MARIAGE DE M»" DE NANTES 1685) LA MORT DU GRAND CONDÉ
Le 23 juillet 168o, Mlle de Nantes, la fille aînée du Roi et de Mme de Montespan. âgée de douze ans, et « belle comme lesanges », épousait le duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé, qui en avait dix-sept. La veille, il y eut promenade en barque sur le Grand-Canal : sur un yacht, la musiqne du Roi chantait et jouait des airs de Lulli. Le souper fut servi dans les cabinets de verdure du Grand-Trianon, à la lueur d'un grand nombre de lustres de cristal; ensuite, le Roi s'embarqua de nouveau pour voir les illuminations et le feu d'artifice ; il ne rentra qu'une heure après minuit.
Le jour du mariage, qui se fit dans la chapelle du Château. Louis XIV et Monsieur le Prince réglèrent les dots respectives. Le Roi donnait à sa fille un million d'argent comptant, plus 100,000 écus de pierreries et 100,000 francs de pension. Monsieur le Prince donna à son petit-fils 100,000 livres de rente, et 100,000 écus de pierreries et quantité de meubles précieux. Le Roi, de son côté, donnait 100,000 livres de pension au duc de Bourbon. « Le Grand Condé et son fils n'oublièrent rien pour témoigner leur joie, comme ils n'avaient rien oublié pour faire réussir ce mariage1. »
Le marquis de Sourches donne des détails curieux sur le coucher de ces deux tout jeunes mariés et qui nous font connaitiv l'étiquette de la Cour. Un lit tout neuf avait été dressé dans
1 Mme de Cavlus.
une chambre du grand appartement du Roi : « Ce fut là qu'on déshabilla la mariée en présence de Madame la Dauphine et de toutes les dames, à la réserve des filles qui s'étaient arrêtées dans la Galerie, pendant qu'on déshabillait M. le duc de Bourbon en présence du Roi, dans la chambre voisine.
« Quand on eut mis la mariée clans son lit, le Roi amena M. le duc de Bourbon et le fit coucher dans le lit, mais ce ne fut que pour la cérémonie; car le Roi leur ayant donné le bonsoir, Mme la Duchesse et Mme de Montespan demeurèrent aux deux côtés du lit, et y ayant passé une demi-heure, on tit lever les mariés et on les reconduisit chacun dans leur chambre. » On ne mit les époux ensemble que quelques années après.
L'année suivante, cette jeune princesse, dont la figure était « formée par les amours », fut atteinte à Fontainebleau de la petite vérole (novembre 1686). Louis XIV vint voir la princesse au lit, dans la journée du 12, et Monsieur le Prince arriva de Chantilly. Dans la matinée du 13, à la nouvelle que le mal avait empiré, le Roi se leva plutôt que d'habitude et monta à l'appartement de la princesse. Le Grand Condé, qui se trouvait dans l'antichambre, oubliant sa goutte qui le forçait à ne marcher qu'avec l'aide de deux hommes, se leva brusquement, et, s'étant placé devant la porte, dit au Roi que s'il ne pouvait l'empêcher d'entrer, il lui faudrait passer sur le ventre auparavant. Le Roi se rendit à ces remontrances, et, apprenant que la duchesse allait mieux, il partit pour la chasse et revint à Versailles1.
Monsieur le Prince s'était surmené pendant la maladie de sa petite-fille, qu'il avait veillée assidûment. Il tomba gravement malade, et se sentant près de la mort, il écrivit au Roi pour lui demander la rentrée en grâce de son neveu le prince de Conti2. Louis XIV répondit sur-le-champ qu'il pardonnait et qu'il mandait le prince à Fontainebleau par un prochain courrier, et la mort du vainqueur de Rocroi, survenue quelques jours après, lui causa une tristesse et des regrets sincères. Ses funérailles se firent par son ordre3, avec un
' Marquis de Sourches, Mémoires.
■ Il avait été disgracié pour la légèreté de sa conduite.
3 Le 10 mars U
l'histoire. — LOUIS XIV. 293
éclat extraordinaire, dans l'église Notre-Dame de Paris, en présence de tous les ordres dn royaume, et pour que tout fût magnifique dans les honneurs rendus à un tel homme, il désigna pour l'oraison funèbre la grande voix de Bossuel.