rétrécissait cet escalier et le rendait obscur (Félibien), on la démolit et une grande arcade fut ouverte dans le mur du vestibule, du côté de la cour Royale (1671). Alors, une nouvelle chapelle fut édifiée sur l'emplacement actuel du vestibule de la cour de la Chapelle et de celui du salon d'Hercule. On l'inaugura en 1682. Pendant cette construction, une chapelle provisoire fut établie et bénite en 1672. Elle occupait, au rez-de-chaussée, un vestibule (n° 41) conduisant à l'escalier de la Reine, ainsi que la salle dite jadis des Amiraux (n° 42), et, au premier étage, tout l'emplacement de l'ancienne salle des Gardes (n° 140).

* A. Pératé, Versailles.

était commencé (1099). On choisit alors une pierre très blanche, du grain le plus pur, très apte à se prêter à tous les ornements d'architecture et de sculpture.

Mansart, qui en fit le plan, mourut avant d'avoir achevé son œuvre, qui fut menée à terme par son beau-frère, Robert de Cotte. La chapelle neuve fut bénite solennellement, le 5 juin 1710, par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris.

Du côté des jardins, la façade paraît fondue dans l'aile septentrionale du Château et ne se distingue pas d'elle; c'est seulement par la partie tout à fait haute qu'elle se détache, donnant, suivant le mot expressif de Saint-Simon, « la triste représentation d'un catafalque », et c'est ainsi qu'elle ne se montre complètement que par l'abside (comme la Sainte- Chapelle de Paris), d'une belle élégance, avec ses statues et ses bas-reliefs, et qui s'élève à une hauteur de près de 30 mètres.

La longueur de l'édifice est de 39 mètres, sa largeur de 20 mètres. Le comble était orné de plombs dorés et surmonté d'une lanterne, détruite sous Louis XV. La balustrade porte une série de statues d'apôtres et de pères de l'Eglise, à l'instar des églises romaines décorées par Bernin et ses élèves.

Pour bien voir la Chapelle et l'embrasser dans tous ses détails, il faut la regarder de la tribune royale, où le public accède aujourd'hui librement. On se rend compte qu'ici aussi l'architecture, comme il convient, domine et règle tous les autres arts. Le spectateur est saisi tout d'abord par la simplicité, l'ordonnance et le rythme de cette pierre blonde, si lumineuse quand le soleil pénètre par les grandes fenêtres cintrées aux carreaux de blanc cristal qui, de droite et de gauche, éclairent la nef. Deux vestibules superposés sont à l'entrée et prennent jour sur les jardins : celui du bas, par une grande porte blanche et dorée, donne accès dans la nef centrale, et par deux portes latérales, aux escaliers tournants qui mènent au premier étage; celui du haut1, vaste salle rec-

1 Dans ce vestibule sont les bustes de Mansart et de Robert de Cotte, par Coysevox. Deux niches renferment deux belles statues de marbre, la Gloire et la Magnanimité, œuvres de Vassé et de Rousseau.

tangulaire, aux murailles ornées de colonnes à fûts cannelés et divisés en arcades, conduit à la tribune royale; de hautes fenêtres y projettent la vive lumière des jardins, et toute cette blancheur du vestibule et de la Chapelle s'harmonise admirablement avec les peintures de la voûte et la verdure des grands arbres qui entourent les parterres.

Le vaisseau se divise en deux étages;- des pilastres carrés supportent des arceaux au cintre régulier; le pavé est couvert d'une riche mosaïque de marbre. Les vitraux, composés d'une grande torsade d'or et de rinceaux fleurdelisés, furent décorés par Claude Audran; le chiffre de Louis XIV et les armes de France y sont peints. Les ornements de la voûte cintrée, peinte à fresque, sont de Philippe Meusnier; les figures, d'Antoine Coypel, qui a représenté au centre le Père éternel dans sa gloire. Aux pendentifs, Coypel a peint les douze prophètes. Lafosse, à l'abside, a composé la Résurrection de Jésus-Christ, et Jouvenet, au-dessus de la tribune dû Roi, la Descente du" Saint-Esprit. Aux tribunes du pourtour, la voûte est divisée en petites travées à coupoles basses décorées par les deux Boulogne, dont l'un a peint la chapelle de la Vierge.

De nombreux sculpteurs furent occupés longtemps au décor de la Chapelle. Van Clève eut la commande du maîtreautel, tout en marbre et en bronze doré. Il faut admirer les ligures d'anges tenant les instruments de la Passion, si ingénieusement disposées à la naissance des arcades de la nef, figures ciselées avec la souplesse du cuivre par tant de mains différentes, à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice1. Entre ces figures d'anges, il y a, au sommet du cintre des arcades, de petites tètes de chérubins, deux par deux. Celles du fond du chœur sont de Guillaume Coustou.

