LA TRANSFORMATION DE LA COUR DÈS
« La Cour fut moins vive et plus sérieuse depuis que le Boi commença à mener avec Mme de Maintenon une vie plus retirée; et la maladie considérable qu'il eut, en 1686, contribua encore à lui oter le goût de ces fêtes galantes qui avaient jusque-là signalé presque toutes ses années1. » D'autre part, reine de la main gauche, elle ne pouvait, dans bien des occasions, tenir la place de la Beine. De plus, la Dauphine de Bavière, triste et de santé chancelante, se refusait à tenir la Cour. Cet état de choses, joint à la régularité des mœurs et aux pratiques religieuses en honneur depuis
1 Voltaire, Siècle de Louis XIV. Suite des particularités et anecdotes.)
l'histoire. — LOUIS XIV. 283
1G84 explique la monotonie et l'ennui qui régnèrent a Ver; sailles jusqu'au jour où une jeune princesse, gaie et spirituelle, vint présider aux divertissements. Ce fut Mane-Adelaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne.
En attendant, le tableau est plutôt sombre: la mécanique de la Cour fonctionne au milieu de l'ennui général; aucun élan dans ces plaisirs commandés, où il semble qu'on ait peur de se laisser aller. A la table du Roi, les dames se taisent, et quelquefois il v en a quarante au souper, toujours au moins une douzaine/Dans ces vastes salles de marbre et d or, mal chauffées, il fait très froid. Pour échapper a 1 ennui , on s'évade quand on peut. Seigneurs, ministres et ^ des châteaux aux environs, où ils se retirent quand le R i le permet , pour quelques jours, afin d'y goûter un peu de liberté. Louis XIV lui-même va à Trianon et surtout a Marly, ou 1 étiquette est moins sévère. Le Dauphin va à Choisy d abord ensuite à Meudoi, Monsieur a Saint-Cloud, les Coude ont Chantilly, Monsieur le Duc, Saint-Maur. Les châteaux de Sceau/de Rambouillet, d'Anet sont au duc du Maine au comte de Toulouse, au duc de Vendôme. Quant a Pans, le Roi et la Cour n'y vont presque jamais.
Avec la monotonie, un autre caractère de ce milieu étroit et surchauffé de la Cour, c'est l'esprit d'intrigue de vam e d'hypocrisie, de médisance et de calomnie, justifiant la satire terrible de La Bruyère, qui a montré en traits immortels £ dissimulation et la servilité de ces grands seigneur, et courtisans « pohs, mais durs comme le marbre », chez qui « la politesse oPu la fortune tiennent lieu d'esprit et suppléent au mérite », « bas et timides devant les princes, p eins de hauteur et de confiance avec ceux qui n'ont que de la xertu » qui « vivent à l'aventure, poussés et entraînes par le vent de H faveur et par l'attrait des richesses ». Ceux qui ont vécu dan une d L ruches, petites ou grandes, peuvent seuls se figurer exactement ce qu'a dû être l'existence de tant de perdues vivant ensemble : ce monde de courtisans se dism, tant toutes les faveurs du maître, jusqu'à un ™™£*££ se croyant seul digne d'obtenir la chose donnée : cordon bleu. cha4 grade, invitation, etc.; tous se chansonnant cruellemenfet crûment, se raillant à l'envi les uns ^ autres tous discutant sur les questions de rang, de préséance, de droits,
Lorrains, ducs, bâtards, légitimés, luttant sans cesse; les ducs prétendant être les seuls « gens titrés1 », appelant les autres nobles gens de condition ou de qualité, et ceux-ci se rebiffant2; le Roi obligé de « décider » sans cesse sur toutes ces prétentions, et d'imposer son autorité pour conserver la paix et l'ordre, au moins à la surface.