‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 60 sur 166 · LE TRAVAIL DU ROI · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL DU ROI

Louis XIV accomplissait scrupuleusement les devoirs de la royauté: il s'est trompé quelquefois, et lourdement, mais il a toujours travaillé et n'a jamais rien décidé au hasard, ou selon le caprice d'un ministre ou d'une favorite. Il n'ajamais non plus manqué de tenir conseil avec ses ministres sans motif grave.

Louvois, qui avait dominé après la mort de Colbert, fut obligé de travailler dans l'appartement de Mme de Maintenon avec le Roi, bien qu'il le supportât impatiemment. A sa mort, l'activité de Louis XIV redoubla, car désormais il n'aura plus que des commis. Colbert et Louvois ne seront pas remplacés. A partir de la ligue d'Augsbourg, il se mit au régime de neuf heures de travail par jour, correspondant avec tous les généraux et lisant toutes les dépêches se rapportant aux affaires étrangères l.

Quand le Roi est à Marly ou à Fontainebleau, il y a conseil tous les jours, sauf de rares exceptions, comme à Versailles. Le 23 septembre 1694, Dangeau note dans son Journal : « Le Roi ne tint pas de conseil, chose fort rare, car il les tient fort régulièrement. » Même quand il a pris médecine, ou quand, ayant la goutte, il est obligé de rester au lit, Louis XIV tient le conseil.

Voici ce qu'étaient ces conseils, d'après Dangeau : « Durant tout le cours de cette année 1693, le Roi a tenu ses conseils tous les jours comme l'année passée, savoir : les dimanches, les lundis, les mercredis et les jeudis, « conseil royal », où il n'y a que le Roi, Monseigneur et MM. les ministres, qui sont M. de Reauvilliers, M. de Pomponne, M. de Croissy, M. Pelletier et M. de Pontchartrain; les mardis et samedis, « conseil de finances », où sont le Roi, Monseigneur, M. le Chancelier, M. de Reauvilliers, M. Pussort,

1 11 dicte ou écrit lui-même les lettres importantes aux maréchaux et commandants d'armées, établit le plan des opérations militaires, intervient dans toutes les questions, assume de plus en plus les responsabilités de toute l'administration et de toute la politique.

M. Pelletier, M. d'Argouges et M. de Pontchartrain. Les vendredis, le Roi travaille avec M. l'archevêque de Paris et le Père de la Chaise. Outre cela, le Roi travaille tous les lundis, après dîner, avec M. Pelletier, l'intendant pour les fortifications, et tous les soirs chez Mm0 de Maintenon, où il travaille avec M. de Pontchartrain pour la marine, ou avec 31. deRarbezieux, qui lui porte tout ce qui regarde les troupes et la guerre. »

L'un des quatre secrétaires du Roi, Rose, fut dans l'ombre un personnage considérable. Il avait été secrétaire du cardinal Mazarin; il eut le titre de secrétaire du cabinet du Roi et plus tard celui de secrétaire ordinaire. C'était lui qui avait « la plume ». « Avoir la plume, dit Saint-Simon, c'est être faussaire public et faire par charge ce qui coûteroit la vie à tout autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement l'écriture du Roi, qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le Roi doit ou veut écrire de sa main, et toutefois n'en veut pas prendre la peine... Il n'est pas possible de faire parler un grand Roi avec plus de dignité que faisoit Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu'il écrivoit ainsi, et que le Roi signoit toutes de sa main; et pour le caractère, il étoit si semblable à celui du Roi, qu'il ne s'y trouvoit pas la moindre différence... Il étoit extrêmement secret, et le Roi s'y fioit entièrement. »

Le Roi dictait plus souvent qu'il n'écrivait : « 11 s'étoit accoutumé à dicter et à faire écrire à M. de Rarbezieux, sous lui, toutes les lettres importantes qui regardoient les affaires de la guerre. » Comme nous l'avons dit, son activité fut plus inlassable que jamais. Il donnait toutes sorles d'audiences, recevait des députations, écoutait des harangues, répondait,. « faisant admirer son langage toutes les fois qu'il parle ». Retenu au lit par la goutte, en juin 1092, il donne ses ordres,, dit Mme de Maintenon, « pour le siège de Namur, pour que son autre armée s'oppose au prince d'Orange, pour que le maréchal de Lorges entre en Allemagne, que M. de Catinat repousse M. de Savoie, que M. de Noailles empêche l'Espagne de rien faire, que M. de Tourville batte la flotte des ennemis, s'il a le vent favorable, et, outre ces ordres-là, il gouverne tout le dedans de son royaume ».

Voici un fait cité par Dangeau qui prouve quel esprit de justice animait Louis XIV dans son administration : « Le Roi veilla le soir à son ordinaire, et fit une promotion pour les galères. Il y eut vingt charges données; il n*y avoit qu'une galère vacante; on en a fait capitaine Sérignan, frère de Sérignan, aide-major des gardes du corps. Il étoit capitainelieutenant sur une des premières galères. M. de Pontchartrain, en nommant au Roi les officiers qui pouvoient remplir cette place, appuya fort pour le chevalier de Froulay, qui n'étoit pas le plus ancien, et le Roi lui dit : « Je vois bien la « protection que vous donnez au chevalier de Froulay, qui « la mérite: mais il y a des anciens qui sont honnêtes gens « aussi; ils n'ont point de protecteur, et il est juste que je « leur en serve »; et a choisi le plus ancien pour remplir cette place. »

Page 1