L'exécution est très raffinée dans les trophées sculptés sur les quatre faces des piliers de la nef. Ces trophées se composent de médaillons où est sculpté un sujet évangélique ou une allégorie religieuse; il y a les figures des apôtres, des évangélistes, des pères de l'Eglise et des premiers saints, les

1 Trente-sept sculpteurs y furent occupés sous Louis XV et sous Louis XVI. Citons parmi eux : les deux Adam, Bouchardon, Guillaume Coustou, Dedieu, Lepautre. Manière, Poultier, Raon, Slodtz, Thierry, Tubi, Van Clève, Vassé, etc.

scènes de la vie et de la Passion du Christ, l'ancienne Loi et la Loi nouvelle, les Sacrements.

Les trophées d'Eglise qui ornent la tribune royale sont vraiment somptueux. Le chambranle de pierre qui domine la porte de la tribune du Roi est relevé de festons de fleurs au-dessus de deux têtes de séraphins dans un nuage ; il supporte deux grands anges assis qui soutiennent la couronne royale etl'écusson de France. La chaire de Vassé et les confessionnaux ont disparu pendant la Révolution.

Le rez-de-chaussée garde encore, autour du chœur, les superbes balustrades de bronze doré avec le chiffre du Roi. Au chevet de la tribune, il y a un merveilleux buffet d'orgue, chef-d'œuvre de sculpture de Dugoulon, Le Goupil, Taupin, Bellan, Diot et Delalande. « Ils ont ciselé au panneau central une figure du roi David, digne de la meilleure époque du xvne siècle; mais tout l'esprit et toute la grâce du xvme siècle palpitent aux montants des angles; ce sont des tiges de palmiers auxquelles s'enroulent des guirlandes, et dont le feuillage s'épanouit, se recourbe, se fleurit de têtes de chérubins joufflus1. » Une partie, au bas-côté de gauche, donne accès à la sacristie, en bois naturel ciré.

La Chapelle, « un des plus parfaits monuments élevés par Louis XIV », est bien dans l'harmonie générale du palais Louisquatorzien ; mais, comme le plafond d'Hercule, elle marque une date dans l'évolution de l'art. Dans ce décor que dirigea certainement Robert de Cotle, il y a sans doute autant de noblesse, mais, semble-t-il, moins de pompe et plus de souplesse, et cela se voit dans l'architecture et la sculpture, de beaucoup supérieures à la peinture, qui est bien de la décadence italienne, surtout dans la part qui revient à Antoine Coypel, mais dont l'effet ne contrarie pas l'harmonie qu'y met sous la coupole la lumière du soleil déjà incliné vers le couchant.

Le Roi, venant des appartements, traversait le premier étage de l'ancienne chapelle (futur emplacement du salon d'Hercule) et pénétrait dans le vestibule. Alors s'ouvraient les deux battants de la grande porte en chêne massif, peinte

1 A. Pérato, Versailles.

en blanc et magnifiquement décorée1, et Louis XIV, avec sa suite, prenait place dans la tribune, en face du maître-autel; il ne descendait dans le bas de la Cbapelle que lorsqu'un évèque officiait.

Inaugurée le o juin 1710, comme nous l'avons dit, la Chapelle actuelle vit, le 6 juillet suivant, le mariage du duc de Berry .

Plusieurs prédicateurs s'y firent entendre sous Louis XI Y et sous Louis XV. Parmi ceux-ci, le Père Elisée, en 1766, osa blâmer sévèrement la conduite du monarque, mais ce fut en pure perte ; aucun frein ne pouvait le retenir, et il allait tomber plus bas encore. Sous Louis XVI, l'abbé Maury, qui devait jouer un rôle important dans l'Assemblée constituante, y prêcha pendant trois années.

Les principaux mariages célébrés à la Chapelle depuis la mort de Louis XIV sont : le premier mariage du Dauphin, fils de Louis XV, avec la Dauphine d'Espagne, le 23 février 17 45; le second mariage du Dauphin avec la Dauphine de Saxe, le 9 février 1747 ; le mariage du Dauphin (Louis XVI) avec Marie-Antoinette, le 16 mai 1770; le mariage du comte de Provence, le 14 mai 1771, et le mariage du comte d'Artois, le 13 novembre 1773. Le 30 novembre 1736, Marie Leczinska recevait dans la Chapelle la Rose d'Or, que le pape Clément XII lui avait donnée.

Le 30 novembre, jour destiné pour la présentation de la Rose d'Or que le Pape a envoyée à la Reine, Sa Majesté, accompagnée de MUe de Clermont, princesse du sang, et des dames de sa Cour, se rendit à midi dans la chapelle du Château. L'abbé Lercari, nommé par Sa Sainteté son commissaire apostolique, pour apporter à la Reine la Rose d'Or, fut conduit dans la Chapelle par le chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs, et il fut placé près de la Reine, à la gauche du prie-Dieu. La messe fut dite par le cardinal de Fleury, grand aumônier de la Reine, lequel, après la communion, descendit de l'autel pour prendre sa chape et sa mitre. Lorsqu'il fut remonté à l'autel, l'abbé Lercari présenta à la

1 Elle est ornée de son chiffre, avec des branches de lys et des tètes de chérubins; toutes ces sculptures sont dorées. — Les visiteurs ne se lassent pas de l'admirer, avec ses serrures en cuivre ciselé et doré; l'une des deux est décorée des armes de France et de la couronne, supportée par deux amouis.

