‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 82 sur 166 · LA FÊTE DES ROIS EN · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES ROIS EN

Cependant, Louis XIV voulait que les divertissements de la Cour n'eussent pas à souffrir des événements extérieurs. En 1708, la fête des Rois fut particulièrement brillante :

Un peu avant dix heures, le Roi entra chez M.me la duchesse de Bourgogne, où étoient le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur, les princesses et les dûmes de la Cour. On entra dans la galerie, qui étoit éclairée extraordinairement. car il y avoit près de 2,000 grosses bougies, et de la galerie on entra dans la pièce qui est avant la chambre du Roi, où l'on trouva quatre tables de dixhuit couverts chacune : la première étoit tenue par le Roi, où étoient le roi d'Angleterre, la princesse sa sœuretMme la duchesse de Bour-

1 Voir Mémoires de la Fare, écrits vers 1699.

2 C'est l'opinion de la Palatine. « Excepté le Roi et Monsieur, disaitelle, personne ne sait plus ce que c'est que la politesse. » — Il faudrait pouvoir citer ce que La Rruyère. dès 1688, disait de la Cour : <t L'on parle d'une région où les vieillards sont galans, polis et civils, les jeunes gens, au contraire, durs, féroces, sans mœurs ni politesse, etc. »

gogne. La seconde table étoit tenue par Monseigneur, la troisième par Mgr le duc de Bourgogne et la quatrième par Mgr le duc de Berry. Après le souper, on rentra dans la galerie, et on passa dans le grand appartement du Roi, où il y eut un bal magnifique dans la pièce où sont les tribunes, et dans ces tribunes étoient les violons et les hautbois. Les courtisans entroient par le bout de l'appartement du côté de la chapelle, hormis les grands officiers qui étoient entrés avec le Boi... Il y avoit beaucoup de danseurs et de danseusesqui n'avoient jamais eu l'honneur de danser devant le Boi. Les dames étoient en grand habit et en grandes boucles. Le Roi demeura au bal jusqu'à une heure après miuuit, et Monseigneur y demeura jusqu'à la fin. (Dangeau.)

Soixante-douze Suisses de la compagnie des Cent-Suisses de Sa Majesté avoient été choisis pour porter les plats, et comme il étoit impossible qu'il n'y eût de la confusion, si chacun ne savoit à quelletable il devoit porter les plats dont il étoit chargé, ces quatre quadrilles de Suisses avoient chacune des rubans de couleurs différentes et marquées pour chaque table, en sorte que ceux d'une quadrille ne pouvoient se mêler avec ceux de l'autre, aucun ne se séparant de ceux qui portoient des rubans d'une même couleur. On avoit nommé plusieurs contrôleurs de la maison du Boi pour poser les viandes, de manière qu'il y en avoit deux à chaque table pour faire cette fonction.

Pendant que les reines burent, on suivit l'usage ancien et général, et les cris de « la Reine boit » se firent entendre ; et comme il arrivoit quelquefois que deux ou trois reines buvoient dans le même temps, le bruit que faisoient ces cris étoit plus ou moins grand, mais toujours fort agréable, parce que les voix des dames l'emportoient sur celles des hommes qui étoient à ces tables; et ce qui augmentoit encore le bruit du concert formé par tant de voix différentes, et que, quoique ceux qui servoient n'y mêlassent leurs voix, les uns se frappoient dans les maius,et les autres trouvoient moyen de frapper harmonieusement sur quelque pièce d'argenterie, de manière que tous ces bruits ensemble et formés sur différents tons avoient quelque chose de divertissant et conveuoient fort à la cérémonie du jour...

Il y avoit dans la salle du bal 12 lustres, fO torchères avec desgirandoles, et l'on avoit aussi placé plusieurs girandoles sur l'appui des deux tribunes qui sont dans cette salle et qui servent ordinairement à placer la symphonie. Le cercle du bal étoit au milieu de cette salle. Il y avoit à l'un des bouts de ce cercle deux fauteuils, dont l'un étoit pour le Roi et l'autre pour le roi d'Angleterre. La ligure de ce cercle représentoit un carré long, et des pliants qui suivoient les deux fauteuils dont je viens de parler achevoient de former le premier rang; il y en avoit un second de tabourets, et un troisième de formes. Il y avoit, aux deux bouts de la salle et dans les croisées, des gradins par étages pour les spectateurs. Les-

l'histoike. — LOUIS XIV. 32&

officiers ordinaires de la musique éloient placés dans les deux tribunes; ainsi on peut juger que le nombre en étoit considérable, et que tous les airs sur lesquels on dansa furent parfaitement bien

joues

joues...

Il seroit difficile de vous faire une peinture bien exacte des habits de toutes les dames et des pierreries qui leur servoient d'ornements. M™ la princesse d'Angleterre étoit en robe, ce que 1 on appelle auiourdhui grand habit, et les habits de toutes les dames du bal étoient de la même manière. Celui de cette princesse étoit de velours jaune; son corps étoit tout garni de pierreries aussi bien que sa robe dont les attaches, aussi de pierreries, étoient des plus brillantes, et la jupe de cette princesse n'avoit pas de moindres ornements. L'habit de M«" la duchesse de Bourgogne, qui étoit de velours noir, étoit garni de même, et sa jupe éloit semée de plusieurs bouquets de pierreries. Ces deux princesses avoient de trèsbelles aigrettes, et toute leur coiffure étoit aussi mêlée de pierreries. Tous les babils des dames étoient de velours de différentes couleurs avec des parures de diamants, et les habits de celles qui étoient en deuil étoient garnis d'hermine avec des attaches de diamants.

Le bal s'ouvrit par le roi d'Angleterre et M- la princesse sa sœur. On doit remarquer que la première fois que S M. Britannique se leva pour danser, le Roi se leva aussi, et que S. M. se tint debout pendant tout le temps que ce prince dansa. On doit observer aussi que les princes, les princesses, et généralement toutes les personnes qui dansèrent, saluèrent LL. MM. avant que de danser. Le roi d'Angleterre, après avoir dansé avec M»« la princesse sa sœur, prit Mme la duchesse de Bourgogne, et ces deux princesses s'en acquittèrent avec tant de grâces, que toute l'assemblée en tut charmée...

Il est aisé de s'imaginer que toutes les danses qui sont aujourd'hui le plus en usage furent dansées, et que les contredanses ne furent pas oubliées.

Le Roi quitta le bal à une heure. La collation, qui parut quelque temps après, fut d'abord présentée à tout le cercle, et elle tut ensuite distribuée aux spectateurs Le bal recommença après la

collation, et l'on peut dire que ce divertissement lit tant de plaisir aux danseurs et aux spectateurs, que l'assemblée ne se sépara que sur les quatre heures du matin.

Le bal fini, S. M. Britannique et Mme la princesse sa sœur retournèrent à Saint-Germain. Les Gardes du corps, les Cent-Suisse=, ainsi que les Gardes Françoises et Suisses étoient sous les arme, dans leurs postes ordinaires, et les tambours battirent >«*«*£; de même qu'ils font en plein jour lorsque. LL. MM Britanniques

. 7 i n • (Le Mercure.)

viennent chez le Roi. ^

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