‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 75 sur 166 · MARIAGE DE M"? DE BLOIS — MARIAGE DU DUC DU MAINE · texte numérisé non relu

MARIAGE DE M"? DE BLOIS — MARIAGE DU DUC DU MAINE

En Tannée 1692, Louis XIV, qui se préoccupait d'allier ses bâtards aux descendants naturels de la lignée royale, fit marier Françoise-Marie, qui s'appelait Mlle de Blois depuis que sa demi-sœur était devenue princesse de Conti1, avec Philippe d'Orléans, duc de Chartres (le futur Régent), et un peu plus tard, le duc du Maine avec M110 de Charolais, petitefille du Grand Condé.

Monsieur mit beaucoup d'empressement dans le mariage de son fils, mais Madame accepta malgré elle ce qu'elle considérait comme une mésalliance. « La femme de mon fils croit lui avoir fait beaucoup d'honneur en l'épousant. Il n'est que le neveu du Roi et elle en est la fille. C'est oublier qu'on est aussi fille de sa mère. Jamais elle ne voudra le comprendre. » Saint-Simon raconte que, dans son dépit, elle souffleta son fils dans la galerie des Glaces. Au moment où on était allé attendre, comme à l'ordinaire, la levée du conseil et la messe du Roi, « Madame y vint. Monsieur son fils s'approcha d'elle, comme il faisait tous les jours, pour lui baiser la main. En ce moment, Madame lui appliqua un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en présence de toute la Cour, couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j'étais, d'un prodigieux étonnement ». La dot fut immense, mais le mariage ne pouvait former un ménage bien uni. Comme on disait à Mlle de Blois que le duc était amoureux d'une personne de la Cour, elle répondit de sa voix lente : « Je ne me soucie pas qu'il m'aime, je me soucie qu'il m'épouse. » Un de leurs enfants devait être la fameuse duchesse de Berry, qui épousa en 1710, comme nous le verrons, le troisième fils du Grand Dauphin.

1 Elle était née en mai 1677.

Le duc du Maine était le fils préféré de Louis XIV. Né en 1670, il était colonel-général des Suisses et Grisons et gouverneur du Languedoc. Il était né infirme, « les jambes tournées et estropiées », et les eaux de Barèges. où l'avait conduit Mme Scarron, qui l'aimait et l'éleva fort bien, n'avaient pu le guérir. Mais il était intelligent et instruit, avait une figure charmante et l'abord agréable. Le Roi lui fit épouser Louise- Bénédicte de Bourbon, MUe de Gharolais, petite-fille du Grand Condé et sœur de Monsieur le Duc, qui, avec autant d'esprit que son mari, était vive, emportée, courageuse, amie des arts, et qui allait jouer à la Cour, vers la fin du règne et au début de la Régence, un rôle inoubliable.

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