LES REPRÉSENTATIONS DE SAINT-CYR
Depuis sa maladie, le Roi perdit l'habitude d'aller aux spectacles. L'intérêt de sa santé et, par-dessus tout, l'influence de plus en plus grande de Mrae de Maintenon lui donnèrent le goût d'une vie plus retirée. Aussi « ces fêtes galantes » qui avaient jusque-là signalé presque toutes ces années étaient devenues plus rares. Dès 1691, il n'allait plus à Y appartement et il éprouvait de temps en temps le besoin de s'échapper, à Marly, à Trianon, à Meudon. et à se livrer à l'un de ses plus vifs plaisirs : s'occuper de ses fontaines, de ses statues, de ses nouvelles plantations, faire tailler ou tailler lui-même ses arbres, peupler ses pièces d'eau de belles carpes de toutes couleurs.
En 1693, pris d'étourdissements graves, il avait quitté l'armée pour rentrer à Versailles. A partir de cette année, il ne parut plus à la guerre, où il avait aimé aller, surtout poulies sièges des villes, avec Vauban. D'ailleurs, il travailla plus que jamais, suivant jusqu'aux plus petits détails les opérations militaires et tenant souvent conseil avec ses ministres dans la chambre de Mme de Maintenon. 11 y recevait les généraux qui partaient en campagne ou retournaient à l'armée.
Dans cette période, ce fut Saint-Cyr, dit Voltaire, qui ranima le goût des choses d'esprit. Mme de Maintenon pria Racine, qui avait renoncé au théâtre, de faire une tragédie
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qui pût être représentée par ses élèves; elle voulut un sujet tiré de la Bible. Racine composa Eslher.
Cette pièce ayant d'ahord été jouée dans la Maison de Saint- Cyr, le fut ensuite plusieurs fois à Versailles, devant le Roi, dans l'hiver de 1680. Son succès fut immense, d'autant plus que les courtisans reconnaissaient. « avec flatterie », Esther dans Mme de Maintenon, et. « avec malignité », Yasthi dans M de Montespan, Aman dans Louvois, et surtout les huguenots persécutés par ce ministre dans la proscription des Hébreux. Deux ans après. Athalie, jouée par les mêmes personnes, fut accueillie très froidement.
A propos des divertissements de la Cour, nous avons dit que tout ce qui était spectacle s'était concentré à Saint- Cyr, que M:i:e de Maintenon mit à la mode. Ce fut un grand privilège que d'y être invité. Le 26 janvier 1689, les demoiselles de Saint-Cyr avaient, nous l'avons vu, joué Eslher; Moreau avait fait la symphonie pour les chœurs. M de Caylus avait dit, « mieux que la Champmeslé », le prologue de la Piété. Le talent scénique des jeunes actrices et les allusions que l'on trouva dans la pièce lui avaient fait un succès immense. « Il n'y eut ni petit, ni grand, dit M. de La Fayette, qui n'y voulut y aller; les ministres, pour se rendre à cette comédie, quittaient les affaires les plus pressée-. M de Sévigné, qui y assista, put dire au Roi qu'elle avait été charmée ; « Ce que je sens est au-dessus des paroles. Le Roi me dit : « Racine a bien de l'esprit. » Je lui dis : « Sire, il « en a beaucoup, mais, en vérité, ces jeunes personnes en ont « beaucoup aussi; elles entrent dans le sujet comme si elles « n'avaient jamais fait autre chose. » Il me dit : « Oh ! pour <( cela, il est vrai. » Et puis, Sa Majesté s'en alla et me laissa l'objet de l'envie. » On trouva, toutefois, que les demoiselles de Saint-Cyr jouaient trop bien, et M'"e de Maintenon, cédant aux obsessions de personnes dévotes, finit par défendre les représentations publiques1. Plus tard, l'éducation de la duchesse de Bourgogne à Saint-Cyr tit reprendre, avec éclat, ces exercices pour son amusement.
• Quelques année» après, les demoiselles de Saint-Cyr vinrent débiter les vers de Racine, à Versailles, dans la charnlnv Je Mme de Maintenon, devant Louis XIV. mais en habits de pensionnaires.