Reine le bref du Pape, et Sa Majesté le remit au sieur de Baligny, secrétaire de ses commandemens, qui eu lit la lecture à haute voix. La Reine monta ensuite à l'autel, où, s'étant mise à genoux, le cardinal de Fleury, debout, récita l'oraison Accipe Rosam, à la fin de laquelle l'abbé Lercari donna au cardinal de Fleury la Rose d'Or, qui, pendant la messe, avoit été posée sur l'autel, du côté de l'Evangile. La Reine reçut la Rose d'Or des mains du cardinal de Fleury, la baisa et la remit à l'abbé de Ghevrier, son aumônier en quartier, qui la porta devant Sa Majesté depuis la chapelle jusque dans l'oratoire de la Reine, où elle fut mise. Le cardinal de Fleury et l'abbé Lercari accompagnèrent la Reine au retour de la chapelle. Le Roi, Monseigneur le Dauphin et Mesdames de France entendirent la même messe dans la tribune et virent la cérémonie1.

Tous les jours, Louis XIV entendait la messe à la Chapelle. Quand il prenait médecine, il la faisait dire dans sa chambre et l'entendait de son lit. Quand il communiait à l'une des quatre « bonnes fêtes », Pâques, Pentecôte, Toussaint et Noël, il touchait les malades, ce qui ne laissait pas d'être souvent une vraie fatigue. Dangeau nous apprend qu'il en toucha 3,0001e 28 mai 1689, veille de la Pentecôte. A Noël, le Roi entendait les trois messes de minuit. Ces usages furent continués sous ses successeurs.

Pendant la Révolution, la Chapelle se transforma en Temple du Palais national et vit quelques fêtes civiques, notamment une fête de l'Agriculture, en l'an IV.

En 1802, le service divin y fut rétabli. L'édifice fut restauré avec soin par Dufour. Malgré cette restauration, il fallut, en 1874, entreprendre de grands travaux pour assurer la conservation de l'édifice. Lors de la construction de la Chapelle, la couverture des bas-côtés avait été faite à l'italienne, c'est-à-dire avec des dalles de pierre. Les gelées et les pluies avaient disjoint ces dalles ; on les avait recouvertes de plomb, mais le mal était fait. L'entablement et les chapiteaux extérieurs, pourris par l'humidité, tombaient en ruine; les peintures du plafond étaient détériorées par les infiltrations. L'Assemblée nationale vota un crédit de 600,000 francs, et la restauration, dirigée par Questel, fut terminée en 1878.

Les vitraux ont été refaits par Claudius Lavergne, la

1 Gazette de France.

sculpture d'ornement par Bocquet, la statuaire par Croisy. Les peintures du plafond ont été revenues par les frères Maillot, et les plombs du comble ont été refaits avec beaucoup de goût par Camille Berson.

It. — SALLE DE SPECTACLE DU VESTIBULE DE LA COUR DES PRINCES

A l'origine, le Château n'eut pas de salle de comédie.

Comme on le verra dans rénumération que nous donnons des fêtes de Versailles, dans les chapitres suivants, les diverses pièces qui furent représentées sous Louis XIV eurent pour théâtre la cour de Marbre et, plus souvent, les salles de verdure construites dans le Parc par Vigarani.

Vers la fin du règne, Dangeau parle d'une salle de comédie (31 octobre 1700), et six ans après il annonce la construction prochaine d'une nouvelle salle (5 février 1706). Celle-ci est sans doute celle qui fut établie sur l'emplacement actuel du vestibule de la cour des Princes, à une date qui n'a pas été fixée1.

Les acteurs de la Comédie-Française y venaient jouer principalement des pièces de Corneille, de Bacine et surtout de Molière. On jouait aussi quelques pièces de Scarron, l'ancien mari de Mme de Maintenon, le Jodelet entre autres.

La Comédie- Italienne y donnait aussi des représentations; mais les acteurs, devenus des bouffons par trop licencieux et ayant poussé l'audace jusqu'à « jouer » Mme de Maintenon, finirent par être remerciés et renvoyés en Italie par Louis XIV, en 1697. Les comédiens français eurent généralement plus de retenue et le Boi leur témoigna toujours beaucoup d'intérêt.

Les décors et les costumes étaient d'une grande richesse, témoins les dessins des décorations des ballets représentés dans les bosquets de Versailles, dont plusieurs sont faits d'après Jean Bérain et Louis Chauveau.

Sous Louis XV, les Italiens revinrent àVersailles, et l'hiver, il y avait deux fois par semaine comédie française, et comé-

1 Elle est indiquée dans le plan de Blondel.

die italienne une fois. De temps à autre, la comédie française était remplacée par l'opéra ou l'opéra-comique.

Un bal fut donné dans cette salle sous Louis XV, en 1763, et, sous Louis XVI, elle servit aux spectacles donnés aux Enfants de France. Sous la Révolution, une société d'amateurs y joua parfois et quelques concerts y furent donnés. En 1810, l'architecte Dufour établit sur son emplacement le vestibule actuel.

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