‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 83 sur 166 · MARIAGE DU DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

MARIAGE DU DUC DE BERRY

En cette année 4 710 (6 juillet) eut lieu le mariage du duc de Berry avec la fille du duc d'Orléans. C'était une enfant gâtée, depuis une maladie grave de son jeune âge. Sa grand'mère, la Palatine, la comparait à un cheval fougueux :

« Un jour, elle chasse; un autre, elle se promène en voiture; un troisième jour, elle va à la foire; d'autres fois, elle fréquente les sauteurs de corde, la comédie, l'Opéra surtout; •elle va en écharpe et sans corset. Je la raille souvent en lui disant qu'elle s'imagine aimer la chasse, mais que, dans le fait, elle n'aime qu'à changer de place. Elle se soucie peu du but de la chasse et elle préfère la chasse au sanglier à celle du cerf, parce que la première procure à la table de bons boudins et des hures. »

Ce mariage fut un triomphe de la maison d'Orléans sur celle de Bourbon-Conti : toutes deux s'étaient disputé le petit-fils du Roi, mais la duchesse de Bourgogne, qui avait à se plaindre des méchants propos de la duchesse de Bourbon et de la princesse de Conti, avait fait pencher la balance en faisant décider Louis XIV selon ses intentions.

La fille de Philippe d'Orléans, si elle avait l'esprit de son père, en avait aussi les défauts et les vices : elle se révéla, dit Saint-Simon, « prodige d'esprit, d'orgueil, d'ingratitude, de folie et aussi de débauche » ; elle boit trop à table et s'enivre ; un jour, « elle affiche qu'elle ne croit pas en la divinité ». Elle traite fort mal son mari, rêve de se faire enlever par un de ses écuyers, se comporte vis-à-vis de son père de façon à faire croire à un inceste1. Un jour, dans un souper à Saint-Cloud, où assistait la duchesse de Bourgogne, elle s'enivre avec le duc d'Orléans, « mais elle bien plus que lui... au point que Mme la duchesse de Bourgogne. Mme la duchesse d'Orléans et tout ce qui était là ne surent que devenir ».

C'était la Régence avant la Régence, dit un historien2; et

1 A Paris, ou faisait allusion à l'histoire de Loth, par un écriteau apposé au Palais-Royal : « Ici on fait des loteries. »

2 Taine, Saint-Simon (Essuis de critique et d'histoire).

l'histoire. — LOUIS XIV. 331

cette princesse qui tournait si mal allait l'emporter sur d'autres, comme, par exemple, Mme la duchesse de Chartres et Mme la Duchesse, qui avaient l'habitude de fumer avec des pipes qu'elles envoyaient chercher au corps de garde suisse. ou Mme la princesse de Conti, dont les basses galanteries la faisaient un jour appeler « sac à guenilles » par Mme de Chartres, qu'elle avait appelée « sac à vin ».

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