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LE MARIAGE REALISE DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE BOURGOGNE

Singulière situation. Tout mariés qu'ils fussent, le duc et la duchesse de Bourgogne continuaient à vivre d'une vie séparée. Le gouverneur couchait dans la chambre du duc; la dame d'honneur, dans celle delà duchesse. Le mari pouvait voir sa femme tous les jours et causer avec elle, mais à condition qu'il y eût toujours quelques dames présentes dans la salle. Les soirées se passaient chez Mm- de Maintenon, où le Roi se trouvait. Cependant, on initiait la jeune duchesse à la vie officielle, à tenir un cercle, adonner audience aux ambassadeurs. A la fin de 1698, on lui permit, ainsi qu'à son mari et à ses jeunes beaux-frères, Anjou et Berry, d'assister pour la première fois à la comédie. On jouait le Bourgeois gentilhomme1.

Le mois suivant (28 décembre), ils assistèrent à une représentation de Bajazet ; puis, ce fut le tour de l'opéra. La duchesse de Bourgogne goûtait médiocrement la musique, mais • ■lie raffolait de la danse et les bals la charmaient. Le Journal de Dangeau en mentionne un grand nombre, la plupart mas-

1 Le compte rendu de cette représentation a été fait d'une manière à la fois plaisante et caustique par la Palatine. {Lettres à tu duchesse de Hanovre, t. VI.)

qués. La duchesse étant entrée dans sa quatorzième année (le 6 décembre), le Roi ordonna, à l'occasion de son anniversaire, une mascarade qui eut lieu clans l'appartement de Mme de Maintenon. L'été, c'étaient des divertissements en gondoles et des promenades à Trianon. Dangeau est l'historiographe fidèle de toutes ces fêtes.

Il avait été réglé que l'éducation de la duchesse de Bourgogne serait complétée par les soins de Mme de Maintenon, qui fit placer près d'elle des personnes à sa dévotion, la duchesse du Lude entre autres.

Mme de Maintenon aima bien vite Marie-Adélaïde, qui lui rendit sincèrement son affection. La tante lui prodigua des marques véritables d'amour quasi maternel. Elle était arrivée à une période de lassitude et de dégoût pour une vie que les exigences égoïstes de Louis XIV lui rendaient bien dure, et l'apparition à la Cour de cette jeune princesse si séduisante réveilla ce sentiment de l'amour maternel qui sommeillait en son cœur. N'ayant jamais eu d'enfants, elle aima les enfants des autres. Elle aima la duchesse de Bourgogne comme elle avait aimé le jeune duc du Maine, auquel elle ne cessa de témoigner une vive tendresse, comme elle aimait ses élèves de Saint-Cyr.

Saint-Cyr fut justement le milieu où Mme de Maintenon voulut que, loin de certains plaisirs et de certaines influences, en particulier de celle des jeunes princesses ses tantes, dont la conduite était légère, elle reçût l'éducation d'une future reine de France. La duchesse de Bourgogne y vint pour la première fois le 25 novembre 1696, et puis ce fut pour elle une habitude d'y aller, le plus souvent, deux fois par semaine. Elle partageait parfois le repas des élèves, à la table des rouges; elle suivait les classes, se liait avec quelques jeunes filles1 et revêtait même le costume de la maison. Le 30 janvier 1697, Mme de Maintenon offrit à la princesse une représentation d'Esther.

L'année 1699 était arrivée. Louis XIV jugeant qu'il était temps de réaliser le mariage de son petit-fils, lui donna un logement donnant sur le palier qui faisait communiquer l'ap-

1 Elle se lia particulièrement avec la nièce de Mmc de Maintenon, Mlle d'Aubigné, future maréchale de Noailles.

l'histoire. — LOUIS XIV. 315

partement du Roi avec celui de la feue Reine, occupé par la duchesse de Bourgogne1. Le jeudi 22 octobre fut « celui de la consommation du mariage de Monseigneur le duc de Bourgogne », dit le Mercure. Le duc de Beauvillier cessant toute fonction auprès de lui, le Roi nomma trois nouveaux gentilshommes pour sa suite; ce furent le marquis d'O, le comte de Chiverny et le marquis de Gaumery, qui devaient être — faveur suprême — de tous les voyages de Marly. En même temps, pour bien marquer « la confiance qu'il mettait dans la maturité et le jugement de son petit-fils2 », il l'appelait à siéger au Conseil des Dépèches.

Ainsi se trouvèrent définitivement unis un prince et une princesse si différents l'un de l'autre : celui-ci, passionné, mais contenu, d'une gravité précoce, plein de conscience, très pieux; celle-là, de nature sensible, affectueuse, mais gaie, légère, ardente au plaisir.

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